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Willa Cather

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MessageSujet: Willa Cather   Lun 5 Jan - 18:47

Willa Sibert Cather naquit le 7 décembre 1873, dans une petite ferme de l'Etat de Virginie. Sa famille paternelle y vivait depuis six générations mais, alors que la fillette atteignait ses dix ans, son père, Charles, décida d'émigrer au Nébraska, à Catherton. En 1884, ils s'installèrent dans une ville plus importante, Red Cloud, et c'est là que se déroula toute l'enfance de la future romancière.

Sur son insistance, ses parents laissèrent Willa entrer au collège, puis à l'Université de l'Etat. Durant toutes ses années de collège, elle collabora à un certain nombre de journaux rédigés par les élèves et elle persévéra dans ses années d'université. Sa première nouvelle, "Alexander's Bridge", fortement influencée par Henry James, parut d'ailleurs dans le "McClure's Magazine" de New-York dont Cather rejoignit la rédaction en 1908.

A cette époque, elle rédigea une biographie très critique de Mary Baker Eddy, fondatrice de la Christian Science, ouvrage qui provoqua l'indignation des partisans de Miss Eddy, lesquels tentèrent - vainement - d'acheter l'intégralité de l'édition. (Ce livre a été réédité en 1993 par les Editions de l'Université du Nébraska.)

Peu à peu, Cather se débarrassa de l'influence jamesienne et laissa parler sa propre nature littéraire qui puise toute sa puissance dans ses racines sudistes, puis dans les plaines du Nébraska et enfin dans les séjours qu'elle fit en France. Ses textes ont accompli le tour de force de recevoir à la fois un accueil bienveillant de la part des critiques et une reconnaissance générale de la part du public.

Le grand critique H. L. Mencken notamment a célébré Cather et la somptuosité de sa prose, sa façon unique de restituer le langage de ces petites gens des plaines qu'elle avait si bien connues. Quant à Sinclair Lewis, il alla jusqu'à déclarer que le Nobel devrait être attribué à Cather.

Avec le temps et les changements de mode, Cather et ses oeuvres furent écartées dans un petit coin de la littérature américaine : les critiques et le public s'intéressaient à des textes nettement plus expérimentaux. En outre, témoin et survivante de l'époque des pionniers, Cather passait pour conservatrice et on l'accusait de ne pas avoir songé à mettre à l'honneur dans ses livres la fameuse lutte des classes.


On notera que, en 1923, elle reçut le Prix Pulitzer pour "One of Ours" ("L'Un des nôtres), dont l'intrigue s'inspire de la correspondance entre son cousin G.P. Cather, premier officier du Nébraska à avoir été tué au combat durant la Grande guerre, et sa mère. Cinquante ans plus tard, la Poste américaine a sorti un timbre à son effigie et l'Etat du Nébraska l'a souvent célébrée.

Sur le plan personnel, Willa Cather a entretenu des relations essentiellement féminines. Déjà, au temps de l'université, ses condisciples avaient l'habitude de la surnommer "William" et elle-même ne détestait pas s'afficher dans des tenues masculines. Dans sa vie d'adulte, sa liaison la plus représentative est celle qu'elle entretint avec son éditrice, Edith Lewis. Les deux femmes vécurent ensemble à partir de 1912, à Greenwich Village, et seule la Mort devait mettre fin à leurs vie de couple quand elle vint chercher la romancière, le 24 avril 1947.

