
Nota Bene Nota Bene : La Qualité, Non La Quantité - Forum Atypique Pour & Par la Littérature - Histoire, Cinéma, Edition en Ligne Sont Aussi Sur Nos Etagères - Réservé Aux Lecteurs Gourmets & Passionnés - Mièvrerie, Extrémistes & Trolls Ne Sont Pas Les Bienvenus |
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Masques de Venise
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Sujet: Pearl Buck Jeu 14 Fév - 18:46 |
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Pearl Sydenstricker est née à Hillsborough, en Virginie occidentale, le 26 juin 1892, de parents presbytériens missionnaires qui, trois mois après sa naissance, en 1892, s'embarquèrent pour la Chine. C'est là qu'elle grandit et commence à écrire.
La révolte des Boxers va contraindre les Sydenstricker à regagner les Etats-Unis. Mais ce n'est que partie remise et, dès 1902, ils repartent pour la Chine. Cependant, en 1910, Pearl réintègre les USA pour entrer au Randolph Woman's College de Macon. Elle en sort diplômée en 1914 et prend le bateau du retour pour la Chine.
Le 13 mai 1917, elle épouse John Lossing Buck dont elle aura une petite fille, Carol, malheureusement atteinte d'une maladie génétique susceptible d'entraîner une arriération mentales grave : la phénylcétonurie. Plus tard, les Buck adopteront la petite Janice.
De 1920 à 1933, les Buck résident à Nankin, sur le campus de l'université où tous les deux enseignent. En mars 1927, débutent les incidents de Nankin qui voient s'affronter "seigneurs de la guerre", communistes et bien sûr nationalistes. Les Buck seront contraints de s'enfuir au Japon avant de revenir à la fin de l'année.
En 1934, pour être plus proche de sa fille, Carol, qu'elle avait confiée à une institution spécialisée, Pearl Buck rentre aux Etats-Unis où elle achète Green Hills Farm. Son mariage battait déjà de l'aile et le divorce est prononcé un an plus tard.
A cette époque, Pearl Buck, qui avait commencé à publier des nouvelles dès 1920, est déjà un auteur reconnu. Son premier roman, "Vent d'est : vent d'ouest", publié en 1930 par la maison d'édition dirigée par celui qui deviendra son second mari, Richard Walsh, a été un succès. Son second : "La Terre chinoise" a reçu, quant à lui, le Pullitzer 1932 en attendant d'être porté à l'écran en 1937 avec Luise Rainer et Paul Muni.
En 1938, la romancière devient le premier auteur américain de sexe féminin à recevoir le Nobel de littérature.
Elle continuera à écrire, essentiellement sur la Chine et/ou le statut de la femme. Elle militera d'ailleurs activement pour les droits des femmes. En outre, lorsqu'elle découvre que les enfants nés de couples mixtes ne sont pas considérés comme adoptables par les institutions américaines, elle fonde en 1949, avec Ralph Walsh, la première institution internationale inter-raciale pour l'adoption : Welcome House.
Eux-mêmes adoptent encore six enfants. En 1964, la touche finale est donnée avec la fondation Pearl S. Buck pour les Amérasiens qui ne peuvent pas être adoptés et qui peuvent y obtenir des bourses.
Pearl Buck est décédée en 1973. 
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Masques de Venise
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Sujet: Pavillon de Femmes Dim 17 Fév - 14:45 |
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Pavilion of Women Traduction : Germaine Delamain
Personnages
Si Pearl Buck s'est toujours battue pour les droits de la femme, c'est peut-être parce que, dès l'enfance, elle avait pu observer le sort de soumission réservé aux femmes en Chine. Epouse ou concubine, il n'y avait pas trente-six solutions, la femme non-mariée qui ne se sentait pas de vocation ecclésiastique étant considérée comme une charge inutile.
La condition féminine est donc, avec la Chine le plus souvent, le maître thème de son oeuvre et, dans ce "Pavillon de Femmes", c'est en Mme Wu et dans son entourage féminin qu'elle s'incarne.
