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1er Signe de l'Apocalypse (nouvelle courte)

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ignatius
Littérophage Notabéniste Avec Mention Spéciale.
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MessageSujet: 1er Signe de l'Apocalypse (nouvelle courte)   Ven 4 Fév - 18:02

Bon puisque je vais sûrement virer mon Iliade (sic) voici sa remplaçante:

1er Signe de l'Apocalypse

Le printemps nous fonçait droit dessus comme un météore que personne aurait
songé à esquiver. Pitis oiseaux, gambettes indécemment sorties de jupes très
courtes, bonhommie alentour, bref, pour une fois dans l'année, les êtres
humains avaient l'air heureux de vivre, ou faisaient bien semblant.

Vraiment, y'avait pas de quoi s'en faire: tout partout, promesses de joies.
Même les boulangères étaient sympa.

Je revenais du sport (ouais!), mon adversaire m'avait mis une tannée, mais
c'était pas grave, j'avais bien joué, bien couru, toutes les petites hormones
pour lesquelles je pratique dansaient la gigue dans mon corps exalté par cet
effort louable. Y'a même une girly châtain en bottines qui m'avait lancé un
sourire gratis, prolongé et appétissant au point que je sais toujours pas
pourquoi je l'ai pas prise en levrette devant l'arrêt du bus où ça s'est
produit.

Sur mon passage les habituels Roumains essayèrent bien de me taper du
pognon (oui, c'est sûr, en tenue complète, avec sac à raquettes dans le dos
je fais un peu bourgeois, mais nom de dieu, est-ce qu'on va au tennis ou au
jogging avec toute sa petite monnaie sur soi? je dis non, mais ça, eux, les
Roumains et autres cloches, ils se posent pas la question), mais bon, ce
jour-là, ils étaient bien guillerets aussi les Roumains, que je leur lâche
des pièces ou non. J'en ai passé deux, trois, sur une vingtaine de mètres
de trottoir.

Croisement de la Poste et de la rue de la République, je tourne et face à
moi un type gnomesque avec une veste en jean (ça se fait encore ça?), tout
maigre avec le mal inscrit sur sa gueule, et l'air pas tranquille. Les jambes
arquées, respiration coupée, on aurait dit un cow-boy halluciné prêt à
shooter tout le monde dans la rue. Il essaye de farfouiller dans mon âme avec
sa tronche de démon aux pouvoirs diaboliques, et puis comme je sais bien
faire une sale tête moi aussi, il se braque nerveusement sur un autre
passant. Ouf. Je continue ma route au pays de Candy.

Je suis rentré chez moi, normalement, faire des trucs humains: manger,
boire, écrire, péter, se branler, etc etc. Je me doutais de rien.

Le lendemain, re sport (je suis l'alcoolo le plus sportif de la planète, ne
vous en déplaise). Temps aussi magnifique, pas un brin de vent (ça aurait dû
me mettre la puce à l'oreille: Avignon + pas de vent = truc louche). Re
retour des terrains, re passage devant la Poste etc. J'avais l'impression que
les Roumains étaient un peu plus nombreux que la veille. En tous cas, si ils
récoltent de la thune en proportion de leur masse salariale présente dans nos
rues, dans six mois la Roumanie sera un Eldorado, et Bucarest la New-York du
21è siècle. Pas de doute là-dessus.

"Non, j'ai pas un brouzouf, je reviens du sport! (GRRR)".

Bizarrement je les trouvais moins avenants. Plus froids, moins cools.

Au même croisement j'angoisse un peu de me retrouver de nouveau nez à nez
avec le psychopathe tout en jean d'hier, mais non, coup de bol. Par contre
je passe entre deux manchards tout pouilleux, l'un contre le bâtiment,
l'autre au bord de la route, de sorte qu'ils me flanquent de gauche et de
droite, presque impossible de leur échapper. Insensible à leur malheur, je
trace. Celui de droite, au bord de la route, avait la face toute vérolée et
rubiconde, mais pas par la bibine, ça ressemblait plutôt à des piqures
d'insectes, des chenilles urticantes ou des araignées, enfin un truc
dégueulasse.

