
Nota Bene Nota Bene : La Qualité, Non La Quantité - Forum Atypique Pour & Par la Littérature - Histoire, Cinéma, Edition en Ligne Sont Aussi Sur Nos Etagères - Réservé Aux Lecteurs Gourmets & Passionnés - Mièvrerie, Extrémistes & Trolls Ne Sont Pas Les Bienvenus |
|
|
|
| Auteur |
Message |
Masques de Venise
Mécréante Suprême




Nombre de messages: 26442
Age: 49
Localisation: Sous vos yeux mais vous ne me voyez pas ...
Loisirs: Tout ce qui concerne les mots et les livres.
Date d'inscription: 06/05/2005
|
Sujet: Henry Roth Jeu 9 Juil - 18:16 |
|
|
8 février 1906, Tysmenitz (Galicie - Actuelles Pologne et Ukraine) : naissance de Henry Roth, romancier.
Né dans la double-monarchie austro-hongroise, le futur romancier partit pour les Etats-Unis dans les bras de sa mère, alors qu'il avait tout juste un an. Son père, garçon de café, les attendait à New-York et ils emménagèrent à Brooklyn, dans le quartier de Brownsville. En 1910, ils gagnèrent le Lower East Side que l'écrivain définit par la suite comme "un mini-état juif en puissance." Enfin, alors que la Grande guerre éclatait en Europe, la famille Roth s'installa à Harlem, quartier alors surtout peuplé d'Italiens et d'Irlandais.
Inscrit au City College de New-York, le jeune Henry s'essaie à l'écriture, vivement encouragé en ce sens par Eda Lou Walton, son professeur de littérature anglaise avec laquelle il finit par s'établir à Greenwich Village. C'est là qu'il rencontre des auteurs comme Hart Crane et Margaret Mead.
En 1934, sort le premier roman de Henry Roth, "Call It Sleep", rebaptisé en français "L'Or de la Terre Promise." Largement autobiographique comme, d'ailleurs, le reste de son oeuvre, ce livre retrace la jeunesse de David Schearle, alter ego de l'auteur, coincé dans le ghetto juif orthodoxe de New-York et aux prises avec la haine d'un père paranoïaque et valétudinaire qui lui rend la vie impossible.
Fortement influencé par James Joyce et par T.S. Eliot, "L'Or de la Terre Promise" ne connaît guère de succès. Comble de malchance, l'éditeur fait faillite. C'en est trop pour Henry Roth qui sombre dans une dépression qui le suivra jusqu'à la fin de ses jours.
Abandonnant ses ambitions littéraires, il épouse Muriel Parker, la fille d'un pasteur baptiste qui se destinait à une carrière de pianiste et le couple part pour le Maine. Roth y sera tour à tour garde forestier, infirmier dans un hôpital psychiatrique, aide-plombier, etc ...
En définitive, Henry et Muriel, qui ont eu deux enfants, se lancent dans l'élevage d'oies et de canards. En parallèle, Muriel exerce le métier d'institutrice et ainsi, vaille que vaille, le temps passe. Jusqu'en 1964 où un éditeur à l'idée de reprendre "L'Or de la Terre Promise". Et là, c'est le succès, inattendu mais très important : un million d'exemplaires sont vendus.
Les Roth déménagent alors au Nouveau-Mexique, à Albuquerque, et Henry se remet à l'écriture. En 1994, soit soixante ans après la naissance de "L'Or de la Terre Promise", son second roman sort en librairie. Il s'agit de "A la merci d'un courant violent". Il s'agit en fait d'une fresque de quatre volumes ("Une Etoile brille sur Mount Morris Park - Un Rocher sur l'Hudson - La Fin de l'Exil - Requiem pour Harlem"), dans laquelle l'écrivain mêle son destin de Juif qui étouffe dans une culture orthodoxe beaucoup trop rigide à celui du vaste pays où il vient d'émigrer.
A l'origine, Roth avait prévu six tomes mais la Mort vint le prendre à Albuquerque, le 13 octobre 1995, et "A la merci d'un courant violent" resta donc inachevé.
Si chaotique que soit son histoire, l'oeuvre de Henry Roth - aucun lien de parenté avec Philip Roth - n'en constitue pas moins un témoignage précieux sur les immigrants qui arrivèrent aux Etats-Unis au début du XXème siècle. Mais elle va bien au-delà puisque, le recul des années et la mort de ses proches lui permettant d'écrire avec plus de facilité, sans craindre de blesser trop cruellement, son auteur la nourrit de considérations sur la société formée par le melting-pot américain.
Un auteur à découvrir, si ce n'est déjà fait.
_________________ Ecrasons les Infâmes ! - D'après (et avec la bénédiction posthume de) Voltaire
http://notabene.forumactif.com/ http://blog.bebook.fr/woland/index.php/
|
|
|
|
Masques de Venise
Mécréante Suprême




Nombre de messages: 26442
Age: 49
Localisation: Sous vos yeux mais vous ne me voyez pas ...
Loisirs: Tout ce qui concerne les mots et les livres.
Date d'inscription: 06/05/2005
|
|
|
|
Masques de Venise
Mécréante Suprême