Mme Wu est l'épouse unique d'un riche propriétaire foncier. Elle a donné à son époux quatre fils et a donc, selon l'usage, rempli plus que largement son devoir envers les Ancêtres de la maison où elle entra jeune mariée. Cette maison, elle la dirige avec douceur et fermeté mais, le jour de ses quarante ans, elle prend la décision de cesser tout rapport sexuel avec son époux. En compensation, elle entend lui choisir une concubine.
Mme Wu a une nature si bien trempée que, après avoir un peu regimbé, son mari se soumet. Sa belle-mère aussi. Ses fils et leurs femmes sont plus réservés car nous sommes alors dans les années trente, époque de grand trouble pour les traditions de l'Ancienne Chine. Rulan, l'épouse du second fils, qui a étudié dans les écoles étrangères, est cependant la seule à reprocher à sa belle-mère, qu'elle tient pourtant pour une femme naturellement compatissante et à l'esprit plutôt ouvert, de se plier à une coutume désormais dépassée.
Mme Wu n'en maintient pas moins sa volonté. En parallèle, elle souhaite marier son troisième fils, Fengmo, à la fille cadette de l'une de ses amies. Mais Linyi - c'est le nom de la jeune fille pressentie - se refuse à épouser un homme qui ne connaît pas l'anglais. Pour parvenir à ses fins, consciente également que cet apprentissage apportera sans doute un plus à son fils, Mme Wu demande alors à un prêtre d'origine italienne mais parfaitement polyglotte, Frère André, de venir enseigner son fils.
La relation qui se noue entre Mme Wu et le franciscain que l'Eglise de Rome elle-même tient pour un rebelle (il respecte à la lettre le voeu de pauvreté et, en Europe, n'a jamais cessé de ruer dans les brancards d'une Eglise trop tentée par les ors et les pompes du temporel) est au coeur du roman. Certes, elle est appelée à rester platonique mais elle va permettre à Mme Wu, autre rebelle mais qui s'ignore comme telle, de comprendre bien des choses ...
J'ai toujours eu un faible pour ce roman intelligent, parfaitement construit, aux personnages solides, possédant chacun une personnalité bien déterminée, et où éclatent à chaque ligne la tendresse et le respect que Pearl Buck portait à la terre où elle avait grandi. Plus que "La Terre chinoise", au style volontairement plus épuré, il constitue un excellent premier pas dans la connaissance de l'oeuvre de la romancière sino-américaine.
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Séraphine
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Sujet: Re: Pearl Buck Dim 17 Fév - 18:36 |
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J'ai eu ma "période" P. Buck. Je les ai presque tous lus.
Curieusement, des années après, il ne m'en reste presque aucune impression.
J'ajoute que les Buck se trouvent à la pelle en bouquinerie pour pas cher. Cette littérature est curieusement dépréciée aujourd'hui.
Comme dépassée.
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Morgane la fée
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Sujet: Re: Pearl Buck Dim 17 Fév - 19:19 |
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J'ai fait un tour sur Amazon car je ne connaissais pas cet auteur auparavant. Eh bien elle m'a l'air prolifique le cocotte.
Je note
Je suis bien tentée par ce Vent d'Est, Vent d'Ouest : le titre m'attire.
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Carla
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Sujet: Re: Pearl Buck Lun 18 Fév - 12:47 |
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Très prolifique, et malheureusement pas toujours aussi excellente que dans ses romans les plus connus. Je suis extrèmement reconnaissante à ma mère de m'avoir fait découvrir Pearl Buck. Elle m'avait fait le cadeau, pour mes 14 ans, de ses plus grands romans ds une collection reliée, et j'ai passé cet été là plongée ds tous ces romans que j'ai adoré, et que j'adore encore pour certains. Pavillon de Femmes (merci MdV de lui rendre hommage, c'est mon préféré), Vent d'Est Vent d'Ouest, Pivoine... autant de très beaux romans malheureusement tombés un peu en désuétude. Il est à craindre que de nos jours on ne donnerait plus le prix Nobel à Pearl Buck, facilement qualifiée de romancière pour jeunes filles. Et pourtant ! mieux que tout sinologue distingué, elle décrit simplement mais avec bcp d'acuité les tribulations de l'Histoire chinoise du début du XXème siècle, et tout étudiant en Histoire devrait lire la trilogie de La Terre Chinoise. Quand à L'Exilée, ainsi que L'Ange Combattant (deux récits de mémoire, l'un consacrée à sa mère, l'autre à son père), ils sont un extraordinaire témoignage sur la présence occidentale en Chine, via les missions chrétiennes, au début du XXème siècle. Sur la question des couples mixtes, elle a publié L'Epouse en Colère, mettant en scène, dans l'immédiat après-guerre de Secession, un couple blanc/noire, très beau plaidoyer pour l'acceptation de la mixité. Pearl Buck était une femme étonnante que j'admire bcp.