Devant la boulangerie où je m'arrête habituellement prendre du pain, ils
sont quatre, un qui vend un de ces journaux "gratuits", un fiché dans le
sol, entre une couverture vermoulue et un chapeau mou, une jeune avec un
chien pas commode et le dernier scotché à la porte de la boulangerie, genre
garde de Buckingham Palace, en moins impassible et qui mate tous les clients/
nourriture prêt à se jeter dessus en bavant comme un clébard qui a la rage
(une rage de faim). Ils se causent même pas entre eux, on dirait qu'ils se
connaissent pas et qu'ils ont été lâchés là tout à fait par hasard, par
quatre soucoupes volantes successives. Y'a pas, c'est un peu oppressant. On
se sent bien coupable en sortant de là notre baguette sous le bras. Je me
carapate dans mon domicile. La journée défile sans encombre notable.

Au jour III j'avais plus rien dans le frigo, plus rien dans les placards.
Cette situation n'étant pas tolérable (même plus de bouteilles!), je devais
prendre les choses en main et creuser un peu plus mon découvert autorisé
(bénédiction bancaire) au Carrefour City du coin. Toujours pas un souffle de
mistral dehors, rien, une météo de Paradis stagnait sur Avignon, comme si
Avignon avait été délocalisé 300 km plus loin. Dingue, mais savoureux.

Sur la place au bout de ma rue toute une tribu de clodos et de gueux en
tous genres faisaient leur office, courant après leurs chiens, invectivant
quelques croquants, des bonnes gens qui essayaient quand même de pas marcher
trop près de leur groupe. Ils étaient une grosse dizaine (peut-être plus!)
façon cohorte de mercenaires à l'arrêt, de bandits mutants de grands chemins.
Ils ne riaient pas. Un univers dans l'univers, mais le plus petit des deux se
répandait sur le premier, le contaminait. A plusieurs pas on voyait des puces
grosses comme des mouches sauter de l'un à l'autre zonard.

Avant d'arriver à Carrefour City, j'en croise au moins cinq séries, des
binômes, des trinômes, et à chaque fois cette bizarre sensation que ces
gus-là ne se parlent pas, sont étrangers l'un à l'autre, les uns aux autres.
Les mendiants et autres paumés des villes sont généralement moches, pous-
siéreux, puant la pisse et la vinasse, mais ceux-là c'était autre chose.
Leurs yeux étaient un peu rouges, leur peau bouffie et bouffée par un mal
rubescent inexplicable et ils paraissaient irrigués par une haine livide,
aveugle et puissante. Mais tout ça était sûrement dans ma tête.

Quoique. Le colossal vigile du supermarché, avec son 90D de muscles et son
tee-shirt style emballage cellophane chouffait dans toutes les directions à
la fois, absorbé et alerte, comme en apnée, en haut de l'escalator, prêt à
repousser la possible invasion des sept ou huit cramés-clochards qui grouil-
laient devant l'entrée. J'avais crû reconnaître le mec en jean, de dos, au
milieu du tas, mais pas sûr, et il avait filé.

A l'intérieur du Carrouf, les petites vieilles ne levaient pas le nez du
fond de leur caddie, speedées comme des fourmis, et ne se séparaient jamais
de leurs formations de deux ou trois individus. A peine plus exagéré que
d'ordinaire, mais là, ça semblait justifié. Les autres clients, jeunes ou
quadras-quincas, s'adonnaient à leurs courses normalement.

A mon arrivée en caisse, une rumeur descend depuis l'escalator. Du grabuge.
On se jette quelques regards, clients et caissières (les vieux bronchent
pas), mais personne dit vraiment rien, comme si ON pouvait nous entendre.

Juste quand je vais prendre mon dernier sac, un type sérieux en lunettes,
genre cadre bien payé lance (mais pas trop fort):

"Ah, y font chier tous ces Roumains! C'est bien l'Europe!"

Ca aurait dû initier un débat, ou attirer de fins commentaires sur la
situation politique de notre beau continent, mais là, non: silence lourd.

