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Elisabeth George.

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Masques de Venise
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MessageSujet: Elisabeth George.   Jeu 22 Juin - 14:21



A Great Delivrance
Traduction : Dominique Wattwiller


Encore une Américaine qui place l'action de ses romans policiers en Grande-Bretagne. Mais l'humour n'y a pas autant droit de cité que chez Grimes. Au contraire, l'oeuvre d'Elizabeth George est infiniment plus mélancolique.

Tout d'abord, il y a les liens sentimentaux qui unissent ses personnages, qu'il s'agisse de l'improbable inspecteur Thomas Lynley, qui arrive sur les lieux des crimes en Bentley car il possède un authentique et très ancien titre de lord, de sa maîtresse, lady Helen Hunt, elle aussi d'aristocratique naissance ou encore de Simon St-James, membre éminent de la policie scientifique londonienne, qui a trouvé tout naturel d'épouser Deborah, la fille de son maître d'hôtel. (Pour être franche, dans certains épisodes, tout ça est à la limite du gnan-gnan, à mon avis.)

Dieu merci, Elizabeth George leur a adjoint le sergent Barbara Havers, une plébéienne pur-sang qui souffre d'un physique banal et de problèmes de poids et assume la garde de parents séniles. Havers étant un excellent élément malgré son caractère impossible, ses supérieurs, qui pensaient lui faire reprendre l'uniforme et la circulation, décident, dans cette "Enquête ...", de lui accorder une dernière chance en la faisant faire équipe avec Lynley.

Objectif : résoudre un crime plutôt atroce, le meurtre d'un paroissien-modèle, William Teys, retrouvé décapité dans sa grange. Auprès de lui, sa fille obèse, Roberta, et une hache. La jeune fille sanglote en affirmant que c'est elle qui a tué son père et qu'elle ne le regrette pas.

Seulement voilà, le père Hart, prêtre de la paroisse, ne semble pas croire à cette culpabilité affichée de manière pourtant si déterminée. Et il fait des pieds et des mains pour attirer l'attention de Scotland Yard.

C'est ainsi que Havers et Lynley, contraints de coopérer, vont se trouver plongés dans une enquête effectivement peu claire, de laquelle ne tardent pas à monter d'étouffants relents de pourriture : qui avait intérêt à assassiner William Teys ? celui-ci était-il réellement l'homme probe et charitable dont il donnait l'image ? pourquoi sa femme l'a-t-elle quitté un beau jour en lui abandonnant leurs deux filles ? et pourquoi sa fille aînée, Gillian, a-t-elle imité sa mère en s'enfuyant quelques années plus tard ? que dissimule la boulimie monstrueuse de Roberta ? et n'y aurait-il pas par hasard dans le paisible village du Yorkshire où se situe l'intrigue une personne qui, sans avoir encouragé le crime ni y avoir participé, en sait bien plus sur celui-ci qu'elle ne veut (ou ne peut ?) le dire ?

Un roman opaque qui tient le lecteur en haleine et laisse derrière lui une étrange saveur amère.
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MessageSujet: Le Visage de l'Ennemi.   Jeu 22 Juin - 14:53



In The Presence of the Enemy
Traduction : Dominique Wattwiller


Les Français n'ont pas le triste apanage de s'interroger sur les membres de leur classe politique et, autant qu'un excellent roman policier, "Le Visage de l'Ennemi" constitue une réflexion glaçante sur la nature et les motivations intimes des hommes et des femmes de pouvoir.

Dennis Luxford, rédacteur-en-chef de "La Source", tabloïd d'obédience travailliste acharné à démasquer les mille-et-un défauts des Conservateurs qui, à l'époque, tiennent encore le haut du pavé en Grande-Bretagne avec John Majors, reçoit un matin une lettre anonyme le sommant de "reconnaître publiquement son premier-né" faute de quoi il arrivera malheur à sa fille, Charlotte.

Le problème, c'est que la mère de l'enfant n'est autre qu'Evelyn Bowen, redoutable député tory devenue entretemps secrétaire d'Etat au gouvernement. Si Ms Bowen n'a jamais caché avoir eu un enfant illégitime, elle s'est toujours farouchement refusée à révéler le nom du père. Difficile en effet, pour les électeurs britanniques comme pour leurs élus et leurs éligibles, de concevoir une semaine de sexe pur entre un extrêmiste travailliste, rédacteur, qui pis est, d'un torchon à la solde des Wigs, et une extrêmiste conservatrice qui ne rêve que de durcir encore un peu plus la position du pays face à l'IRA. Surtout si la semaine en question a pris place lors d'un congrès conservateur où nos deux héros, alors plus jeunes d'une dizaine d'années, étaient journalistes pour des feuilles concurrentes.

Dès le départ, Eve Bowen voit en cette lettre et en l'enlèvement de Charlotte la main malveillante d'un Luxford qui ne rêve, selon elle, que d'abattre sa carrière et porter à travers elle un nouveau coup au gouvernement. Pas question donc de faire appel à la Police. Il suffit d'attendre : cette canaille de Luxford se lassera avant elle.

