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| | Peter Straub, Côté Terreur. | |
| | | Auteur | Message |
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Masques de Venise Mécréante Suprême


   Age : 48 Inscrit le : 06 Mai 2005 Messages : 14347 Localisation : Sous vos yeux mais vous ne me voyez pas ... Loisirs : Tout ce qui concerne les mots et les livres.
| Sujet: Peter Straub, Côté Terreur. Mar 30 Aoû - 10:14 | |
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Full Circle Traduction : Franz Straschitz
N'ayant toujours pas trouvé une édition de "Ghost Story", je me suis rabattue sur "Julia", un roman bien moins épais sur le thème de la hantise.
Sujet délicat que celui des fantômes dans la littérature d'épouvante. A côté de chefs-d'oeuvre comme "Le Tour d'Ecrou" de Henry James, "Maison Hantée" de Shirley Jackson, "Les Pirates fantômes" d'Arthur Machen ou encore, dans le genre nouvelle, "L'Accident" et "La Limousine Bleue" de Ann Bridges, on croise le plus souvent des couacs sinistres, y compris chez des auteurs universellement reconnus comme Richard Matheson.
La bonne histoire de fantômes est celle qui autorise deux, voire trois niveaux dans la lecture. Aussi une manoeuvre commune à bien des auteurs est-elle de prendre pour héros ou pour héroïne une personnalité fragile. Si celle-ci émerge à peine d'une clinique soignant les troubles nerveux, c'est l'idéal. Mais, même en l'absence de clinique, il faut des troubles du comportement, une tendance maladive à se réfugier dans des rêves toujours plus agréables que la réalité et, éventuellement, une addiction à l'alcool ou aux stupéfiants.
Et puis, bien sûr, il y a la chute de l'histoire, destinée à déstabiliser un lecteur que l'écrivain, sournois certes mais passé maître en son art, a peu à peu amené à se considérer comme omniscient.
Dans "Julia", Peter Straub matérialise en quelque sorte cette omiscience avec le personnage de Lily, la belle-soeur de l'héroïne. Contrairement à Julia, Lily Lofting a la tête sur les épaules et ne s'en laisse pas facilement conter. Les séances d'occultisme qu'elle aime à organiser autour de la medium Rosa Fludd ne changent rien à l'affaire : Lily n'oublie jamais un seul instant que le monde des esprits se plie lui aussi à un arsenal de règles tout aussi rigides que celles qui régissent les mortels.
Aussi, dès le départ, prend-elle les récits que lui fait Julia sur sa nouvelle maison pour le simple reflet de la dépression dans laquelle l'a plongée la perte de sa fille, Kate, morte des suites d'une trachéotomie pratiquée en urgence par son père et sa mère.
C'est avec une consternation croissante que Lily assistera à la désagrégation vertigineuse de Julia. En vain essaiera-t-elle de la convaincre de regagner le domicile conjugal que la jeune femme avait préféré quitter pour cette maison ridiculement trop grande et située Kensington. En vain essaiera-t-elle aussi de la détourner de l'enquête qu'elle entreprendra sur le drame qui s'était déroulé là trente ans plus tôt : une demi-mondaine, Heather Rudge, avait poignardé à mort sa fillette de dix ans, Olivia.
Mais rien n'y fera. Julia s'entêtera - Julia s'acharnera à se détruire. Le temps d'une soirée ou deux, Lily finira d'ailleurs, sous le coup de la révélation de l'identité du père d'Olivia, par voir dans cette auto-destruction la main désincarnée d'un esprit vengeur. Mais la lettre découverte auprès du cadavre de Lily après son suicide viendra heureusement la conforter dans la certitude de la folie de sa belle-soeur ...
Certitude qu'elle conservera jusqu'à la chute du roman que je vous laisse à découvrir en vous prévenant cependant que "Julia" est loin d'être un grand roman et que son auteur est décidément plus à l'aise dans le bon gros "pavé."  _________________ http://notabene.forumactif.com/ http://blog.bebook.fr/woland/index.php/
Dernière édition par le Mar 21 Aoû - 11:22, édité 1 fois |
|  | | Séraphine Grande & Sulfureuse Prêtresse de Nota Bene


   Age : 38 Inscrit le : 02 Avr 2006 Messages : 3311 Localisation : Autres dimensions... Emploi : Ecolière... Loisirs : Le rêve...
| Sujet: Peter Straub - Tu as bien changé, Alison Dim 18 Juin - 20:44 | |
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If you could see me now Traduction : ?
L'histoire : un homme retourne après 20 ans dans son village natal car il a promis à sa cousine, Alison, dont il était proche adolescent, de se retrouver, au bout de ce temps.
Au départ, on suit donc le périple du personnage qui revient et retrouve sa famille et ses voisins.
On ressent des sentiments étranges. Le premier d'entre eux : personne ne l'accueille bien. Certains le rabrouent et ne veulent même pas lui parler. Le lecteur ne sait pas trop pourquoi. Mais il persiste à rester et s'installe dans la région.
Ensuite, on assiste à des gestes incohérents de la part du héros. Des moments de colères incontrôlées. Des courses éperdues dans les bois sombres, en sueur.
En outre, une série d'assassinats de jeunes filles a lieu depuis peu dans ce coin paisible. L'atmosphère est dramatique et les villageois sont en effervescence. Est-ce ce type, devenu un parfait étranger, qui les a tuées ???
Enfin, on attend avec lui la fameuse cousine, Alison, qui tarde à arriver.
Sauf que...
Sauf que, on peut toujours attendre, car elle est... morte il y a 20 ans !! Comment ??? Mais précisément violée et assassinée par lui...
Je ne dirai rien du dénouement. A vous de lire si ce genre de bouquin ne vous rebute pas...
