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James Carlos Blake.

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Masques de Venise
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MessageSujet: James Carlos Blake.   Lun 8 Oct - 21:22

Publié chez Rivages Noirs en France, James Carlos Blake semble s'être fait une spécialité des biographies plus ou moins romancées des grandes figures - popularisées ou non en Europe - de l'Ouest américain.

En dépit de tous mes efforts, il m'a été impossible de dénicher des renseignements vraiment de conséquence sur lui. Il semble avoir été surnommé le "Hemingway sous stéroïdes" mais je pense qu'il s'agit, là encore, d'une formule de presse car sa prose, même traduite, n'a rien à voir avec la sécheresse de l'auteur de "En avoir ou pas."

Il a également reçu un certain nombre de prix littéraires américains.

Je le suppose originaire du Texas mais je n'en ai aucune certitude. A mon avis également, les sympathies de sa famille étaient certainement pro-sudistes.

Je suis tombée sur son nom - et sur le résumé de l'un de ses romans : "Crépuscule sanglant" - sur le blog d'Yvon et je me suis dit : "Pourquoi pas ?"

Même si l'homme ne fait pas dans la dentelle, je n'ai pas regretté. Je vous en parlerai plus tard.



Ben non, il n'y avait ni plus grand ... ni plus petit ... Wink
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MessageSujet: Re: James Carlos Blake.   Dim 21 Oct - 23:40



The Pistoleer
Traduction : Danièle & Pierre Bondil


Ce livre est une biographie romancée de la vie d'un hors-la-loi texan assez peu connu en France mais dont les fans de Bob Dylan ont peut-être entendu parler puisque le chanteur américain lui a consacré une chanson.

Il est intéressant de constater que sa naissance, le 26 mai 1853, à Bonham, au Texas, fait de John Wesley Hardin un Gémeaux : le livre de James Carlos Blake nous décrit en effet un authentique Janus, tour à tour tueur froid, proche de la psychopathie, et gentleman au grand coeur et à la vive intelligence, parfaitement capable de se reconvertir dans le droit après son séjour en prison, avant de rechuter après la mort de son épouse.

L'enfance de John Wesley fut heureuse. Son père était un prêcheur méthodiste (ce qui explique d'ailleurs le second prénom qu'il donna à son fils) qui cumulait également les fonctions de juriste, de maître d'école et éventuellement de conducteur de troupeaux. Comme tout père, James G. Hardin souhaitait voir ses enfants réussir mais on ne peut vraiment pas dire qu'il se montra violent ou trop sévère. Il aimait ses enfants et, jusqu'au bout, il soutint son cadet tout en déplorant sa violence.

La blessure dont serait issu l'étrange parcours de John Wesley serait plutôt un fait de génération : la Guerre Civile - en français, la Guerre de Sécession - qui allait creuser entre le Nord et le Sud un fossé qui, de nos jours, n'est pas encore comblé.

Chez les Hardin, on avait plutôt des sympathies sudistes mais on ne possédait pas d'esclaves et on ne faisait pas de propagande esclavagiste. Pourtant, en 1868, alors qu'il avait tout juste quinze ans, c'est un Noir qu'abat John Wesley. Il affirmera toujours l'avoir fait en état de légitime défense mais, même s'il disait la vérité, en cette terrible époque de Reconstruction, il n'avait aucune chance d'échapper à la corde, encore moins d'être jugé équitablement. Sa fuite s'explique donc de manière très logique. Dans la foulée, cet habile tireur tua quatre soldats nordistes en patrouille - dont deux Noirs - qui voulaient l'arrêter.

En 1871, on retrouve notre pistolero sur la fameuse Piste Chisolm, qu'arpentent les troupeaux de bestiaux en route vers Abilene. Là encore, Hardin dégaine un peu trop souvent et s'en prend, entre autres, à des Mexicains. (Il faut lire l'évocation qu'en donne James Carlos Blake : on se croirait chez Sergio Leone.)

John Wesley tenta cependant de se ranger : revenu au Texas, il se maria et eut trois enfants. Il chercha même à se faire fermier mais ...

Mais tout d'abord, c'était plus fort que lui. Ensuite, il faut bien convenir à sa décharge que son extraordinaire dextérité au pistolet lui faisait recevoir des propositions très avantageuses, comme celle que lui fit Jim Taylor, célèbre anti-Reconstructionniste texan. Il l'accepta, autant par intérêt que par goût personnel et ce fut ainsi qu'il entra dans la guerre de clans opposant les Sutton et les Taylor. D'où, de nouvelles morts sur sa conscience - si tant est qu'il en ait eu une.

Après le meurtre d'un shérif-adjoint à Comanche, en 1874, Hardin fuit à nouveau. Les Texas Rangers l'arrêteront trois ans plus tard et il sera condamné à 25 ans de prison. Après de multiples tentatives d'évasion, il finira par se résigner et par reprendre ses études. Quand il sort pour bonne conduite, en 1894, il est ... avocat et s'inscrit au barreau du Texas.

Après la mort de sa femme, il prend pour maîtresse l'une de ses clientes. Mais le mari de celle-ci s'insurge et ...

L'affaire semble assez obscure et la version retenue par James Carlos Blake n'est qu'une de celles qui ont couru sur l'affaire. Toujours est-il que John Wesley Hardin fut abattu par l'officier de policer John Selman, dans un saloon d'El Paso où il jouait aux dés. C'était le 19 août 1895, il avait quarante-deux ans.
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MessageSujet: Re: James Carlos Blake.   Dim 21 Oct - 23:49

Avec une impartialité absolue, James Carlos Blake nous représente l'ambiguïté foncière du personnage. On peut même dire que l'écrivain n'est pas tout-à-fait convaincu par la légende qui assure que jamais John Wesley Hardin ne tira sur un homme autrement que pour se défendre.

Son héros est un superbe animal capable de raison mais qui, souvent, la perd et se laisse griser par l'odeur du sang. On sent bien la jouissance qui est la sienne quand il tue et, très souvent, même si Blake ne le dit pas, Hardin apparaît au lecteur comme l'ancêtre de certains tueurs en série, ceux qui compartimentent leur vie sans efforts et sont aptes à mener une vie pour ainsi dire normale tout en assassinant sans remords, par goût, par plaisir.

En arrière-plan, bien sûr, non seulement la Guerre de Sécession et son cortège d'horreurs mais aussi, mais surtout, la Reconstruction telle que la voulut l'Union, c'est-à-dire une humiliation et une insécurité constantes pour les Sudistes vaincus. Bien loin de pacifier les rancoeurs entre Blancs et Noirs, les Nordistes se sont complus à les alourdir, à les rendre encore plus sauvages. Et même si l'on ne souscrit pas à leur idéologie, on doit admettre que le Ku-Klux-Klan ou les John Wesley Hardin ou encore les frères James sont bel et bien nés de ce mépris de l'Union envers les gens du Sud et leur mode de vie.


Un roman-biographie étonnant qui se lit comme on regarderait un western de Sergio Leone : du sang, de la poussière, de la folie et des hommes qui vont jusqu'au bout d'eux-mêmes, même si c'est droit en enfer.
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MessageSujet: Re: James Carlos Blake.   Lun 22 Oct - 0:00



John Wesley Hardin dans sa jeunesse.


Un site anglophone sur Hardin.
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