Luxford a beau protester, rien n'y fait. Aussi se résoud-il à une intervention officieuse de Simon St-James, dont il connaît très bien le frère, David. Malgré toute la bonne volonté de celui-ci, de Deborah et d'Helen Hunt, également entraînées dans cette enquête non-officielle, l'inévitable s'accomplit ; malgré la décision de Luxford de reconnaître officiellement "son premier-né" à la une de son propre journal, le corps de la petite Charlotte est retrouvé dans une rivière du Wiltshire. Après avoir été endormie, la petite a été noyée.

Je passerai sur la seconde partie de l'histoire - le fils légitime de Luxford sera également enlevé et l'on s'apercevra peu à peu que ce n'était pas la femme politique, encore moins le gouvernement, que visait dans cette affaire le meurtrier - si ce n'est pour vous certifier qu'elle est menée tambour battant (malgré quelques petites longueurs çà et là) et que, à une première lecture, il est impossible de deviner qui est l'assassin. Je vous rassure également : si la petite Lottie, enfant non désirée et enfant mal aimée, ne ressuscitera évidemment pas, le jeune Leo aura la vie sauve - avec le sergent Barbara Havers qui aura découvert la sinistre cachette où il était enfermé.

Car ce qui demeure le plus frappant dans "Le Visage de l'Ennemi", c'est la description minutieuse et quasi clinique d'Eve Bowen dont l'égocentrisme forcené et la paranoïa politique chronique vont condamner sa fille à mort. Pas un instant - pas un seul - cette mère ne songe aux tourments que ressent l'enfant kidnappée. Pas une seule fois d'ailleurs elle ne songe aux émotions ressenties par autrui. Bien plus que l'assassin, cette femme fait peur : l'assassin en effet est fou mais Bowen, elle, est secrétaire d'Etat ...

A l'issue de l'histoire, on se demande d'ailleurs si, lorsqu'elle affirme avoir "tout perdu", elle y inclut sa fille assassinée.

Autre "mère" à qui son effarant narcissisme interdit toute compassion : celle du constable Robin Payne.

Si vous lisez "Le Visage de l'Ennemi", je serai curieuse de savoir laquelle, de ces deux femmes, vous aurez trouvé la plus monstrueuse. Evil or Very Mad
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MessageSujet: Re: Elisabeth George.   Jeu 22 Juin - 20:34

Ah ! ces vieilles romancières anglaises indignes et perverses... (je dis "vieille", mais peut-être a-t-elle trente-cinq ans... quoique j'en doute un peu : ça fait un moment que je vois des romans d'Elizabeth George dans les librairies... ou alors elle prend des amphet' comme notre bien-aimé BHL et elle en écrit un chaque mois ?! scratch)

[A propos de BHL, Mermet a fait son "procès en réhabilitation" sur Inter hier et avant-hier... En fait de réhabilitation, il a eu droit à un magnifique entartage radiophonique... L'avez-vous entendu ? ]
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MessageSujet: Re: Elisabeth George.   Jeu 22 Juin - 21:19

Ah non ! J'ai raté quelque chose !

J'attends le messie qui lui fera ravaler sa superbe, au BHL...


Quant à Madame George, j'en ai un ou 2 chez moi. Jamais eu le courage de les lire. Je ne sais pourquoi.
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MessageSujet: Re: Elisabeth George.   Ven 23 Juin - 12:20

Si tu vas sur le lien suivant, tu pourras si tu veux réécouter les émissions en question : http://www.la-bas.org/recherche.php3?recherche=bhl

(Bon, je sais, on s'éloigne un peu d'Elizabeth George, mais c'est pour la bonne cause...)
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MessageSujet: Re: Elisabeth George.   Dim 31 Déc - 18:00

J'ai lu ce livre, l'intrique est superbement bien menée .
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MessageSujet: Re: Elisabeth George.   Sam 6 Jan - 19:25

Oui, n'est-ce pas ? Edwige. Rien de convenu, finalement : il faut lire au-delà des apparences. Mais comme certains ne songeraient jamais à se donner cette peine pour un roman policier, ceux-là finissent par comparer George à Agatha Christie ... Je me demande s'ils ont jamais lu Agatha Christie chez qui la psychologie des personnages, héros ou meurtriers, est toujours très simple, ce qui est loin d'être le cas chez George ...
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MessageSujet: Re: Elisabeth George.   Sam 6 Jan - 21:37

Je l'ai pas celui là il va falloir que je me l'achete il a l'air pas mal aussi .
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MessageSujet: Re: Elisabeth George.   Dim 7 Jan - 9:17

Je n'ai pas lu Elisabeth George, par contre P.D. James m'a beaucoup fait penser à Agatha Christie, mais je n'ai, ceci dit, lu qu'un roman d'elle, "A visage couvert".
Il n'y a aucun fil sur P.D. James ...
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MessageSujet: Re: Elisabeth George.   Dim 7 Jan - 13:42

Exact et étonnant mais je l'avais oubliée. A ta demande et à celle d'Edwige, l'erreur est réparée.
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MessageSujet: Re: Elisabeth George.   Dim 7 Jan - 13:46

Merci beaucoup .
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MessageSujet: Elisabeth George.   Ven 2 Fév - 18:37

En dépit de ce que pourrait laisser croire ses intrigues policières, qui se déroulent toutes dans le royaume de Sa Très Gracieuse Majesté, Elisabeth George est américaine, et même originaire de l'Ohio où elle est née en février 1949 dans un milieu simple mais qui lui donna très tôt le goût de la lecture.

