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Jean Giono.

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Masques de Venise
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MessageSujet: Jean Giono.   Jeu 4 Jan - 14:41

Fils d'un cordonnier d'origine italienne que ses tendances anarchistes n'empêchaient pas de lire la Bible, Jean Giono est né et mort à Manosque. Les ressources financières de la famille étant assez faibles, le petit Jean arrêtera ses études à seize ans mais n'en continuera pas moins à s'instruire en autodidacte. Six ans plus tard, le jeune homme connaîtra Verdun, puis le Mt Kemmel et voit nombre de ses camarades gazés ou tués à ses côtés. Cette expérience difficilement inoubliable l'oriente vers un pacifisme résolu qui lui vaudra bien évidemment d'être inquiété par les autorités aussi bien en 1939 qu'en 1945 !

C'est "Colline", premier volet de sa trilogie panthéiste, qui lui apporte la gloire en 1929 - ainsi que le prix américain Brentano. Un an plus tard, il reçoit le prix Northcliffe pour "Un de Baumugnes" dont Marcel Pagnol s'inspira par la suite pour son "Angèle." Enfin, parut "Regain" qui sera également adapté par Pagnol.

Si Giono adhéra un temps très bref à l'"Association des écrivains et artistes révolutionnaires" d'obédience communiste, il était trop indépendant et trop lucide pour y rester longtemps. La défection de ce brillant élément aura sans doute une influence sur l'emprisonnement de Giono en septembre 1944 bien que jamais, dans ses paroles ou dans ses écrits, il n'eût jamais manifesté un soutien quelconque à Vichy, encore moins au nazisme. "Marchez seul, que votre lumière vous suffise !" conseillait cet orgueilleux superbe que les forces de Libération se virent finalement contraintes de relâcher en 1945 sans avoir réussi à l'inculper de sympathie avec l'occupant.

Mais ses ennemis n'en avaient pas fini avec lui et le "Comité national des écrivains", issu de la Résistance et qui ne fut, sur bien des plans, qu'une sinistre mascarade, l'interdit de publication en France en l'inscrivant sur sa liste noire.
En 1947 cependant, Giono parvient à faire publier "Un Roi sans divertissement" et cette publication marque la fin de sa mise au placard. Ce roman annonce la dernière manière, plus amère, de l'écrivain dont fait également partie le fameux "Hussard sur le Toit."

Ecrivain au verbe souple et doré par le soleil de sa Provence natale, Giono a quelque chose de païen et de joyeux ("Il faut à toute force être heureux", disait-il encore) dont les déceptions de l'après-guerre et l'écoulement des années ne sont pas venus à bout. En dépit des apparences - son style est simple, très simple - c'est probablement l'un des plus grands écrivains français du XXème siècle. Sans naïveté aucune, il a chanté la Nature telle qu'elle est : avec ses bons côtés et ses splendeurs incontestables (sa trilogie panthéiste par exemple) mais aussi dans toutes ses horreurs et son aveuglement, prête à fouler les hommes aux pieds (le dérèglement du Roi sans divertissement, le choléra où apparaît le Hussard). Mieux : il l'a fait en digne héritier de la manière antique d'un Virgile ou d'un Ovide, avec pudeur, justesse, simplicité et pourtant éblouissement.



Jean Giono à la fin de sa vie.

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MessageSujet: Re: Jean Giono.   Jeu 4 Jan - 18:39



Cela étonnera certains mais, pour l'amateur de fantastique, le rapport est patant entre la "Colline" de Giono et "Le Grand Dieu Pan" de Machen ou encore "Io" d'Oliver Onions. Car "Colline", roman par ailleurs très bref, conte avant tout l'histoire de la peur ancestrale que la Terre engendre chez l'Homme lorsqu'elle se met en colère. La Grande Déesse paraît alors éclater en une multitude d'entités hostiles et sournoises, toutes bien décidées à en découdre avec ces mortels qui osent les défier ou, sans aller jusque là, s'imaginer qu'ils les ont, tout bonnement, domestiquées.

L'intrigue se situe aux Bastides, un tout petit village proche de Manosque, dans une campagne provençale dévorée de soleil et d'aridité, où l'eau est elle-même si précieuse que, pour parler d'un dieu aussi impalpable que le vent, l'auteur a recours à une métaphore qui le compare à un fleuve.

Tout allait bien aux Bastides : le soleil y dardait, l'eau de la fontaine jadis découverte sur les indications du vieux Janet qui "avait le don pour ça", y chantait et le blé venait doucement. Et puis, après que Janet justement ait été retrouvé tout raide, pris d'une attaque dans les champs, les choses ont mal tourné.

Tout d'abord, c'est le silence qui s'abat sur ce paysage dévoré de soleil. Un silence qui donne l'impression que la terre épie ceux qui la cultivent - un silence qui attend. Mais quoi ?

Le brutal arrêt du chant de la fontaine peut-être qui, du jour au lendemain, va jeter le désarroi parmi les habitants du village. Certes, on finira par retrouver de l'eau mais bien plus haut, dans un vieux village abandonné et, du coup, les Bastidois se verront obligés de se relayer pour monter y chercher des jarres.

Alors survient le feu, l'un de ces incendies terribles du Midi qui fonce droit sur les Bastides ...

