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Bret Easton Ellis

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Von Stroheim
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Lion Cheval
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MessageSujet: Glamorama.   Mer 18 Jan - 9:40

On ne peut pas dire que c'est la suite d'American Psycho même si Patrick Bateman y fait, au tout début, une très brève apparition de figurant.

Le roman est aussi moins violent en dépit de certaines scènes sanglantes. Rien de comparable pourtant avec les horreurs d'American Psycho.

Alors, voyons maintenant l'histoire. Touffue, très touffue et, comme d'habitude, on est pris à la gorge par la superficialité inouïe du monde (new-yorkais, si j'ai bien compris) que nous présente Brett Easton Ellis. Forcément, me direz-vous, le héros est un mannequin qui joue en fait les utilités au milieu de célébrités véritables. Mannequin bisexuel, acteur occasionnel dans des pubs ou des films de sous-série et, de façon générale, homme à tout faire pour ses riches amis. Il est aussi pas mal gigolo, j'ai trouvé.

En gros, Victor Johnson est devenu Victor Ward en devenant mannequin. Son père est en effet un sénateur très connu à Washington et susceptible de postuler à un rang politique plus important (ce qu'il fera d'ailleurs à la fin du roman.) C'est un beau gosse, pas trop bête d'ailleurs. Mais le genre de vie qu'il a choisi l'a fait s'orienter vers l'alcool, les drogues diverses (même s'il n'a pas sombré dans l'héroïne) et bien sûr les petites pilules genre Xanax. Ce que ce type avale comme Xanax quand il se retrouve à Paris, le tout arrosé d'alcool, c'est incroyable ! On se demande comment il fait pour tenir debout ! ... Une fois de plus, on retrouve l'habileté de l'auteur à nous suggérer que ce que voit et entend son personnage ne pourrait être qu'hallucinations ...

Victor vit avec un top-model, Chloé Byrnes. Mais, à la suite d'une coucherie de Victor, elle rompt avec lui. Victor ayant été contacté entretemps par un certain Palakhon pour aller retrouver en Europe l'une de ses anciennes camarades d'université, Jamie Fields. Trois cents mille dollars à la clef, ça ne se refuse pas, surtout quand on est, comme Victor, aussi assoiffé de luxe et de célébrité.

Malheureusement pour lui, les retrouvailles avec Jamie vont tourner au cauchemar. Un cauchemar que n'aurait pas renié Patrick Bateman : terroristes utilisant le statut de certains people pour faire sauter des bombes à Paris (on est en 1995) et enlever des fils de dirigeants, meurtres tous azimuts, complots par ci, complots par là ... A la fin, Victor ne sait plus qui il est et le lecteur se demande si l'auteur ne lui a pas fait voir l'action par les yeux de Victor et de sa doublure.

Un peu étouffant au début avec cette avalanche de noms à la mode et d'attitudes trop branchées pour être intéressantes, Glamorama prend son rythme après la rencontre avec Palakhon. Après ça, on ne lâche plus le bouquin.

Une question me trotte par la tête pourtant : Brett Easton Ellis inventera-t-il un jour des personnages évoluant dans un milieu autre que celui-là ?
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Vieux_Renard
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MessageSujet: Re: Bret Easton Ellis   Mer 18 Jan - 12:09

On se pose encore des questions une fois le livre terminé ? Comme dans American Psycho.
Si tel est le cas, je trouve ce procédé un peu facile pour faire parler de son roman. On laisse une fin à la libre interprétation des différents lecteurs, faisant en sorte que la "polémique" engendre une formidable publicité pour l'auteur.

Je me demande si BEE n'utilise pas un style (une sorte d'uchronie finalement), emprunté avant lui par Philip K. Dick (par exemple), pour vendre ses bouquins... scratch
Peut-être je me trompe
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Von Stroheim
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Lion Cheval
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MessageSujet: Re: Bret Easton Ellis   Sam 21 Jan - 12:47

Ben, c'est un peu l'impression que ça donne. Pourtant, Glamorama est différent d'American Psyho. Mais le procédé utilisé est bien similaire : Victor est-il trop "sous dépendance" pour se rendre de compte de ce qu'il se passe ? ou y a-t-il deux Victor et le lecteur n'a-t-il pas fait suffisamment attention ? si oui, à quel moment ?

Mais pourtant, il y a une constante dans ce bouquin : où qu'il aille, Victor finit par avoir très froid. Au point qu'il trouve l'atmosphère glaciale et qu'il voit de la vapeur sortir de sa bouche et de celle de ses interlocuteurs.

J'avoue que, si ce détail signifie quelque chose, je n'ai pas pigé. Si quelqu'un peut m'aider ...

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Oxymore
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MessageSujet: Re: Bret Easton Ellis   Jeu 2 Mar - 13:25