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Sujet: Re: Pearl Buck Lun 18 Fév - 13:29 |
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J'en ai aussi beaucoup lu, les ayant trouvés dans la bibliothèque de mes grands-parents, à une période de préadolescence et d'adolescence boulimiques de lecture. J'ai apprécié la découverte d'une autre culture (la Chine, même si vue par le regard d'une Occidentale), de personnages intéressants, etc. Pivoine, Vent d'est vent d'ouest, Pavillon de femmes, La mère, Les Frères Wang Luang (?), etc. Ce sont des titres que j'ai encore en tête, avec des bribes d'histoire et des anecdoctes. Je me souviens d'avoir appris par ces livres que le blanc était la couleur du deuil en Chine, que les petits pieds étaient le comble du raffinement (d'où le bandage des pieds dans les classes aisées), etc. Ce que cela m'a apporté, je pense, c'est de mieux percevoir la relativité des choses et leur construction culturelle. Je me souviens encore de réflexions que cela m'avait amené à faire et de lectures agréables, sur l'herbe, à l'ombre d'un merisier... Par la suite, j'ai eu l'occasion de lire un roman (Le Roi fantôme, je crois) de Pearl Buck, qui ne se passait pas en Chine mais en Ecosse. Je l'avais moins apprécié. Etait-ce le sujet, était-ce parce que mes attentes étaient autres, était-ce l'âge (je devais avoir 18/19 ans) ? Bref, je suis passée à autre chose. Mais je garde un souvenir de ces lectures et je pense qu'elles m'ont apporté beaucoup, justement parce qu'il me semble, comme le rappelle Carla, que Pearl Buck a abordé de nombreux sujets, sans enfermer dans un jugement.
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Sujet: Re: Pearl Buck Lun 18 Fév - 13:44 |
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Le Roi Fantôme ça me dit qq chose. Un vieil homme qui perd la tête et se prend pour un roi ? faut que je cherche ds mes bouquins. Millie, tu devrais essayer de lire (si tu ne l'as pas déjà fait) L'Exilée qui raconte l'histoire de sa propre mère. C'est très beau. Je l'ai relu recemment (c'est un de mes préférés) et j'y ai retrouvé l'émotion de ma première lecture. Et celui dont tu parles c'est Les Fils de Wang Lung, deuxième volet de la trilogie de La Terre Chinoise (La Terre Chinoise, Les Fils de Wang Lung, La Famille Dispersée).
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Sujet: Re: Pearl Buck Lun 18 Fév - 13:52 |
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J'ajoute que Pearl Buck évoquera également la Chine communiste de Mao ds qq romans, dont Les Trois Filles de Mme Liang, prouvant l'intérêt et l'amour qu'elle portait pour ce pays, bien après son départ de celui-ci. Un roman, assez peu connu, mérite qu'on s'y arrête : Le Patriote. Il met en scène un jeune Japonais, marié à une Chinoise, alors qu'éclate le conflit sino-japonais. En effet il ne faut pas réduire Pearl Buck a sa seule connaissance de la Chine : elle connaissait également très bien les autres cultures asiatiques, et situera certains de ses romans au Japon ou en Corée, ou encore en Inde (Mandala).
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Sujet: Re: Pearl Buck Jeu 21 Fév - 12:46 |
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Merci Carla,
Oui, j'avais lu L'Exilée. Et, c'est bien ça, j'avais lu la trilogie dont tu parles et dont tu me remémores les titres ! Pour Le roi fantôme, désolée, je ne me souviens plus, si ce n'est que c'était, me semble-t-il, en Ecosse.
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Carla
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Sujet: Re: Pearl Buck Jeu 21 Fév - 12:52 |
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Je viens de le ressortir de ma bibli et l'ai mis à côté de mon lit !
