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Tristan et Iseut

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Lydia
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MessageSujet: Tristan et Iseut   Dim 13 Déc - 18:12

Cette légende a exercé une fascination sur toute la civilisation occidentale. Tout le monde la connaît, ou plutôt, croit la connaître, selon des versions plus ou moins fluctuantes. Des premiers épisodes français, racontés par Béroul et Thomas d'Angleterre jusqu'à L'éternel retour, de Cocteau, en passant par Wagner, on ne compte pas les adaptations.

L'histoire est la suivante: (source: alalettre.com)

Rivalen, le roi de Loonois vient combattre en Cornouailles aux côtés du roi Marc pour l'aider à se défaire de ses ennemis. Il tombe amoureux de Blanchefleur, la soeur du roi. Le mariage de Rivalen et Blanchefleur est célébré à Tintagel. Mais Rivalen doit retourner se battre sur ses terres. Les jeunes mariés arrivent en Loonois. Rivalen met Blanchefleur, enceinte, en sécurité et part au combat. Il meurt avant la naissance de leur enfant. Trois jours après, Blanchefleur meurt à son tour de chagrin en mettant au monde un fils, Tristan, qui doit son prénom à ce jour de tristesse. Tristan est élevé par Gouvernal qui lui donne une très bonne éducation et lui apprend le maniement des armes, la chasse et le chant.
Un jour, le jeune Tristan est enlevé par des marchands norvégiens qui l'abandonnent en Cornouailles. Recueilli à la cour du roi Marc, son adresse et ses talents musicaux lui valent d'être remarqué par le roi. Gouvernal, à la recherche de son élève, se rend en Cornouailles. Lorsque le roi Marc apprend que ce jeune garçon est le fils de sa sœur, il décide de le prendre sous sa protection.
Chaque année, le royaume de Cornouailles est soumis à un lourd tribut : c'est le géant Morholt qui chaque année se rend en Cornouailles et vient chercher son dû. Aucun des barons n'est prêt à se battre pour faire cesser cette injustice. Tristan, lui, se propose de lutter contre le géant. Il demande à son oncle de le faire chevalier pour qu'il puisse affronter le Morholt. Le combat est long et surhumain. Finalement Tristan parvient à terrasser le géant, mais il a été blessé par l'épée de son ennemi. L'arme du géant étant empoisonnée, Tristan semble condamné à une mort certaine. Il embarque seul dans une barque avec sa harpe et ses armes. Sans voile et sans rame, il laisse sa barque dériver, espérant, soit trouver une mort libératrice, soit une guérison inespérée.
La barque accoste en Irlande. La reine du pays entend un musicien jouer de la harpe. Elle est séduite par sa musique. Elle indique à Tristan qu'elle est disposée à le soigner, s'il consent à enseigner son art à sa fille Iseut. Tristan sait que la reine qui se propose de le sauver n'est autre que la soeur du Morholt, le géant qu'il vient de tuer. Il décide donc de changer d'identité et se fait passer pour Tantris. Guéri, il rentre en Cornouailles. Il doit alors affronter la jalousie des barons de son oncle. Craignant que le roi Marc ne fasse de Tristan son héritier, ceux-ci pressent le roi de se marier pour donner à son royaume un descendant. Le roi Marc accepte d'épouser la plus belle du monde, celle dont un cheveu blond a été déposé par une hirondelle sur sa fenêtre.
Soucieux de se débarrasser de ce neveu encombrant, les barons s'arrangent pour que ce soit Tristan qui soit chargé d'aller demander la main de la jeune fille pour son oncle. Tristan, qui a reconnu le cheveu d'Iseut, accepte de se rendre en Irlande.
Il débarque en Irlande déguisé en marchand. Il apprend alors qu'un dragon enlève chaque jour une jeune fille et que la reine a promis la main de sa fille à celui qui tuera le dragon. Tristan tente l'aventure et parvient à terrasser le dragon. Il lui coupe la langue pour prouver son exploit. Assoiffé, il va se désaltérer à un point d'eau, non loin de là. Malheureusement la langue du dragon est empoisonnée et dégage des "vapeurs" nocives. Tristan s'évanouit.
Pendant ce temps, un autre chevalier amoureux d'Iseut coupe la tête du dragon et se fait passer pour le héros. Connu pour sa lâcheté, ce chevalier ne parvient à convaincre ni la cour, ni Iseut. Elle décide, en compagnie de sa servante Brangien, de se rendre sur les lieux du combat. Elle y découvre Tristan inanimé. Une nouvelle fois, elle le soigne et le sauve.
La langue du dragon que possède Tristan montre que c'est bien lui le vainqueur du dragon. Le chevalier qui s'attribuait cet exploit était un imposteur.
En nettoyant les affaires de Tristan, Iseut découvre la brèche dans son épée et la compare au fragment extrait du crâne de son oncle. Elle comprend que Tristan est le meurtrier du Morholt. Elle se jette sur lui avec l'épée, mais Tristan parvient à la convaincre, en lui rappelant que son duel avec le Morholt était régulier, de l'épargner. Hésitante, Iseut, qui ne veut surtout pas épouser l'autre prétendant lui laisse la vie sauve.
L'assemblée des barons irlandais se réunit. La langue du dragon que possède Tristan est la preuve de son exploit. Le chevalier imposteur renonce à un duel avec Tristan et abandonne Iseut à son rival. C'est alors que Tristan explique au roi d'Irlande qu'il souhaite la main d'Iseut, non pour lui mais pour son oncle, le roi Marc et que ce mariage scellera la paix entre les deux royaumes ennemis. Iseut, elle, est inquiète d'avoir été conquise pour un autre.