Le bordel parut augmenter en intensité, quelques éclats de voix. En haut
des marches (je prends jamais l'escalator, ça me donne l'impression inex-
plicable d'être mort, une sorte de paquet sur tapis roulant), je compris le
motif du chahut. C'était juste une scène hyper banale. Les flics et le vigile
chassaient les inopportuns de l'entrée. Seulement un peu plus tendu que
d'ordinaire. En fait, d'habitude, les clodos et autres teufeurs piercés vêtus
de lambeaux de l'armée râlent, récriminent, rouspètent devant l'iniquité du
traitement qui leur est infligé. Mais pas là. Ils faisaient durer, à la
manière d'une manifestation écolo, ou un truc dans le genre où les types
estiment être dans leur bon droit. Rebelles, quoi, bravaches, mais sans piper
mot; quand un flic leur touchait le bras pour les lever, ils brandissaient
un regard malsain, avec leur face vérolée et cet air un peu absent, ça avait
quelque chose de stressant. Même la police parlait peu, on entendait des fois
par-ci par-là:

"Vous pouvez pas rester ici...", mais un peu timides.

La lie purulente de la société se décida enfin à bouger, mais très
lentement, les uns après les autres, avec des gestes comme englués dans
l'éther. Ils se dispersèrent, le groupe se disloqua (alors qu'ils se séparent
pas en général!) mais en infligeant de nouveau leur regard glacé et gorgé de
sourdes intentions.

Toujours pas de vent.

Sur le retour, je croisai encore l'ombre du mec en jean, dilué dans un
attroupement d'autres va-nu-pieds, mais une fois de plus, c'était fugace,
pas moyen quand je me trouvai à leur niveau d'être sûr que ce fût lui.

Au coin de ma rue, y'avait cette miséreuse bien touchante (parce que très
vieille, la doyenne des crève-la-faim avignonnais) juchée sur son monceau de
bouteilles en plastique (qu'en faisait-elle?) et ses ordures qui
constituaient son bien, son trésor, son patrimoine. Quand on lui proposait de
l'aider (elle dormait dans les pires endroits imaginables, presque dans son
urine), elle se débrouillait, le moins aimablement possible de nous faire
comprendre que notre commisération, notre charité, elle en avait rien à
carrer; d'ailleurs jamais, jamais je l'avais vue tendre la main, elle
croupissait dans sa dignité à elle depuis des années. Bref. A mon approche
elle eut un mouvement de la face en ma direction, ses yeux me fixaient comme
si j'étais le Démon déambulant, et elle, une exorciste sûre de sa force. A
foutre les chocottes, n'avait été elle dont je connaissais le caractère pour
le moins asocial et misanthrope...

Quand même, en la dépassant, j'étais quasi certain d'avoir vu de ses
orbites gicler, puis couler, deux longs noirs serpents, tout fins, comme
deux fils de pétrole visqueux. Je fis des efforts immenses pour par me
retourner, pour pas vérifier si ses trucs me suivaient ou non.

Dans mon petit chez moi, tout allait bien, mon chat était strictement
pareil à tous les jours. Mais j'avais du mal à penser à autre chose: les
clodos, zonards, mendiants, traîne-patins de tous poils, ou bien c'était moi,
ou bien ils se multipliaient! On en avait jamais autant vus dans la ville, et
surtout chaque jour passant, ils semblaient pulluler un peu plus, comme si la
misère rampante se reproduisait d'elle-même la nuit, par une sorte de
parthénogenèse crasseuse et un peu miraculeuse. Ou bien ils venaient par
wagons au petit matin, expulsés de je ne sais quelle ville alentour bien
décidée à se débarrasser de sa vermine. Ils agissaient comme ça à Nice par
exemple, où des camions allaient recracher les mendigots à plusieurs
kilomètres, des fois y'en a un ou deux qui clamsaient sur le chemin du
retour, exténués par la marche et déshydratés par le soleil... Technique
d'épuration qui convenait bien aux commerçants et à leur clientèle. Bref,
ici en tous cas, c'était apparemment pas la même histoire, vu qu'on les
retrouvait bel et bien là au matin, à midi, l'après-midi et le soir.

