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Tristan Egolf.

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Thomas
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MessageSujet: Tristan Egolf.   Sam 16 Sep - 19:24

Bienvenue à Stepford, petite bourgade bien calme (pour ne pas dire affreusement ennuyeuse) de Pennsylvanie, où rien ne se passe jamais en dehors des querelles de clochers. De clochers, justement, il est bon d’en parler puisqu’aux environs de la ville, dans ce qu’on appelle Le Bassin, vit une communauté Amish réunie en nombreuses congrégations qui vivent – en apparence en tout cas – dans l’harmonie. D'ascendance allemande et néerlandaise, ils parlent, entre eux, le hollandais du Pennsyltucky (commun à la Pennsylvanie et au Kentucky), et prient en vieil allemand.

Ce tableau bucolique va bientôt se transformer en toile de Bruegel : la campagne et les villes des environs sont dévastées par un être indescriptible, vaguement humanoïde mais recouvert de poils. En tout cas c’est ainsi que le montre le premier cliché pris de « lui » par un appareil photo à déclencheur automatique mis en place, en pleine forêt, par des chasseurs un brin tricheurs soucieux de connaître les modes de déplacement du gibier.

Owen Brynmor, fils prodigue de Stepford revenu au bercail après avoir roulé sa bosse aux quatre coins des Etats-Unis et journaliste de son état, voit dans ce cliché un potentiel commercial indéniable pour son employeur, la feuille à sensation locale. Il se lance donc sur la piste du « Démon », comme l’appellent déjà les vieux du coin, ou plutôt comme ils l’appellent de nouveau…

En effet, les manifestations dont sont avant tout victimes les calmes Amish ne sont pas les premières du genre. Une vingtaine d’années plus tôt, la Bête était déjà venue rôder…

De ces prémices assez classiques – bon, d’accord, le fait que le roman se déroule en pays amish est déjà une bizarrerie – Egolf fait un maelstrom dans lequel se trouvent entraînés tous les personnages, les uns après les autres. Nombreux sont ceux qui n’en réchapperont pas !

A la fois roman policier (le journaliste est un enquêteur, il va jusqu’à faire des recherches en bibliothèque pour avancer dans sa quête, vous vous rendez compte ?), roman fantastique (le Kornwolf allemand est un cousin du werewolf anglais et du loup-garou français !), tableau d’une petite ville américaine (ses bars, ses policiers corrompus) et saga familiale et communautaire franchement déjantée (la consanguinité n’y est pas étrangère), Kornwolf laisse peu de répit, vous faisant passer d’un épisode marquant à l’autre sans pause pour récupérer de ce qu’on a appris dans le précédent. Le style franc, tantôt brusque tantôt plus doux, de Tristan Egolf rend parfaitement la descente progressive aux enfers où s’achève le roman.

Son dernier roman (puisqu’il s’est suicidé en mai 2005) est du niveau du premier (Le seigneur des porcheries), tant remarqué pour diverses raisons, dont de très bonnes, comme la virtuosité avec laquelle cet auteur savait vous emmener dans les histoires les plus rocambolesques sans jamais vous laisser perplexe ou incrédule.

Dans ce roman comme dans les deux autres (le second était Jupons et violon), on marche, on saute, on bondit à chaque fois, et c'est avec un sentiment de grand vide qu'on referme le livre, une fois la dernière page lue, en se demandant par quel roman on va bien pouvoir poursuivre ses lectures après ce coup de massue.

Evidemment, on ne peut s'empêcher de regretter que Kornwolf soit le dernier roman d'Egolf, mais on peut aussi se réjouir qu'il ait écrit ces trois-là. C'est mon cas...

NB : Kornwolf n'a pas encore été traduit en français, mais ce devrait être chose faite dans très peu de temps !
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MessageSujet: Re: Tristan Egolf.   Sam 16 Sep - 22:20

Oh ! que ça a l'air bien ! J'attends la traduction française avec impatience et il faut que je lise enfin "Le Seigneur des Porcheries." A vrai dire, je l'ai commencé mais à l'époque, ces horribles furies bigotes évangélistes m'avaient glacée - je traversais une période assez difficile l'an dernier à cette époque.

Une espèce de Bête du Gévaudan made in USA et qui se promène chez les Amishes, ça promet un vrai régal !