Nombre de messages: 26442
Age: 49
Localisation: Sous vos yeux mais vous ne me voyez pas ...
Loisirs: Tout ce qui concerne les mots et les livres.
Date d'inscription: 06/05/2005
|
Sujet: Une Etoile Brille Sur Mount Morris Park Lun 17 Aoû - 17:49 |
|
|

Mercy of a Rude Stream : A Star Shines Over Mount Morris Park Traduction : Michel Lederer
Personnages
Premier volume de la tétralogie autobiographique de l'auteur, "Une Etoile Brille sur Mount Morris Park" est un texte qui déstabilise souvent son lecteur par son étrange construction. En effet, le récit compte trois types de narration : le récit autobiographique impersonnel, à la troisième personne, avec un narrateur omniscient ; le récit autobiographique personnel, à la première personne, dans lequel l'auteur se confond avec son héros, Ira, mais toujours dans un action et un décor qui datent du début du XXème siècle ; et enfin, des sortes d'intercalaires, où l'écrivain évoque sa vie présente, auprès de sa femme, désignée par l'initiale M. Ces dernières pages se présentent en outre comme une forme de dialogue entre Henry Roth et son ordinateur, surnommé "Ecclésias."
A notre humble avis, pareil choix dessert le texte qui alterne des scènes de réelle puissance avec un ergotage assez fastidieux, centré sur une chose mystérieuse que, selon Ecclésias, Henry Roth ferait bien de révéler au plus tôt à ses lecteurs. Et c'est bien vrai : pourquoi ne le fait-il donc pas ? Car, à la fin de ce premier tome, on ne dispose d'aucun élément nouveau sur l'énigme en question.
Le romancier-biographe tourne autour du pot, avance d'un pas pour reculer de trois, énerve prodigieusement son lecteur mais lui permet aussi de comprendre quel enfer d'angoisses dut être son existence. Ce refus de révéler ce que l'on soupçonne assez tôt toucher à sa sexualité lui vient peut-être de sa religion mais là encore, il y a ambiguïté puisque Roth admet assez vite - et sans difficultés majeures - rejeter sa judéité.
A part cela, que retient-on d'"Une Etoile ..." ? Avant toute chose, un tableau réaliste et impressionnant du New-York d'avant 1914, avec ses carrioles de laitiers tirées par des chevaux, ses premières voitures automobiles, ce conflit qu'on croit d'abord si lointain mais qui finira par toucher le Nouveau Monde, et cette masse d'immigrants venus des quatre coins de la Vieille Europe.
Henry Roth dépeint les communautés qu'il a bien connues : sa communauté natale, tout d'abord, des Juifs issus de Galicie, au parler yiddish savoureux (fort intelligemment, un glossaire a été placé à la fin du livre) où les initiés s'amuseront à retrouver mêlés des mots d'origine allemande ; la communauté irlandaise catholique ensuite, où le petit Ira se fera des ennemis mais aussi des amis ; et enfin, à un moindre degré, la communauté noire, cette communauté dont les membres, au retour de la Grande guerre, veulent de plus en plus être tenus pour des citoyens à part entière - ce qui stupéfie tous les bons WASPS avant de commencer à les inquiéter.
Puis l'atypisme, la bizarrerie de caractère du petit Ira. Si Henry Roth a vraiment ressemblé à son alter ego de papier, avec lequel sa plume le confond d'ailleurs souvent en utilisant le "Je" comme si l'écrivain, perdu dans sa transe, se mettait en pilotage automatique, on conçoit combien sa vie put ne pas être simple. Ira redoute son père - là encore, on perçoit que bien des choses sont passées sous silence - adore sa mère - mais qui ne l'aimerait pas ? - étouffe sous les tentacules de la sa vaste parentèle et pourtant n'aime pas à envisager l'idée qu'un jour, ses membres puissent venir à lui faire défaut, et enfin se cherche une identité qui ne soit pas juive tout en conservant tout ce qu'il peut y avoir de meilleur dans la judéité.
Ergoteur, oui : complexe aussi, hypersensible, touché par la grâce de l'écriture mais accablé en parallèle par la certitude que sa prose n'était pas si terrible que ça, tel nous apparaît Henry Roth à la fin d'"Une Etoile Brille sur Mount Morris Park." Et le lecteur, tout surpris, s'aperçoit que, malgré les tours et détours empruntés, malgré tout ce qui a pu l'agacer et l'ennuyer dans la structure du texte, il s'est pris de sympathie pour cet étrange personnage et désire l'accompagner jusqu'au bout de son périple intime.
Un livre déconcertant mais bien plus riche qu'il n'y paraît.
_________________ Ecrasons les Infâmes ! - D'après (et avec la bénédiction posthume de) Voltaire
http://notabene.forumactif.com/ http://blog.bebook.fr/woland/index.php/
|
|
|
|
|
|
| Page 1 sur 1 |
|
| Permission de ce forum: |
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
|
|
|
|
|
|
| |
|