Tourmentée pour l'avenir d'Iseut, sa mère confie à Brangien, la suivante de sa fille, un breuvage magique. Ce philtre d'amour à destination du roi Marc et d'Iseut, a pour but de susciter un amour réciproque et éternel entre les deux époux : ceux qui le boiront s'aimeront de tous leurs sens et de toute leur pensée, à toujours dans la vie et dans la mort.
Sur le bateau qui les ramène en Cornouailles, afin d'apaiser la soif de Tristan et d'Iseut, Brangien, par erreur, leur fait boire le philtre d'amour. Désespérée, Brangien jette le flacon vide à la mer. Bientôt apparaissent les premiers signes de l'effet du philtre. Par loyauté pour son oncle, Tristan tente de combattre ce sentiment qui s'empare de lui. C'est Iseut, la première, qui avoue sa flamme. Voyant Tristan et Iseut prêts à succomber à leur passion, Brangien leur confesse l'origine de leur amour et les met en garde contre son caractère irréversible. En vain. Les deux jeunes gens, dès le troisième jour de la traversée, cèdent à la passion et deviennent amants.
Arrivée en Cornouailles, Iseut est accueillie avec tous les honneurs par le roi Marc. On célèbre le mariage royal. Mais, pour la nuit de noces, Iseut convainc Brangien de sacrifier sa virginité et de prendre sa place dans le lit conjugal. A la cour personne ne soupçonne encore l'amour qu'éprouvent Tristan et Iseut l'un pour l'autre, mais Iseut craignant que Brangien ne les dénonce veut la faire assassiner. Elle paie deux serfs et leur demande d'emmener Brangien dans la forêt pour la tuer. Iseut ordonne alors à Brangien d'aller cueillir des herbes médicinales dans la forêt. Emus par la bonté de la jeune fille, les deux serfs désobéissent et lui laissent la vie sauve. Finalement Brangien et Iseut se réconcilient, et les deux femmes se promettent une amitié éternelle.
Pendant plusieurs mois Tristan et Iseut vivent leur passion sans être inquiétés. Mais bientôt le nain Frocin et les quatre barons jaloux découvrent le sentiment qui unit Tristan et Iseut. Malgré la crainte que leur inspire le neveu du roi marc, ils décident d'alerter leur souverain. Marc se refuse à les croire, mais peu à peu il commence à douter. Il impose alors à Tristan une première épreuve en lui demandant de s'éloigner quelque temps de Tintagel. Mais Brangien organise alors des rendez vous clandestins pour les deux amants. Le roi Marc est à nouveau alerté par les barons félons. Sur les conseils du nain Frocin, il fait croire à son entourage qu'il s'absente quelques jours en forêt pour chasser. En fait il vient se cacher près du grand pin, lieu supposé des rendez-vous galants de Tristan et Iseut
Lorsque Tristan arrive, il aperçoit le visage de son oncle dans le reflet de la fontaine. Iseut, elle aussi, devine le piège qui leur est tendu. Les deux amants abusent le roi en tenant des propos anodins. Rassuré et convaincu de leur innocence, Marc permet à Tristan de revenir à la cour et laisse son neveu et Iseut se voir en toute liberté.
Les quatre barons et le nain Frocin ne désarment pas. Ils souhaitent, plus que jamais, confondre les deux amants. Frocin imagine un autre piège. Il demande à nouveau au roi d'éloigner Tristan du château en lui confiant une mission. Il est persuadé que Tristan souhaitera, avant son départ, s'entretenir une dernière fois avec la reine. Le soir, Frocin répand autour du lit d'Iseut de la farine. Il est sûr de retrouver le lendemain matin les empreintes de Tristan. Tristan qui a suivi la scène rend visite à Iseut, et décide de sauter jusqu'à son lit. Hélas pour lui, une ancienne plaie à la jambe se déchire et il laisse des traces de sang dans le lit d'Iseut et sur la farine qui l'entoure.
Lorsque le roi et les barons rentrent dans la chambre, Tristan n'est plus aux côtés d'Iseut, mais les tâches de sang l'accusent. Tristan et Iseut sont condamnés à mort. Tristan, pendant qu'on le conduit au bûcher, convainc ses gardes de le laisser se recueillir dans une chapelle située au sommet d'une falaise surplombant la mer. Il parvient miraculeusement à s'échapper en sautant par la fenêtre.
Des lépreux persuadent alors le roi de punir Iseut par une peine plus lente et plus cruelle que le bûcher : leur remettre Iseut. Le roi Marc accepte. La reine est emmenée par ce groupe de lépreux. Mais Tristan veille. Il parvient grâce à l'aide de son ami Gouvernal à libérer Iseut. Les deux amants s'enfuient.
Tristan et Iseut vivent dans la forêt de Morrois un exil difficile, mais leur amour leur permet d'affronter cette vie d'errance. Un jour, un homme du roi Marc surprend près d'une hutte de feuillage, Tristan et Iseut endormis. Il s'empresse de prévenir son souverain. Dès qu'il le peut, Marc se rend dans la forêt à l'endroit qui lui a été indiqué. Il aperçoit les amants endormis, l'épée de Tristan entre eux deux, preuve de leur innocence. Il les épargne, mais souhaite tout de même laisser une trace de son passage. Il échange son anneau avec celui d'Iseut et son épée avec celle de Tristan. Lorsqu'ils se réveillent Tristan et Iseut prennent peur et s'enfuient en direction du pays de Galles.
