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François Bon

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Julie
Grande Prêtresse du Livre
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MessageSujet: François Bon   Mer 21 Nov - 22:47

Bob Dylan, une biographie

Comment s’approche-t-on d’un mythe pour le raconter ? C’est la question que François Bon semble s’être posée avant d’entreprendre sa biographie de Bob Dylan (il se l’était peut-être déjà posée au moment de Rolling Stones, une biographie, qui semble procéder de la même façon, mais que je n’ai pas encore lu). Il prend plusieurs angles d’attaque : la biographie stricto sensu, avec une grande attention portée au contexte (ville d’origine, échecs répétés au début – « La voix de M. Dylan est tout sauf belle », s’entend-il dire lorsqu’il essaie de jouer dans des clubs – , fréquentations dans le milieu du folk après l’arrivée à New York, rencontres marquantes…) ; la remise en perspective de ce que Dylan représentait dans les années soixante, ce qui permet au lecteur d’aujourd’hui de comprendre l’ampleur de certains épisodes comme sa rupture avec le milieu folk lorsque la guitare électrique et un groupe font irruption dans ses disques à partir de Highway 61 Revisited, et aussi pourquoi Dylan a eu autant de mal à faire son trou ; le point de vue de ses auditeurs d'alors, en l’occurrence lui-même, François Bon, jeune garçon féru de musique moderne qui écoutait Dylan et les autres dans sa campagne du Poitou.

Le livre commence par la présentation de Hibbing et Duluth, petites villes minières et froides du Minnesota où se déroule l’enfance de celui qui s’appelle pour l’instant Robert Zimmerman et qui ne pense pas grand-chose de l’endroit : « There was really nothing there ». Ca a le mérite d’être clair. L’histoire des villes est importante parce que Bon la mène de front avec la généalogie et les migrations des ancêtres de Dylan, originaires de Lituanie. Les débuts américains de la famille sont difficiles, mais le père de Dylan atteindra une certaine prospérité en tant que propriétaire, avec ses frères, d’un magasin d’électro-ménager. Autant dire que la légende colportée par Dylan de sa pseudo-enfance d’orphelin vagabondant sur les routes du Nouveau-Mexique et apprenant de vieilles mélodies du folk américain au contact des musiciens itinérants est une pure invention. Les mélodies, il les apprend, certes, et avec une rapidité prodigieuse (plusieurs témoins disent qu’une seule écoute lui suffisait), mais en écoutant les disques de ses amis. Après un commencement désastreux au piano (qu’il frappe comme un sauvage au point de se faire virer d’une soirée de fin d’année au lycée), à la guitare et au chant (sa voix n’a pour l’instant rien d’exceptionnel), il tente, sans succès, de se faire engager comme accompagnateur d’autres artistes, y compris à Minneapolis, Denver... Il observe les autres autant qu’il peut, et se met à l’harmonica, travaille sa guitare et découvre En route pour la gloire, le livre de Woody Guthrie (un des pionniers et héros du folk américain, qui parcourait le pays en vrai vagabond, lui, armé de sa guitare où il avait placé un panonceau proclamant « This machine kills fascists »). C’est le grand choc. Il a trouvé sa voie, et c’est le début de son amour pour la littérature (C’est un grand lecteur de Rimbaud, Kerouac et Poe, entre autres, et plus tard il côtoiera Allen Ginsberg et ses amis).

Il arrive à New York, et comme il a notablement amélioré son jeu, on l’embauche pour accompagner des musiciens à l’harmonica. Les portes de bars qui s’étaient fermées sur lui commencent à s’ouvrir. Il se constitue son propre répertoire, où les chansons de Woody Guthrie occupent une place prépondérante, mais il commence à écrire ses propres chansons, dont "Ode to Woody", et finit par se produire seul ; on fait interpréter à des groupes en vogue (The Byrds, Peter Paul and Mary, Joan Baez) ses chansons et un jour, ça y est, on lui propose d’enregistrer un disque. La conscience pacifiste de la jeunesse américaine a une voix, et Dylan commence à s’imposer. Il participe aux grands festivals folks de l’époque, les textes de ses chansons (qu’il écrit toujours à la machine à écrire) sont publiés dans les revues spécialisées. Mais il n’est toujours que le petit jeune que Joan Baez invite à chanter avec elle un ou deux titres, alors qu’elle est la vedette incontestée de l’époque. A force de faire ses premières parties, il finira par se faire remarquer. Et puis c’est pour lui l’époque des protest songs, des chansons jouées pendant les manifestations pour les droits civiques (notamment lors de la fameuse déclaration de Martin Luther King « I have a dream », qui est d’ailleurs entièrement improvisée). Les tournées à l’étranger (en Europe) commencent, le succès est au rendez-vous, il enregistre des disques…

… jusqu’au festival de Newport de 1965, grand rendez-vous folk auquel il a déjà participé deux fois. Mais cette fois-ci, il a dans la tête une musique totalement différente (il vient d’enregistrer « Like a Rolling Stone »), il joue de la guitare électrique et un groupe l’accompagne… Le public ne comprend pas, il se fait copieusement huer, un spectateur lui lance : « Judas ! ». Dylan répond, continue à jouer. Toute la (grosse) tournée qui suivra se déroulera dans les mêmes conditions. C’est un Dylan épuisé qui rentre chez lui à Woodstock.

