
Nota Bene Nota Bene : La Qualité, Non La Quantité - Forum Atypique Pour & Par la Littérature - Histoire, Cinéma, Edition en Ligne Sont Aussi Sur Nos Etagères - Réservé Aux Lecteurs Gourmets & Passionnés - Mièvrerie, Extrémistes & Trolls Ne Sont Pas Les Bienvenus |
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Masques de Venise
Mécréante Suprême




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Sujet: Montagu R. James. Dim 15 Mai - 10:36 |
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Je reviendrai plus tard sur ce fabuleux auteur de nouvelles fantastiques qui écrivit, entre autres "La Chambre N° 13" et tout plein de petits bijoux horrifiques et délicieux.
Mais sachez toujours que "Les Cahiers du Cinéma" rééditent ce mois-ci la nouvelle de James qui inspira à Jacques Tourneur sont célèbre "Rendez-Vous Avec la Peur." Inclus également dans ce "Cahier", sept autres contes fantastiques portés à l'écran et sur lesquels je n'ai, pour l'instant, pas plus de renseignements.
Mais je vais voir ça cette semaine.
Et n'oubliez pas de veiller ce soir car le "Ciné-Club" de FR.3 diffuse - à 0 h 20 en principe - "Rendez-vous avec la peur." Un Jacques Tourneur, ça ne se rate pas ... :twisted:
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Sujet: Re: Montagu R. James. Dim 25 Déc - 20:18 |
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A l'occasion des fêtes - je sais, j'ai des goûts bizarres - j'ai relu toutes les nouvelles de M. R. James que j'ai récoltées au gré des volumes d'anthologie.
La première, celle qui devait faire de moi une inconditionnelle de ce très grand mais tout aussi méconnu auteur fantastique, s'intitule "Le document secret." Je l'ai découverte quand j'avais 14/15 ans, dans les "Histoires abominables" présentées par Alfred Hitchcock (Livre de Poche) et c'est probablement la nouvelle de James la plus reproduite dans les anthologies françaises avec son "Comte Magnus."
L'argument (assez vengeur chez un écrivain) en est le suivant : suite au refus essuyé par son rapport "La Vérité de l'Alchimie" dont il aurait aimé faire la communication devant les membres d'une très savante et très sérieuse association, le mystérieux Mr Karswell cherche à s'enquérir de l'identité du "lecteur" qui a déclaré son manuscrit indigne de toute communication. Bien entendu, l'association en cause refuse de la lui confier. Mais Mr Karswell est opiniâtre et rancunier. Et c'est le début du cauchemar pour le paisible Mr Dunning qui se rendra compte que, si Mr Karswell était un très mauvais rapporteur, il n'en était pas moins un redoutable initié à la magie noire ...
C'est de cette nouvelle, particulièrement efficace mais qui trouve tout de même une heureuse conclusion, que s'inspira Jacques Tourneur pour le film cité ci-dessus.
Avec "Le comte Magnus", l'atmosphère s'avère tout aussi étouffante. Un gentleman anglais, Wraxhall, désireux de faire de conter ses souvenirs de voyage en Europe du Nord, prend diverses notes qui, par une astuce de l'auteur que je ne dévoilerai pas, finissent par atterrir entre les mains du narrateur, lequel nous détaille toute l'histoire quarante ans après les événements.
Au cours d'un séjour dans la ville de Rabäck, dans le Jutland, Wraxall séjourne chez les La Gardie, vieille famille suédoise dont le fondateur était un terrible bonhomme, le comte Magnus, personnage cruel, cordialement détesté de ses paysans (et des autres) et soupçonné de son vivant d'avoir effectué on ne sait trop où le "Pélerinage Noir" dont il aurait d'ailleurs rapporté quelque chose ou quelqu'un.
Fasciné par l'histoire du comte, Wraxall se fait montrer le caveau familial où le sarcophage dans lequel repose le comte Magnus est clos par trois serrures. C'est ici qu'intervient pour son malheur l'innocente manie qu'a le héros de parler tout seul : il s'adresse au comte, l'assure une première fois du désir qu'il aurait eu de faire sa connaissance. Wraxall juge lui-même sa manie puérile et se gausse de lui-même dans son journal tout en notant un fait curieux : alors qu'il quittait le caveau, il avait entendu un bruit métallique et constaté que l'un des cadenas fermant le sarcophage était tombé à terre.