Jour IV

Mon pote tennisman m'a laissé un message: le zef est tellement moribond que
ça serait vraiment con de pas en profiter. Ok. Je passe ma tenue de super héro
des courts de "quick" et c'est parti (putain ces fringues se dégueulassent à
une vitesse pas possible, surtout à l'endroit des poches où on enfourne nos
balles pour les services à venir, à croire que ces balles sont en agglomérat
de saletés, roulées dans la boue).

Quasiment pas un bruit dehors, pas une voiture ne fuse sur le bitume de la
rue de la Rép', à une centaine de mètres devant.

Le seul son que je perçois, c'est l'affreux "CROUING CROUING" d'un virtuose
de la guitare. Ce gars doit savoir moins d'accord que moi et gratter ses
cordes avec un ouvre-bouteille en métal rouillé, sinon je vois pas comment il
fait pour sortir un machin aussi inaudible de son instrument de musique.

Pourtant il a l'air super pénétré de son art. Assis en tailleur sur le
minuscule trottoir qui borde ma rue, ses longues filasses blondes recouvrant
totalement son visage et sur ses épaules une liquette infâme et grise, on
aurait dit Kurt Cobain himself, au concert Unplugged MTV. Un chouilla de
talent en moins, quand même.

Quand je suis plus qu'à cinq pas, il pose sa guitare (enfin!) et sans
remuer la gueule, chope et me tend une tasse où il doit espérer que je vais
laisser une offrande. Le tout avec une telle majesté impérieuse de loqueteux
qu'il semblait pas imaginable de dire non. Ca devait pas mal impressionner
les gens ces manières-là, moi-même je me sentais obligé de réagir. Je sors la
rengaine quotidienne:

"Je vais au sport là, j'ai pas de thune sur moi, désolé".

Le mec, il bronche pas, imperturbable avec son poing et sa tasse tendue,
en un genre de black panther revendicateur et bien sinistre. Je dis rien, je
passe.

"GrrrRRRmmmRRRMMMRrrrrrgmmmmmM..."

Si il veut grogner, qu'il grogne, ça me ferait même rire un peu. Et puis
j'entends un mouvement super subit. Le temps de faire volte-face pour être
bien sûr qu'il me sautait pas dans le dos, j'entends un gros:

"BAMCRAC"

Ce con venait de détruire sa guitare au sol! D'un coup, comme ça! Il était
debout, les jambes arquées, avec le manche de son défunt instrument en mains,
la caisse défoncée au sol à ses pieds. Putain! un névropathe!

Et il restait là, secoué par une respiration de monstre, avec les mugis-
sements rauques et tout.

J'avais toujours pas pu apercevoir ses traits derrière la tignasse en
rideau. Mais j'étais à peu près certain que deux trucs rougeoyaient sous
l'écran de tifs sales, à l'exact endroit des orbites.

Même s'il n'engageait aucun pas dans ma direction, je trouvai plus sage
d'accélérer le mien et de plus me retourner vers ce dangereux taré.

En fait, la rue de la République était pas du tout déserte, et plus j'en
approchais, et plus je percevais de bruits de marche, et comme un
bourdonnement guttural... Une fois au bon niveau, je vis qu'en effet divers
groupements de quelques individus avaient envahi la chaussée. Ils étaient
en réalité des légions! Tous se dirigeaient vers un endroit, à main gauche,
mais qui me restait caché tant que je débouchais pas directement dans la
rue. Y avait aussi une drôle d'odeur qui allait en s'amplifiant, genre
exhalaison putride d'un monticule de rats crevés.

Ils étaient plus de cent ou deux cents! massés en rang bordélique de chaque
côté de la Rép'! Tout ce qu'Avignon compte de rebut moisi, de SDF miteux, de
charognard affamé et de soûlard matinal était là réunis, avant midi, rangés
en deux armées chaotiques. Mais ils menaçaient pas ouvertement, ils hurlaient
d'ailleurs pas, seule une sorte de hululement fantomatique s'échappait de la
double meute.

Quelques gens normaux avançaient aussi dans la rue, mais un peu pétrifiés,
à pas vraiment mesurés, sans quitter la masse puante des yeux (ça sentait le
ramassis de pouilleux à des dizaines de mètres à la ronde).

