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Mathieu G. Cuistre en Chef.

   Age : 22 Inscrit le : 07 Aoû 2005 Messages : 367 Localisation : Pays des Merveilles Emploi : Etudiant - Auteur
| Sujet: Marcel Aymé. Sam 12 Aoû - 9:35 | |
| Je m'étonne, puisque je sais tout l'amour que l'on peut porter aux félins sur ce forum, que personne n'ait lancé de fil sur cet ouvrage culte, à mes yeux tout du moins; posthume, il réunit une quinzaine de textes traitant de la vie de ferme, où les parents et leurs deux filles, Delphine (l'aînée) et Marinette (la plus blonde), ainsi qu'une flopée d'animaux (poules, cochon, boeufs, canard, oie, chien et chat bien sûr, qui s'appelle Alphonse le temps d'un unique récit mais aussi cerf, buse et éléphant) qui, comme de bien entendu, parlent comme des hommes. A ce propos, Marcel Aymé aura dit une très amusante phrase: on lui faisait la remarque que, si les animaux parlaient, ils ne le feraient pas comme dans Les contes... (où les discussions tournent autour de la vie de la ferme); à cela il ajoute que bien entendu, et que rien n'empêche de croire qu'ils pourraient parler de politique ou de l'avenir de la science dans les îles Aléoutiennes (sic !) ou bien encore de critique littéraire avec excellence...
Certains le savent, je suis fan de la littérature dite "enfantine" (Alice au pays des merveilles...), mais l'auteur précise bien que ces histoires sont pour les enfants de 7 à 77 ans ! Ouf, je suis dedans ! (du reste, le monde est composé que d'enfants et de parents; puisque je ne suis pas un parent, je suis forcément un enfant, logique non ) Et j'avoue qu'après avoir vibré sur l'histoire malheureuse de Mitia Karamazov, ça m'a fait bien de trouver une fantaisie ainsi, où les chats font réellement pleuvoir en se lavant derrière l'oreille, où les voeux deviennent réalité quand la poule veut jouer à l'éléphant, ou qu'il est facile à un brave animal de voler le mal de son maître aveugle...
Je recommande donc, pour ceux qui passeraient volontairement à côté pour des raisons plus obscures que le gouffre de Poudrey; allons ! Ca se lit en, quoi ? Une après-midi tant le style est nu (mais pour autant très efficace, ce qui me surprendra toujours) et on en ressort meilleur: des livres comme ça, ça rend les gens meilleurs, tout simplement.
PS: Je sais qu'une série de dessin animé illustrant les nouvelles passait il y a une dizaine d'années... est-ce que quelqu'un s'en rappelle ? _________________ Indépendance toujours, neutralité jamais
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|  | | Séraphine Grande & Sulfureuse Prêtresse de Nota Bene


   Age : 38 Inscrit le : 02 Avr 2006 Messages : 3311 Localisation : Autres dimensions... Emploi : Ecolière... Loisirs : Le rêve...
| Sujet: Re: Marcel Aymé. Sam 12 Aoû - 11:32 | |
| Ah comme je suis d'accord ! La littérature enfantine est très riche et porteuse de multiples sens...
On pourrait aussi évoquer tous les écrivains amoureux des matous... A commencer par Colette, peut-être... Cette image de la femme et du chat, je l'ai toujours trouvée magnifique. Il y a comme une secrète correspondance entre la féminité et les douceurs félines...
Douceurs souvent apparentes...
La patte veloutée capable de griffer... _________________ "Connais-toi toi-même." |
|  | | Thomas Ordonnateur des Basses Oeuvres de Nota Bene - il en est fier, en plus ...


   Age : 32 Inscrit le : 04 Avr 2006 Messages : 6856 Localisation : Paris Emploi : Passionnant mais indescriptible... Loisirs : Littérature, Cinéma, Photo, Cuisine
| Sujet: Re: Marcel Aymé. Mer 16 Aoû - 10:32 | |
| Sur les lectures enfantines, j'ai lu tout récemment Les vertes lectures de Tournier. Bien écrit, intéressant parce qu'il évoque divers auteurs (Comtesse de Ségur, Pierre Grippari pour ne parler que de ces deux-là) sans jamais suivre la même trame : tantôt c'est biographique et explique ainsi l'évolution de l'oeuvre, tantôt ça ne s'attache qu'aux textes.