Deux fois encore, Wraxall retournera dans le caveau. Deux fois encore, un démon le poussera à parler à ce défunt qu'il admire bien inconsidérément. Mais, la dernière fois, le pauvre homme s'enfuira sans demander son reste car, après avoir entendu le troisième cadenas résonner sur les dalles, il avait cru voir le couvercle se soulever ...
La fin se devine mais il faut lire la nouvelle et s'incliner devant l'art de M. R. James, pour lequel Edmond Jaloux, dans sa préface aux "Histoires de fantômes anglais" chez Gallimard, manifestait déjà toute son admiration.
Troisième et dernière nouvelle à lire absolument : "La chambre n° 13." Ici, nous sommes au Danemark, dans une auberge où, selon la coutume en vigueur dans certains pays du Nord, il n'existe pas de chambre portant le numéro fatidique. Le narrateur se voit d'ailleurs offrir la chambre 12, vaste pièce qui satisfait son goût du confort. Pourquoi faut-il donc que, la nuit venue et les lumières éteintes, cette chambre lui paraisse soudain avoir diminué de moitié ? Illusion ou réalité ? Et qui est cet étrange voisin qu'il entend danser et chanter tard dans la nuit au point qu'il s'étonne que l'aubergiste ne monte pas le prier de cesser son tapage? Tout d'abord, il s'imagine qu'il s'agit du voyageur du 14, un avocat allemand. Jusqu'au soir où celui-ci débarque au numéro 12, sûr et certain pour sa part d'avoir trouvé l'auteur du vacarme qui l'empêche lui aussi de dormir ...
De menu détail en suggestion subtile, cette nouvelle (peut-être la plus achevée des trois parce qu'elle est celle qui en dit le moins et en sous-entend le plus), frôle la perfection que recherche tout conteur, fantastique ou pas.
Mais quelle que soit celle que vous élirez en premier, n'oubliez pas qu'aucune d'elle n'est à lire trop tard le soir.
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Sujet: Re: Montagu R. James. Ven 27 Mar - 10:22 |
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Montagu Rhodes James naquit le 1er août 1862, au presbytère de Goodnestone, dans le Kent. Comme son père exerçait surtout à Alderburgh, dans le Suffolk, ce fut cependant dans ce dernier comté, au presbytère de Great Livermere, qu'il vécut l'essentiel de son enfance et de son adolescence. Quelques unes de ses plus célèbres histoires de fantômes se déroulent d'ailleurs dans le Suffolk : "Siffle et je viendrai ..." se déroule à Felixstowe, "La Troisième Couronne" à Alderburgh, "L'Epouvantail" et "Une Fugace Apparition" à Great Livermere.
Pendant de longues années, Montagu R. James résida à Cambridge, au King's College, tout d'abord en qualité d'étudiant, puis d'enseignant. Cet univers constitue d'ailleurs le cadre de nombre de ses nouvelles. En même temps que l'Histoire médiévale, James étudia les classiques. Il obtint même un très vif succès lorsqu'il apparut sur scène pour une représentation des "Oiseaux" d'Aristophane. On dit qu'il mettait également à profit ses talents d'acteur lorsqu'il racontait ses histoires de fantômes à ses proches et à ses étudiants.
Bien que la renommée universelle de Montagu R. James lui vienne surtout de nouvelles fantastiques, il fut aussi bien connu de son vivant, en tant que spécialiste du monde médiéval. Son édition, en latin, des "Vies de Saint Aethelberth, roi et martyr", fait encore autorité. Il a également répertorié beaucoup de documents appartenant aux bibliothèques des collèges d'Oxford et de Cambridge. Parmi ses travaux personnels sur les textes anciens, on citera "The Apocalypse in Art" ainsi qu'une traduction du "Nouveau Testament Apocryphe." Enfin, lorsqu'il fut le responsable du Fitzwilliam Museum, à Cambridge, James veilla à la restauration d'un grand nombre de peintures et de manuscrits.