Mais pourquoi diable Egolf s'est-il suicidé ? ... Enfin, souhaitons que ses mânes aient trouvé le repos.
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MessageSujet: Re: Tristan Egolf.   Sam 16 Sep - 22:58

Ah oui, moi aussi comme je regrette qu'il ait fait ça ! Il était unique en son genre. Mais peut-être qu'on va nous ressortir des textes inédits ? Il paraît que ce gars-là écrivait TOUT LE TEMPS.
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MessageSujet: Re: Tristan Egolf.   Mar 17 Oct - 17:19

J'ai moi aussi lu ce Kornwolf, et je dois dire que, comme Thomas, je l'ai beaucoup aimé. Ca n'est pas si drôle que ce à quoi on aurait pu s'attendre vu le sujet (et vues aussi les citations de journaux ou de suppléments littéraires anglo-saxons qui ne manquent jamais de parsemer les couvertures des livres anglais), ce qui déçoit peut-être un peu, mais c'est très prenant. Il y a des passages assez émouvants à propos du loup-garou, non pas qu'Egolf se mette à sentimentaliser sur lui (ça n'est pas vraiment le genre de la maison !), mais le déchaînement de violence auquel se livre "le Diable", comme l'appellent les gens de Stepford, laisse transparaître une solitude et une auto-destruction assez terribles. L'auteur nous fait presque penser, sans pourtant rien en dire, que le Kornwolf souffre de sa condition et qu'il n'est pas simplement l'instrument de ses pulsions meurtrières incontrôlables. Je pense à une scène où il met un bar sens-dessus-dessous mais n'omet pas non plus de se mettre lui-même dans un état lamentable à l'aide des diverses substances plus ou moins licites qu'il y trouve. Les passages où le journaliste-enquêteur se documente dans une bibliothèque sur les divers avatars du loup-garou à travers l'histoire sont passionnants. L'histoire est bien ficelée, pleine de suspense, riche de plusieurs dimensions. A conseiller aux amateurs !
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MessageSujet: Re: Tristan Egolf.   Mar 17 Oct - 17:25

Tu entends, Séraphine ? Bien que ce ne soit pas à proprement parler un roman fantastique, je suis sûre que nous y trouverons notre compte. Wink
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MessageSujet: Re: Tristan Egolf.   Mar 15 Juil - 20:09




Tristan Egolf est né en 1971 en Espagne. Il a vécu dans plusieurs Etats des Etats-Unis (notamment en Pennsylvanie et à Philadelphie) avant de partir en Europe tenter sa chance en tant que musicien (Il fait partie d'un groupe punk dès sa jeunesse). C'est à Paris, alors qu'il vit en jouant de la guitare sur le Pont des Arts et dans des pubs, qu'il commence à écrire Le seigneur des porcheries. Il rencontre Marie Modiano (la fille de) et montre son manuscrit, refusé par des dizaines d'éditeurs américains, à Patrick Modiano. Celui-ci, emballé, le propose à Gallimard. C'est ainsi qu'Egolf publie en 1998 son premier roman en français avant que les éditeurs anglo-saxons ne se réveillent. Il fait aussi des détours par le théâtre et l'activisme politique, notamment lorsqu'il forme avec des amis une pyramide humaine quasi-nue pour protester contre les agissements des soldats américains à Abou-Ghraïb. Son deuxième roman, Jupons et violons, paraît en 2002 et le dernier, Kornwolf, en 2005, après sa mort. Apparemment dépressif, Egolf se tue à 34 ans au fusil. Il laisse trois romans inclassables qui ont enthousiasmé de nombreux lecteurs.
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MessageSujet: Re: Tristan Egolf.   Mar 15 Juil - 20:40

