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| | Robin Cook/Raymond Derek. | |
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Masques de Venise Mécréante Suprême


   Age : 48 Inscrit le : 06 Mai 2005 Messages : 14254 Localisation : Sous vos yeux mais vous ne me voyez pas ... Loisirs : Tout ce qui concerne les mots et les livres.
| Sujet: Robin Cook/Raymond Derek. Mar 30 Jan - 16:47 | |
| Robert William Arthur Cook, dit Robin Cook, dit encore Raymond Derek, citoyen et romancier britannique né en juin 1931 à Londres, n'a strictement rien à voir avec le Robin Cook américain qui publie périodiquement des thrillers médicaux aux titres souvent apocalyptiques.
Toute sa vie, Robin Cook la passera à renier ses racines de grand bourgeois - son père était un magnat du textile et, comme de juste, il offrit à son fils des études à Eton. Le jeune homme commence justement par quitter Eton pour s'en aller un peu observer le monde : Paris, les USA, l'Espagne où il se met les autorités franquistes à dos et puis, à nouveau, Londres où il scandalise sa famille en vendant des revues pornos à Soho et plus encore en faisant ami-ami avec les flamboyants frères Krays qui dirigent alors la pègre.
Finalement, dans les années 70, Robin Cook découvre l'Aveyron, et s'y installe avec sa troisième épouse et leurs enfants. (Il y mourra d'un cancer en 1994.)
Son oeuvre, d'une noirceur suppliciée, unique, ne se contente pas de régler les comptes de l'homme avec la société dans laquelle il est né - ce qui est parfois un peu gênant parce que caricatural. Elle pose aussi l'univers d'un romancier authentique et désespéré, au lyrisme grinçant et parfois de mauvais goût. "J'étais Dora Suarez", que beaucoup tiennent pour son chef-d'oeuvre et qui sortit en 1990, est là pour en témoigner.
Dans sa production, mieux vaut distinguer les romans comme "Vices privés, vertus publiques" qui datent des années 60 mais qui n'ont pas de base policière des grands romans noirs qui fleurissent sous sa plume à partir de 1982. Parmi eux : "Il est mort les yeux ouverts", adapté par Jacques Deray sous le titre "On ne meurt que deux fois."
A noter que Cook a publié son autobiagraphie sous le titre "Mémoire vive."
_________________ http://notabene.forumactif.com/ http://blog.bebook.fr/woland/index.php/
Dernière édition par le Sam 17 Fév - 20:39, édité 1 fois |
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   Age : 48 Inscrit le : 06 Mai 2005 Messages : 14254 Localisation : Sous vos yeux mais vous ne me voyez pas ... Loisirs : Tout ce qui concerne les mots et les livres.
| Sujet: Re: Robin Cook/Raymond Derek. Mar 30 Jan - 17:01 | |
| L'injustice court le Web où l'on peut trouver des sites sur Robin Cook made in USA et aussi sur Robin Cook, le politicien britannique ... mais rien sur Robin Cook made in England, pas même sur Raymond Derek.
Si vous en trouvez un, n'hésitez pas à nous le signaler ! _________________ http://notabene.forumactif.com/ http://blog.bebook.fr/woland/index.php/ |
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   Age : 48 Inscrit le : 06 Mai 2005 Messages : 14254 Localisation : Sous vos yeux mais vous ne me voyez pas ... Loisirs : Tout ce qui concerne les mots et les livres.
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   Age : 48 Inscrit le : 06 Mai 2005 Messages : 14254 Localisation : Sous vos yeux mais vous ne me voyez pas ... Loisirs : Tout ce qui concerne les mots et les livres.
| Sujet: J'étais Dora Suarez. Mar 6 Fév - 18:00 | |
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I was Dora Suarez Traduction : Jean-Paul Gratias
Le sous-titre de "J'étais Dora Suarez" est "Un roman en deuil." De fait, c'est un roman épouvantable qui distille à chaque page la tristesse et le désespoir.
Certes, ce n'est pas le premier roman, noir ou pas, qui fonde son intrigue sur les abîmes que peut atteindre l'instinct sexuel lorsqu'il ne trouve pas à se satisfaire. Ce n'est pas non plus la première fois que le lecteur se trouve confronté à un personnage de flic franc-tireur, qui hait sa hiérarchie mais que celle-ci garde sous le coude parce qu'elle a besoin de lui pour certains "coups durs."
Mais en parallèle, c'est un roman noir complètement fantasmatique puisqu'on peut l'interpréter comme un cauchemar poisseux de sang et de sperme, mais un cauchemar qui ne pouvait naître que dans un cerveau masculin. Ecrit à la première personne - ce qui, selon Maurice-Edgar Endrèbe, n'est pas toujours la solution idéale pour éviter toutes les invraisemblances - le livre conte en principe l'enquête menée par un officier de police britannique qui, question caractère, mêle celui de Rick Hunter à celui d'un Hiéronymus Bosch - une sorte de "Dirty Harry" en fait. Il traîne après lui un passé familial assez lourd puisque sa femme, prise de folie, a assassiné jadis leur petite fille de 8 ans.
Profileur avant la mode, notre sergent se place alternativement dans la peau du Tueur et dans la peau de l'une des victimes, Dora Suarez, chanteuse en boîte de nuit et prostituée occasionnelle. (Comme il a découvert l'espèce de journal intime de Dora, il en livre au lecteur de larges extraits qui révèlent d'ailleurs une femme beaucoup plus fine et beaucoup plus instruite que la prostituée traditionnelle.)