L'attitude chevaleresque du roi Marc a ému les deux amants. Tristan implore l'aide de Dieu pour qu'il lui donne la force de laisser Iseut retrouver le roi Marc. De son côté, Iseut songe avec nostalgie à la vie agréable qu'elle menait à la cour de Cornouailles. Les deux amants décident de consulter l'ermite Ogrin pour qu'il les conseille sur l'attitude à tenir. Ce dernier recommande à Tristan de rendre Iseut à son mari et de s'exiler. L'ermite assure le roi Marc de la pureté d'Iseut. Le roi accepte que sa femme revienne à la cour. Avant de se séparer, les amants s'échangent des preuves de leur amour. Iseut garde Husdent, le chien de Tristan, tandis qu'elle lui offre un anneau de jaspe vert. Iseut est reçue avec les honneurs à la cour et est applaudie par le peuple de Cornouailles.
Les barons félons continuent de douter d'Iseut. Ils jettent de nouveau le trouble et parviennent à convaincre le roi Marc de la soumettre à un serment solennel devant les autorités de Cornouailles. Il lui faut affirmer qu'elle n'a jamais entretenu de relations coupables avec Tristan. Iseut accepte de se soumettre à cette épreuve qui se déroulera devant le roi Marc, sa cour et l'ensemble des barons. Elle demande également au roi Arthur et à sa cour d'assister à cette épreuve, afin qu'ils puissent témoigner, si ensuite, on venait encore à la soupçonner. Iseut envoie alors un message à Tristan pour qu'il assiste, déguisé en lépreux, à cette épreuve.
Le jour du serment, pour se rendre au lieu dit le "Mal Pas", Iseut doit faire appel à un pèlerin pour qu'il l'aide à traverser un gué. Cet individu n'est autre que Tristan déguisé en lépreux. Elle traverse donc le gué juchée sur les épaules de Tristan. C'est ensuite qu'elle fait le serment : hormis Marc et ce pèlerin, aucun homme ne l'a jamais tenue dans ses bras.
Tristan peut rentrer à la cour et les amants peuvent s'aimer à nouveau. Toujours surveillés par les félons, Tristan se venge de plusieurs d'entre eux en les tuant. Un jour, le roi surprend les amants endormis dans un verger. Cette fois-ci, l'épée de Tristan ne sépare pas leurs corps. Le roi, persuadé de leur culpabilité, chasse Tristan.
Tristan part en exil et erre de royaume en royaume. Il traverse les mers et finit par s'arrêter en Petite Bretagne (la Bretagne actuelle). Il aide le roi Hoël et son fils Kaherdin à se défaire de leurs ennemis. Kaherdin et Tristan se lient d'amitié. Ce dernier lui présente sa sœur, Iseut aux Blanches mains. Attiré par la jeune fille en raison de sa beauté et surtout du nom qu'elle porte, Tristan compose de beaux poèmes d'amour. Pour le remercier de son aide, le roi Hoël offre à Tristan la main de sa fille. Celui-ci accepte de l'épouser. Le soir des noces, pris de remords, il se refuse à consommer le mariage, car il ne peut se résoudre à tromper son premier et unique amour. Iseut aux Blanches mains s'étonne de l'indifférence de Tristan. Ce dernier justifie son attitude en prétextant que suite à une bataille gagnée grâce à l'aide de la Vierge Marie, il a fait le vœu d'un an de chasteté. Un jour, Kaherdin découvre, vexé, que le mariage de Tristan et de sa sœur n'a jamais été consommé. Il est tellement furieux qu'il envisage de tuer Tristan pour venger l'honneur de sa sœur. Mais Tristan fait à Kaherdin le récit de sa vie. Il lui avoue qu'il aime une autre Iseut, bien plus belle qu'Iseut aux Blanches mains. Ému et compatissant, Kaherdin pardonne à son ami.
Kaherdin et Tristan se rendent clandestinement en Cornouailles. Plusieurs malentendus empêchent Tristan et Iseut de se retrouver. Puis Tristan retourne une nouvelle fois en Cornouailles. Cette fois il parvient à se déguiser et à pénétrer dans le château de Marc. Grâce à son chien Husdent et à l'anneau de jaspe vert, Iseut le reconnaît. Tristan et Iseut réussissent à se voir clandestinement pendant plusieurs jours. Mais des soupçons pèsent sur lui. Tristan doit à nouveau s'enfuir. Il fait ses adieux à Iseut et lui promet de revenir bientôt
De retour en Bretagne, Tristan aide Kaherdin à combattre un nouvel ennemi. Il est grièvement blessé au cours d'un combat par une lance empoisonnée. Seule Iseut La Blonde et ses dons de guérisseuse peuvent lui sauver la vie. Il demande à Kaherdin d'aller chercher Iseut en Cornouailles. Son beau-frère accepte. Tous deux conviennent d'un code : s'il parvient à ramener Iseut, la voile sera blanche, si l'entreprise échoue, alors elle sera noire. Mais Iseut aux Blanches mains a entendu cette conversation et elle connaît maintenant la véritable cause de la chasteté de Tristan. Kaherdin parvient à convaincre Iseut la Blonde de se rendre en Bretagne sauver la vie de Tristan. Pendant la traversée, le bateau essuie un dangereux orage, puis c'est le calme plat. Iseut aux Blanches mains aperçoit le navire qui s'approche de la côte. Dévorée par la jalousie, elle annonce à Tristan que la voile est noire. A ces mots Tristan meurt de chagrin. Sitôt débarquée, Iseut la Blonde apprend la mort de son amant. Elle se rend auprès de lui, s'allonge à ses côtes et le rejoint dans la mort.
Quelque temps après, le roi Marc ramène les deux corps en Cornouailles. il les fait enterrer dans la même chapelle. " Mais pendant la nuit, de la tombe de Tristan jaillit une ronce verte et feuillue, aux forts rameaux, aux fleurs odorantes, qui, s'élevant par dessus la chapelle, s'enfonça dans la tombe d'Iseut. Les gens du pays coupèrent la ronce : au lendemain elle renaît, aussi verte, aussi fleurie, aussi vivace, et plonge encore au lit d'Iseut la Blonde. Par trois fois, ils voulurent la détruire; vainement. Enfin, ils rapportèrent la merveille au roi Marc: le roi défendit de couper la ronce désormais."
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MessageSujet: Re: Tristan et Iseut   Dim 13 Déc - 18:39

