
Nota Bene Nota Bene : La Qualité, Non La Quantité - Forum Atypique Pour & Par la Littérature - Histoire, Cinéma, Edition en Ligne Sont Aussi Sur Nos Etagères - Réservé Aux Lecteurs Gourmets & Passionnés - Mièvrerie, Extrémistes & Trolls Ne Sont Pas Les Bienvenus |
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Masques de Venise
Mécréante Suprême




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Sujet: John Cheever Mer 26 Nov - 16:13 |
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John Cheever naquit à Quincy, dans le Massachussets le 27 mai 1912.
Son père était un prospère commerçant en chaussures qui vécut très mal la crise du textile au milieu des années vingt et commença alors à boire. Pour que survécût la cellule familiale, sa mère, Mary, ouvrit un magasin de cadeaux et se mit à travailler, ce qui fut ressenti, par le reste de la famille, comme une "humiliation abyssale."
En 1927, le jeune John remporta un prix dans un concours de nouvelles organisé par le "Boston Herald". A part ça, sur le plan des études, il se signala surtout par une tranquille médiocrité et une tendance marquée à changer d'écoles ou à s'en faire expulser.
En 1932, suite à une déconfiture bancaire, Mr et Mrs Cheever se séparèrent tandis que leurs deux fils - Fred était l'aîné de John - prenaient un appartement commun à Beacon Hill, à Boston. C'est peu après que John fit connaissance avec la colonie d'artistes qu'Elisabeth Ames avait rassemblés autour d'elle à Saratoga Springs, à New-York. En 1934 d'ailleurs, il fut admis à titre de "pensionnaire" à Yaddo et, pendant les années suivantes, il transita régulièrement entre Manhattan, Saratoga Springs, Yaddo et sa ville natale où ses parents avaient finalement trouvé le moyen de se réconcilier et de se remettre en ménage.
Jusqu'à son mariage avec Mary Winternitz, en 1941, Cheever n'eut pratiquement pas d'adresse fixe, ce qui causait quelques problèmes aux directeurs de revues qui lui achetaient ses nouvelles lorsque venait pour eux l'heure de le régler.
L'écrivain s'engagea le 7 mai 1942 et dut à son premier recueil de nouvelles, "The Way Some People Live", qui venait tout juste de sortir, d'être muté à la filiale de la Paramount du Queens à New-York.
Rendu à la vie civile, il s'installa définitivement dans son rôle de producteur de récits. Ceux-ci paraissaient tout d'abord dans des magazines, puis chez l'éditeur. Les années cinquante, ère des Beatniks, ne le mirent guère en valeur. On lui préférait entre autres Salinger - dont la technique est certainement plus novatrice.
Il avait déjà commencé à boire mais, avec les années, son alcoolisme devint chronique, engendrant des tensions dans son couple (d'autant que, on ne l'apprit qu'après sa mort, Cheever était bissexuel) et provoquant une dépression de plus en plus lourde à assumer, pour lui comme pour les siens.
C'est peut-être ce malaise profond et indéfinissable, qu'il sentait l'accabler et qui l'accompagna jusqu'à sa mort, survenue en 1982, que le lecteur distingue dans les méandres de ses nouvelles. Au reste, on l'a surnommé "le Tchékhov des Faubourgs", et ce surnom en lui-même résume assez bien la tristesse, l'humour grinçant et la quête éperdue d'un Ailleurs ou d'un Autre dont on ignore tout qui caractérisent autant ses romans que ses nouvelles.
A ce jour, John Cheever est considéré comme l'un des plus grands nouvellistes américains au même titre, entre autres, que Raymond Carver.
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Masques de Venise
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Sujet: Les Wapshot Jeu 27 Nov - 15:29 |
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The Wapshot Chronicle Traduction : Geneviève Naudin
Attention : amateurs d'action rythmée, s'abstenir ! "Les Wapshot", dont les héros ressemblent beaucoup, d'après ce que j'ai cru lire dans la biographie de leur auteur, à la famille dont celui-ci était issue, peut se définir comme une espèce de longue flânerie littéraire avec, pour trame, la grandeur et la décadence d'une génération.
