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Georges Hyvernaud, la peau et les os

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rotko
Invité



MessageSujet: Georges Hyvernaud, la peau et les os   Ven 29 Juil - 13:59

Georges Hyvernaud, la peau et les os,
Le Dilettante. ISBN 2905344652

Une révolte fondamentale.

Dans "la peste", Tarrou raconte son horreur de la peine de mort, avec une expérience concrète. A l'occasion du procès du "hibou roux", quand son procureur de père prononce le réquisitoire. L'épisode est éprouvant, mais il reste littéraire.

Georges Hyvernaud, lui, se refuse à tout effet de manche. Il dégraisse l'expérience pour n'en montrer que le squelette brut, sans fioritures, dans sa brutalité, son évidence vécue.

Prisonnier ordinaire dans un oflag, le narrateur montre d'abord ce que le public, même familial, même composé d'êtres aimés affectueux et attentionnés, attend du prisonnier. Un récit de misères héroïquement supportées, de résistances solidaires, d'amitiés viriles.

Avec Hyvernaud, l'enrobage disparaît. On voit une promiscuité dégradante, un avilissement mutuel, l'homme mis à nu, dépouillé de ses oripeaux sociaux, moraux et idéologiques d'humanité. C'est pourquoi il insiste tant sur ce qui choque les bons usages, la nudité de l'être réduit à ses fonctions basiques, l'être puant de crasse et d'excréments, et qui s'y résigne ou s'y vautre. A une telle épreuve, son éducation chez lui ou à l'école ne l'a pas préparé. Bien au contraire, dirait-il, tout a été maquillé, travesti, caricaturé par les institutions et leurs consciencieux représentants.

Ce témoignage au style dépouillé est d'une très grande force. L'auteur est à mettre au rang d'écrivains comme Primo Lévi ("Si c'est un homme"), ou Jorge Semprun("l'écriture ou la vie")." [/b
] [b]La peau et les os
" est semblable à ces récits où, dans un contexte différent, une paire de chaussures devient un trésor, où, dans la tête du survivant, même plusieurs années après, surgit inopinément l'envie de se jeter dans le vide, tant ce qu'il a vécu et ressenti est humainement insupportable.

autre résumé sur le site de Calou

http://perso.wanadoo.fr/calounet/resumes_livres/hyvernaud_resume/hyvernaud_lapeauetlesos.htm
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Carla
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MessageSujet: Re: Georges Hyvernaud, la peau et les os   Jeu 5 Nov - 21:04

Citation:
Georges Hyvernaud est né en 1902 en Charentes, professeur dans les écoles normales d'instituteurs, il fut mobilisé en 1939, capturé et prisonnier en Allemagne. La Peau et les Os, publié en 1949, est le témoignage de ces années. La parution à partir de 1985 de ses Oeuvres complètes a fait sortir de l'oubli cet écrivain que Raymond Guérin et Etiemble ont défendu. Georges Hyvernaud est mort le 24 mars 1983
(4ème de couverture)

Le site de la Société des Lecteurs d'Hyvernaud.

Citation:
Si la mémoire du déporté a cet air de corps brûlé où ne repousse rien, plaque surexposée que l'horreur a stérilisée, le mental captif, lui, est bien vivant, grosse poche grouillante d'anecdotes crasseuses, de gestes inavouables, de mots bêtes. La peau et les os est cette vision de l'humanité prisonnière, parue en 1948. Passé composé : c'est le temps du retour, on se resangle dans son quotidien-famille. Tourner en rond, vider enfin ses tripes, seul, dans de l'émail blanc et propre, après un si long trou d'ordure sans fond. Faire semblant, n'être plus qu'un semblant d'être, qui va se mécanisant à petites rafales. Au bout du compte, sentir qu'« il n'y a plus rien ». De la peau à peine. Et des os.
(Résumé extrait du site des éditions Le Dilettante à qui l'on doit la réédition des oeuvres d'Hyvernaud)

