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Masques de Venise
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Sujet: Erskine Caldwell Dim 8 Fév - 22:06 |
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Erskine Caldwell naquit en Géorgie, dans le comté de Coweta, à l'intérieur d'une maison de bois construite dans les bois de Moreland, le 17 décembre 1903. Son père était un pasteur presbytérien allant d'église en église, sa famille à sa suite.
A l'école, puis au collège et enfin à la faculté, le jeune Erskine semble s'être surtout fait remarquer par ses performances athlétiques et sportives. Au reste, il ne parvint pas à obtenir son diplôme et se lança pour vivre dans une suite d'emplois très éclectiques mais formateurs : machiniste de théâtre, marin, footballeur professionnel, cultivateur, garçon de café, journaliste et, enfin, écrivain.
Caldwell a écrit vingt-cinq romans, plus de cent-cinquante nouvelles, deux livres pour enfants et une quinzaine d'ouvrages dont beaucoup sont consacrés aux différentes régions des Etats-Unis. Avec son épouse, la photographe Margaret Bourke-White, il a notamment publié en 1937 le très remarquable "You have seen their faces", sur l'écrasante misère rurale pendant la Grande dépression.
Son premier livre, "Bastard", date de 1929. Mais c'est trois ans plus tard, avec "La Route au Tabac", que le succès lui tombe dessus. L'année suivante, il publiera "Le Petit Arpent du Bon Dieu", autre très vif succès de librairie, ceci en dehors ou à cause du scandale provoqué par ces scènes croquées à vif, où des personnages à la limite de l'animalité (l'ont-ils jamais quittée ou la misère les y a-t-elle rejetés ?) expriment de façon à la fois naïve et brutale des sentiments comme la faim, la soif, le désir sexuel, etc ...
On a dit de Caldwell et de Faulkner qu'ils évoquaient les mêmes thèmes mais que le premier le faisait avec un réalisme volontiers cynique tandis que le second optait pour une forme plus poétique et plus grandiose. On a également prétendu que, avec son compatriote Henry Miller, Erskine Caldwell a été l'auteur américain le plus censuré de son vivant aux USA. Alors qu'il se rendait à une séance de signatures à New-York pour "Le Petit Arpent ...", Caldwell fut même arrêté par les forces de l'ordre et les exemplaires de son roman, saisis.
La misère et ses années de vache enragée avaient donné au romancier une sensibilité de gauche, si ce n'est communiste. Durant la Seconde guerre mondiale, après l'entrée de l'URSS dans la guerre aux côtés des Alliés, il fut envoyé en Ukraine en qualité de correspondant étranger et là, il déchanta. Ecrivain intègre, il publia en 1944 la nouvelle "Message pour Geneviève" qui exprime son désenchantement et évoque les procédés en vogue sous Staline.
Gros fumeur, Erskine Caldwell avait développé avec le temps un emphysème qui prépara le terrain au cancer du poumon destiné à l'emporter, le 11 avril 1987. Sa dépouille mortelle repose à Scenic Hills, au Memorial Park d'Ashland, dans l'Oregon.
De son vivant, son oeuvre fut traduite en quarante-trois langues.
_________________ Ecrasons les Infâmes ! - D'après (et avec la bénédiction posthume de) Voltaire
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Dernière édition par Masques de Venise le Mar 17 Fév - 12:16, édité 1 fois
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Sujet: La Route au Tabac Lun 9 Fév - 12:08 |
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Tobbaco Road Traduction : Maurice-Edgar Coindreau
De "La Route au Tabac" comme d'ailleurs du reste de l'oeuvre de Caldwell, j'avais toujours entendu dire qu'il s'agissait de livres certes féroces mais où prédominait le comique, voire le burlesque. Lecture faite de cette "Route au Tabac", je me demande bien ce qui a valu à ce roman des critiques aussi peu justifiées.
Bien qu'on ne puisse dénier à certaines scènes une force à la fois comique et absurde, l'ensemble plonge surtout le lecteur dans une profonde tristesse devant ces existences abruties qui ne semblent avoir aucun sens.
Naître, crever de faim et puis mourir, écrasée comme l'est la vieille grand-mère Lester dans la cour de sa propre ferme ou asphyxiés dans l'incendie de leur maison toute décrépite comme le sont son fils et sa belle-fille, tel paraît être la seule destinée prévue pour les protagonistes de "La Route au Tabac", ces "pauvres blancs" dégénérés qui se cramponnent à un lopin de terre que leur famille à jadis possédé mais sur lequel ils ne sont plus, eux, que des métayers.
Nous sommes dans les années trente, dans la Géorgie profonde sur laquelle souffle l'ouragan de la Grande dépression. Ah ! cette "Crise", comme on l'appelait aussi à l'époque, quel excellent prétexte elle donne à Jeeter Lester, le père, pour continuer à creuser son propre tombeau et celui des siens ! Car, Grande dépression ou pas, Jeeter a toujours tellement réfléchi, tellement rêvé de ce qu'il pourrait faire sur son lopin de terre qu'il n'a jamais eu le courage de passer à l'acte et que, de tous temps, la Faim et la Misère se sont disputé ses quelques acres.