En France, beaucoup de ses nouvelles et quelques uns de ses romans (dont "Mon Antonia", souvent cité), ont été traduits et édités. On les trouve sans problème chez Payot et sur Amazon. Vous savez ce qu'il vous reste à faire ?
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MessageSujet: Re: Willa Cather   Lun 5 Jan - 18:53


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MessageSujet: Re: Willa Cather   Mer 21 Jan - 20:33

J'ai lu Mon Antonia il y a qq années et j'en garde un souvenir mitigé. J'avais trouvé cette histoire d'enfance bizarrement dénuée de la chaleur qui caractérise généralement ce genre de roman. Toutefois je l'ai gardé et voudrais bien le relire.
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MessageSujet: Re: Willa Cather   Mer 21 Jan - 21:18

"Destins Obscurs" m'a vraiment soufflée. J'avais ouvert ce fil pour en parler - entre autres : ça viendra bientôt. Wink
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MessageSujet: Re: Willa Cather   Jeu 22 Jan - 21:18

J'avais trouvé My Antonia d'une mièvrerie insupportable... mais je traversais ma période cynique.
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MessageSujet: Re: Willa Cather   Ven 23 Jan - 15:36

J'ai étudié Mon Antonia aussi et j'ai trouvé que c'était bien écrit, avec un certain charme, mais sans plus. En revanche c'est un must quand on s'intéresse à l'histoire des USA comme moi.
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MessageSujet: Destins Obscurs   Jeu 5 Mar - 16:06



Obscure Destinies
Traduction : Michèle Causse


Au fur et à mesure que je m'enfonçais au coeur des trois nouvelles qui composent ce recueil, c'est à la grande Katherine Mansfield que Willa Cather me faisait songer. Et pourtant, en apparence, toutes deux sont aux antipodes l'une de l'autre.

La première fixe en effet le Temps par petites goutte dorées et translucides, oeuvrant en joaillier perfectionniste, traquant au plus près du rêve et de l'indicible ces mille éclats kaléidoscopiques qui forment l'existence humaine. La seconde au contraire le travaille comme une couturière de génie, taillant à grands coups décomplexés dans une masse informe dont, au premier abord, on ne distingue absolument ni la grâce, ni l'intérêt. Les personnages de Mansfield ont la délicatesse et les préoccupations souvent complexes d'ombres qui fuient l'éclat trop brutal du soleil pour se réfugier dans la douceur lunaire, ceux de Cather s'enracinent dans une vie terrestre saine et robuste, en accord parfait avec la Nature qui les entoure et à l'abri de laquelle ils développent des joies et des soucis plus simples.

Cependant, les deux femmes ont en commun une formidable puissance d'évocation de l'instant qui passe, un génie naturel pour enlever le lecteur à son quotidien et le plonger en douceur dans un univers qui, bien qu'il lui soit en principe étranger, fait naître en son coeur de multiples et insaisissables remous. A peine perçue, l'émotion soulevée semble reculer et se dissoudre mais quand on referme le livre, on s'aperçoit qu'elle s'est fait une petite place au fond de nous, parmi nos souvenirs les plus chers.

Dans "Destins Obscurs", la seconde nouvelle - la plus longue - est celle où culmine l'art de Willa Cather.
L'auteur y fait le portrait d'une grand-mère sudiste, "La Vieille Madame Harris", qui donne son nom au texte et s'est exilée dans l'Est des Etats-Unis pour ne pas abandonner à elle-même sa fille, Victoria, et ses petits-enfants.

En dépit de sa lassitude, qui s'accroît avec l'âge, Mrs Harris continue à assurer le bon fonctionnement d'une maison où l'argent fait un peu trop défaut et où les parents ne s'occupent guère de leur progéniture, tous deux ayant été élevés eux aussi dans la tradition du Sud qui voulait qu'une femme mariée confiât l'éducation de ses rejetons soit à sa mère, soit à une parente pauvre. Devenue véritable mode de vie, cette coutume ne tient pas compte des bouleversements apportés par la Guerre civile dans la société américaine : chez Mrs Harris, nulle "Mama" pour la soulager des servitudes ménagères, tout au plus une jeune domestique, Mandy, laquelle, plus compatissante que le reste de la maisonnée, propose tous les soirs à la vieille dame de lui masser ses pieds recrus de fatigue ...

La première nouvelle, "Le Père Rosicky", est aussi un hommage rendu par Cather aux Anciens Américains,
en la personne d'un immigré tchèque, Anton Rosicky, ancien garçon-tailleur devenu fermier dans le Midwest, vieillard aimable et souriant qui, à la différence de Mrs Harris, est entouré d'une famille qui se rend compte de tout ce qu'il a fait - et continue à faire - pour elle.