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Sujet: Re: Montagu R. James. Ven 27 Mar - 10:23 |
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A l'origine, les histoires de fantômes qui firent sa gloire littéraire parurent en quatre volumes bien distincts : "Ghost Stories of an Antiquary" en 1904, "More Ghost Stories" en 1911, "A Thin Ghost and Others" en 1919 et enfin "A Warning to the Curious & Other Ghost Stories" en 1925. La première édition complète (ou presque) parut quant à elle en 1931.
La majeure partie d'entre elles furent écrites en vue de distraire les proches de l'auteur durant les veillées de Noël. (En 2000, la BBC a repris l'idée initiale de James et demandé à Christopher Lee de lire quatre des nouvelles les plus représentatives, à la la lueur d'une bougie, dans King's College même.) M. R. James s'en tient toujours aux mêmes procédés pour dérouler son intrigue et faire monter l'angoisse, si bien que, peu à peu, sa technique a reçu son nom, tout au moins en anglais où cela sonne mieux : "the Jamesian Method."
Cette méthode repose sur trois points essentiels :
1) L'action doit se situer dans un petit village anglais, au bord de la mer ou dans les terres ; ou dans une antique ville européenne (France, Danemark ou Suède de préférence) ; ou encore dans une vénérable abbaye ou dans une non moins ancienne université.
2) Comme protagoniste principal, il faut prendre un érudit, assez naïf dans tout ce qui ne regarde pas sa science et dont on ne donne par ailleurs aucune véritable description physique. Si possible, on le dépeint en se référant à quelqu'un que l'on connaît.
3) L'événement déclencheur sera soit la découverte d'un livre ancien ou de tout autre objet aussi antique qui, on ne sait trop comment, est porteur d'un danger, d'une menace surnaturelle ou, à tout le moins, de quelque chose de fâcheux, dans tous les cas ayant un rapport étroit avec la tombe et la Mort ...
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Sujet: Re: Montagu R. James. Ven 27 Mar - 11:06 |
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Selon James, l'histoire doit "permettre au lecteur de se dire : "Si je ne fais pas attention, quelque chose de ce genre risque de m'arriver un jour, à moi aussi !" L'écrivain a porté à un rare niveau de maîtrise une technique littéraire consistant plus à suggérer l'événement surnaturel qu'à le décrire dans les plus abominables détails, laissant au lecteur le soin de remplir les blancs éventuels du récit et le faisant se concentrer sur des décors et des personnages très terre-à-terre en lieu et place d'éléments bizarres ou hideux, introduits à grand bruit dans le récit.
Dans sa préface à l'anthologie "Ghosts & Marvels" parue à Oxford en 1924, James précise : "Pour moi, les deux éléments les plus importants dans une histoire de fantôme sont l'atmosphère et le crescendo dans la tension que doit faire apparaître l'auteur ... Les personnages nous font entrer dans une histoire tout d'abord paisible. On les voit vaquer à leurs occupations quotidiennes, qui sont très banales. Et puis, au milieu de toute cette paix, de toute cette routine, émerge l'être ou l'objet inquiétant, dérangeant, discrètement en un premier temps, puis de plus en plus insistant jusqu'à ce qu'il en vienne à occuper toute la scène ..."
Plus loin, il précise ce point capital : "Autre nécessité primordiale à mes yeux : le spectre doit être malveillant, odieux : les apparitions gracieuses et bien intentionnées vont fort bien avec les contes de fées ou les légendes locales mais dans une histoire de fantômes, je n'en vois pas l'utilité."
En dépit de son faible pour la suggestion et le non-dit, beaucoup de nouvelles de James dépeignent une violence sauvage et souvent dérangeante. On en prendra pour preuve "Coeurs Perdus", l'une de ses nouvelles les plus souvent reprises dans les anthologies, où deux pré-adolescents sont drogués par un sinistre amateur d'occultisme de telle façon qu'il puisse leur arracher le coeur alors qu'ils sont encore en vie.
