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Pierre Mac Orlan

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MessageSujet: Pierre Mac Orlan   Jeu 9 Juil - 15:33

La biographie de Pierre Mac Orlan apparaît dans notre rubrique "L'Anniversaire du Jour", sur ce fil.
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MessageSujet: Re: Pierre Mac Orlan   Jeu 9 Juil - 15:33

Prochainement, nos commentaires sur "L'Ancre de la Miséricorde" et "Le Quai des Brumes."
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MessageSujet: L'Ancre de Miséricorde   Mar 1 Sep - 21:13



Extraits

Personnages


On évoque souvent, à propos de "L'Ancre de Miséricorde", "L'Ile au Trésor" de Robert-Louis Stevenson. Le parallèle n'est pas entièrement faux mais il n'est pas non plus tout-à-fait juste.

En effet, le roman de Stevenson se passe pour une bonne part en mer et sur l'île qui lui donne son titre. L'oeuvre de Mac Orlan pour sa part se déroule intégralement à terre, soit à Brest ou dans ses environs. Chez Stevenson, l'ambiance "pirates & frères de la côte" surgit quasiment dès le premier chapitre et le moins que l'on puisse dire, c'est que, profitant de l'excentricité reconnue et admise des gens de mer, les flibustiers affichent sans complexe des mines inquiétantes ou franchement patibulaires. Tandis que chez Mac Orlan, les pirates et leurs complices sont si bien infiltrés dans la petite société brestoise qu'ils passent inaperçus. Sauf un ou deux sous-fifres qui, sacrifiant à la tradition, ont la tête de l'emploi mais, il faut le souligner, se risquent rarement à terre.

En revanche, les deux romans ont en commun l'amour de l'océan et le sens du mystère. Et puis - on est tenté d'écrire : et surtout - tous deux décrivent les relations d'amitié qui, peu à peu, s'instaurent entre un adolescent sans expérience et un pirate sans foi ni loi et pourtant attachant.

Mac Orlan a de plus reconstitué de main de maître l'ambiance qui était celle du Brest du XVIIIème siècle, avec sa rue de Siam où vivent le narrateur et son père, les quais sans cesse en mouvement et que Châteaubriand a décrits dans ses "Mémoires d'Outre-Tombe", la campagne tout autour et tous ses petits bourgs et hameaux qui, depuis longtemps, sont devenus des quartiers de la ville moderne, et bien sûr, image puissante et toujours présente, même aujourd'hui, le Bagne.

Car Brest est un personnage à part entière du roman de Mac Orlan. Avec la Nuit, une nuit épaisse, qui rampe sur les pavés glissants du quartier de Kéravel - alors très mal fréquenté - et qu'envahissent en douceur, sans avoir l'air d'y toucher, les brumes nées de la mer. Mais le talent de l'écrivain est tel qu'il ne se contente pas de nous montrer le décor qu'il a choisi : il nous y propulse aux côtés de son jeune héros, Petit-Morgat.

Comme Jim Hawkins, Petit-Morgat va nouer une relation fils-père avec le personnage qu'il ne fallait pas. Comme Jim, il souffrira de devoir renoncer à ses illusions. Pour tout dire, il ne les admet qu'au matin de l'exécution de son ami. Et le lecteur, qui a pourtant deviné bien plus tôt que Petit-Morgat, espère lui aussi que, peut-être, malgré tout, le pirate s'évadera ou sera sauvé par des complices ...

Tout est vu exclusivement du point de vue de Petit-Morgat. Cela pourra frustrer quelques lecteurs - je l'ai été - désireux d'approfondir les motivations des flibustiers et plus encore le caractère de leur chef. Mais celui-ci restera une énigme jusque sur l'échafaud - et, tout bien considéré, cela ajoute au charme de "L'Ancre de Miséricorde."

Lisez-le donc et découvrez un écrivain de très grand talent, au style imagé et étincelant de poésie : Pierre Mac Orlan.

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MessageSujet: Le Quai des Brumes   Mer 2 Sep - 14:23



Extraits

Personnages


Avant toute chose, le lecteur doit savoir que, hormis deux ou trois patronymes, le roman de Mac Orlan n'a absolument rien à voir avec l'adaptation plus que libre qu'en firent Marcel Carné et Jacques Prévert en 1938. La réplique, devenue mythique, de Jean Gabin : "T'as d'beaux yeux, tu sais ..." n'existe pas non plus, Nelly, interprétée par Michelle Morgan, n'est pas la pupille de Zabel-Michel Simon et, bien loin de se dérouler au Havre, l'action se situe tout bêtement à Paris, notamment à Montmartre. Seul subsiste le pessimisme angoissant du roman, poussé à son paroxysme par l'ombre du conflit qui n'allait pas tarder à éclater en Europe.

Tout débute au "Lapin Agile" - Mac Orlan devait épouser, rappelons-le, la fille du propriétaire - par une nuit de grand froid. Jean Rabe, jeune homme de bonne famille devenu bohème et ayant sombré dans la misère, vient y chercher un peu de chaleur auprès du patron, Frédéric. Cette nuit-là au reste, "Le Lapin Agile" va voir défiler son lot de "paumés" : un peintre d'origine allemande, Michel Kraus, (Robert Le Vigan devait en donner une interprétation mémorable), un soldat prêt à déserter, la jeune Nelly (dix-neuf ans), qui traîne sans but et dont les bas sont percés, et enfin un inquiétant boucher, Isabel, dit Zabel, poursuivi par une bande d'apaches qui, selon lui, cherchent à le dépouiller.

Car "Le Quai des Brumes" se déroule aussi avant la Grande guerre
, dans un Paris où les marlous et les pierreuses arpentent avec fierté les fortifications et où s'affrontent, à coup de revolver, les clans rivaux dont les actuelles bandes de jeunes, certes plus cosmopolites, ne sont, au bout du compte, que les lointaines descendantes.

De cette rencontre autour du feu du "Lapin Agile", les anti-héros de Mac Orlan partiront vers des destins tragiques : le suicide pour l'un, le meurtre pour l'autre, l'exécution pour ceux qui restent. Seule, Nelly s'en sortira, mais après s'être résolue à embrasser la prostitution de luxe.

Contrairement à ce qu'il se passe dans "L'Ancre de Miséricorde", l'action ici est faible. Les personnages sont là avant tout pour exprimer les angoisses et le mal-être et aussi pour ressusciter la période de misère que traversa en son temps leur créateur. Une fois de plus, Mac Orlan dépeint avec superbe et vérité la ville qu'il a choisie comme décor, un Paris disparu, avec ses voyous invisibles, ses enfants mal tenus sautant à cloche-pied dans le caniveau, les interminables escaliers de Montmartre, les petits magasins à la vitrine étroite et poussiéreuse, que protègent la nuit de simples volets de bois, les paysages presque irréels d'une banlieue qui commençait alors à Belleville, et la bohème misérable de l'époque.

L'ambiance est noire, noire, noire et l'espoir est mort : on doute même que les personnages l'aient jamais possédé. Seule note optimiste, à la dernière page, quelques toutes petites lignes avant la fin : Nelly est parvenue à recueillir le fox-terrier de Jean Rabe.

Evidemment, c'est bien peu mais n'est-ce pas mieux que rien ?
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