Que de souvenirs ainsi évoqués, en tout cas ! |
|  | | Sibylline. Littérophage Notabéniste Avec Mention.


Inscrit le : 28 Jan 2006 Messages : 286 Localisation : France
| Sujet: Re: Marcel Aymé. Mer 13 Sep - 19:13 | |
| Moi, je ne suis pas fan de littérature enfantine, mais "Les contes du chat perché"!!! Ca, c'est génial Pas que pour les enfants d'ailleurs. J'aime toujours autant. Pour tout dire, j'aime Marcel Aymé, en général.  _________________ http://lecture-ecriture.com/ |
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   Age : 48 Inscrit le : 06 Mai 2005 Messages : 14364 Localisation : Sous vos yeux mais vous ne me voyez pas ... Loisirs : Tout ce qui concerne les mots et les livres.
| Sujet: Re: Marcel Aymé. Lun 17 Déc - 18:24 | |
| Né en 1902 à Joigny, Marcel Aymé perdit sa mère alors qu'il n'avait que deux ans. En foi de quoi, son père, le maréchal-ferrant du coin le confia à ses beaux-parents qui possédaient une tuilerie à Villers-Robert, dans le Jura.
Son enfance dans ce petit village inspirera à l'écrivain l'authenticité avec laquelle, dans ses textes, il évoque les luttes politiques et religieuses ainsi que les rivalités en usage dans le monde paysan.
Elève médiocre, le jeune Marcel se présente néanmoins à Polytechnique à la fin de la Grande guerre mais il doit renoncer à tous ses examens, puis aux études, suite aux séquelles que lui laissera l'épidémie de grippe espagnole de 1919.
Il commence à publier après son service militaire. "La Table aux Crevés" emporte le Renaudot en 1929 mais ce n'est qu'avec la sortie de la malicieuse "Jument Verte", en 1933, que le succès lui est acquis.
Anti-conformiste plus vrai que nature, Marcel Aymé ne s'en laissera jamais imposer comme homme et certainement pas comme écrivain. Pendant la Seconde guerre mondiale, il fait équipe au cinéma avec Louis Daquin, réputé à gauche, mais donne des articles à "Je suis partout" et "La Gerbe" sans jamais, cependant, tomber dans l'apologie du régime nazi ou de celui de Pétain. Les communistes tenteront cependant de le coincer à la Libération, en lui reprochant une collaboration avec la "Continental Films" allemande mais les choses ne dépasseront pas le blâme sans affichage.
Pourtant, Marcel Aymé pose problème aux vainqueurs. Non seulement il ne renie pas ses amitiés pour Céline et Brasillach (il parviendra à arracher la signature de François Mauriac et de quelques autres, sur une pétition qu'il va leur présenter afin d'obtenir la commutation de la peine de mort rendue contre Brasillach en une peine de prison à vie) mais encore il se paie le luxe de la vérité en décrivant sans complaisance la France de l'Occupation, puis de la Libération dans des oeuvres comme "Uranus."
Pour Marcel Aymé, le monde n'est pas manichéen, avec les Gentils Résistants d'un côté et les Méchants Collabos de l'autre. Et il le clame, de toute la force de son talent. Or, du talent, Marcel Aymé en a beaucoup. Il en a même énormément.
Le public ne s'y trompe pas, qui le lira et le relira toujours avec plaisir et ne manquera jamais de faire un triomphe à ses nombreuses pièces de théâtre. Mais l'intelligentsia sinistrement bien-pensante qui s'est installée dans notre pays depuis 1945 le boude ouvertement, ce dont Aymé se fout superbement - et il a bien raison. 
Pour nous - qui ne partageons pourtant pas son avis sur la question - il est jouissif de rappeler que "La Tête des Autres", de Marcel Aymé, est par exemple un plaidoyer virulent contre la peine de mort - et la magistrature. Comme quoi et ainsi que le pensait et l'affirmait l'écrivain, les idées généreuses et utopistes ne sont pas qu'à gauche.