Sur le non-dit, James déclare : "Le non-dit est peut-être une très ancienne manière de prêcher et, d'un point de vue artistique, je suis sûr qu'il s'agit là d'une façon très saine de le faire. (...) Mais de nos jours, on écrit tout, sans honte, sans pudeur. Et quand il est question de sexe, c'est là une erreur fatale ; dans les romans, le sexe est assez fastidieux ; mais dans les histoires de fantômes, spécialement s'il se mêle à leur charpente, je perds toute patience et je referme mon livre. En même temps, gardons-nous de nous montrer terne et mou. Malveillance et terreur, ces yeux du Mal, "ce sourire grimaçant et glacial d'une malveillance inhumaine" oeuvrant dans les ténèbres avec "ses clameurs lointaines et pétrifiantes", y sont par contre tout à fait à leur place, de même qu'un minimum de sang, versé en connaissance de cause et soigneusement géré par l'écrivain dans l'intérêt de son texte."
Fidèle en ce sens à son goût pour la suggestion et la retenue, Montagu R. James admirait énormément les nouvelles et romans de Sheridan Le Fanu, auteur entre autres de "Carmilla", nouvelle qui étudie l'homosexualité féminine en s'abritant derrière une histoire de vampirisme.
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Sujet: Re: Montagu R. James. Ven 27 Mar - 11:37 |
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En Grande-Bretagne, les nouvelles de James ont été souvent adaptées pour la télévision. "Siffle et je viendrai ..." en 1968, "La Troisième Couronne" en 1972 sont deux réalisations de la BBC, gravées par la suite sur DVD par le British Film Institute mais actuellement indisponibles.
Entre 1966 et 1968, ITV a produit quatre adaptations en Noir & Blanc de l'oeuvre jamesienne mais il ne semble pas que des copies en aient été conservées. Cependant, quelques scènes de "Sortilège" semblent avoir survécu et ont été présentées récemment à un festival de télévision consacré aux téléfilms-cultes. "Sortilège" a été adapté une nouvelle fois en 1979.
De 1971 à 1978, la BBC avait pris l'habitude de présenter une histoire de fantômes à chaque Noël. Dans ce contexte, ont été portés à l'écran : "Le Châtiment de l'Archidiacre Haynes" (1971), "La Troisième Couronne" (1972), "Coeurs Perdus" (1973), "Le Trésor de l'Abbé Thomas" (1974) et "Le Frêne" en 1975.
La même année, Yorkshire Television produisait un téléfilm de vingt minutes sur "Le Labyrinthe." En 1979, la même société donnait une version modernisée de "Sortilège."
La BBC a également demandé à Robert Powell de lire "Mezzo-Tinto", "Le Frêne", "Le Puits des Lamentations", "Siffle et je viendrai ..." et "La Roseraie" de telle façon que la narration encadre quelques prises de vue. Puis, l'acteur a passé le relais à son confrère, Christopher Lee, lequel a prêté sa voix au narrateur de "Le Châtiment de l'Archidiacre Haynes", "Le Frêne", "Le Numéro 13" et "La Troisième Couronne."
Enfin, en décembre 2005, la BBC a présenté à son public télévisuel "Du Haut de la Colline" et, au Noël suivant, "Le Numéro 13", téléfilms tous deux très fidèles aux nouvelles originales et tous deux très bien accueillis.
Pour le grand écran, seul Jacques Tourneur a tenté de filmer l'univers de Montagu R. James. Ce fut : "Night of the Demon", adapté de "Sortilège."
Enfin, parmi les écrivains qui ont publiquement reconnu tout ce qu'ils doivent à l'auteur britannique, on citera : H. P. Lovecraft bien sûr mais aussi son ami, Clark Asthon Smith (qui écrivit un essai sur James), John Bellairs ("The Face in the Frost" et toute la série pour enfants "Kevin le Magicien"), A. N. L. Mumby, E. G. Swain, R. H. Malden (tous trois non traduits en français mais généralement considérés comme inférieurs au "Maître"), Stephen King (pour "Shining", tout particulièrement) et Ramsey Campbell. Et il y en a bien d'autres ...