Le seigneur des porcheries est donc le premier roman de Tristan Egolf. Il raconte la geste d'un pauvre petit péquenot de la Corn Belt, John Kaltenbrunner. John est né à Baker, bourgade sinistre fondée par des Allemands et peuplée d'imbéciles, de bigots et de dégénérés de toute sorte, les trolls, et d'immigrés mexicains, les citrons, qui vivotent en prenant les emplois durs et mal payés dont personne ne veut. John est le fils de Ford Kaltenbrunner, ancien entrepreneur de travaux publics qui est devenu un personnage local en se spécialisant dans l'exhumation de vestiges anciens, voire antédiluviens, puisqu'un jour un découvre un mammouth sur un de ses chantiers et qu'il se prend de passion pour l'archéologie. Ford meurt avant la naissance de John et son fils n'en connaît rien d'autre que les racontars plus ou moins bien intentionnés des gens du cru, greffés sur la légende hagiographique qui circule. Il vit avec sa mère dans la ferme familiale une vie solitaire et sans histoires. Quoiqu'un peu bizarre et doté d'un sale caractère, John fait rapidement preuve de talents bien au-dessus de son âge. Tout gamin, il se met en tête de monter un élevage de poules. Et puis de moutons. Il y arrive. Il retape un vieux tracteur, qu'il baptise Bucéphale et qu'il utilise pour aller à l'école. Il est toujours à l'affût de réparations ou d'améliorations à apporter à la ferme, et la fait prospérer. Mme Kaltenbrunner est totalement dépassée, et le manque total d'attention de son fils à l'école l'inquiète. Surtout qu'il devient bientôt, puisqu'il ne ressemble à personne, le souffre-douleur des sales mioches qui l'entourent. Et ce n'est que le début. Sa mère tombe malade, et arrivent les harpies méthodistes, de méchantes teignes qui sous prétexte de réconfort à thème religieux dépouillent les indigents de leurs biens et de leur argent jusque sur leur lit de mort. Elles touchent à ce que John a de plus précieux, la ferme, et il en conçoit une haine féroce qui se focalise sur leur chef de meute, Hortense Allenbach. Il saura d'ailleurs les recevoir lorsqu'elles lui rendront visite lors d'un de ses séjours à l'hôpital.

Il ne tombera sur la tête de John que des catastrophes tout au long du livre, entre les sévices des gamins de Baker, les harpies méthodistes, un séjour en prison, plusieurs à l'hôpital, de la castagne dans les bars, des cuites mémorables, des boulots difficiles dont la plupart lui donneront des coups de sang qui le feront jeter dehors (les passages sur l'usine de poulets sont d'anthologie), jusqu'au jour où il atterrit chez les torche-collines, entendez les éboueurs, qui sont tous des marginaux, des laissés-pour-compte et surtout la honte de Baker. Là, il se lie d'amitié avec Wilbur, un autre éclopé de la vie, et entrevoit des possibilités de revanche. Et quand John décide de se venger de cette communauté qui ne lui a apporté qu'humiliation, ça n'est pas à moitié...

Je ne sais toujours pas, au bout de quatre ou cinq lectures, comment fait Egolf pour nous faire aimer ce personnage qui a la malchance collée aux basques. Je ne sais pas comment il le rend si attachant malgré son sale caractère, son don pour foncer dans les situations les plus mal engagées, son peu de goût pour les relations humaines et sa bizarrerie. Mais toujours est-il qu'on suit la mise en place de sa vengeance avec une délectation formidable et qu'on pleure de ses malheurs. Baker est un univers à lui tout seul (dont Egolf raconte d'ailleurs les origines et l'évolution au cours du temps), peuplé de personnages grotesques tous plus mauvais les uns que les autres - tous plus comiques aussi. Si on cherche une définition de l'humour noir, on pourrait bien la trouver dans ce roman qui piétine tout, fourmille de formules qu'aucun autre auteur n'aurait pu trouver, et prend son lecteur comme un tourbillon où il se passe toujours quelque chose. De cataclysme en installation par paliers de la vengeance patiemment élaborée par John, la tension monte vers un final qui ne déçoit pas. Le personnage du petit péquenaud enragé a une dimension de héros tragique grec, et les éboueurs forment un choeur nostalgique (c'est l'un d'eux qui raconte l'histoire d'un point de vue rétrospectif). Le seigneur des porcheries a attiré des comparaisons avec John Kennedy Toole, Faulkner et Steinbeck. Sans doute les critiques ont-ils raison. Mais le résultat est incomparable : c'est du Egolf. Je le relirai, et vous le recommande chaudement !


Le seigneur des porcheries
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MessageSujet: Re: Tristan Egolf.   Mar 15 Juil - 21:03

Ben mince, quand j'ai aperçu la photo rapidement j'ai cru voir Nagui Laughing
Bon, Egolf, a mettre sur la PAL de vacances !
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MessageSujet: Re: Tristan Egolf.   Mar 15 Juil - 21:59

Nagui ? Oui mais en regardant vraiment vite, alors, et après l'apéro ! Wink
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