En 1950, Marcel Aymé se paiera un autre luxe : refuser un fauteuil à l'Académie française.
Il meurt en 1967 et, si les critiques et les histoires de la Littérature le boudent toujours autant, le cinéma a beaucoup oeuvré pour sa renommée. Philippe Noiret, Bourvil, Francis Blanche, Gérard Depardieu, etc ... tous ont tenu au moins une fois un rôle dans un scénario inspiré de l'une ou l'autre des oeuvres de Marcel Aymé.
Signalons enfin que, en 1989, a été inaugurée, à Montmartre, lieu de prédilection de son "Passe-Muraille", une place nommée "place Marcel Aymé." Sur cette place, Garou-Garou, immortalisé en bronze par Jean Marais, émerge à moitié du mur où son créateur l'avait bloqué pour l'Eternité.  _________________ http://notabene.forumactif.com/ http://blog.bebook.fr/woland/index.php/ |
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   Age : 48 Inscrit le : 06 Mai 2005 Messages : 14364 Localisation : Sous vos yeux mais vous ne me voyez pas ... Loisirs : Tout ce qui concerne les mots et les livres.
| Sujet: Re: Marcel Aymé. Mer 19 Déc - 16:46 | |
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"La Jument Verte", qui consolida définitivement la réputation de Marcel Aymé lorsqu'elle sortit, en 1933, doit son titre à un tableau, fait d'après nature par le grand peintre Murdoire, de la jument à la robe verte née, au milieu du XIXème siècle, à la ferme Haudoin.
De génération en génération, le tableau a abouti chez Ferdinand Haudoin, le second fils de Jules Haudoin, lequel le lui a légué pour équilibrer la part d'héritage qu'il lui laissait. Vétérinaire et petit-bourgeois, Ferdinand n'est pourtant pas à plaindre. Econome de ses pulsions sexuelles comme de son argent, il est, et de loin, le plus riche des trois frères Haudoin. Il a même racheté à son frère, Honoré, la ferme que lui avait laissée leur père.
Comme il en a laissé la jouissance à Honoré et à sa famille, Ferdinand s'y rend régulièrement le dimanche, avec sa femme et ses trois enfants. Il faut dire que jamais il ne s'est désintéressé de son petit village natal de Claquebue où, en ce début de la IIIème République, les affrontements en cléricaux et anti-cléricaux battent leur plein.
En principe, Ferdinand est républicain et anti-clérical. Mais pour complaire au député Valtier, dont il espère des merveilles pour la réussite de son aîné, Frédéric, il se met en tête de convaincre Honoré - authentique et farouche anti-clérical, celui-là - de favoriser l'élection à la mairie de Claquebue de leur veil ennemi familial : Zèphe Maloret, anti-républicain et clérical notoire.
Hors de lui, Honoré se décide alors à expliquer à son cadet les raisons qui l'ont poussé à exacerber plus encore les antiques rancoeurs familiales - des raisons qui ne touchent pas moins qu'à l'honneur de leur propre mère, contrainte de céder à un soldat prussien du fait d'une dénonciation faite, au temps de la guerre de 1870, par Zèphe Maloret en personne.
Ferdinand rentre chez lui, rongeant son frein et, après un vague débat intérieur, éprouve le besoin d'écrire à son aîné pour tenter une fois de plus, de le convaincre. Pour mieux appuyer sa thèse, ne voilà-t-il pas qu'il a l'idée d'évoquer dans sa lettre la tragique infortune de Mme Haudoin Mère ...
... et ne voilà-t-il pas que, suite à une distraction passagère du brave facteur Déodat, la lettre du vétérinaire disparaît mystérieusement ...
Qui a bien pu s'en emparer ? Et dans quel but ? ...