Le flic tombe amoureux de sa victime - ce qui, là non plus, n'est pas très nouveau. Et son désir de mettre le grappin sur l'assassin devient obsessionnel.
Bien entendu, il finira par l'abattre dans une sorte de "duel" - là encore eastwoodien. Mais l'une des choses les plus dérangeantes dans ce livre, c'est que le lecteur aura hésité pendant toute sa durée entre l'horreur légitime que lui inspire le meurtrier et une pitié qui fulgure çà et là avec une confondante intensité. Car l'"entraînement" auquel se soumet le Tueur après chaque crime a quelque chose de dantesque - et ne pourra que faire grincer des dents masculines.
Dans cet univers de rackett, de drogue et de prostitution, ce sont les hommes qui mènent le jeu. Pour s'enrichir encore et encore ou alors pour assouvir leurs besoins sexuels envers et contre tout, ils ne reculent devant rien. Et Cook dépeint là-dedans une Dora Suarez qui symbolise toutes les femmes obligées de subir ces violences. C'est dans le portrait qu'il nous brosse du milieu interlope fréquenté par Dora qu'il est le plus juste : si répugnantes que soient de telles pratiques, elles existent et n'ont qu'une fin : le profit, la jouissance à tous prix.
Sous l'ossature du roman noir, Cook tente de placer l'une de ces critiques sociales qui lui étaient chères. On peut juger différemment du résultat obtenu mais je ne crois pas que la générosité de l'auteur puisse être mise en doute. Tout comme il sait, en posant son point final, qu'une société qui n'exploitera plus les faibles (à commencer par les femmes) relève de l'utopie pure et simple. Ce qui le désespère, et son lecteur avec.
A tort ou à raison, je crois qu'un homme et une femme ne peuvent qu'avoir des visions différentes de ce roman. La femme sera peut-être choquée et souffrira pour Dora mais elle ne sera guère étonnée - à moins qu'elle ne soit très, très naïve. L'homme au contraire sera choqué non par le sort imposé à Dora mais par le fait que ce sort est l'accomplissement logique de l'instinct de puissance masculine poussé jusqu'à son paroxysme. Que ce soit un homme qui raconte l'histoire et qu'il prête sa voix aussi bien au Tueur qu'à sa victime ajoute encore à l'effet de déstabilisation recherché par l'auteur.
Je suppose que Cook a dû avoir beaucoup de mal à aller jusqu'au bout. Sa dédicace le laisse d'ailleurs entendre. _________________ http://notabene.forumactif.com/ http://blog.bebook.fr/woland/index.php/ |
|  | | gemini Littérophage Notabéniste Avec Mention Spéciale.


   Age : 42 Inscrit le : 11 Juil 2007 Messages : 1521 Localisation : mouais Emploi : cosmonaute Loisirs : lecture
| Sujet: Re: Robin Cook/Raymond Derek. Lun 18 Fév - 15:38 | |
| « Car tout plan autoritaire assure l’existence de ceux qui n’ont aucune autorité, et c’est pourquoi nombreux sont ceux qui font l’amour et la guerre ; en attendant, ledit plan vous procure aussi, si vous faites ce qu’on vous demande, un chèque à la fin du mois. Tueurs ou bureaucrates – mais, après tout, si vous êtes déjà mort en venant au monde, la vie des autres ne vous coûte rien, de toute façon – ces individus misérables (les assassins, les gratte-papier, enfin, les être absents) seraient risibles s’ils n’étaient si redoutables... »
Il a fallu que je remette deux fois ce livre sur l’ouvrage pour pouvoir rentrer dedans. La première fois, les vingt première pages et leur plongée dans la tête du tueur m’ont rebutée. Trop dense, trop détaillé. Deuxième essai transformé, je me suis mise sur les rails, à côté de Dora, Tony et du flic sans nom.
L’expérience n’est pas très agréable, au niveau des sensations. D’une part le style de Cook, sa narration et ses personnages sont très particuliers. Un narrateur omniscient s’enchaîne avec la narration du flic, laissant parfois penser que c’est lui le narrateur omniscient qui nous dépeint le tueur. Ce flic, marqué par l’histoire vécue avec sa femme, est tout de même moitié mégalo, en tout cas obsédé par l’affaire du meurtre de cette jeune fille, qui cache une histoire encore plus sordide. A la description du tueur il ne fait aucun doute que celui-ci est complètement timbré ; on est loin du profil gentiment schizo rencontré habituellement. Celui de Cook va jusqu’à se demander « Il y a des moments où je ne sais vraiment pas comment je fais pour ne pas devenir fou », et ça glace bien le lecteur ! Dora Suarez est un personnage très intéressant aussi, dominée soumise à son rôle. Le flic lui est carrément hargneux et sans aucun respect pour ses supérieurs envers lesquels il n’a que mépris. Sa violence verbale est surprenante, tout comme sa façon de se dévoiler de manière quasi exhibitionniste au cours de dialogues (assez artificiels d’ailleurs) avec les rares collègues et amis qui l’entourent. « En menant cette enquête Tom, je traverse une sorte de crise personnelle que je n’arrive pas à décrire », « Je suis très seul, profondément enseveli, et je vous aime là où je suis, sous la terre ». Sa lutte pour le retour de l’innocence (la sienne et celle des plus faibles) et le triomphe de la justice vont l’amener très loin. Agit-il pour sauver la société, où parce qu'il sait que la société ne fera rien ? C’est totalement déconcertant, et interpellant. |
|  | | | Robin Cook/Raymond Derek. | |
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