gemini ¡ No pasarán !


   Age : 42 Inscrit le : 11 Juil 2007 Messages : 1605 Localisation : mouais Emploi : cosmonaute Loisirs : lecture
 | Sujet: Dominique Manotti Ven 2 Mai - 14:21 | |
| En provenance du site de l'auteur :
Née à Paris en 1942, et j'y suis restée pendant tout ce temps. 1) Historienne de formation et de métier (des années d'enseignement de l'histoire économique comtemporaine en fac). L'Histoire comme méthode de pensée et de travail : lectures, rencontres, réflexions. Puis choix d'un sujet d'étude, formulation d'hypothèses. Puis recherches, accumulation de faits, d'indices, de traces, critique des hypothèses de départ, imagination de ce qu'ont été la vie et la mort des hommes sur les traces desquels on travaille. Puis construction d’une machine rationnelle ramassant tous les éléments de connaissance accumulés et écriture. Une méthode parfaitement transposable à l'écriture de romans policiers ou noirs. 2) Militante, dès l’adolescence, d'abord à la fin de la guerre d'Algérie pour l'indépendance de l'Algérie, puis dans les années soixante et soixante-dix, dans différents mouvements et syndicats, dans une tonalité qu'on pourrait dire marxiste et syndicaliste révolutionnaire. 3) Romancière, sur le tard, et pas par vocation, plutôt par désespoir. L'arrivée de Mitterrand au pouvoir sonne, d'une certaine façon, comme le glas des espoirs de transformation radicale de la société. Alors, le roman noir apparaît comme la forme la plus appropriée pour raconter ce que fut l'expérience de ma génération, et ma pratique professionnelle d'historienne m'a semblé l'outil adéquat pour tenter l'expérience de l'écriture romanesque.

Lorraine Connection débute dans une usine, à la chaîne, avec les ouvriers et ouvrières. Cette première partie fulgurante, comme une immersion dans un documentaire, se poursuivra sans faiblir.
« Séquestration. On va entrer là où nous ne sommes pas à notre place, envahir leur espace, bloquer nos patrons en chair et en os, les bousculer, les enfermer avec nous, leur parler d’égal à égal. Au moins pour un temps. On touche à l’ordre social. Au moins pour un temps ».
Choix d’enquête : la privatisation de Thomson, sujet bien réel des unes de journaux à la fin des années 1990. Dominique Manotti en fait un développement romancé ; le lecteur n’aura aucune peine à croire la possible réalité des petits éléments qui constituent le sujet. Imbrication entre politique et finance, industrie et pouvoir, subventions européennes et intérêts locaux, entrelacs de complicités et réseaux d’influence. Tout passe à la moulinette avec une grande précision, Alcatel, Matra, Lagardère, autant de faits rapidement vérifiables, en quelques recherches sur le Net. Pour autant, Dominique Manotti ne produit pas un essai ou un compte-rendu. Elle articule ces faits techniques et les inclue dans un décor soutenu par des personnages représentatifs de chaque partie : ouvriers, hommes de la haute finance, enquêteur en assurances, mercenaires. Les rapports sociaux sont clairement mis en évidence, de notables à flics, d’ouvriers à chefs, et même d’ouvrier à ouvrier, avec toutes les divergences possibles. L’humain reste au centre de tout. La ville aussi, prototype de la ville ouvrière qui se meurt peu à peu.
« Dans le hall inondé de soleil, une charmante hôtesse derrière un comptoir lui sourit. Sur un grand tableau, le nom de toutes les sociétés présentes dans l’immeuble. Emploi et formation à tous les étages. Les parasites qui prospèrent sur la gestion sociale du chômage ont tous trouvé refuge ici, où la mairie, qui a racheté les Grands Bureaux, leur offre l’hospitalité. Tu as bien fait de prendre le large, gamin. »
Dans un style mêlant phrases courtes, hachées, et monologues intégrés, l’auteur ne nous lâche pas. S’il en restait un peu, on perd notre naïveté en même temps que cette incroyable femme, « Stakhanova ». Lutte et désespoir imprègnent fortement la lecture. « On n’y croit pas à ces choses-là, on n’y croit pas avant qu’elles vous arrivent. La vie des femmes du peuple compte pour que dalle. Nous pouvons bien nous faire violer, écrabouiller ou pendre, tout le monde s’en fout ». Ce roman de la magouille est un roman diablement noir.

En 1944 Paris est occupée. Dans la ville contrôlée par les SS, gestapistes français, RG, truands et industriels profitent de la période pour s’enrichir et régler leurs comptes. Plusieurs luttes vont se croiser, d’un salon mondain tenu par Dora Belle, actrice de seconde zone maquée à un SS, aux bureaux de la brigade mondaine en passant par deux bandes de truands de quartier. Arrivisme, magouilles politiques et résistance s’accentuent au fur et à mesure que la déroute allemande se profile grâce au débarquement. Dominique Manotti met en place un réseau dense de personnages qu’il est parfois difficile à suivre. On retrouve son style saccadé, parfois télégraphique et donnant un ton très particulier au roman. La reconstitution de l’ambiance, du contexte et des multiples intérêts qui s’affrontent est excellente ; beaucoup plus poussée que l’habituel affrontement basique, résistant / nazi. Le roman fait totalement plonger le lecteur dans cette période, qui prend véritablement forme sous ses yeux.
Dernière édition par gemini le Ven 2 Mai - 15:05, édité 1 fois |
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Carla Déléguée Syndicalement Littéraire


   Age : 45 Inscrit le : 16 Aoû 2007 Messages : 3756 Localisation : Aquitaine Emploi : rien de passionnant Loisirs : lecture, ciné
 | Sujet: Re: Dominique Manotti Ven 2 Mai - 14:29 | |
| Ya comme un 'blem sur l'illustration Gémini ! Lorraine Connection me tente bcp, LAL !!! _________________ Avoir un Corps m'est effroi - Avoir une Âme m'est effroi Profonde - précaire Propriété - Possession, non choisie Emily Dickinson |
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Séraphine Grande & Sulfureuse Prêtresse de Nota Bene


   Age : 38 Inscrit le : 02 Avr 2006 Messages : 3311 Localisation : Autres dimensions... Emploi : Ecolière... Loisirs : Le rêve...
 | Sujet: Re: Dominique Manotti Ven 2 Mai - 18:27 | |
| | Carla a écrit: | Ya comme un 'blem sur l'illustration Gémini ! |
Je vois que le dévergondage verbal continue sur ce forum.
Il va falloir sévir... _________________ "Connais-toi toi-même." |
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Carla Déléguée Syndicalement Littéraire


   Age : 45 Inscrit le : 16 Aoû 2007 Messages : 3756 Localisation : Aquitaine Emploi : rien de passionnant Loisirs : lecture, ciné
 | Sujet: Re: Dominique Manotti Dim 1 Juin - 13:05 | |
| Lorraine Connection.
| Citation: | | Les flics : accident. Les flics : suicide. A quoi ça sert de dire aux filles : Etienne, Aïcha ont été assassinés ? Elles ne peuvent pas l'admettre. La vie est déjà si lourd à porter. Ordre, justice, il faut bien croire à quelque chose. Sinon, elles feraient quoi, après ? |
C'est noir, désespérant. C'est un bouquin qui fait mal. Mais bon sang ! il vaut le coup !  _________________ Avoir un Corps m'est effroi - Avoir une Âme m'est effroi Profonde - précaire Propriété - Possession, non choisie Emily Dickinson |
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