L'un des meilleurs textes de Marcel Aymé, fin, matois et supérieurement construit, à peine saupoudré çà et là d'une verve typiquement gauloise qui, à l'époque de la parution, dut en émoustiller plus d'un. Un roman chaleureux et bon enfant, où défilent des personnages truculents en diable et où s'affirme, une fois de plus, la confiance inébranlable - quoique parfois cynique - de l'écrivain en la nature humaine.  _________________ http://notabene.forumactif.com/ http://blog.bebook.fr/woland/index.php/ |
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   Age : 32 Inscrit le : 04 Avr 2006 Messages : 6856 Localisation : Paris Emploi : Passionnant mais indescriptible... Loisirs : Littérature, Cinéma, Photo, Cuisine
| Sujet: Re: Marcel Aymé. Mer 19 Déc - 16:56 | |
| Tu sais quoi ? Ca me donne envie de m'enfoncer dans un vieux fauteuil, au coin du feu, une histoire pareille ! Il faut absolument que je le lise, ce roman ! _________________ "Le secret douloureux des dieux et des rois, c'est que les hommes sont libres." Jean-Paul Sartre, Les mouches "La sensualité est la condition mystérieuse, mais nécessaire et créatrice, du développement intellectuel." Pierre Louÿs, Aphrodite
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| Sujet: Re: Marcel Aymé. Mer 19 Déc - 17:37 | |
| Ah ! si tu ne l'as jamais lu, je t'envie, Tom. C'est une petite merveille. Marcel Aymé est l'un des rares auteurs (avec Voltaire) dont j'envie le style concis et qui, pourtant, dit tout. Et puis, ses personnages, l'humanité que l'on perçoit derrière ...
Dans "Uranus", c'est plus grinçant, plus pessimiste - la Seconde guerre mondiale est passée par là. Mais l'humanité demeure. Je crois que c'est Antoine Blondin qui disait de Marcel Aymé : "Le fréquenter vous rendait meilleur."
En janvier, je vais m'en acheter deux ou trois que je n'ai pas encore lus - comme "La Table-aux-Crevés" par exemple. Par contre, "Les Contes ...", je n'ai jamais accroché. J'ignore pourquoi mais c'est ainsi.  _________________ http://notabene.forumactif.com/ http://blog.bebook.fr/woland/index.php/ |
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| Sujet: Re: Marcel Aymé. Mer 19 Déc - 17:47 | |
| Ca me tente fort aussi !
J'ai Les tiroirs de l'inconnu du même auteur en réserve :
| Citation: | Quatrième de couverture Martin, vingt-huit ans, flegmatique d'apparence et méticuleux de caractère, a la curiosité d'examiner les tiroirs de son bureau. Il y découvre toute l'histoire de son prédécesseur, écrite de façon si étrange qu'il va se mettre à la recherche de cet inconnu. De tiroir en tiroir, ou de hasard en hasard, Martin traverse des aventures dont le thème principal est l'amour, ou plutôt le sentiment qui pousse les femmes vers les hommes. (Amazon.fr)
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_________________ Ecrire de la fiction, c'est comme se souvenir de quelque chose qui ne s'est jamais passé. (Siri Hustvedt)
Work is the curse of the drinking classes. (Oscar Wilde) |
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| Sujet: Re: Marcel Aymé. Mer 19 Déc - 17:58 | |
| 
"Le Passe-Murailles" est probablement la nouvelle la plus célèbre de Marcel Aymé. Ironique, tendre mais implacable, elle raconte l'histoire de Dutilleul, obscur petit fonctionnaire que l'arrivée d'un nouveau sous-chef réduit à la condition du martyr.
Continuellement humilié par ledit sous-chef, Dutilleul trouve le courage de se révolter et, pour ce faire, trouve l'utilité d'un potentiel que, jusqu'alors, il n'avait pas jugé utile d'employer : pouvoir passer sans problème d'une pièce à l'autre en traversant les murs.
Pour tout dire, jusqu'à ce que l'affreux sous-chef le reléguât dans un placard poussiéreux, Dutilleul jugeait son étrange qualité comme superflue et même peu reluisante. Il s'en était plaint à son médecin, lequel, diagnostiquant du surmenage, lui avait prescrit un certain médicament à prendre régulièrement. Dutilleul avait absorbé un seul sachet puis, après avoir rangé le médicament dans un tiroir, l'y avait oublié. Le point est d'importance : ne l'oublions pas. 