A chaque passage d'un ou deux gars "normaux" la foule grouillante entonnait
le même:

"HOUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUU..."

Quand moi aussi je dû les franchir:

"HOUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUU..."

Carrément, les fourches caudines. Mais la chose vraiment anormale, c'était
leur visage! La chair rognée, comme brûlée par je ne sais quoi, et tous
avaient la tronche trouée par deux détritus rouges ou verts, tout luisants,
sûrement gluants et chlinquants la pourriture, à l'exact endroit des orifices
dédiés aux yeux.

Mais enfin bon, ils attaquaient personne, juste ils nous fichaient la honte
et bien la trouille aussi, avec leur face infernale.

Je suis quand même allé faire mon tennis, parce que c'est important pour la
santé, et que ne pas se bouffer de mistral autant de jours consécutifs, c'est
suffisamment rare pour en profiter pleinement.

Je menais 4/0, service à suivre. Imperdable. Et puis je me suis rappelé de
ce que je venais de voir et de vivre: très étrange cette affaire. Ca me quit-
tait plus, la horde de monstres avait peut-être retourné tout le centre-
ville, allez savoir! Je pensais plus qu'à ça, j'avais la sensation que la
pestilence arrivait jusque sur nos terrains, et m'englobait en un nuage
toxique de déchets et d'urine en particules fines. Je me suis fait remonter
4/6, et j'ai perdu sans plus faire un seul jeu, ni deux échanges consécutifs
valables.

Sans en comprendre la raison, j'osais même pas en parler à mon partenaire,
qui lui, habitait à l'opposé du centre. Je dus craindre qu'il me prît pour
un foutraque sans en tirer aucun bénéfice, vu qu'il m'aurait pas raccompagné
à domicile.

Je rentrai chez moi avec une pétoche de tous les diables, le ventre noué,
et une raquette directement en main, au cas où. Ces nouvelles raquettes en
graphite et tungstène sont bien plus solides qu'un crâne, y'a qu'à voir les
joueurs pro qui s'y reprennent à cinq ou six fois avant de les détruire au
sol quand leur colère nécessite réparation. Si un Roumain, ou un chépaquoi,
y compris un que je connais, me sautait dessus, je comptais la lui enfoncer
droit dans la tempe, pour vérifier ma théorie sur la résistance de ces
matériaux.

Des dizaines de gens fuyaient des remparts! Les mecs courraient comme
dératés, les mères déguerpissaient en trainant avec vigueur leurs gamins en
pleurs et des vieux, à leur petit rythme, tentaient également de s'extraire
de la zone de tout à l'heure. L'infection de puanteur purulente envahissait
maintenant d'autres rues adjacentes à celle de la République et prenait à la
gorge au point qu'on devait respirer dans ses vêtements qui ne tarderaient
pas à être imprégnés de l'immondice, et bons à brûler.

c'était une véritable émeute de pourriture sur pattes, enragée comme des
paysans de la Révolution, balais à chiottes brandis, enfants déformés et à
deux têtes, geignards, à bouts de bras, les unijambistes cassaient des
vitrines avec de grands coups secs de leurs prothèses, certains dégobil-
laient des boîtes de conserve de ravioli périmées, données par les épiceries
sociales (ils gerbaient aussi les boîtes! pas uniquement le contenu!) et
au milieu de ce tohu-bohu de tous les démons de l'enfer, c'était certain, des
types "normaux" se faisaient exploser la gueule. Y aurait des morts, si
c'était pas déjà le cas.

Pas fou et pas du tout héroïque, je contournai la bataille (aussi parce que
pénétrer cette odeur était INIMAGINABLE) et rasai les murs pour rejoindre mon
appartement, que j'espérais épargné par cette décharge de violence.

Cloîtré derrière ma porte (qui ferme très mal...), j'attendais que ça
passe. Rien ne passait, les sirènes de police vagissaient dans toutes les
rues et le chaos putrescent continuait certainement de s'étendre, de toutes
façons, c'était hors de question pour moi de sortir. J'attendais.

