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Hudson River - Joyce Carol Oates |
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Masques de Venise
Mécréante Suprême




Nombre de messages: 32446
Age: 52
Localisation: A la pointe de la Bretagne, au bord de l'Atlantique
Loisirs: Tout ce qui concerne les mots et les livres.
Date d'inscription: 06/05/2005
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Sujet: Hudson River - Joyce Carol Oates Mar 14 Avr - 15:01 |
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Hudson River Traduction : Claude Séban
L'ombre de Socrate, l'un des auteurs préférés d'Adam Berendt, plane sur "Hudson River." Lionel Hoffmann, l'époux de l'une des innombrables femmes qui rêvaient du disparu en secret, se remémore une conversation au cours de laquelle tous deux avaient évoqué le philosophe grec avant de bifurquer sur la conception de l'existence qui était celle des Anciens et plus précisément de leur conception du châtiment. On notera que, au moment cité, Lionel a bu pas mal, ce qui n'empêche pas ses propos de se révéler assez intéressants - et, en quelque sorte, prémonitoires ainsi que vous le constaterez si vous lisez "Hudson River" :
| Citation: | [...] ... "Mais ce dont je me souviens le mieux, [dite Lionel], c'est le "Connais-toi toi même." Socrate, n'est-ce pas ? Et les tragédies grecques. Un homme commet une faute, et il la reconnaît : il se crève les yeux, ou se pend. Pas d'apitoiement sur soi-même, pas d'appel à la justice ni à la clémence. C'était une drôle de justice. Lorsque l'on était coupable, on payait. Et même lorsque l'on n'était pas coupable. Parce que parfois, on ne savait pas vraiment quel était le crime. Et c'est cela, la vie. Quel monde ! Je suis chrétien mais ... bon. "Heureux les doux : ils auront la terre en partage ..." : je me demande ! C'est plutôt une histoire de gagnants et de perdants, non ? Des gens qui se transforment en oiseaux, ou en arbres, en rivières ; une femme transformée en cygne et violée par un ... taureau ? Ou le contraire ? Un dieu en fait. Le taureau, je veux dire. Et parfois, les dieux étaient invisibles. C'étaient des espèces de paraboles, je suppose ? Ce n'était pas chrétien, en tous cas. Ce chasseur que ses propres chiens déchiquettent parce qu'il a vu une déesse se baigner nue dans les bois. Il l'a vue par hasard, en quoi est-ce sa faute ? Mais il est tout de même puni, il est transformé en ... quoi ? J'ai oublié.
- En cerf.
- En cerf."
Lionel rumina ce fait. Il avait la langue un peu pâteuse mais la voix ferme. "L'animal qu'il chassait, il le devient, et il est tué et il y a une justice bizarre là-dedans, non ?"
C'est ainsi que lui et Adam Berendt parlèrent. Que Lionel parla. Aux premières heures de cette nouvelle année, il était saisi d'une nostalgie qu'il avait refoulée jusqu'alors - la nostalgie d'une jeunesse perdue qu'il n'avait en fait jamais vraiment vécue. Cela, il le confierait presque ! ... à Adam Berendt ! Mon ami. Adam est mon ami. ... [...] |
_________________ Ecrasons les Infâmes ! - D'après (et avec la bénédiction posthume de) Voltaire
Non aux sectes religieuses, non au nikab et autres pratiques qui visent à asservir la Femme !
http://notabene.forumactif.com/ http://blog.bebook.fr/woland/index.php/
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Masques de Venise
Mécréante Suprême




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Sujet: Re: Hudson River - Joyce Carol Oates Mar 14 Avr - 15:21 |
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Seule, Augusta Cutler, la plus âgée parmi les admiratrices d'Adam, finira, à force d'obstination, par lever un coin du voile tiré par le sculpteur sur son passé. De fil en aiguille, elle atterrit à Red Lake, dans le Minnesota et rencontre un certain nombre de personnes, dont l'ancien proviseur du lycée qui, à la fin des années soixante, avait donné des cours du soir à Frank Brady, puisque tel était le nom véritable d'Adam Berendt :
| Citation: | [...] ... - "Frankie Brady était un garçon comme on en voit peu," [dit le proviseur.] On aurait dit qu'il venait de découvrir la lecture, les livres, "la vie de l'esprit", que la plupart des gens ne vivent jamais. Sûrement pas les gens d'ici, en tous cas. Frankie ressemblait à un jeune chien affamé, reconnaissant de la moindre miette qu'on lui donne."
De la vie privée de Frankie Brady, il n'avait jamais su grand chose, sinon qu'"il avait eu des ennuis dans le Montana. C'est pour ça qu'il a débarqué un jour à Red Lake. Il se sentait coupable de ne pas se battre au Viet-Nam, de ne pouvoir entrer dans aucun corps des forces armées à cause de son oeil. [Adam Berendt était borgne.] Et puis, la façon dont il est parti à déçu certains d'entre nous.
- Comment est-il parti ?" demanda Augusta.
- "Il est juste parti, madame. Il dirigeait un dépôt de bois ici, un poste à responsabilité pour un gosse qui avait à peine plus de vingt ans, mais on faisait pression sur lui, une fille peut-être, à moins qu'il n'en ait eu assez de vivre ici, tout simplement. Frankie avait une personnalité chaleureuse, vous savez. Même quand il ne disait pas grand chose, il vous écoutait et vous regardait avec cet oeil unique, en vous donnant l'impression que c'était un moment spécial. Il savait vous rendre heureux, même quand il ne l'était pas lui-même, ce qui arrivait souvent. Alors, quand il parti, les gens l'ont regretté et certains se sont sentis blessés. ... [...] |
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