Des enfants, il en a eu toute une ribambelle mais en grandissant, les filles comme les garçons ont compris ce qu'avait de suicidaire le refus entêté de leur père de tout quitter pour aller à la ville prendre un emploi dans les filatures, et ils se sont enfuis sans jeter un seul regard derrière eux. Dans la ferme minuscule à l'abandon, ne restent plus que Dude, un gamin de seize ans un peu simple et Ellie May, une fille qui serait jolie sans le bec-de-lièvre qui la dépare. La petite Pearl, douze ans, vient d'être mariée à Lov, un ouvrier agricole et, même si l'on parle beaucoup de ses boucles blondes et du désespoir qui est le sien à l'idée de vivre avec son époux tout neuf et beaucoup plus âgé qu'elle, on ne la voit jamais. Tout juste apprend-on sur la fin du livre que, en définitive, elle aussi a mis le cap sur la grande ville, fuite qui permet à Ellie May de prendre sa place dans le lit de Lov.
Autre personnage-clef du livre : Soeur Bessie, veuve de l'un de ces prédicateurs typiques de l'Amérique rurale, qui se met en tête d'épouser Dude en lui faisant miroiter, pour l'appâter, la voiture neuve qu'elle va acheter à Augusta et qu'il pourra conduire tous les jours que Dieu fait pourvu qu'il devienne son mari.
Tous, tant qu'ils sont, ne pensent qu'à manger (mais comment ne pas y penser ? C'est normal quand on crève de faim. Le début du roman tourne d'ailleurs autour d'un sac de navets achetés par Lov pour son usage et dont les Lester cherchent à le délester par tous les moyens.), boire, copuler et chiquer. Ces obsessions communes s'accompagnent d'une idée fixe pour chacun d'eux : Jeeter est obsédé par l'idée d'acheter à crédit semences et guano ; sa femme rêve de provisions de tabac telles qu'elles la libéreraient de la faim ; la grand-mère ne songe qu'aux restes, les seules miettes que veuille bien lui laisser son fils ; Ellie May est nymphomane ; Dude passerait sa vie entre la voiture et son lit ; Soeur Bessie ne songe qu'aux sexe et aux prêches ; Lov veut à tous prix que Pearl admette ses droits conjugaux et Pearl l'Invisible, elle, n'envisage qu'une chose : partir loin de tous ces enragés. (On la comprend.)
Selon la formule consacrée, il n'y en a pas un pour racheter l'autre. Grandioses dans leur dégénérescence, ignobles et tout-à-fait inconscients de l'être, ils évoquent, pour le lecteur européen, les serfs décrits dans le chantefable du XIIIème siècle, "Aucassin & Nicolette." Mais l'anonyme rédacteur du texte moyen-âgeux avait pris la précaution de faire de son Aucassin un fils de comte tandis que Nicolette, en dépit des apparences, n'était pas une esclave mais la fille du roi de Carthage, enlevée par les Sarrazins. Ses deux héros devenaient ainsi présentables aux yeux du public de l'époque.
Dans "La Route au Tabac", aucun miracle de ce genre : les personnages de Caldwell non seulement sont nés comme ça mais en plus, ils mourront dans cet état lamentable. Prisonniers de leur condition sociale, ils ne se révoltent même pas : pour leurs pères, c'était pareil, alors, à quoi bon ? On n'ose même pas dire qu'ils cherchent avant tout à survivre car l'apathie avec laquelle ils tolèrent leur misère ne le permet pas.
Sans fioritures, en un langage simple et naturel, Erkine Caldwell les raconte, scène par scène, plongeant parfois dans la tête de Jeeter pour éclairer non pas son comportement mais la situation économique de l'époque. Pas plus qu'il n'entend les sauver, il ne les juge. Ils sont comme ça et c'est ainsi : le Sud est mort depuis longtemps, ne laissant pour tout souvenir que ces spectres émaciés, aux instincts si primitifs qu'on hésite à les traiter d'animaux. Pour atteindre à une telle déchéance, il faut appartenir à l'espèce humaine.
A mille lieux des splendeurs faulknériennes, "La Route au Tabac" n'en est pas moins un grand roman.
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Sujet: Re: Erskine Caldwell Lun 9 Fév - 14:05 |
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C'est à rapprocher de Louons maintenant les grands hommes, alors. J'y retrouve la même ambiance, les mêmes destins.
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Sujet: Re: Erskine Caldwell Mar 17 Fév - 12:07 |
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Mais c'est un documentaire, non ? Il doit y avoir des photos ? ... En tous cas, ce que j'ignorais, je viens d'apprendre que James Agee a participé à l'écriture des scenarii de "African Queen" et "La Nuit du Chasseur" : belles références !
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Sujet: Re: Erskine Caldwell Mar 17 Fév - 13:34 |
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Oui, oui, le bouquin d'Agee est un essai ; ce devait à l'origine être un reportage, et ça a fini par ne pas être publié tel qu'initialement prévu...
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