Mais la trentaine d'apparitions que la tête de Dutilleul va faire, tout au long de ce mémorable après-midi, dans le bureau de son supérieur hiérarchique en s'affichant au mur de celui-ci, tel un menaçant et bavard trophée de chasse, va convaincre le petit fonctionnaire de l'importance de son "don."
Et aussi du plaisir qu'on peut goûter à traverser les murs et à démontrer ainsi, à l'univers tout entier, qu'on lui est supérieur ...
Bien sûr, Dutilleul va en abuser, de ce plaisir. Bien sûr, l'aventure tournera mal et, si vous voulez vous en convaincre, allez donc faire un tour place Marcel Aymé, à Montmartre. 
A cette nouvelle que vous citeront même ceux qui n'ont pas lu Marcel Aymé, succèdent "Les Sabines" où, un peu à l'instar de Dutilleul, une malheureuse jeune femme se voit recevoir le don d'ubiquité ; "La Carte" et le "Décret", deux récits extrêmement grinçants qui traitent le premier du rationnement des "tickets de vie" pendant la guerre et le second, des solutions, pour le moins curieuses, apportées aux problèmes soulevés par l'heure d'été là aussi en temps de guerre ; "Le Proverbe", lui aussi très connu au sein de l'oeuvre de Marcel Aymé ; la malicieuse "Légende Poldève" et "L'Huissier" où le romancier nous livre sa version personnelle du Paradis ; "Le Percepteur d'Epouses", dont le titre se passe de tout commentaire ; "Les Bottes de Sept Lieues" et Antoine, son attachant petit héros et enfin "En Attendant", autre récit évoquant les files d'attente de l'Occupation.
Un merveilleux petit recueil, drôle, émouvant, féroce, abominable même par moment mais qui ne donne qu'une envie : lire et relire Marcel Aymé.  _________________ http://notabene.forumactif.com/ http://blog.bebook.fr/woland/index.php/ |
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Inscrit le : 10 Mai 2005 Messages : 3385
| Sujet: Re: Marcel Aymé. Mer 19 Déc - 18:05 | |
| Ah, le passe-muraille et les autres nouvelles, difficile de lacher le livre lorsqu'on l'a commencé. On lit une nouvelle puis encore une autre puis une dernière puis encore une dernière ... Drôle et captivant. _________________ Je ne suis qu'à moitié idiot et j'ai le vice de la tolérance. |
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   Age : 32 Inscrit le : 04 Avr 2006 Messages : 6856 Localisation : Paris Emploi : Passionnant mais indescriptible... Loisirs : Littérature, Cinéma, Photo, Cuisine
| Sujet: Re: Marcel Aymé. Mer 19 Déc - 18:07 | |
| Ah oui, c'est vrai, ça, Julie, que tu avais noté ça quelque part !
Et puis j'avais dit il y a quelques jours qu'il fallait que je relise Uranus... _________________ "Le secret douloureux des dieux et des rois, c'est que les hommes sont libres." Jean-Paul Sartre, Les mouches "La sensualité est la condition mystérieuse, mais nécessaire et créatrice, du développement intellectuel." Pierre Louÿs, Aphrodite
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   Age : 48 Inscrit le : 06 Mai 2005 Messages : 14364 Localisation : Sous vos yeux mais vous ne me voyez pas ... Loisirs : Tout ce qui concerne les mots et les livres.
| Sujet: Re: Marcel Aymé. Mer 19 Déc - 18:42 | |
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Il fallait un courage hors de pair pour oser publier, en 1948, un livre tel que cet "Uranus", brillant et féroce réquisitoire contre la lâcheté et la bêtise humaines. Or, le courage, ce n'était certes pas ce qui faisait défaut à Marcel Aymé.
Il imagine une petite ville provinciale qui sort tout juste de la Seconde guerre mondiale. Les rares collaborateurs qui ne sont pas parvenus soit à retourner leur veste, soit à se réserver des appuis dans les plus hautes sphères ont été liquidés par les FFI. Un seul rôde encore, affirme-t-on, un certain Maxime Loin, un journaliste viscéralement anti-communiste qui s'est laissé prendre au mirage de la "Grande Allemagne."