Enfin, la nouvelle de clôture, "Deux Amis", analyse de manière mansfieldement subtile Wink les ressorts de l'amitié entre le banquier Dillon et J. H. Trueman, gros éleveur de bétail dans une petite ville du Kansas. La chaleur de cette relation, la complicité des deux compères et plus tard la stupide querelle politique qui en vient à bout sont exposées par une narratrice qui se les remémore avec les yeux de l'enfant qu'elle était alors, ce qui parachève la nostalgie qui se dégage de l'ensemble.

Si vous ne connaissez pas Willa Cather et si vous avez un faible pour les nouvelles et textes courts, pourquoi ne pas commencer par ce recueil qui, tranquillement, sans avoir l'air d'y toucher, donne une grande leçon d'écriture ?
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Dernière édition par Masques de Venise le Jeu 5 Mar - 16:30, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Willa Cather   Jeu 5 Mar - 16:25

Dommage, la médiathèque n'a pas celui-là.
Mais en lisant la biographie que tu fais, je suis surprise : à la lecture de Mon Antonia, j'avais pensé que Willa Cather était un auteur contemporain ! Il faudra donc que je me repenche sur ses bouquins.
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MessageSujet: Re: Willa Cather   Jeu 5 Mar - 22:26

Quand tu viendras en avril, je te le passerai. Tu pourras l'emporter sans problème : il est mince et léger.
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MessageSujet: Mon Antonia   Ven 10 Juil - 20:45



My Antonia
Traduction : Blaise Allan


Personnages
Introduit par la citation de Virgile : "Optima dies ... prima fugit" ("Ce sont les temps les plus heureux qui s'enfuient les premiers" - traduction libre), "Mon Antonia" prouve certes que les plus grands nouvellistes, ce qu'était indubitablement Willa Cather, sont beaucoup moins à l'aise, perdus sur le vaste fleuve du roman. Mais il suffit de faire un petit effort, surtout si l'on a déjà été séduit par l'univers de la nouvelliste américaine, pour accrocher à l'histoire de la petite Antonia Shimerda, émigrée de sa Hongrie natale avec toute sa famille pour trouver fortune dans les plaines du Nebraska.

Elle nous est contée par Jim Burden, qui a grandi avec Antonia et qui, dans sa jeunesse, eut certainement pour elle un sentiment amoureux. Mais au-delà la destinée d'Antonia et de sa famille, au-delà celle des fermiers, puis des citadins qui les entourent, c'est une page de l'immigration européenne sur le Nouveau continent que Willa Cather nous dépeint ici, avec fierté mais aussi avec une nostalgie douce-amère.

Des émigrants, il y en a partout aux Etats-Unis en ce tout début du XXème siècle : les plus anciens fermiers eux-mêmes ne sont-ils pas, pour la plupart, issus de colons anglais ? Outre les Shimerda qui arrivent directement de Bohême, on y croise une forte colonie scandinave, Norvégiens et Suédois pour la plupart, des Tchèques et même deux Russes. Avec plus ou moins de bonheur, tous affrontent une nature superbe mais exigeante et résolument hostile lorsque se lève l'hiver. Et, à quelques exceptions près, se montrent solidaires les uns des autres. Nous sommes bien loin de l'Amérique hyper-consumériste qui va se développer après la Grande guerre et culminer avec la fin du siècle.

A un point tel que le lecteur, européen ou pas, est en droit de se demander ce que penseraient les modèles dont Cather se servit pour donner vie à ses personnages de leurs actuels descendants.


Plus qu'un roman véritable, avec intrigue complexe ou flux de conscience, "Mon Antonia" est surtout un hommage délicat et attendri, rendu par Willa Cather à son pays natal et aux pionniers ses ancêtres. Il doit se lire comme tel, en se laissant bercer par son rythme paresseux.
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