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Sujet: Histoires de Fantômes Complètes Lun 30 Mar - 21:24 |
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Collected Ghost Stories Traduction : Xavier Perret, Anne Baronian, Georgette Camille, Michel Demuth, Alain Dorémieux, Odette Ferry, Françoise Martenon & Roland Stragliati, Jacques Papy, Jos Ras
S'il est très facile de se procurer l'édition anglaise des "Histoires de Fantômes complètes" de Montagu Rhodes James, en dénicher une traduction française relève de la gageure. Grâce soit donc rendue au site BDFI qui, suite à une trouvaille que j'avais faite tout à fait par hasard sur le site Price Minister, m'a confirmé que les Editions Néo avaient bel et bien tenu ce pari difficile avec tout le soin et toute le professionnalisme dont leur nom reste synonyme. Ces exemplaires "omnibus" virent cependant le jour alors que cette maison d'édition songeait à déposer les clefs, ce qui explique leur rareté.
Pour tous les amateurs de fantastique victorien et pour tous ceux qui aiment encore écouter des histoires de fantômes le soir, autour d'un feu, dans une maison humide, au milieu de vacances détrempées par la pluie, avec le bruit de la mer dans le lointain ou, mieux encore, le sombre silence touffu d'une campagne inconnue tout autour d'eux, Montagu R. James est plus qu'un incontournable : c'est une institution.
Bien loin du gore auquel nous sommes désormais habitués, l'épouvante distillée par le vieux monsieur de Cambridge méprise les effets spéciaux et l'horreur complaisamment étalée. Certes, çà et là, un souffle venu de nulle part dévoile la sauvagerie d'un rite oublié ("Coeurs Perdus"), une porte qui n'existe pas laisse passer une main parcheminée aux longs ongles jaunis qui tente de kidnapper l'un des protagonistes ("La Chambre N° 13"), les gravures d'un tombeau révèlent une espèce de tentacule pré-lovecraftien ("Le Comte Magnus") et un trio de cadavres ambulants s'en prend à un jeune scout ("Le Puits des Lamentations") ... Mais ce sont là des excès bien rares.
Tout l'art, et l'on peut même écrire tout le génie, de Montagu R. James, est dans la suggestion, non dans l'apparition. En fait, on ne distingue jamais réellement les spectres et les monstres qu'il anime ou alors on ne retient d'eux qu'un détail. Détail si cru, si troublant et porteur d'une telle charge de peur qu'on ne peut plus rien voir d'autre - et peut-être est-ce mieux ainsi.
De même, on connaît rarement leur histoire, rien que des bribes qui ressemblent à des lambeaux de suaire ou de chair. Dans le meilleur des cas, des érudits les ont rassemblées dans d'antiques ouvrages à l'usage, très souvent, des seuls chercheurs ou passionnés. Dans le pire, dont le stressant "Mezzo-Tinto" ou encore "La Maison de Poupées hantée" constituent de parfaits exemples, le lecteur apprendra vaguement que ... et en sera réduit à supposer encore plus vaguement que ...
Car la certitude tue la Peur alors que l'Incertitude, le Rêve, l'Imagination - et la Frustration - l'entretiennent. 
Avec Montagu R. James, tout commence toujours très tranquillement, le soleil brille, les petits oiseaux chantent, les universitaires s'affairent, la maison de maître est belle et rassurante, les jardins sont impeccablement anglais, les bibliothèques sont profondes et rassurantes, le style a tout d'un parfait gentleman et rien ne saurait troubler ce bel équilibre assurément voulu par Dieu.
Et puis ...
Et puis, avec Montagu R. James, les nuages commencent à se jouer du soleil, quelque chose se détraque dans le chant des oiseaux, un docte professeur a le tort de partir tout seul à l'aventure, la maison se peuple d'ombres et de soupirs, les bibliothèques révèlent des informations déroutantes, voire démoniaques, le style se confond avec le son de votre coeur qui bat de plus en plus vite sous l'angoisse qui monte, qui monte ...
... pendant que l'Epouvante vous investit tout entier.
Une épouvante qu'admirait et respectait Howard Phillips Lovecraft, ce n'est pas n'importe quelle épouvante. Vérifiez par vous-même : lisez Montagu Rhodes James.
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kako
Littérophage Notabéniste.




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Localisation: bretagne
Emploi: papa au foyer
Loisirs: lecture
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Sujet: Re: Montagu R. James. Dim 22 Nov - 21:09 |
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Parfait
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