 Nota Bene Forum Littéraire Résolument Atypique Tapissé de Mots, de Livres, de Littérature ... Exclusivement Réservé Aux Lecteurs Gourmets & Passionnés mais Non-enclins à la Mièvrerie |
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Thomas Ordonnateur des Basses Oeuvres de Nota Bene - il en est fier, en plus ...


   Age : 32 Inscrit le : 04 Avr 2006 Messages : 6856 Localisation : Paris Emploi : Passionnant mais indescriptible... Loisirs : Littérature, Cinéma, Photo, Cuisine
| Sujet: Philippe Claudel Jeu 26 Oct - 13:00 | |
| Après le très sombre Les âmes grises, roman dans lequel Claudel dépeint les côtés les moins reluisants de l’humain, La petite fille de monsieur Linh vient comme un baume apaisant sur une brûlure cuisante.
Il s’agit en effet d’un portrait très tendre, mélancolique, d’un vieux réfugié dont le pays natal et le pays d’accueil restent inconnus (même si on croit reconnaître le Vietnam et le France). Il débarque avec sa petite-fille, la fille de son fils et de sa bru, tous deux tués, comme l’ensemble des habitants de leur village, lors d’une razzia opérée par la puissance colonisatrice.
Près du foyer où on l’a logé à son arrivée, il fait bientôt la connaissance d’un gros monsieur avec qui il se lie d’amitié malgré la barrière linguistique, grâce à la présence du bébé, que son grand-père serre constamment dans ses bras.
Le dénouement est surprenant après quelque 160 pages d’un récit plaisant, touchant, les trois personnages principaux (monsieur Linh, sa petite-fille et le gros homme) ont tous les trois leurs côtés attachants sans qu’on tombe dans la mièvrerie. Deux heures de douceur avant d’attaquer l’horreur (A l’estomac de Chuck Palahniuk : cherchez l’erreur !) |
|  | | Masques de Venise Mécréante Suprême


   Age : 48 Inscrit le : 06 Mai 2005 Messages : 14364 Localisation : Sous vos yeux mais vous ne me voyez pas ... Loisirs : Tout ce qui concerne les mots et les livres.
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| Sujet: Re: Philippe Claudel Jeu 26 Oct - 14:21 | |
| Des écrivains amateurs s'inscrivent pour participer à un atelier d'écriture dans un lieu isolé : ils ont trois mois pour travailler sur leur projet. Tout ne se passe pas comme prévu...
La forme est intéressante : il y a la trame narrative qui raconte l'histoire ci-dessus, mais aussi des poèmes et des nouvelles écrits par les participants à l'atelier, tous plus horribles les uns que les autres.
A titre d'exemple, la première nouvelle, Tripes, est celle que Palahniuk choisit de lire lors de ses apparitions en public, et elle a déjà causé plusieurs dizaines d'évanouissements ! et je dois dire que je n'étais moi-même pas très fier quand il nous l'a lue au Festival America...
Je n'aurais pas dû parler de ça ici, ça aurait été mieux sur un autre fil, non ? |
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   Age : 48 Inscrit le : 06 Mai 2005 Messages : 14364 Localisation : Sous vos yeux mais vous ne me voyez pas ... Loisirs : Tout ce qui concerne les mots et les livres.
| Sujet: Re: Philippe Claudel Jeu 26 Oct - 14:57 | |
| Non, au contraire : ça anime.
J'ai déjà entendu parler de films qui provoquaient des évanouissements publics mais des livres ...
Tu dis qu'il a choisi "Tripes" volontairement. C'est donc une forme de provocation ? Comme dans certaines manifestations artistiques - je pense à cette femme qui sculpte son propre corps à grands coups de prothèses par exemple. (Flûte, j'ai oublié le nom.) _________________ http://notabene.forumactif.com/ http://blog.bebook.fr/woland/index.php/ |
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| Sujet: Re: Philippe Claudel Jeu 26 Oct - 15:13 | |
| | Heu, au départ ce n'était pas ça, parce qu'elles sont toutes du même acabit ou presque (en tout cas, apparemment, Tripes n'est pas la pire !!). Après les premiers évanouissements, oui, je pense qu'il en a joué un peu, mais qu'il ne l'entend pas comme un "happening" en soi... |
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   Age : 48 Inscrit le : 06 Mai 2005 Messages : 14364 Localisation : Sous vos yeux mais vous ne me voyez pas ... Loisirs : Tout ce qui concerne les mots et les livres.
| Sujet: Re: Philippe Claudel Jeu 7 Déc - 15:32 | |
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En ce qui concerne "Les Ames Grises" de Philippe Claudel, on pourrait dire que, dans le fond, il y a là de quoi vomir aussi pas mal. Le narrateur a beau nous assurer que le gris prédomine dans notre monde, le récit qu'il nous conte est noir, très noir.
Mais il le conte superbement, il faut le préciser : sa construction fait de ce livre un véritable petit bijou. A cela s'ajoute un style indéniable et on ne peut que regretter que, satisfaisant à la mode, Claudel ait renoncé à l'imparfait du subjonctif. Dans un prochain ouvrage, peut-être ... ? C'est à souhaiter.
Le lecteur reste surtout étonné par l'absence apparente de linéarité de ce roman. Le narrateur semble y aller de digression en digression jusqu'à ce que, comme par magie, tous les fils se recoupent, tous les personnages se rejoignent et hop ! le tour est joué, et de façon remarquable puisque, pratiquement jusqu'au bout, l'auteur maintient l'ambiguïté sur l'identité de l'assassin.
L'ensemble évoque tout à la fois Simenon dans ses oeuvres les plus noires et le Louis Guilloux du "Sang noir." C'est étouffant, on croit entendre une pluie entêtante à chaque page, on n'a aucune peine à distinguer le brouillard qui cerne aussi bien les âmes que les paysages et le désespoir - peut-être issue de la Grande guerre mais qui nous paraît tout de même avoir toujours été là - sourd de partout.
Qui a tué la petite Belle de Jour, la fille du restaurateur Bourrache ? Parce que la mort d'un enfant nous apparaît toujours comme plus abominable qu'une autre, la question a son importance. Mais au delà pourrait-on dire, elle est importante parce que les présomptions de culpabilité qui désignent le Procureur Destinat (ce nom est à lui-même un poème de résignation) vont révéler la nature des vivants.
Nature sordide pour au moins deux d'entre eux, le juge Mierck et le colonel Matziev (lequel a cependant ruiné sa carrière pour défendre Dreyfus), qui communient dans une sorte de "grande bouffe" tout bonnement écoeurante lorsqu'ils décident de se trouver un coupable coûte que coûte. Nature toute droite mais bien obligée de composer avec plus puissant que soi, pour d'autres comme Joséphine, la "récupératrice de peaux" et le narrateur, ancien policier que mine la certitude d'une injustice commise pour préserver la réputation de Destinat. Nature aberrante - la plus aberrante de toutes finalement - pour l'assassin démasqué par une lettre qui arrive avec beaucoup de retard ...
Avec cela, un tableau saisissant de cette province française qui traverse la Grande guerre sans trop se rendre compte que, avec les millions d'hommes tués dans les tranchées, ce conflit enterre également un certain mode de vie dont les derniers râles iront se perdre dans cette période qu'on appellera "l'entre-deux-guerres."
Et puis de très belles phrases qui éclatent çà et là comme celle-ci, laquelle explique à sa façon ce fait que nous avons tous constaté un jour ou l'autre : les personnes sympathiques sur cette terre ne font pas de vieux os alors que les mauvaises herbes ... :
| Citation: | | Tout le monde aime les braves gens : la Mort aussi. |
C'est tout bête mais il fallait y penser. _________________ http://notabene.forumactif.com/ http://blog.bebook.fr/woland/index.php/ |
|  | | Lorenzaccio Pape à la Bolognaise à la Basilic Nota Bene