Bon je viens de terminer cet ovni de la littérature américaine qu'est Lunar Park et j'en suis encore tout retourné. Auto-fiction et automédication pour un auteur à la recherche d'un père et d'une thérapie.
Bret easton Ellis consacre d'abord environ 40 pages à l'explication de la genèse de ses bouquins, l'accession progressive à la gloire, la toxicomanie et la rencontre avec Jayne Dennis, mannequin célèbre des années 80.
Enfin Lunar Park commence....Bret et Jayne s'installent à Elsinore Lane avec Sarah (fille de Jayne) et Robby leur fils commun.
Bientôt l'encéphalogramme plat du 340 Elsinore Lane va devenir le théâtre vivant d'un écrivain qui a tout mais à qui il a toujours manqué l'essentiel, un père aimant.
Dans Lunar Park il y a donc un jardin d'où surgit le fantôme de Robert Ellis qui semble venir murmurer à l'oreille de Bret que non, rien ne se finit jamais vraiment, que l'amour doit toujours avoir une seconde chance.
Dans Lunar Park il y a une maison située au 340 Elsinore Lane qui s'effrite, qui semble se transformer pour devenir le foyer de Shermann Oaks où vivaient les Ellis avec leur enfants. La maison était belle, le quartier aisé mais le vent du pacifique souffait fort et le père avait l'alcool mauvais.
Dans Lunar Park, il y a la peluche (Terby) de Sarah qui devient vivante et incarne la face sombre de Bret. Terby est là, réccurente, pour rappeler à Bret le bordel qu'a été sa vie jusqu'ici, elle est là pour ramener Bret à sa conscience.
Dans Lunar Park, il y a un détective nommé Donald Kimball (tiens tiens?) qui informe Bret qu'un cinglé habillé en Patrick Bateman reproduit le scénario d'American Psycho. On y trouve aussi un peu de daupe parceque ça fait beaucoup pour un seul homme tout ça; Quand la réalité de l'écrivain fait face à la fiction réincarnée les promesses d'un Bret clean s'effacent.
Dans Lunar Park, il y a Clayton un étudiant lettré qui se ballade dans une Mercedes 450 SL et qui crache à la figure de Bret le jeune homme qu'il a été, qui lui rappelle son devoir de mémoire.
Dans Lunar Park il y a des enfants qui disparaissent.....comme ça sans dire pourquoi. Sans doute n'ont-ils pas leur place dans les mauvais romans de famille où les albums photos jaunis.
Dans Lunar Park, il y a de l'amour, non pas celui d'American Psycho mais le véritable, accouché dans la douleur et l'incertitude. Bret n'a pas aimé naturellement son fils Robby mais il ne veut pas reproduire ce que son père lui a fait subir: l'alcool, l'égocentrisme, la violence. Même si l'amour filial n'est pas naturel chez Bret, il va faire l'effort d'aimer ce fils qui lui renvoie son image.
Enfin et ce n'est pas le moindre des efforts, dans Lunar Park il y a la promesse d'un pardon jamais accordé jusqu'ici, l'espoir d'un homme désireux de passer l'éponge et de tourner les pages d'un autre livre....
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MessageSujet: Re: Bret Easton Ellis   Jeu 2 Mar - 16:00

Vivement qu'il soit en poche ! J'ai bien songé à l'acheter tel quel mais mon budget-livres à une limite ... hélas ! Sniffsniff
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MessageSujet: Re: Bret Easton Ellis   Lun 1 Sep - 13:51

J'ai beaucoup aimé American Psycho.

Ça ne ressemble à rien de ce que j'ai lu avant, et je ne parle pas seulement du sujet. La façon dont le lecteur s'introduit dans les délires de Pat Bateman est assez exceptionnelle de réalisme, et pourtant j'ai lu tout en connaissant l'aboutissement du livre car j'avais déjà vu le film.

Le plus effrayant chez Bateman ne sont même pas ses fantasmes sanglants, c'est plutôt sa façon de choisir un restaurant, de juger une femme, d'aimer la musique, de se sentir toujours en compétition...

Mais aussi bien écrit soit-il, à plusieurs reprises pendant la lecture je me suis demandée: "Certes, mais quel est l'intérêt de ce livre?"

La réponse est à la fin, lorsqu'on commence à comprendre qui est le véritable Pat Bateman. Sa secrétaire le qualifiera même de "timide". Et pour moi c'est là où réside l'intérêt véritable du livre, ce choque entre l'idée qu'on se fait de soi et la vision que les autres ont de nous. Et c' est un message tellement puissant qu'il justifie en grande partie des descriptions de tortures et des scènes de sexe un peu trop longues à mon goût.

Je retiens Les Lois de l'Attraction, comme future lecture.
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MessageSujet: Re: Bret Easton Ellis   Mer 22 Juil - 18:57

Quelques mots sur The Rules of Attraction / Les Lois de l'Attraction qui m'a remué de par son sujet et epoustouflé de par son style.

Le sujet, vous le connaissez sans doute, c'est la débauche des étudiants d'une université de la Nouvelle Angleterre. Dans ce livre le "sexe, drogue et Rock'n'Roll" est poussé jusqu'à l'extrême, si bien que les études ne deviennent qu'un détail.

Le roman est constitué du point de vue de plusieurs personnages, et de trois en particulier, qui racontent leurs expériences à la première personne du singulier.
Comme dans ce monde universitaire il n'y a pas de loi et que les couples se font se défont, nos trois personnages principaux se retrouvent dans une sorte de triangle amoureux (ou plutôt sexuel).

Sexe, alcool, suicide, avortements, tout y passe. La violence est bien sûr moins graphique que celle d'American Psycho mais moi je la trouve encore plus déprimante. Du début jusqu'à la fin Ellis laisse le lecteur confus car les points de vue des personnages se contredisent parfois et on se demande ce qu'ils nient ou imaginent. De plus, il enferme petit à petit ses personnages et son lecteur dans un cercle sans fin qui n'offre aucune issue.

J'ai trouvé que les phrases courtes et les répétitions reconstitués parfaitement ce qu'est une vie VIDE de sens. Et bien sûr avec Ellis on ne sait jamais vraiment si c'est le moment de rire ou de pleurer, car comment savoir si il exagère tant que cela?

C'est étrange car même si je trouve ce livre supérieur à American Psycho, je ressors une fois de plus avec la très forte envie de le détester. Parce que détester de telles visions du monde serait aussi nier le fait que la vie puisse être une telle perte de temps.
Mais le fait est que non, c'est vraiment un excellent livre.
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