Le soir aux infos locales, j'appris qu'ils allaient envoyer l'armée pour
nettoyer tout le merdier. Le gouvernement prenait les choses en main, vu que
le maire était tout à fait dépassé par l'ampleur du phénomène, autant qu'un
gosse de trois ans face à un cabinet qui déborde soudain de toute ses
déjections.

Ca a tiré à balles réelles pendant quelques heures, les hélicos vrombis-
saient au dessus des toits (ce qui déployait un peu plus à travers la ville
l'arôme d'organes avariés qui s'infiltra alors jusque dans les conduits
d'aération), camions de l'armée, chars d'assaut, rien ne fut laissé au
hasard pour rendre la ville aux bonnes gens. Le massacre dura une bonne
partie de la nuit, et au matin il fallut tout désinfecter avec des produits
prévus pour les attaques bactério chimiques. Personne n'osa plus ensuite
parler de cette histoire dans Avignon, bien que devant la plupart des
boutiques ou bars furent installés des pédiluves afin qu'on se nettoyât
les pieds aux agents chimiques. Motus. A part aux infos nationales où
l'affaire fut très minorée: on raconta seulement que les égouts avaient
bien débordé, tout ça dans un soulèvement de dizaines de SDF et de quelques
familles pauvres émigrées d'Europe de l'Est qui furent dispersées au canon
à eau.

Le vent recommença de souffler sur Avignon.
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MessageSujet: Re: 1er Signe de l'Apocalypse (nouvelle courte)   Sam 5 Fév - 16:15

Ma foi, l'idée est intéressante et ça me fait penser un peu à John Carpenter ...
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MessageSujet: Re: 1er Signe de l'Apocalypse (nouvelle courte)   Sam 5 Fév - 17:24

oui bien sur, c'est calqué sur la farce gore, avec, non négligeable bien que peu patente, une pitite dimension politico sociale... je pensais aussi aux jeux vidéos où l'on extermine des milliers de zombis (bien que je n'y ai jamais joué, ou alors très jeune).
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MessageSujet: Re: 1er Signe de l'Apocalypse (nouvelle courte)   Sam 5 Fév - 18:21

Mais dans le genre politico-social, tu vas te mettre les gauchos à dos à mon sens, si tu laisses ça sur ton blog. (Sur Nota Bene, ce n'est pas grave : on en a vu d'autres et d'ailleurs, on les attends ... ) Ils ne verront que le premier degré - de même qu'ils prennent Lovecraft pour un aspirant-nazi - et pas l'ambiguïté foncière du phénomène.

De l'afflux "roumain", en tant que francilienne pour encore cinq mois et depuis près de dix ans, je retiens les visages angoissés de certains enfants qui, visiblement, s'ils ne ramenaient rien de leur journée de mendicité, passaient un sale quart d'heure. (Mais on ne peut pas donner à tous, avec la meilleure volonté, surtout quand on suspecte l'arnaque.) Mais il est vrai qu'en poussant le raisonnement jusqu'à l'extrême (littéraire), on peut déboucher sur une nouvelle comme la tienne. Ce qui fait que les plus généreux d'entre nous - qui ne sont pas forcément les plus riches, d'ailleurs - peuvent eux-mêmes finir par se sentir harcelés et ... oui, en danger.

Tu devrais mettre ton idée et ta nouvelle dans un coin et les laisser décanter. Tu parviendrais peut-être à quelque chose de moins "fantastique" caricatural mais de plus dérangeant aussi.
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MessageSujet: Re: 1er Signe de l'Apocalypse (nouvelle courte)   Sam 5 Fév - 18:40

Si les gauchos sont des débiles sans humour alors je me les mets à dos. Je n'ai aucune velléité de moralisateur, et je ne donne aucune leçon de savoir vivre (ou penser), ni aux gens de droite, ni aux gens de gauche, je n'ai pas cette prétention dans mes nouvelles. Je m'amuse seulement avec ce que j'entends, ce que les gens disent ressentir. Je laisse aux fins analystes politiques le soin de nous enseigner quoi penser. Je ne défends aucune idée, et par exemple dans le rêve de l'Iliade, ce n'est pas l'être humain derrière l'auteur qui prétend que les Arabes s'allieront un jour aux Chinois, pas du tout, ce serait une bêtise historique, je m'amuse juste des clichés, pas à briller avec l'intelligence que je n'ai pas.