De-ci, de-là, une touche d'humour grinçant ou grivois vient relever un peu la sauce mais c'est plutôt rare. Le plus souvent, Cheever s'en tient à une ironie voilée et douce, un peu nostalgique, qui évoque le parler monocorde d'un comédien jouant "à blanc."
Ce qui donne au lecteur une très étrange impression de recul et même, dans certains cas, la sensation de ne pas être directement concerné. On a, en effet, bien du mal à s'accrocher aux personnages et, lorsqu'on y parvient, quelque chose se passe qui hop ! vous fait perdre toute prise sur le caractère choisi et vous réexpédie à terre, avec comme seules possibilités, ou bien l'abandon instantané des "Wapshot", ou bien une nouvelle tentative pour déterminer clairement ce que ce texte réfractaire peut bien avoir dans son ventre de papier et d'encre.
Le style comporte de très belles images poétiques et rappelle un fleuve. Non pas le fleuve tonitruant, excessif, exténuant et pourtant tonifiant, roulant sa rocaille et ses alluvions, du grand Thomas Wolfe, mais un fleuve au débit singulièrement indolent, qui se resserre par endroits, stagne, fait mine de vouloir se mettre en crûe et puis en revient à une course sage et vaguement narquoise vers le mot de la fin.
Au centre, une génération de Wapshot : Léandre, le père, dépend financièrement de sa cousine Honora - le personnage le plus excentrique, sans aucune contestation possible - et, après ses échecs professionnels, occupe ses loisirs à assurer le service du ferry-boat de St Botolphs (dont, bien entendu, Honora est la seule propriétaire) ; Sarah, son épouse, une femme raffinée, altruiste et qui n'a plus aucune illusion sur son mari ; enfin, leurs deux fils, Moïse, très viril et à qui tout sourit (ou presque) et Coverly, le plus introverti (le plus proche aussi de John Cheever) qui, lui, connaîtra plus de difficultés pour s'affirmer.
Des gens banals, somme toute, qui réfrènent l'originalité susceptible de dormir en eux pour tenter désespérément d'atteindre ... Quoi, au fait ? Eh ! bien, cette chose ou cet état mystérieux, on le sent, il affleure de temps à autre au gré du fleuve mais, au moment où l'on se dit, triomphant : "Ca y est : je vais savoir !", il vous échappe, comme un poisson retournant à son élément naturel ou comme l'un des héros de John Cheever regagnant son petit nuage de personnage littéraire - et exclusivement littéraire.
Mais peut-être Cheever n'était-il pas si doué que ça pour le roman ? Après tout, ce sont ses nouvelles qui ont fait sa réputation. Je songe donc à renouveler l'expérience un de ces jours mais, cette fois-ci, avec un recueil d'histoires courtes.
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Dernière édition par Masques de Venise le Jeu 27 Nov - 22:52, édité 1 fois
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Julie
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Sujet: Re: John Cheever Jeu 27 Nov - 20:08 |
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Son journal vient de paraître en anglais.
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Masques de Venise
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Sujet: Re: John Cheever Ven 28 Nov - 8:35 |
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C'est là justement qu'il évoque sa bisexualité - entre autres.
On remarque qu'il est assez peu traduit en notre langue. Quand on voit combien l'Espagne traduit de livres étrangers, on ne peut qu'en être navrés. Il y a, dans ce domaine, quelque chose de très important à faire - et que les maisons d'édition traitent très légèrement.
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Julie
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Sujet: Re: John Cheever Ven 28 Nov - 8:48 |
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Et encore, on est chanceux par rapport aux Anglo-saxons qui traduisent encore moins !
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Camille
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Sujet: Re: John Cheever Ven 28 Nov - 19:30 |
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on m'a parlé de Déjeuner de famille de ce drôle de personnage dont vous faites léloge ? Quelqu'un l'a lu ? Est ce vrai qu'il est l'égal de Carver qui a fait mes délices quand je l'ai découvert ?
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Masques de Venise
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Julie
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Sujet: Re: John Cheever Sam 29 Nov - 14:12 |
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J'ai lu quelques nouvelles à la fac, j'ai bien aimé. C'est assez mélancolique et bien écrit. Peut-être que c'est l'ambiance de ses nouvelles qui fait penser à Carver ? Parce que sinon ça ne se passe pas dans le même milieu.
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