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Sujet: La Terre Chinoise Dim 11 Mai - 15:48 |
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The Good Earth Traduction : Théo Varlet
A vingt ans, j'étais passée, je m'en rends compte aujourd'hui, complètement à côté de ce roman qui est un grand roman, un roman fort. Son auteur s'y est en outre essayée à un style à la fois simple et rythmé, un peu lancinant parfois, plus en rapport, selon elle, avec la culture chinoise qui constitue le thème central de l'ouvrage.
Ce livre est le premier tome d'une trilogie, communément appelée "Trilogie de la Terre chinoise" en français et destinée à retracer l'histoire d'une famille d'origine paysanne sous trois générations.
Aux racines, ainsi qu'on le constate dès la première page, Wang Lung, le héros, n'est qu'un pauvre paysan qui, orphelin de mère, s'occupe activement de son vieux père, désormais trop peu valide pour aller cultiver avec lui le maigre champ qu'il possède près de leur maison en terre.
Mais, pauvre ou pas, dans la Chine ancienne, un fils se doit de procréer à son tour au moins un fils, afin que le culte des ancêtres soit sauvegardé. Et Wang Sr s'est entremis auprès de la grande famille Hwang afin que son fils puisse obtenir comme épouse l'une des esclaves de cuisine de la vaste demeure. Il l'a exigée laide car, selon lui, un paysan n'a pas besoin d'une jolie femme qui ne se préoccuperait que de ses toilettes et de sa beauté là où il lui faudrait plutôt tenir la maison, faire la cuisine, etc ... enfanter, bien sûr, et même travailler la terre aux côtés de son mari. Après un court moment de révolte, Wang Lung s'est incliné et, le jour où débute le roman, il s'apprête pour aller chercher sa future femme.
Celle-ci, O-Len, hommasse, courageuse et taciturne, constitue l'autre pilier de ce livre. En elle, Pearl Buck a amassé tous les malheurs susceptibles de s'abattre en Chine sur les femmes, surtout si elles ne pouvaient compter sur leur beauté pour s'en sortir. Pourtant, dans la première moitié du roman, Wang Lung se montre bon pour sa femme qui, il faut bien le dire, le soutient dans les épreuves telles que la misère, la famine et l'exil avec un courage exemplaire. C'est même grâce à sa connaissance des us et coutumes des riches qu'il parviendra à acquérir suffisamment d'argent pour acheter sa première terre.
Mais avec l'opulence, vient l'oisiveté. Certes, Wang Lung, paysan avant tout, voue à la terre une passion telle qu'il ne peut s'en éloigner plus d'une demi-journée mais comme son ascension sociale le contraint à avoir désormais plus d'ouvriers agricoles qu'il n'en peut compter, il arrive qu'il soit abandonné à lui-même. Et c'est alors que, regardant pour la première fois son humble épouse comme un homme regarde une femme, il se prend de dégoût pour elle et se met en tête d'avoir une concubine.
Cette concubine, Lotus, il va la chercher là où, à l'époque, se recrutaient en général beaucoup de "secondes épouses" : la maison de thé la plus proche. Très vite, il l'installe chez lui mais - il en loue le ciel lui-même - elle n'a pas d'enfant susceptible de créer des bisbilles avec ses enfants du premier lit et s'enfouit douillettement dans le confort de sa vie de femme mariée et honorable.
Wang Lung ne saisira la profondeur des liens qui l'unissaient malgré tout à O-Len que lorsque celle-ci, rongée par une "maladie d'entrailles" qui fait penser au cancer, s'éteindra. Il la fera enterrer somptueusement, ainsi qu'il convient à la Première épouse d'un propriétaire foncier, en compagnie de son vieux père, décédé peu après sa belle-fille.
Et c'est alors que l'ancien paysan pauvre et timide, devenu, par la puissance de son travail et une bonne dose de chance, le nouveau propriétaire de l'ancienne maison des Hwang, prend conscience du temps qui s'écoule, lent, inexorable ...