Arrive l’épisode controversé de l’accident de moto. Y a-t-il vraiment eu accident ? Si oui, était-ce grave ? Toujours est-il que Dylan disparaît de l’espace public ; selon certains, il s’agit plutôt pour lui de rompre avec la drogue. Comment savoir, Dylan est le premier à brouiller les pistes (Y compris dans son « autobiographie », Chroniques I, et les interviews où il raconte n’importe quoi aux journalistes, lassé des questions bêtes). Mais Blonde On Blonde sort au moment où il se retire, et les légendes vont bon train. Il serait mort, totalement paralysé, il aurait subi une lobotomie… En fait il se repose, voit ses amis, a des enfants avec sa compagne, essaie de se mettre au montage d’un film, peint, écrit, fait un peu de musique pour lui-même. Cela donnera l’album John Wesley Harding, un hommage à Woody Guthrie, mais fait entièrement de chansons écrites par Dylan cette fois.

Et puis arrive le moment où, dit-il plus tard, « j’étais comme embourbé, et la lumière s’est éteinte. Un moment où c’était devenu comme une amnésie. Et depuis ce point, (...) il me fallait apprendre consciemment ce que jusque-là j’avais fait inconsciemment ». S’il ne l’avait fait jusque-là, il apprend l’humilité.

Nashville Skyline, enregistré dans LA ville de la musique country, puis Selfportrait le fâchent définitivement avec son public premier et lui amènent les amateurs de country. Sa voix a changé, elle est plus lisse, plus "variétés". Mais son retrait de la vie publique attise la curiosité des journalistes et des fans. Et musicalement il est toujours en panne, il se cherche (y compris spirituellement, ce qui aboutira à deux années « chrétiennes »), collabore avec de nouveaux musiciens, d’autres artistes, ses disques suivants ne marchent pas très bien pour la plupart. Puis lui vient l’idée d’entamer « une tournée qui ne finit jamais ». Toujours à l’écart des journalistes, il part sur les routes avec ses musiciens, jusqu’à aujourd’hui encore. Un disque plus qu’honorable, Modern Times, sort en 2006 : du beau blues, avec un Dylan à la voix éraillée, pour nous montrer qu’il est toujours là et qu’il se fiche toujours de ce qu’attend son public, que ce qui compte, comme il l’a toujours dit, c’est ce qui lui fait envie à lui.

Le livre est extrêmement bien écrit, très bien documenté. Il n’apprendra sans doute rien de nouveau aux aficionados de Bob Dylan, mais pour une (re)découverte, c’est un excellent guide. François Bon écrit une biographie à plusieurs dimensions, ce qui achève de la rendre passionnante, et permet de comprendre quelques-uns des aspects de cette personnalité complexe pour nous donner à voir un artiste plus proche, mais toujours auréolé de mystère. Savoir ce que représentait Bob Dylan dans les années soixante nous fait comprendre la violence de son public lorsqu’il se met à la guitare électrique et saisir un peu mieux ce qu’était l’époque elle-même. Bob Dylan, une biographie, est une véritable épopée.

- Je vous conseille aussi le documentaire de Martin Scorsese, No Direction Home – Bob Dylan, qui présente de nombreuses images d’époque (festivals, prestations de chanteurs qu’écoutait le jeune Dylan) et des interviews de Dylan lui-même, dans les années soixante et aujourd’hui, ainsi que de Joan Baez et d’autres, musiciens, producteurs de maisons de disque ou organisateurs de festivals.

- Le tome I des Chroniques de Bob Dylan est paru chez Fayard en 2005. Présenté comme une autobiographie par l’éditeur, il s’agirait plutôt, selon François Bon, d’une sorte de recueil non-chronologique de moments-phares de sa vie – choisis par Dylan ; donc on ne saura rien de l’ « accident de moto », mais tout de ce que lui a fait la découverte de tel ou tel artiste. Un double CD qui porte le même titre est commercialisé en parallèle : c’est la bande-son des Chroniques ; le premier CD présente les influences de Dylan (Woody Guthrie bien sûr, mais aussi Roy Orbison, Johnny Cash et Billie Holiday, et bien d'autres), et le deuxième des interprétations de titres de Dylan par des artistes de l’époque - qui en ont bien souvent été les premiers interprètes - et par lui-même.


- Le 5 décembre sortira au cinéma I'm Not There, film de Todd Haynes où six acteurs différents (dont Cate Blanchett, et elle est stupéfiante) incarnent Dylan. Ce n'est pas une biographie mais une sorte de rêverie sur tous les personnages que s'est inventés Dylan. Julianne Moore, Heath Ledger et Charlotte Gainsbourg jouent dans ce film.