Et puis pour en revenir à mon blog et aux gauchos, ils n'auront qu'à aller voir, un exemple parmi cent, mon article "Nostalgie nazie", et là, ils ne sauront plus sur quel pied danser (les mecs de droite par contre n'auront aucun doute concernant ce que je pense d'eux). Donc, en résumé, je vais me fiche les gens de droite ET de gauche sur le dos.

Heureusement que les animaux ne lisent pas, j'aurais toute la planète sur le râble.
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MessageSujet: Re: 1er Signe de l'Apocalypse (nouvelle courte)   Sam 5 Fév - 19:26

Ce sont surtout les primaires des deux camps que l'on se met à dos. Il y a, Dieu merci, des gens intelligents partout.

Mais tu as le fond anar, je pense, comme Guy. Wink


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MessageSujet: Re: 1er Signe de l'Apocalypse (nouvelle courte)   Sam 5 Fév - 19:32

La sottise de certains "bien-pensants" ... Récemment, sur mon blog, j'ai eu un commentaire d'une certaine Myrtille. Elle me traitait d'anti-sémite (nazie, bien sûr parce que tout le monde sait que les anti-sémites sont exclusivement nazis : rien sur Staline par exemple et rien sur l'approbation donnée par les "Frères musulmans" au régime hitlérien. Surtout, surtout, bonnes gens, n'en parlons pas !) parce que, dans ma fiche sur "Pastorale américaine" de Philip Roth, j'évoquais l'étonnement suscité par le physique blond/yeux bleus de Seymour, le héros (c'est un livre admirable et aussi un héros admirable !) au sein même de sa famille, d'origine juive. Et bien entendu, si je le faisais, c'est parce que Philip Roth lui-même le fait - il le pose dès la première page, quasiment.

Mais cette Myrtille s'est contenté de lire ce qui était écrit et de prendre tout cela au premier degré - sans même avoir l'intelligence de vérifier dans "Pastorale ..." qu'elle n'avait pas lu. Je lui ai évidemment répondu du tac au tac en lui citant le texte de Roth.

Mais ça m'avait laissé une impression de malaise : il y a une véritable "police de la bien-pensance" sur le Net, des internautes haineux, à l'esprit étroit, qui, dans d'autres temps, auraient dénoncé à la Gestapo comme à la Guépéou ou au NKVD. Et une telle connerie haineuse, vraiment, ça te donne envier de faire de la provoc, rien que pour le plaisir et pour heurter l'angélisme bien-pensant !

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MessageSujet: Re: 1er Signe de l'Apocalypse (nouvelle courte)   Dim 6 Fév - 12:53

"Nazi", "facho", ils n'ont que ces mots à la bouche, confondant bien souvent l'un avec l'autre d'ailleurs et n'ayant aucune connaissance en Histoire. Traiter quelqu'un ainsi sur des critiques de livres, c'est d'une aberration sans nom. Dans ce cas là, il va bientôt falloir éplucher les biographies de chacun pour savoir s'il est politiquement correct d'en parler. Ceci dit, pour reprendre Audiard (Les Tontons flingueurs), je dirais que "les cons, ça ose tout, c'est même à ça qu'on les reconnaît".
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MessageSujet: Re: 1er Signe de l'Apocalypse (nouvelle courte)   Mer 9 Fév - 13:50

La plupart du temps ce sont les gens pas très au clair avec l'histoire et leurs propres idées (voire pulsion, voire craintes mal digérées) qui sont suspicieux et prompts a accuser les autres, à leur jeter le sceau de l'infamie. Ou alors juste les idiots, mais ceux-là, on peut prendre le temps de leur expliquer, c'est pas de leur faute. Quoique comme le dise Astier dans un épisode de Kaamelott: "c'est toujours délicat de parler d'amour aux cons"...
Si si, il est bien question d'amour, quelque part...
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1er Signe de l'Apocalypse (nouvelle courte)

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