Le roman de Béroul est certainement le plus ancien des fragments. On situe sa composition entre 1150 et 1190. Béroul raconte les épisodes qui vont de la rencontre clandestine épiée par Marc jusqu'à la mort des trois barons félons après la justification d'Iseut en justice.

Le Tristan de Thomas est daté de 1173. Il inspira Gottfried de Strasbourg pour son adaptation allemande du roman de Tristan au XIII° siècle. Il se présente sous la forme de plusieurs fragments lacunaires et discontinus. Cinq manuscrits restituent huit morceaux de l'histoire. Le manuscrit Sneyd relate le mariage de Tristan (888 vers) et offre une version de l'extrême fin du roman. Le manuscrit Douce donne un texte continu de 1818 vers qui touche également au dénouement de l'œuvre. Un autre manuscrit, déposé à la bibliothèque de Strasbourg, fut détruit en 1870 dans un incendie. Il offrait trois courts fragments décrivant, entre autre, un cortège royal accompagnant Iseut. Un dernier manuscrit, qui se trouvait jadis à Turin a été perdu. Il a été heureusement transcrit avant sa disparition. Son texte évoque plus particulièrement Tristan dans la salle aux images.

La Folie Tristan dite d'Oxford et la Folie Tristan de Berne présentent deux versions différentes d'un même épisode, celui où Tristan se déguise en fou pour rencontrer Iseut et entrer dans le palais du roi Marc où il est interdit de séjour.
Le manuscrit d'Oxford s'étend sur 998 vers, alors que celui de Berne n'en comporte que 572.

Le Lai du chèvrefeuille est l'œuvre de Marie de France. Un des manuscrits contient un épisode isolé d'une centaine de vers où Tristan et Iseut se rencontrent clandestinement dans une forêt et peuvent s'adonner librement à leur amour pendant un court instant.

Le Donnei des amants est un poème du XIII° siècle qui contient un court épisode tristanien intitulé "Tristan Rossignol". L'épisode narre une autre rencontre clandestine des amants. Yseut est invitée à rejoindre son amant grâce au chant du rossignol qu'imite précisément Tristan.
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MessageSujet: Re: Tristan et Iseut   Dim 13 Déc - 18:39

La suite demain !!!
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MessageSujet: Re: Tristan et Iseut   Dim 13 Déc - 20:35



Tristan et Iseut, sur le bateau.

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MessageSujet: Re: Tristan et Iseut   Dim 13 Déc - 20:37



Tristan et Iseut, Le Philtre.
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MessageSujet: Re: Tristan et Iseut   Dim 13 Déc - 20:39



Mort de Tristan et Iseult, Tristan de Léonois, enluminé par Évrard d'Espinques et collab.,
France (Ahun), XVe siècle Paris, BnF, département des Manuscrits

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MessageSujet: Re: Tristan et Iseut   Dim 13 Déc - 20:43



Tristan et Iseult à la fontaine
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MessageSujet: Re: Tristan et Iseut   Lun 14 Déc - 18:57

Les origines de la légende tristanienne ont donné lieu à bien des hypothèses et des théories contradictoires.
On retrouve certains motifs dans diverses mythologies indo-européennes. On peut noter, dans le domaine celtique, La Poursuite de Diarmaid et Grainne qui raconte les amours d'un jeune guerrier (Diarmaid) pour la fille du roi d'Irlande. Diarmaid refuse d'aimer Grainne pour rester fidèle à son roi, mais Grainne l'oblige à la suivre dans une forêt où elle vit avec lui une existence misérable. Chaque fois qu'il se couche à ses côtés, il place entre eux une pierre (on comparera cet épisode à celui du Morrois dans le roman de Béroul). Une autre fois, Grainne reçoit une éclaboussure d'eau sur la cuisse, incitation à la séduction (on trouve un épisode semblable chez Thomas). Diarmaid échappe à ses ennemis en accomplissant un saut prodigieux (exactement comme Tristan dans le roman de Béroul). Les analogies sont nombreuses. Cependant, les différences empêchent de conclure à l'imitation directe d'un texte par l'autre.

Un texte persan, Wis et Ramin, raconte une histoire qui rappelle celle du trio Marc-Iseut-Tristan. La jeune Wis est amoureuse de Ramin mais elle est convoitée par Maubad qui rêve de l'épouser. Les deux amants sont constamment traqués par Maubad. Ils sont bannis comme les amants de Cornouailles. Un jour, Wis doit se soumettre à une procédure judiciaire pour prouver qu'elle n'a pas eu de relation avec Ramin.