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| Sujet: Re: Philippe Claudel Jeu 7 Déc - 16:01 | |
| Euhm... pardonnez-moi si je suis béotien sur ce coup-là : Philippe Claudel... c'est de la famille de Paul et de Camille ou pas du tout ? _________________ "Les pattes du canard sont courtes, il est vrai ; mais les allonger ne lui apporterait rien." (Tchouang-Tseu)
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|  | | Masques de Venise Mécréante Suprême


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| Sujet: Le rapport de Brodeck Ven 26 Oct - 14:49 | |
| Alors que de nombreux hommes du village ont commis l'irréparable envers un étranger installé depuis peu parmi eux, Brodeck, habitué des rapports en tous genres envoyés au gouvernement de la province, est chargé d'écrire la chronique des événements qui ont mené au drame.
Ce que Claudel nous donne à lire, ce n'est pas le rapport lui-même, que Brodeck limite volontairement au récit brut des faits, aux témoignages des acteurs, mais la petite histoire, qui se mêle à la grande, le dessous des tables, l'arrière des rideaux, ce qui se passe la nuit. Brodeck nous parle de lui aussi, beaucoup, parce que lui aussi a été un étranger au village, et parce que la déportation dont il a été victime pendant la guerre qui vient de s'achever l'a changé à jamais.
La langue simple de Claudel permet de se concentrer sur le fond, au-delà même du récit lui-même. Le rapport de Brodeck est un roman sur la différence et la douleur qu'elle peut générer chez l'exclu, sur l'intolérance, sur la résilience aussi, cette capacité de l'humain à se relever des plus grands chocs. C'est évidemment également un roman sur la folie nazie.
Il y a des passages très difficiles (dans le camp mais pas seulement) et des passages poétiques, on y côtoie tour à tour l'amour et la haine, l'intelligence et la bêtise crasse. C'est un roman sur l'âme... blanche ou grise.
 Le rapport de Brodeck Stock 400 pages
Ca alors, je vois que je poste ce commentaire sur Le rapport de Brodeck un an jour pour jour après celui sur La petite-fille de Monsieur Linh... _________________ "Le secret douloureux des dieux et des rois, c'est que les hommes sont libres." Jean-Paul Sartre, Les mouches "La sensualité est la condition mystérieuse, mais nécessaire et créatrice, du développement intellectuel." Pierre Louÿs, Aphrodite
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