A partir de trois fois rien, en se fondant sur son seul instinct poétique, sur sa foi païenne en des forces qui nous dépassent, Giono donne à son lecteur deux niveaux de lecture possibles :

1) ou bien Jaume, qui finit par rendre Janet responsable de ce qui arrive, a raison et c'est bien la volonté du vieillard aigri qui, puisant ses forces dans sa grande connaissance de la Terre et de tout ce qui s'y rattache, en mal comme en bien, manque de mener les Bastides à leur perte ;

2) ou bien ce ne sont là que superstitions de paysan inculte, doublées de la rancune que le vieillard a éveillé dans l'âme de Jaume en lui rappelant le suicide de sa femme et en lui laissant entendre que sa fille, Ulalie, couchait avec l'idiot du village, Gagou.


Quoi qu'il en soit, l'angoisse monte lentement et, si l'on n'était pas en train de lire Giono, on pourrait se croire parfois au coeur d'un pur récit fantastique.
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MessageSujet: Re: Jean Giono.   Jeu 4 Jan - 20:08



Dernier volet de la trilogie "Pan", "Regain" conte le destin d'un village quasiment abandonné au début du récit puisqu'il n'y reste plus que deux habitants, Panturle et une vieille Italienne desséchée qu'on nomme "la Mamèche. Gaubert le forgeron vient en effet de se décider à quitter Aubignane pour aller vivre plus bas, chez son fils, Joseph.

Ce départ plonge la Mamèche en une sorte de fureur. C'est à Aubignane en effet qu'elle a tout perdu : son mari, le puisatier italien et leur fils, empoisonné pour avoir, à trois ans, mangé de la ciguë. Tout ce sang versé n'aurait donc servi à rien ?

La vieille femme se met en tête de trouver une femme à Panturle et, ainsi, de redonner vie au village. Un matin, elle s'en va donc et son chemin ne va pas tarder à croiser la carriole du rémouleur Gédémus, qu'accompagne la pauvre Arsule qu'il traite à la fois comme sa maîtresse et comme une bête de somme. La Mamèche mettra tout en oeuvre pour les égarer et les amener non loin de la maison de Panturle ...

Par le style, "Regain" est plus assuré que "Colline" où l'auteur faisait peut-être un peu trop d'efforts dans la simplicité. Ici, le ton s'est affermi et l'on sent bien qu'il a pris sa vitesse de croisière. A nouveau, le vent qui souffle face à Gédémus et Arsule est comparé à l'élément liquide, source de toute vie, et le roman déborde d'une sensualité faunesque qui, dans "Colline", n'en était encore qu'au premier stade.

A noter que ce roman a servi de base au film éponyme de Marcel Pagnol où, face à Gabrio dans le rôle de Panturle, Orane Demazis tenait celui d'Arsule en compagnie d'un Fernandel réjouissant de veulerie et de faconde dans celui de Gédémus le rémouleur.



Affiche de "Regain" avec le douloureux visage de Marguerite Moreno qui incarnait la Mamèche.




Une scène qui n'existe pas dans le roman de Giono et où l'on voit Robert Le Vigan, dans le rôle du brigadier, bousculer une fois de plus le malheureux Fernandel.

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MessageSujet: Re: Jean Giono.   Jeu 4 Jan - 20:40

Regain est le seul Giono que j'aie lu... et que j'essaierai de relire sous peu (avec d'autres !!)
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MessageSujet: Re: Jean Giono.   Ven 1 Fév - 14:14

Je me suis replongée dans Giono.

20 ans après, pourrais-je dire...

Car j'avais dévoré sa littérature à l'adolescence.

J'en ressors un peu déçue.

Certes, certains passages m'ont émerveillée par leur poèsie, leurs métaphores, leur sensibilité.

Mais globalement, je me suis ennuyée.

Il me semble qu'il y a un brin de mysticisme. MDV parlait de panthéisme. Mais comme inachevé. Non abouti.

Parfois, je me demande si les écrivains ne correspondent pas à un âge de notre vie.

Le mien est peut-être passé.
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MessageSujet: Re: Jean Giono.   Ven 1 Fév - 14:51

Ah ça, j'en suis persuadé, Séraphine : on a un âge pour chaque auteur. Le tout étant de trouver l'auteur (ou mieux : les auteurs) qui nous convien(nen)t à chaque âge...
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MessageSujet: Re: Jean Giono.   Ven 1 Fév - 18:21

D'ailleurs, on dit la même chose en peinture. Je me souviendrai toujours d'un galeriste qui me disait un jour : "vous savez, Poussin, je ne l'ai compris qu'après 30 ans...".
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MessageSujet: Re: Jean Giono.   Ven 1 Fév - 18:32

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MessageSujet: Re: Jean Giono.   Ven 25 Avr - 14:05

J'aime bien qu'on rende justice à Giono des accusations de sympathies envers l'occupant qui lui ont été faites après guerre.

Pour moi, c'est un très grand écrivain.
J'aime particulièrement son roman Noé, qu'il a écrit pendant et juste après l'écriture du Roi sans divertissement.

Dans ce livre, il évoque tous les problèmes de l'écriture et les mystères de l'imagination.
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MessageSujet: Re: Jean Giono.   Ven 25 Avr - 14:08

Alors je me le note car je suis tj très intéressée sur les écrivains qui écrivent sur l'écriture. Merci Ipomée !
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