Pour le reste, c'est l'heure de gloire du Parti communiste. Il lorgne cependant d'un oeil méfiant vers le Parti socialiste qui, plus modeste mais bien résolu, rêve de rogner peu à peu la suprématie des "Rouges", grands vainqueurs de cette guerrre pour l'unique raison qu'Hitler eut la bêtise de rompre le pacte germano-soviétique.
En cette période de reconstruction, les appartements et maisons préservées par les bombes ont été réquisitionnés pour abriter, outre leurs occupants légitimes, les familles des sinistrés. Ainsi, M. et Mme Archambault doivent-ils partager leur appartement avec l'un des responsables locaux du P.C., Gaigneux, sa femme, Maria et leurs enfants. Cela ne va pas sans créer pas mal de frictions.
Mais la situation s'aggrave le jour où, pris de pitié et aussi de révolte contre sa lâcheté personnelle, Archambault recueille Maxime Loin ...
Le style d'Aymé n'a jamais été aussi lucide, aussi précis, aussi cinglant - aussi matois. Avec un brio amer, il restitue toutes les peurs, toutes les lâchetés, toutes les contradictions d'une époque noire, aussi accablante en son genre que le fut celle de l'Occupation. Symboles antagonistes de ces temps troublés : Léopold, le cafetier et la "grande gueule" du coin, qui ne s'en laisse imposer par personne et qui finira assassiné sur ordre par une gendarmerie passée à la solde des vainqueurs, et le vieux Monglat, qui a collaboré à peu près avec tout le monde et qui a bâti sur la disparition d'un monde une fortune colossale dont il ne peut cependant jouir au grand jour. C'est lui qui fera pression sur ses hautes relations pour que Léopold, qui en savait trop, soit abattu en toute légalité.
Entre les deux, le professeur Watrin, incurable rousseauiste qui croit en la bonté humaine alors qu'Aymé, lui, en doute un peu plus tous les jours. Un incurable qui, pour réconforter Archambault qui vient de voir Gaigneux emmener Loin à la gendarmerie, déclare, tout à la fin du roman : "Attendez. Attendez seulement cinquante ans ..."
"Uranus", de Marcel Aymé : un grand livre, hélas ! méconnu par nos histoires de la Littérature française - et donc à mettre d'autant plus en valeur.  _________________ http://notabene.forumactif.com/ http://blog.bebook.fr/woland/index.php/ |
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| Sujet: Re: Marcel Aymé. Dim 17 Fév - 16:12 | |
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Roman à mon avis mineur dans l'oeuvre de Marcel Aymé, "La Vouivre" tient son nom d'une divinité des eaux qui court les forêts comtoises en commandant aux serpents et en déposant de temps à autre sur l'herbe, afin de goûter aux plaisirs du bain, sa tiare où étincelle un rubis légendaire. Malheur à quiconque tente dérober le joyau : les vipères convergent alors vers lui et il meurt dans d'atroces souffrances, étouffé par les mille piqûres du venin.
Un jour, Arsène Muselier, qui a repris la ferme après la mort de son père, surprend la Vouivre. Mais ce garçon réfléchi résiste à l'envie de s'emparer du rubis et préfère engager la conversation avec l'étrange fille-fleur. Or, depuis cinquante ans, ainsi qu'elle le lui dit sans ambages, aucun homme ne l'a jamais regardée avec les yeux du désir : tous n'ont eu de regard que pour le rubis. L'attitude hors-norme d'Arsène interpelle la dryade et elle semble vouloir s'attacher à lui.
Ce qui ne l'empêche pas de poursuivre ses baignades dans la forêt. Bientôt, tout le village - ou presque - l'a vue. Y compris le maire et le curé qui, ici, reprennent un thème cher à Marcel Aymé : l'opposition entre la raison rationaliste et la foi chrétienne, hantée par le démon.
Arsène finit par se retrouver pris entre la Vouivre, Belette, la jeune servante et ses projets personnels de mariage avec une héritière locale. Et l'issue du conflit sera dramatique ...
Un roman mélancolique et tendre où Marcel Aymé met en sourdine son ironie et sa férocité habituelles, ce qui explique en partie pourquoi "La Vouivre" peut déconcerter.  _________________ http://notabene.forumactif.com/ http://blog.bebook.fr/woland/index.php/ |
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