Toutes ces analogies tendent à prouver qu'il existe bien un fond commun et que Béroul ou Thomas n'ont rien inventé. Ils ont augmenté des légendes existantes dans la tradition orale. On trouve, en Cornouailles, un lieu-dit, le "Gué d'Yseut" (Hryt Eselt), attesté dès le X° siècle ainsi qu'une stèle du VI° siècle découverte aux portes de Lantien et portant le nom de Tristan (DTRVTANVS). Si la légende ne semble pas être née là, elle s'y est cristallisée.
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MessageSujet: Re: Tristan et Iseut   Lun 14 Déc - 20:20

Extrait du Tristan de Béroul


"Par Dieu, créateur des éléments, ne me donnez plus de tels rendez-vous. Je vous le dis tout net, Tristan, je ne viendrai pas. Le roi croit que j'ai éprouvé pour vous un amour insensé, mais, Dieu m'en soit témoin, je suis loyale : qu'Il me frappe si autre homme que celui qui m'épousa vierge fut jamais mon amant ! Les félons de ce royaume que vous avez sauvé en tuant le Morholt peuvent toujours lui faire croire à notre liaison, car c'est leur faute, j'en suis sûre : mais, Seigneur Tout Puissant, vous ne pensez pas à m'aimer, et je n'ai pas envie d'une passion qui me déshonore. Que je sois brûlée vive et qu'on répande au vent ma cendre, plutôt que je consente à trahir mon mari même un jour ! Hélas ! le roi ne me croit pas ! J'ai lieu de m'écrier : Tombée de haut !
Salomon dit vrai : ceux qui arrachent le larron du gibet s'attirent sa haine! Si les félons de ce royaume..."
"... Ils feraient mieux de se cacher. Que de maux avez-vous soufferts, quand vous fûtes blessé lors du combat contre mon oncle ! Je vous ai guéri. Si vous m'aviez alors aimée, c'eût été normal ! Ils ont suggéré au roi que vous étiez mon amant. Si c'est ainsi qu'ils croient faire leur salut ! ils ne sont pas près d'entrer au paradis. Tristan, ne me faites plus venir nulle part, pour rien au monde : je n'oserai y consentir. Mais sans mensonge, il est temps que je m'en aille. Si le roi le savait, il me soumettrait au supplice, et ce serait fort injuste : oui, je suis sûre qu'il me tuerait. Tristan, le roi ne comprend pas non plus que si j'ai pour vous de
l'affection, c'est à cause de votre parenté avec lui : voilà la raison de mon estime. Jadis, je pensais que ma mère chérissait toute la famille de mon père, et je l'entendais dire qu'une épouse n'aimait pas son mari lorsqu'elle montrait de l'antipathie à ses parents. Oui, je le sais bien, elle disait vrai. C'est à cause de Marc que je t'ai aimé, et voilà la raison de ma disgrâce...
-[Le roi n'a pas tous les torts] ... ce sont ses conseillers qui lui ont inspiré d'injustes soupçons.
-Que dites-vous, Tristan ? Le roi mon époux est généreux. Il n'aurait jamais imaginé de lui-même que nous puissions le trahir. Mais on peut égarer les gens et les inciter à mal agir. C'est ce qu'ils ont fait. Je m'en vais, Tristan : c'est trop tarder.
- Ma dame, pour l'amour de Dieu ! Je vous ai appelée, vous êtes venue. Ecoutez ma prière. Vous savez comme je vous chéris ! "
Tristan, aux paroles d'Yseut, a compris qu'elle a deviné la présence du roi. Il rend grâces à Dieu. Il est sûr qu'ils sortiront de ce mauvais pas.
"Ah ! Yseut, fille de roi, noble et courtoise reine, c'est en toute bonne foi que je vous ai mandée à plusieurs reprises, après que l'on m'eut interdit votre chambre, et depuis je n'ai pu vous parler. Ma dame, j'implore votre pitié : souvenez-vous de ce malheureux qui souffre mille morts, car le fait que le roi me soupçonne d'être votre amant me désespère, et je n'ai plus qu'à mourir... [Que ne fut-il assez avisé] pour ne pas croire les délateurs et ne pas m'exiler loin de lui ! Les félons de Cornouaille en éprouvent une vile joie et s'en gaussent. Mais moi, je vois bien leur jeu : ils ne veulent pas qu'il garde à ses côtés quelqu'un de son lignage. Son mariage a causé ma perte. Dieu, pourquoi le roi est-il si insensé ? J'aimerais mieux être pendu par le col à un arbre plutôt que d'être votre amant. Mais il ne me laisse même pas me justifier. Les traîtres qui l'entourent excitent contre moi sa colère, et il a bien tort de les croire. Ils l'ont trompé, et lui n'y voit goutte. Ils n'osaient pas ouvrir la bouche, quand le Morholt vint ici, et il n'y en avait pas un qui osât prendre les armes. Mon oncle était là, accablé : il aurait préféré la mort à cette extrémité. Pour sauver son royaume, je
m'armai, je combattis, et je le débarrassai du Morholt. Mon oncle n'aurait pas dû croire les accusations des délateurs. Souvent, je m'en désespère. Sait−il l'étendue du mal qu'il commet ? Oui, il s'en rendra compte un
jour. Pour l'amour du fils de Marie, ma dame, allez lui dire sans tarder qu'il fasse préparer un feu, et moi j'entrerai dans la fournaise : si je brûle un poil de la haire que j'aurai revêtue, qu'il me laisse consumer tout
entier. Car je sais bien qu'il n'y a personne dans sa cour pour oser combattre contre moi. Noble dame, prenez pitié. Je vous implore. Intervenez pour moi auprès du roi qui m'est si cher. Quand je débarquai en ce pays... Mais il est mon seigneur et j'irai le trouver.
− Croyez−moi, Tristan, vous avez tort de me faire cette requête, et de m'inciter à lui parler de vous pour obtenir votre pardon. Je ne veux pas encore mourir, et je me révolte à l'idée d'un tel suicide. Il vous soupçonne d'être son rival, et moi, j'intercèderais pour vous ? Ce serait trop d'audace. Non, Tristan, je m'y refuse, et vous avez tort de me demander cela. Dans ce pays, je suis seule. Sa demeure vous est interdite à cause de moi : s'il m'entendait plaider votre cause, il aurait toutes les raisons de me croire insensée. Non, je ne lui dirai pas un mot. Mais je vais vous avouer quelque chose, et il faut que vous le sachiez bien : s'il vous
pardonnait, mon cher seigneur, et s'il oubliait sa rancœur et sa colère, j'en serais pleine de joie. Mais s'il avait vent de cette équipée, je n'aurais, j'en suis sûre, aucun recours et mourrais. Je m'en vais, mais ne dormirai
guère. Je crains tant que quelqu'un ne vous ait vu venir ici ! Si le roi entendait dire que nous nous sommes rencontrés, il n'y aurait rien de surprenant à ce qu'il me fasse brûler vive. Je tremble, j'ai peur, si peur que je m'en vais : j'ai trop demeuré."
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MessageSujet: Re: Tristan et Iseut   Lun 14 Déc - 20:24