Simplement, une remarque. L'écrivain inscrit son action dans un contexte tellement quotidien et narratif, que parfois il y a de franches longueurs... et on attend la suite. C'est dommage dans le sens où il noie ses effets dans un délayage stylistique injustifié.
Cela étant, sur le fond, ça reste original. Sans être un chef d'oeuvre toutefois. _________________ "Connais-toi toi-même." |
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   Age : 48 Inscrit le : 06 Mai 2005 Messages : 14347 Localisation : Sous vos yeux mais vous ne me voyez pas ... Loisirs : Tout ce qui concerne les mots et les livres.
| Sujet: Re: Peter Straub, Côté Terreur. Sam 1 Sep - 13:29 | |
| Il me tente beaucoup, je l'avoue. Ce sera pour le mois prochain ... 
En attendant, une courte biographie de Peter Straub.
Comme son nom l'indique, Peter Straub est né (le 2 mars 1943) dans une famille d'origine allemande, de confession luthérienne. Pour le lieu de naissance, il s'agit de Milwaukee - la même ville que Jeffrey Dahmer- dans le Wisconsin.
Très jeune, le petit Peter se passionne pour la lecture et marque un goût prononcé pour les romans policiers, ce qui, plus tard, se retrouvera dans ses oeuvres personnelles. Il s'intéresse aussi aux faits divers et découpe tout ce qui s'y rapporte dans les journaux qui lui passent sous la main.
Après des études à la Columbia University du Wisconsin, il va travailler sa thèse de doctorat en Irlande, à Dublin. De là, il émigre en Grande-Bretagne et c'est à Londres qu'il écrit son tout premier roman : "Marriages."
"Julia", son premier roman fantastique, est lui-même conçu en Angleterre et Straub racontera plus tard que l'idée primitive de son premier chef-d'oeuvre (croyez-moi, le mot n'est pas trop fort) "Ghost Story", lui vint également là-bas.
Revenu aux USA, Peter Straub s'installe dans le Connecticut, état dont est originaire son épouse.
A ce jour, après une vingtaine de romans qui amènent habilement le lecteur à la frontière du thriller et du fantastique, et quelques recueils de nouvelles, Peter Straub est considéré comme l'un des grands maîtres de la littérature d'épouvante moderne, réputation que, pour ses lecteurs fidèles (dont je suis) il n'a pas usurpée. 
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| Sujet: Re: Peter Straub, Côté Terreur. Sam 1 Sep - 13:55 | |
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Ghost Story Traduction : Franck Straschitz
Encore balbutiant dans "Julia", le style qui fera la renommée de Peter Straub prend ici tout son essor dans ce qu'il faut bien reconnaître, tant sur le plan de la construction que sur celui de l'intrigue, comme une oeuvre majeure de la littérature d'épouvante moderne. "Ghost Story" est également un étincelant hommage à quelques grands mythes du fantastique : les mondes parallèles, l'immortalité, la malédiction, la possession et, bien entendu, les spectres et les hantises.
L'action se situe dans une petite ville américaine bien tranquille, Milburn, et il est à noter que la première édition française de ce roman parut chez Seghers en 1979 sous le titre de "Le Fantôme de Milburn."
En prologue, si l'on peut dire (car une constante de l'oeuvre de Straub est de jongler avec le temps, un peu comme le faisait, dans un autre registre, William Faulkner), la cavale de Don Wanderley, fuyant on ne où, on ne sait qui, avec, à ses côtés dans sa voiture, une petite fille qu'il a visiblement kidnappée. Mais pour quelles raisons, le lecteur l'ignore, puis finit par penser que Don a perdu la raison et qu'il voit en cette enfant la réincarnation d'une femme disparue. Comme Don est aussi le narrateur de ce prologue, on comprend bien vite qu'il ne demanderait pas mieux que de tuer la petite Angie mais que sa qualité d'enfant l'empêche de mener son projet à bien.
Puis, très vite, on se retrouve à Milburn, où quelques notables, Ricky Hawthorne, Sears James, Lewis Benedikt et John Jaffrey ont pris l'habitude, depuis un an que leur ami, Edward Wanderley, a trouvé la mort dans des circonstances assez mystérieuses (il serait mort de peur), de se réunir chaque semaine pour se raconter des histoires de spectres qu'ils ont réellement vécues.
Entre les quatre hommes, la tension est presque palpable. Tous ont peur non d'eux-mêmes mais de quelqu'un ou de quelque chose extérieur à leur cercle, quelqu'un ou quelque chose que tous, tant qu'ils sont, ils se refusent à nommer et qui a réapparu dans leur existence le soir même de la mort d'Edward.
Comme panacée, Rick finit par proposer d'appeler à la rescousse le propre neveu du mort, Donald Wanderley. Pourquoi celui-ci leur apparaît-il comme un recours ? C'est qu'il est écrivain et a fait paraître un livre reprenant des thèmes surnaturels ...
Comme toujours chez Straub, l'intrigue est touffue et le style, dense. Comme toujours encore, il faut lire ce roman à tête reposée et ne pas hésiter à revenir en arrière. Straub fait en effet confiance à son lecteur et à son sens de l'observation et de la déduction. De plus, comme je l'ai déjà signalé, il aime bien jongler avec la chronologie. Et puis, il a un faible pour un nombre assez élevé de personnages et de sous-intrigues, lesquelles n'ont rien à voir en apparence avec l'intrigue centrale - mais en apparence seulement ...
L'un des meilleurs romans d'épouvante - et aussi l'un des plus novateurs - du XXème siècle.  _________________ http://notabene.forumactif.com/ http://blog.bebook.fr/woland/index.php/ |
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