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Masques de Venise
Mécréante Suprême




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Sujet: Stephen Crane Ven 19 Sep - 21:02 |
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Stephen Crane était le dernier des quatorze enfants de pieux méthodistes. Il naquit à Newark, dans le New-Jersey, le 1er novembre 1871 et mourut à l'âge de vingt-huit ans, le 5 juin 1900, victime de la tuberculose.
Il avait neuf ans lorsque son père, le révérend Jonathan Townley Crane, mourut. Si le révérend avait vécu, Stephen aurait-il renié avec tant de vigueur la religion dans laquelle il était né ? Probablement. En cet enfant paisible, assez doué pour les études et surtout pour les mots mais naturellement nonchalant, la révolte couvait.
A dix-huit ans, il aide son frère, Townley, à rédiger la chronique locale pour le "New-York Tribune." A dix-neuf, dans le journal de son école, il publie son premier "essai", consacré à l'explorateur H.M. Stanley. Sa voie semble toute tracée : il sera journaliste.
Il semble que la guerre et toutes les formes de violence aient exercé sur lui une fascination extraordinaire - dont on retrouve l'empreinte dans certaines scènes de "The Red Badge of Courage", son oeuvre la plus connue dont l'intrigue a pour cadre la Guerre de Sécession.
En 1893, il publie son premier roman : "Maggie, fille des rues", charge virulente contre la bien-pensance WASP qui, déjà, fait de lui un auteur atypique, à mi-chemin entre le Naturalisme à la Zola et le post-modernisme.
"The Red Badge of Courage", traduit en français sous le titre de "La Conquête du Courage" sortira trois ans plus tard et connaîtra un succès international.
Crane voyage ensuite au Mexique et à Cuba et en ramène quelques reportages. En 1898, il se marie et s'apprête à nouveau à se rendre à Cuba. Mais le bateau dont il est le passager, le "Commodore" fait naufrage non loin des côtes de Floride, ce qui permet au journaliste de vendre le récit de ses aventures à la presse new-yorkaise.
Crane couvre encore le conflit gréco-turc avant de s'établir en Angleterre, dans le Sussex, dont on lui a vanté les mérites climatiques. Il y rencontre Henry James et Joseph Conrad, qui le visitera plusieurs fois.
Il décède lors d'un voyage en Allemagne, à Badenweiler et son corps est rapatrié au cimetière d'Evergreen, dans le New-Jersey. Son nom va sombrer dans l'oubli pendant près de deux décennies avant que certains critiques ne le ressuscitent dans les années vingt et reconnaissent en lui l'un des pionniers du post-modernisme américain.
_________________ Ecrasons les Infâmes ! - D'après (et avec la bénédiction posthume de) Voltaire
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Dernière édition par Masques de Venise le Dim 28 Sep - 14:04, édité 2 fois
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Sujet: La Conquête du Courage Dim 28 Sep - 14:47 |
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The Red Badge of Courage Traduction : Francis Viellé-Griffin & Henry D. Davray
Où que l'on aille, ce court roman est toujours présenté comme traitant de la Guerre de Sécession. Peut-être le créneau est-il porteur. Mais dans le cas de "La Conquête du Courage", cet étiquetage est erroné. Certes, l'action met bien en scène des soldats de l'Union combattant ceux de la Confédération mais la chose n'est mentionnée que de très rares fois, par la couleur d'un uniforme ou les termes "rebelle" et "Yankee" utilisés çà et là.
En fait, "La Conquête du Courage" parle surtout de la guerre et plus encore de la terreur qui accable le combattant lorsque sonne pour lui l'heure du corps à corps. Car la guerre, même à notre époque hautement technologique, cela reste le corps à corps : l'égorgement de certains soldats français par les talibans, l'a encore récemment prouvé en Afghanistan.
Stephen Crane utilise ici une intrigue et des personnages minimalistes : une ligne de front, dont on ne sait pas très précisément où elle se trouve et qui est d'ailleurs si mouvante que le héros, Henry Fleming, le plus souvent désigné sous le nom de "le jeune homme" comme pour bien souligner et son caractère banale et l'universalité paradoxale de sa quête du courage, se perd pour commencer parmi les rangs confédérés ; et quelques personnages qui, y compris les généraux, tiennent plus de la silhouette et de l'ombre que du héros solidement charpenté.
A maints endroits, "La Conquête du Courage" évoque ces films qui, documentaires ou fictions, ont cherché à fixer sur la pellicule les brumes hantées de la Grande guerre. Une silhouette se dresse, comme sortie de nulle part, elle dit ou balbutie sa peur, sa détresse, son refus de la Mort, et puis elle disparaît. A Henry de faire avec leurs blessures, leur hébétude, leurs radotages - leur dissolution. A Henry - et au lecteur - de leur survivre.
D'abord hébété, puis bien près de prendre ses jambes à son cou et de déserter sans autre forme de procès, Henry est stoppé net dans son élan lorsque l'un de ses camarades, avisant du sang sur son uniforme, s'imagine à tort qu'il a été blessé dans le feu de l'action. La honte alors l'accable et son poids s'accentue au fil des rencontres après la bataille, tous ces hommes qui saluent son prétendu courage ou pire, qui passent à son côté sans le voir, comme si le choc reçu au combat les avait privés de toute raison. Parce qu'ils ne lui ont pas tourné le dos, au combat : ceux-là y sont allés ...
Et c'est cette honte qui va provoquer chez Henry un retournement complet du caractère. Il va s'exciter, se pousser lui-même à la colère, déchaîner la violence en lui afin de pouvoir retourner au front et parvenir, cette fois, à se conduire en guerrier. Voilà comment il finit par conquérir le courage qui lui a fait si gravement défaut et, comme l'indique le titre, plus précisément, "l'insigne rouge", la blessure qui prouve son courage.
Minimaliste jusque dans son style et sa technique, Crane emploie des mots simples et des personnages réduits à une ou deux émotions essentielles pour analyser les différentes étapes par lesquelles passe son héros. Celui-ci étant lui-même une nature simple, l'effet obtenu est encore plus impressionnant.
Pas de charges, pas de grandes scènes de bataille à la Tolstoï, donc. Margaret Mitchell fait mieux dans son "Autant en emporte le vent." "La Conquête du Courage" est, à bien y regarder, un roman plus abstrait qu'on ne le pense - qu'on ne le définit.
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