Extrait du Tristan de Thomas

Fragment du manuscrit de Cambridge : Le Verger


"Il tient dans ses bras la reine. Ils se croient en sûreté. Or survient, malheur imprévu, le roi, conduit par son nain. Il veut les prendre sur le fait, mais, Dieu merci, les deux hommes arrivent trop tard et trouvent les
amants endormis. Le roi, à ce spectacle, dit au nain : "Attendez-moi ici ; je vais monter au palais chercher de mes barons : ils seront témoins du flagrant délit. Je les ferai brûler preuves à l'appui."
Tristan s'éveille, et voit le roi, mais feint le sommeil, le laissant aller à grand pas vers le palais. Il se dresse alors et dit :
"Hélas, Yseut, belle amie, réveillez-vous : nous sommes trahis. Le roi nous a surpris ; il va chercher du renfort. S'il le peut, il nous fera arrêter tous les deux et condamner au bûcher. Je vais m'en aller, ma douce amie. Ne craignez rien, car ils n'auront pas de preuve... (si l'on vous trouve seule. Je partirai tristement en exil, pour l'amour de vous)... et je ne connaîtrai plus la joie, mais la nostalgie, ni le bonheur, mais le péril.
Je suis si malheureux de vous quitter que tout plaisir m'est à jamais refusé. Ma tendre dame, je vous en prie, ne m'oubliez pas : aimez-moi autant de loin que vous m'aimez quand je suis proche. Je ne veux plus
tarder : donnez-moi le baiser d'adieu."
Yseut l'embrasse longuement ; elle l'a écouté avec passion et constate qu'il pleure ; ses yeux s'embuent et elle pousse un profond soupir ; elle lui dit avec ferveur :
"Mon ami, mon seigneur, vous aurez triste souvenir de ce jour où votre départ vous coûta tant. Je suis déchirée de vous perdre et n'ai jamais autant souffert. Je ne connaîtrai plus la joie quand je serai privée du
réconfort de votre présence : quelle pitié ! tant de tendresse ! et je ne vous verrai plus ! Il faut que nous nous séparions, mais l'amour restera intact. Prenez cependant cet anneau, et gardez-le, si vous m'aimez..."
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MessageSujet: Re: Tristan et Iseut   Lun 14 Déc - 20:30

Fragment du manuscrit Sneyd : Le mariage


... Tristan balance et s'abandonne à des pensées contradictoires, car il veut se guérir d'aimer, puisqu'il ne peut réaliser son désir ; il se dit : "Yseut, mon amie, votre vie n'est pas la mienne : notre amour n'est plus communion, et je suis dupe. Je perds à cause de vous bonheur et plaisir, mais vous n'en êtes privée ni jour ni nuit ; je mène ma vie dans la souffrance, et vous menez la vôtre dans la volupté. Je ne fais que vous désirer, mais vous ne pouvez éviter de connaître la jouissance et la joie, et vous obtenez tout ce que vous voulez. J'ai la nostalgie de votre corps,
mais le roi le possède ; il fait l'amour avec vous jusqu'à satiété, et c'est à lui qu'appartient ce qui était à moi. Je renonce à ce qui m'est inaccessible, car je sais bien qu'Yseut, satisfaite, m'a oublié. Mon cœur, à cause d'elle, méprise toutes les femmes, et elle refuse de me consoler, bien qu'elle sache combien je souffre, et combien la passion me tourmente : une autre a envie de moi, et j'en suis déchiré. Si je n'étais pas si intensément sollicité, je souffrirais mieux ma langueur et, j'en suis sûr, le fait de me dépenser soulagerait une ardeur que son indifférence accroît. Mais puisque je la convoite en vain, je suis bien obligé de trouver compensation à ma mesure, car comment faire autrement ? C'est ainsi que l'on se comporte devant l'inéluctable. A quoi bon attendre toujours et s'abstenir de toute consolation ? Pourquoi nourrir une tendresse qui n'aboutit à rien ? J'ai tant enduré de peines et de douleurs pour Yseut que j'ai le droit de vivre. Je me perds à rester fidèle. Elle ne pense plus à moi, elle n'est plus la même. Mon Dieu, Créateur du monde et Roi du ciel, comment a-t-elle pu changer à ce point ? Est-ce concevable ? Quand l'amitié demeure, l'amour peut-il mourir ? Pour moi, je ne puis y renoncer. Et je sais bien que si mon cœur se détachait d'elle, son cœur le lui dirait : elle ne pouvait rien faire de bien ou de mal sans que mon cœur ne le sût. Mon cœur me dit que son cœur est constant et veut me consoler de loin. Si je ne puis satisfaire mon désir, est-ce une raison de la trahir et de lui préférer une femme qui ne m'est rien ? Nous avons tant souffert et l'amour nous a imposé tant d'épreuves que même privé d'elle, je n'ai pas le droit de courtiser quelqu'un d'autre ; elle-même aspire sans doute à ce qu'elle ne peut réaliser ; et je ne saurais lui tenir rigueur, quand elle ne songe qu'à moi : si elle n'agit pas comme je le souhaiterais, faut-il lui en vouloir ? Yseut, vous n'y pouvez rien, et vous m'aimez ; vous ne m'abandonnerez pas. Je suis incapable de vous tromper. J'en suis sûr, si elle renonçait à moi, mon cœur le devinerait aussitôt. Mais, qu'elle m'ait trahi ou non, j'éprouve cruellement son absence. Je pressens qu'elle m'aime peu ou qu'elle ne m'aime plus, car si elle m'aimait vraiment, elle trouverait un moyen de me rassurer. Me rassurer de quoi ? De ce doute actuel. Où me ferait-elle chercher ? Où je suis. Mais sait-elle où ? Et alors ! Elle pourrait s'en enquérir ! Pourquoi ? Parce que je suis malheureux.
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MessageSujet: Re: Tristan et Iseut   Mar 15 Déc - 19:10