Même si l'on connaît déjà l'histoire - notamment si l'on a vu le film "Visages d'Orient", avec Paul Muni et Luise Rainer - on ne décroche pas un instant de ces pages où l'action se déroule sans un seul temps mort et pourtant sur un rythme paisible n'ayant rien à voir avec nos habitudes. Au premier plan, bien sûr, l'ascension de Wang et des siens, une histoire somme toute intimiste. Mais en arrière-plan, planté de manière à nous restituer la manière qu'avait un paysan chinois de cette époque de se représenter le monde qui l'entourait, un décor social où germent et tremblent les grands bouleversements qui vont transformer la Chine à jamais.
Signalons que "La Terre Chinoise" a obtenu le Prix Pullitzer 1932.
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Sujet: Re: Pearl Buck Dim 11 Mai - 20:46 |
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Sujet: Les Fils de Wang Lung Ven 16 Mai - 15:56 |
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Sons Traduction : Théo Varlet
Ce deuxième tome de la trilogie "La Terre Chinoise" est certainement le plus faible de l'ensemble. Non en raison de sa construction mais parce que l'intrigue tourne pratiquement tout entière autour d'un personnage unique : Wang le Tigre, le dernier des fils de Wang Lung.
Le personnage est pourtant ce que l'on appelle un personnage fort. En lui se sont unies la puissance de concentration, l'endurance hors de pair de sa mère, O-len, et l'ambition, la ruse de son père. Le problème, c'est que, succédant au foisonnement de caractères et à l'agitation de "La Terre Chinoise", cet ouvrage fait au lecteur l'effet d'un silence trop brutal et même gênant.
Sinon, cette histoire d'un garçon amibitieux qui, suite à sa première déception sentimentale - il était tombé amoureux de la deuxième concubine de son père - quitte la maison familiale sans aucun désir de retour pour rejoindre les troupes de l'un de ces seigneurs de la guerre qui sévirent en Chine après l'effondrement de la dynastie mandchoue, s'avère intéressante. Elle a aussi le mérite de dépeindre un aspect important de l'Histoire de la Chine au temps de la république nationaliste.
Wang le Tigre est un personnage tragique et passionné. Tout d'une pièce, il ne sait pas composer et, de toutes façons, il n'y tient pas. Après sa seconde grande aventure amoureuse qui se solde de manière tragique, il renonce définitivement à aimer une femme, quelle qu'elle soit. Il demande à ses frères, Wang l'Aîné et Wang le Marchand, de lui trouver une épouse afin que lui aussi puisse avoir un fils. Et c'est sur ce fils, Yuan, qu'il reporte toute sa passion possessive.
A réserver aux inconditionnels de Pearl Buck.
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Sujet: La Famille Dispersée Ven 16 Mai - 16:34 |
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A House Divided Traduction : S. Campaux
Ici, le foisonnement réapparaît - ce qui soulage le lecteur - et même s'universalise. Car le héros du dernier volume de la trilogie, Yuan, fils unique et bien aimé de Wang le Tigre et de sa concubine, est destiné à voir du pays.
Dénoncé comme révolutionnaire communiste par une jeune condisciple qui était tombée amoureuse de lui, il est en effet contraint à l'exil aux Etats-Unis. Il y restera six ans, assez pour réaliser que si tout, dans la civilisation occidentale, n'est pas à rejeter, lui-même sera à tout jamais un Chinois. Moderne, certes mais chinois avant tout. Pearl Buck profite d'ailleurs de l'occasion pour apprendre au lecteur ce qu'elle pensait du désir forcené de convertir le peuple de l'Empire du Milieu qui caractérisa tant de missionnaires - et sans doute ses propres parents.
Mais "La Famille dispersée", c'est avant tout la peinture d'un monde en pleine mutation, dans lequel, peu à peu, les anciennes coutumes se voient mises à l'encan par une génération qui rêve de connaître enfin la liberté : liberté de penser, liberté de ressentir, liberté d'aimer, liberté de vivre pour soi sans avoir à se préoccuper de l'opinion du clan familial. Pour atteindre à ce résultat, certains, parmi ces jeunes gens, fanatisés à mort par la politique maoiste, iront jusqu'à tuer de leurs mains leur père ou leur mère, voire les deux.
