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Le Procès de "Madame Bovary" (1857)

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MessageSujet: Le Procès de "Madame Bovary" (1857)   Sam 5 Avr - 19:41

Le 24 janvier 1857, s'ouvre à Paris, devant la VIème chambre correctionnelle, le procès de Gustave Flaubert, poursuivi pour "offenses à la morale publique et à la religion" après la parution de son roman "Madame Bovary."

Déjà, lorsqu'il avait commencé sa carrière en feuilleton dans un grand quotidien national, l'ouvrage avait subi de nombreuses coupures que son auteur n'avait pas retenues pour la publication en volume. D'où les foudres de la Bien-Pensance du Second empire. Dans son excellent réquisitoire, M° Ernest Pinard, l'Avocat impérial, déclare :

"L'offense à la morale publique est dans les tableaux lascifs que je mettrai sous vos yeux, l'offense à la morale religieuse dans des images voluptueuses mêlées aux choses sacrées."

Et de citer, comme premier passage répugnant : "Emma et Rodolphe se regardaient, un désir suprême faisait frissonner leurs lèvres sèches et, mollement, sans efforts, leurs doigts se confondirent."

Mais le pire est à venir puisque Flaubert conclut : "Elle se répétait : j'ai un amant ! un amant ! se délectant à cette idée comme à celle d'une autre puberté qui lui serait survenue. Elle allait donc enfin posséder ces plaisirs de l'amour, cette fièvre de bonheur dont elle avait désespéré. Elle entrait dans quelque chose de merveilleux, où tout serait passion, extase, délire."

Avocat impitoyable mais lecteur superficiel, M° Pinard voyait là une glorification honteuse de l'adultère - pas moins. Le second passage incriminé, qui évoque la période religieuse qui s'étend entre les deux adultères d'Emma et décrit la fameuse scène de la communion dans la chambre de la jeune femme, lorsque celle-ci se croit aux portes de la Mort, était certainement plus sujet à caution. Mais l'Avocat impérial biaise encore et, au lieu de dénoncer la volonté - pourtant criante - du romancier d'établir un parallèle entre l'extase sexuelle et certaines extases spirituelles, il préfère accuser Madame Bovary de "salir l'institution du mariage" en se montrant "voluptueuse un jour et religieuse le lendemain."

Puis vient l'adultère avec Léon et le déshabillage d'Emma. M° Pinard, de plus en plus scandalisé, parle encore de "souillure", ce qui ne l'empêche pas de saluer au passage "la poésie de l'adultère."

Enfin, la description de l'agonie d'Emma, avec le prêtre administrant l'extrême-onction à une mourante qui "colla ses lèvres au corps de l'Homme-Dieu" et y "déposa de toute sa force expirante le plus grand baiser d'amour qu'elle eût jamais donné", et le tableau final du cadavre que l'âme vient d'abandonner constitua l'ultime point de friction.

Ce superbe mélange de profane et de sacré, dans une histoire au fond sordide, a achevé de dégoûter l'Avocat impérial. Dans un grand élan puritain, il rêve d'"imposer à l'art l'unique règle de la décence publique" car "l'art sans règle n'est plus l'art."

M° Pinard prend cependant la précaution de bien préciser qu'il ne reproche pas à Flaubert d'avoir dépeint vice et adultère mais de ne pas en avoir fait le procès.

Pour contrer le Ministère public, M° Senard, qui défendait le romancier, eut beau jeu de souligner que son client appartenait à l'école réaliste et que, de ce fait, il n'avait pu faire autrement que de dépeindre le drame de Madame Bovary dans les teintes les plus véridiques possibles. Et que, au reste, la triste fin de la jeune femme ne pouvait être considérée comme une apologie du vice et des relations extra-conjugales.

Le 7 févier 1857, le Tribunal, considérant que, "au vu de l'ensemble de l'oeuvre, les passages quelque peu répréhensibles étaient bien peu nombreux," acquitta Gustave Flaubert.

"Madame Bovary" se vendit comme des petits pains.

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MessageSujet: Re: Le Procès de "Madame Bovary" (1857)   Sam 5 Avr - 19:48



Caricature représentant Flaubert et sa volonté de réalisme ...

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MessageSujet: Re: Le Procès de "Madame Bovary" (1857)   Sam 5 Avr - 19:50

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