La saga norroise

Il existe même un Tristan et Iseut scandinave. Cette version relate intégralement l'histoire des parents de Tristan jusqu'à la mort d'Iseut. On peut donc avoir une vue d'ensemble de cette légende, sans avoir l'arbitraire d'une reconstruction moderne. Cette saga n'est rien d'autre que le roman de Thomas traduit. Traduit, et non transposé, ce qui a toute son importance et ce qui le différencie des autres textes dérivés de Thomas que sont le Tristan de Gottfried von Strassburg ou Sir Tristrem. On peut ainsi se faire une idée de ce que contenait réellement l'original anglo-normal dont nous n'avons plus que des fragments.

Le roman anglo-normand aurait été traduit, en norrois (langue commune à la Norvège et à l'Islande), en 1226 par un certain frère Robert à la demande du roi Håkon de Norvège. Une telle traduction, et cela peut surprendre, prenait sa place dans un vaste projet politique: le roi Håkon désirait en effet moderniser son royaume, l'agrandir et lui donner un rayonnement nouveau, sur le modèle des Plantagenêts. Dans ce cadre, il fit donc traduire une grande partie des œuvres littéraires circulant alors en Angleterre. Outre la saga de Tristan et Iseut, il est également cité dans Elis saga (Elie de Saint-Gilles), Strengleikar (les Lais de Marie de France), Möttuls saga (Le mantel mautaillé) et Ivens saga (Yvain de Chrétien de Troyes), Erex saga (Erec et Enide), Parcevals saga (Le conte du graal de Chrétien de Troyes), ou encore Karlamagnús saga, qui compile en dix branches de nombreuses chansons de geste françaises, parfois perdues.
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MessageSujet: Re: Tristan et Iseut   Mar 15 Déc - 20:29

Extrait de la Saga norroise.

Chapitre I: Kanelangres

Il y avait en Bretagne un jeune homme d'une très grande beauté, bien fait de sa personne, extrêmement bien doué, puissant, et riche de eaux châteaux et forteresses; il connaissait mainte science; il était très vaillant dans l'art de la chevalerie, parfaitement capable de tout acte de bravoure, avisé et habile dans ses projets, prévoyant, devinant l'avenir; c'était un homme accompli en toute qualité, plus que tous les hommes qui vivaient en ce temps-là dans ce pays.; et ce chevalier s'appelait Kanelangres. C'était un homme très dur pour les gens durs et très féroce pour les féroces. Il avait une grande compagnie de chevaliers fidèles et de vassaux intraitables, et il aurait même aimé avoir une troupe d'hommes plus importante autour de lui s'il avait eu les moyens de l'entretenir. Comme il était très obligeant par ses cadeaux, très attentionné dans son comportement, très dur au combat, il s'empara grâce à sa vaillance, sa valeur et ses coups de lance, de domaines si étendus et de si riches butins qui appartenaient à ses ennemis, qu'en peu d'années sa puissance et son renom s'accrurent considérablement.
Au cours du troisième hiver où il portait les armes et l'armure du chevalier, il rassembla un corps de troupe très important pour attaquer maint roi et duc, leur infliger de lourdes pertes en hommes et en argent. Il brûla les châteaux et les forteresses du roi dans cette contrée, et beaucoup de chevaliers du roi furent pris et attaqués; il obtint de chacun d'eux une rançon élevée: de l'or, de l'argent, de riches bijoux, des chevaux et des armures. Il perdait aussi parfois de ses hommes, comme souvent cela peut arriver dans les batailles. Kanelangres se démena tant et si bien contre le roi de la contrée - il dévasta le royaume du roi et captura ses hommes - que le roi lui demanda enfin une trêve et se réconcilia avec lui en présence des hommes les plus sages, et ils se donnèrent alors rendez-vous pour des négociations de paix. Lorsque les accords furent conclus, Kanelangres plaça un régisseur à la tête de ses biens, ses châteaux, ses cités et ses forteresses, ses nobles capitaines et ses vaillants chevaliers. Sur ce, il prépara son armée afin de quitter le pays pour se rendre dans un autre royaume, pour y faire la connaissance d'hommes preux, se rendre célèbre, et accroître sa vaillance et ses qualités chevaleresques.
On lui avait beaucoup parlé de l'Angleterre: c'était là un royaume grand et puissant, beau et célèbre, agréable et opulent, avec toutes sortes de chevaliers courtois, de forteresses solides et de grands châteaux; les lieux de chasse étaient très riches en gibier à poil et à plume, l'endroit très bien pourvu en minerai d'or et d'argent, en habits de toutes sortes, en bons chevaux, en fourrures grises et blanches, en peaux d'ours et de zibeline. Et c'est pourquoi il s'avisa qu'il voulait voir la bienveillance et la valeur, la gentillesse et la politesse des courtois habitants de ce royaume, qui font honneur et accordent leur profonde amitié à tous les preux qui viennent chez eux et désirent rester parmi eux. Ainsi désirait-il tout à la fois découvrir leur façon de vivre, leurs coutumes et leurs titres d'honneur, leur puissance et leurs armes, leur vaillance et leurs exploits.
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MessageSujet: Re: Tristan et Iseut   Mer 16 Déc - 17:43

