Séraphine
Grande & Sulfureuse Prêtresse de Nota Bene




Nombre de messages: 3311
Age: 39
Localisation: Autres dimensions...
Emploi: Ecolière...
Loisirs: Le rêve...
Date d'inscription: 02/04/2006
|
Sujet: Stanley Elkin – Marchand de liberté Jeu 14 Fév - 18:42 |
|
|
Un écrivain majestueux, impétueux et foudroyant.
Une langue exigeante, dilatée, pleine d’arabesques et de jeux de mots...
Imaginez un grand huit de foire. Avec vertiges, plongeons, soubresauts et ivresse...
Il fait de la haute voltige littéraire et ne sera apprécié que par les authentiques amoureux du Verbe.
Un rythme torrentiel. Lâchez prise, il est plus fort que vous...
L’intrigue : on suit les pas quotidiens d’un garant dans la première moitié du 20è siècle, aux States. Ce gars là, qui sera notre héros, a bâti sa carrière et sa fortune sur le malheur des autres.
De ceux qui se mettent dans de sales draps, devraient finir en taule et finissent libres grâce à la caution accordée par notre guide.
Son boulot : évaluer combien vous pesez. Matériellement. Quelle est votre valeur pécuniaire ? Il inclut dans son calcul : votre famille, vos liens affectifs. Tout est converti en dollars.
C’est son savoir-faire.
Son sacerdoce.
Qui culmine dans une scène épatante, au restaurant, face à une jeune femme qui veut faire libérer son fiancé du pénitencier et quémande la garantie de Main. « Mais dites-moi combien vous l’aimez, allez, montrez-moi en écartant vos mains, que je me rende compte de l’espace entre les mains... ».
Livre du cynisme total.
Livre hyperréaliste sur l’intérêt au pays...de l’intérêt.
S’y ajoute évidemment la dimension humaine du personnage. Son sobriquet : Le Phénicien. Tout un parfum oriental...
On le découvre hanté par sa destinée, obsédé par sa propre interrogation personnelle.
Si la vie est jeu, quelle pièce est-il ?
Aimer, avoir de la compassion ?
Vous rigolez !
Non, ce rôle là, il ne l’a pas !
Réservé à d’autres...
Lui, la vie lui a donné le rôle du cupide. Du requin. Du vampire.
Alors, il tire profit de ses marionnettes en détresse, manie la misère humaine au couteau tranchant de la spirale « dette – endettement – servitude - esclavage »...
Sa richesse, son opportunisme, son absence de sentiments, de morale l’ont-ils rendu fou ?
La scène finale répond à cette question.
L’aime t-on ce héros ?
Eh bien, non.
Cela est encore plus vicieux : on est subjugué, hypnotisé...
On subit de plein fouet ce magnétisme malsain.
Et sublime ?
Un livre qui ne se narre pas.
A lire comme un explosif.
_________________ "Connais-toi toi-même."
|
|