Elle se mit en tête de devenir écrivain alors qu'elle n'avait que sept ans mais, pour des raisons alimentaires, se consacra tout d'abord à une carrière d'enseignante.

Et puis, en 1990, son premier roman mettant en scène le vicomte Linley et le sergent Barbara Havers, "Enquête dans le Brouillard", remporte un grand succès non seulement dans les pays anglo-saxons mais aussi en France (Grand Prix de la Littérature policière à Cognac) et en Allemagne (Prix MIMI).

Depuis lors, Elisabeth George n'a cessé de fournir de nouvelles énigmes à résoudre à ses deux héros mais, comme on peut s'en douter, au bout de dix-sept années de récurrence, la recette commence à s'essouffler. George n'en demeure pas moins un auteur sensible et souvent passionnant, qui a cherché à donner une certaine profondeur au roman policier, un peu comme Ruth Rendell en son temps.


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MessageSujet: Re: Elisabeth George.   Ven 2 Fév - 18:44

Le site officiel d'Elisabeth George - pour anglophones :

http://www.elizabethgeorgeonline.com/

et un site non-officiel, en français :

http://www.geocities.com/Athens/Oracle/7465/eg/liens.htm?20072
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MessageSujet: Re: Elisabeth George.   Ven 2 Nov - 21:05



« What came before he shot her » - Anatomie d’un crime


Après Sans l’ombre d’un témoin et la mort d’un des personnages, Elizabeth George revient ici sur les évènements qui ont conduit à ce meurtre.
Rompant avec les aventures des enquêteurs de Scotland Yard, Havers, Nkata, Lynley et St James, elle revient sur la vie d’une famille métis. Joel, Ness et Toby sont trois enfants dont la grand-mère s’est barrée à la Jamaïque en les plantant sur le pas de la porte de leur tante Kendhra à Edenham, cité du Sud de Londres.
En s’attachant de près à la vie de cette famille, à leurs trajets, les lieux qui les entourent, le lecteur est immergé dans un univers non pas sordide, ce serait trop facile, mais tristement banal et habituel. Pauvreté, délinquance, méchanceté et bonnes âmes.
Le seul moment où la chape de cet univers se lèvera, pour une visite irréelle et un contraste absolu dans le Londres des cartes postales, ce sera pour l’accomplissement d’un acte inévitable. Le lecteur lui-même aura oublié qu'un autre monde que celui des 400 pages qu'il vient de lire puisse exister.

Le travail d’Elizabeth George, c’est la minutie. Celle avec laquelle elle décortique ses personnages, fouillant, expliquant, leur vie et leurs actes. Les gamins sont exposés à la rue, aux luttes de pouvoir, aux rapports de force. Chacun doit s’affirmer, dehors comme dedans, avant même de savoir véritablement qui il est.
Il n’est pas question de misérabilisme mais d’un angle de vue, d’un choix, comme l’indique le titre : l’anatomie d’un crime, sa génèse, le pourquoi du comment.
Le lecteur s’est simplement senti touché par un meurtre dans le volume précédent et le voilà qui a la possibilité de comprendre.
Manœuvre simple et facile, peut-on trouver. Exposition brute de faits, je trouve. Bonne prise de risque aussi. On sait combien les fans d’histoires en série sont difficile à contenter.
Les derniers opus d’Elizabeth George, malgré de bonnes histoires, rebondissaient un peu toujours sur les mêmes ficelles. Donc, ce roman casse le rythme et offre, malgré sa noirceur, un bol d’air. Reste à voir ce que donnera le prochain.

Un bémol sur certains penchants à la répétition et au bavardage qu’a l’auteur. Ou alors il s’agit d’un problème de traduction. Par exemple page 25 :
« Dans cette attitude, Toby exposait sa tête aux regards de son frère. Ce qui était bien la dernière chose que Toby avait envie de voir ».
« Aussi Toby n’avait il pas envie de regarder la tête de son frère »
« Joel secoua doucement Toby autant pour ne plus avoir sous les yeux le spectacle de son crâne … »
Bon, sur une seule page ça fait beaucoup.

A part ça, un petit aparté architectural. L’histoire du roman se déroule près de la tour Trellick


http://www.open2.net/modernity/3_14.htm

qui me fait penser à la Cité Radieuse du Corbusier à Rezé près de Nantes
http://fr.wikipedia.org/wiki/Image:Cit%C3%A9_Radieuse_Rez%C3%A9.jpg
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Elisabeth George.

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