Des passages de Tristan et Iseut sont en ligne sur Gallica.
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MessageSujet: Re: Tristan et Iseut   Sam 23 Jan - 15:57

Thomas d'Angleterre, Tristan et Iseut
« La nuit de la Saint-Jean »


(traduction Pascal Michelucci)


Déjà le soleil était entré dans le signe du Cancer. C'était la veille de la Saint-Jean. Dès l'heure de tierce, la chaleur s'était levée sur la mer et le vent était tombé, et l'après-midi il y avait une telle chaleur dans l'air que mariniers, chevaliers, hommes et femmes gisaient et dormaient, tant ils se sentaient las et épuisés. Tristan jouait aux échecs avec Iseut sous la tente. Il eut soif. Il appela une meschinette :
« Va dire à notre chambrière Brangaine, fait-il, de nous apporter à boire. » La meschinette court à la chambrière; et elle la trouve couchée sur une natte et à moitié endormie. Brangaine l'envoie chercher une coupe, elle-même va la remplir dans la soute et l'apporte à Tristan.
Et Tristan l'offre à Iseut, en disant : « Belle Iseut, buvez ce breuvage. » Iseut boit une gorgée et tend la coupe à Tristan qui la vide à son tour d'un trait. Aussitôt il regarde Iseut d'un air égaré, et l'émoi et la frayeur se peignent sur la figure d'lseut.
Qu'ont-ils fait ? Hélas ! ce n'est pas le vin de la réserve qu'ils ont bu, ce n'est cervoise ni piquette, mais le boire enchanté que la reine d'lrlande a brassé pour les noces du roi Marc ! Brangaine est saisie d'un terrible doute; elle s'enfuit éperdue. Dieu ! si elle s'était trompée ! Elle se hâte de descendre dans la soute : elle voit le tonneau de boire herbé à moitié vide : « Malheur, malheur à moi ! s'écrie-t-elle. Tristan, hélas ! Hélas ! Iseut ! Vous avez bu votre destruction et votre mort ! »
Cependant le poison d'amour se répand dans les veines du valet et de la pucelle. Hier ennemis, les voici aujourd'hui remplis de désir l'un pour l'autre. Le lien qui les attache l'un à l'autre leur entre profondément dans la chair, et jamais ils ne pourront s'en guérir. Vénus, la redoutable chasseresse, les a pris dans ses filets ; le dieu d'Amour leur a décoché sa flèche mortelle ; il a planté son drapeau dans leur cœur ; il les tient pour toujours à sa merci. Chacun se sent vide et las, comme étourdi par le breuvage. Ils n'osent encore échanger leurs pensées; mais quand leurs yeux qui se fuient se rencontrent dans un éclair, c'est un périlleux regard qui attise le feu qui déjà les consume. Chacun se débat en lui-même ; la Raison livre avec le Désir une très cruelle bataille ; la pucelle a pour la protéger sa honte naturelle, et la foi et l'honneur soutiennent et tourmentent le jeune homme. Mais après le dangereux regard viendra l'accolade, puis l'octroi, et enfin l'œuvre défendue qui détourne le regard de Dieu et ravit l'estime du monde.
La première surprise, qui les avait écartés, rougissants, l'un de l'autre, est passée. Iseut la première rompt le silence ; elle s'arme de grâce et de sourire, mais l'angoisse fait trembler sa voix. « Ne pensez-vous pas qu'il aurait mieux valu rester à Weisefort plutôt que de voguer sur cette mer aventureuse ? Ah ! je voudrais encore écouter vos belles paroles et vos belles histoires et apprendre l'art de faire des lais et de les chanter et de les noter sur la harpe, mon doux maître. » Et comme Tristan se tait, elle profère le doux nom d'ami, et va regrettant son heureuse enfance.
« J'ai bon souvenir, fait-il, de ce séjour en Irlande ; j'y ai pourtant enduré maintes peines et travaux.
- Je parie que vous avez plus peur d'une femme que du grand dragon crêté. » Tristan sourit. Leurs coudes se touchent ; leurs yeux échangent d'ardents messages ; leurs mains se pressent, fiévreuses. « Que s'est-il passé ? dit Iseut, je vous haïssais il y a une heure, et voici qu'il me semble que je ne pourrai jamais me séparer de vous !
- C'est une merveille, dit Tristan, je suis pour vous comme vous l'êtes pour moi. » Déjà la convoitise charnelle embrase leurs corps de chaleurs désordonnées. La nuit est venue ; le pavillon est clos et plein d'obscurité. Tout dort sur la nef qui vogue en silence. Seul le timonier veille, la main sur la barre et les yeux aux étoiles.
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Tristan et Iseut

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