Un livre court, 150 pages à peine. Mais quel livre ! On le lit, on le relit, avec minutie, on s'imprègne de la féroce lucidité de cet homme, qui, enfermé dans un camp pour... pour combien de temps ? réfléchit sur la vie, sur les hommes, sur l'Homme...
Citation:
Cent cinquante pages, ce n'est pas beaucoup pour une pérégrination mentale qui a duré des années ! Tout y est cependant.
(Raymond Guérin, en préface)

J'ai trouvé ce livre très fort, très puissant. Chaque phrase fait mouche. Aucune compassion, c'est très noir, et aucune désespérance pourtant. Lucidité est le mot qui résume cet auteur, un auteur majeur de la littérature française du XXème siècle, qui aura pourtant failli connaître l'oubli : les camps de prisonniers de guerre ce n'était pas grand'chose face à l'horreur des camps de la mort, et déjà qu'on ne voulait pas beaucoup parler de ceux-là après la guerre...! Heureusement, de vigilantes sentinelles ont su remarquer ses écrits, et nous les faire parvenir. On en tremble rétrospectivement : et si Hyvernaud était passé à la trappe ? les lettres françaises auraient perdu, sans le savoir, une de leurs plus belles plumes.
Lisez Hyvernaud !

Citation:
Après que chacun a bien parlé de soi, la famille se rappelle pourtant ma présence. Vous autres aussi, dans vos camps, vous en baviez, dit la Famille. Forcément, on en bavait. Les têtes se tournent vres moi, c'est mon tour. La Famille veut savoir ce que nous mangions, si nos gardiens nous maltraitaient. Raconte un peu, demande Louise, le type qui s'est évadé dans une poubelle. Oh oui, raconte, implore la Famille. Je me fais l'effet d'être encore le petit garçon ) à qui on imposait de réciter au dessert La Mendiante, d'Eugène Manuel. Je me résigne : Eh bien, voilà, c'est un type... (...) Et ainsi, à mesure que j'en parle, mes cinquante mois de captivité se transforment en une bonne blague de chambrée, en une partie de cache-cache avec nos gardiens. Voilà ce que j'aurai rapporté de mon voyage : une demi-douzaine d'anecdotes qui feront rigoler la famille à la fin des repas de famille.
Mes vrais souvenirs, pas question de les sortir. D'abord ils manquent de noblesse. Ils sont même plutôt répugnants. Ils sentent l'urine et la merde. Ca lui paraîtrait de mauvais ton, à la Famille. Ce ne sont pas des choses à montrer. (...) Et puis les gens sont devenus difficiles sur la souffrance des autres. Pour qu'ils la comprennent, et encore, il faut qu'elle saigne et crie à leur tordre les tripes. Nous n'avons à offrir, nous autres, qu'une médiocre souffrance croupissante et avachie. Pas dramatique, pas héroïque du tout. Une souffrance dont on ne peut pas être fier. Quelques coups de pieds au cul, quelques coups de crosse, au bout du compte ce n'est pas grand'chose. L'expérience de l'humiliation ce n'est pas grand'chose. Sauf pour celui qui est dedans, bien entendu : celui-là ne s'en débarrassera plus
.


Citation:
J'en ai assez de raconter ces trous à merde où l'on s'accroupit en grelottant. Ca ne m'amuse pas. Moi aussi j'aime bien les analyses subtiles et les angoisses distinguées. J'aime bien la poésie. J'en ai rempli des cahiers, de poésie. Mais c'était dans un autre monde. Tout s'est simplifié depuis. Y a pas de pain chez nous, pas de pain et pas de chansons, y en a chez la voisine, mais ça n'est pas pour nous. Ca n'est pas pour nous les tourments de l'exil et les tristesses décoratives. Nous n'y avons pas droit. Il n'y a plus pour nous que ces débats dérisoires avec notre corps.


Citation:
Le vent court autour des barbelés. Sur le chemin de ronde sonne le pas machinal des sentinelles. Mes compagnons ne sont plus qu'une bête anonyme et informe qui se retourne, se plaint et peine - occupée de quelles tâches, de quels combats ? Pauvre nuit des hommes. Grande nuit des plaines et des forêts.



Respect, Monsieur Hyvernaud !
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Profonde - précaire Propriété - Possession, non choisie
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