Au passage, sont révélées au grand jour les magouilles de Wang le Marchand, qui n'a cessé de prêter en suffisance à son frère cadet jusqu'à ce que le vieux seigneur de guerre ne puisse pas le rembourser. Ainsi, Yuan, diplômé de l'université étrangère et, en tant que tel, fort coté désormais sur le marché du travail chinois, sera l'esclave de son oncle et sera en quelque sorte contraint de se sacrifier pour sa famille.
Dans l'esprit de Wang le Marchand, ce n'est là que justice mais Yuan ne va pas l'entendre de cette oreille ...
Même s'il retient mieux l'attention du lecteur, ce troisième et dernier opus n'atteint pas la puissance de "La Terre Chinoise." A ne réserver donc, là encore, qu'aux inconditionnels.
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Sujet: Re: Pearl Buck Lun 25 Mai - 17:51 |
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Je ne suis pas tt à fait d'accord avec toi. Je crois que La Terre Chinoise devrait être lue par tout étudiant s'intéressant à l'Histoire, en particulier celle de la Chine. Pearl Buck en livre une version intéressante, et, je pense, extrèmement fidèle à la réalité. Lire La Terre Chinoise permet de comprendre, comme on ne saurait le faire en lisant un livre d'Histoire, la réalité de la vie de ces paysans, la corruption de la société chinoise, ferments sur lequel va s'appuyer la révolution maoiste, mais qui perdurent aujourd'hui encore.
Il y a qq mois j'ai déniché dans un vide-grenier un vieux roman de Pearl Buck (édition de 1953, certainement jamais réédité depuis, et traduction, bien sûr, de Lola Tranec) dont je n'avais jamais entendu parler. Il s'agit du Pain des Hommes, et j'ai été agréablement surprise.
Clem et William sont deux jeunes enfants. Ils sont tous deux fils de missionnaires, sont nés en Chine, et vont être les témoins de la fin sanglante du règne de L'Impératrice de Chine. Revenus aux USA, mais marqués par la vision d'un peuple en révolte, ils vont grandir de façon très différente. L'obsession de William sera d'être le plus riche possible, et de contrôler le peuple grâce à la presse, celle de Clem sera de mettre fin à la faim dans le monde, seul moyen pense-t-il de mettre fin à la violence liée à la faim.
Le roman repose tout entier sur la dualité de ces deux hommes que tout oppose, bien sûr, mais accorde une large part aux idées de l'un et de l'autre. A travers les portraits de Clem et de William, c'est le portrait d'un monde qui se dessine que Pearl Buck sait deviner, avec la finesse qui la caractérise. Ce microcosme américain qu'elle décrit, c'est celui qui va très vite gouverner le monde, et influe sur le monde dans lequel nous vivons aujourd'hui. Si sa description des rapports mondains font penser aux romans de son contemporain Louis Bromfield, sans toutefois atteindre la minutie entomologiste de celui-ci, Pearl Buck reste unique de par l'humanisme qui se dégage de ses oeuvres.
| Citation: | Personne ne pouvait contredire William. Sa réussite fantastique représentait une réponse suffisante à tout argument. En cinq ans, il avait lancé cinq journaux (...) Son habile combinaison de photographies, de dessins humoristiques et de textes était devenue indispensable à des millions de gens qu'il ne connaissait pas. Le petit format des journaux permettait une lecture facile dans le métro et les drugstores bourrés de monde à l'heure des repas. William donnait au public exactement ce qu'il désirait : de brèves informations financières et commerciales, accompagnées d'une demi-colonne de conseils et de pronostics ; des informations d'actualité sous forme de photos soigneusement choisies pour leur caractère tragique ; les nouvelles du jour condensées dans un texte simple, habilement présenté, mis à la portée des millions d'humains qui ont du mal à lire, encore plus à penser, et chez qui le vide intérieur crée le besoin de constantes diversions. Trop adroit pour sermonner, William arrivait à ses fins en choisissant lui-même la pâture de ses lecteurs et la façon de l'accommoder. Il procédait par élimination et à coup de gros titres; c'était le secret de sa réussite. Seuls les gros titres peuvent dicter au public ses opinions. |
_________________ Avoir un Corps m'est effroi - Avoir une Âme m'est effroi Profonde - précaire Propriété - Possession, non choisie Emily Dickinson
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