- L'autobiographie de Woody Guthrie, En route pour la gloire, est toujours disponible chez Albin Michel.



François Bon
Bob Dylan une biographie
Fayard




Le site de François Bon : http://www.tierslivre.net/

Le site officiel de Bob Dylan : http://www.bobdylan.com/







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MessageSujet: Re: François Bon   Jeu 22 Nov - 0:00

Puis-je l'avouer ? Il y a encore quoi ... 4 ans, je pensais à moitié que Bob Dylan était mort.
Depuis, j'ai ouvert grand mes oreilles et je me régale.
D'ailleurs, ses textes sont aussi un grand régal.

Cette bio est du côté du chevet de ma moitié, mais je pense m'y mettre aussi.
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MessageSujet: Re: François Bon   Jeu 22 Nov - 11:39

Moi non plus je ne savais pas trop ce qu'il devenait, et même s'il devenait quelque chose...
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MessageSujet: Re: François Bon   Jeu 22 Nov - 11:47

Pour la route, pour le plaisir, pour le sens...

Masters of War

Come you masters of war
You that build all the guns
You that build the death planes
You that build the big bombs
You that hide behind walls
You that hide behind desks
I just want you to know
I can see through your masks

You that never done nothin'
But build to destroy
You play with my world
Like it's your little toy
You put a gun in my hand
And you hide from my eyes
And you turn and run farther
When the fast bullets fly

Like Judas of old
You lie and deceive
A world war can be won
You want me to believe
But I see through your eyes
And I see through your brain
Like I see through the water
That runs down my drain

You fasten the triggers
For the others to fire
Then you set back and watch
When the death count gets higher
You hide in your mansion
As young people's blood
Flows out of their bodies
And is buried in the mud

You've thrown the worst fear
That can ever be hurled
Fear to bring children
Into the world
For threatening my baby
Unborn and unnamed
You ain't worth the blood
That runs in your veins

How much do I know
To talk out of turn
You might say that I'm young
You might say I'm unlearned
But there's one thing I know
Though I'm younger than you
Even Jesus would never
Forgive what you do

Let me ask you one question
Is your money that good
Will it buy you forgiveness
Do you think that it could
I think you will find
When your death takes its toll
All the money you made
Will never buy back your soul

And I hope that you die
And your death'll come soon
I will follow your casket
In the pale afternoon
And I'll watch while you're lowered
Down to your deathbed
And I'll stand o'er your grave
'Til I'm sure that you're dead.
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Julie
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MessageSujet: Re: François Bon   Jeu 22 Nov - 12:00


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MessageSujet: Re: François Bon   Jeu 22 Nov - 12:15

Celle-ci, aussi :

Citation:
Hey! Mr. Tambourine Man, play a song for me,
I'm not sleepy and there is no place I'm going to.
Hey! Mr. Tambourine Man, play a song for me,
In the jingle jangle morning I'll come followin' you.

Though I know that evenin's empire has returned into sand,
Vanished from my hand,
Left me blindly here to stand but still not sleeping.
My weariness amazes me, I'm branded on my feet,
I have no one to meet
And the ancient empty street's too dead for dreaming.

Hey! Mr. Tambourine Man, play a song for me,
I'm not sleepy and there is no place I'm going to.
Hey! Mr. Tambourine Man, play a song for me,
In the jingle jangle morning I'll come followin' you.

Take me on a trip upon your magic swirlin' ship,
My senses have been stripped, my hands can't feel to grip,
My toes too numb to step, wait only for my boot heels
To be wanderin'.
I'm ready to go anywhere, I'm ready for to fade
Into my own parade, cast your dancing spell my way,
I promise to go under it.

Hey! Mr. Tambourine Man, play a song for me,
I'm not sleepy and there is no place I'm going to.
Hey! Mr. Tambourine Man, play a song for me,
In the jingle jangle morning I'll come followin' you.

Though you might hear laughin', spinnin', swingin' madly across the sun,
It's not aimed at anyone, it's just escapin' on the run
And but for the sky there are no fences facin'.
And if you hear vague traces of skippin' reels of rhyme
To your tambourine in time, it's just a ragged clown behind,
I wouldn't pay it any mind, it's just a shadow you're
Seein' that he's chasing.

Hey! Mr. Tambourine Man, play a song for me,
I'm not sleepy and there is no place I'm going to.
Hey! Mr. Tambourine Man, play a song for me,
In the jingle jangle morning I'll come followin' you.

Then take me disappearin' through the smoke rings of my mind,
Down the foggy ruins of time, far past the frozen leaves,
The haunted, frightened trees, out to the windy beach,
Far from the twisted reach of crazy sorrow.
Yes, to dance beneath the diamond sky with one hand waving free,
Silhouetted by the sea, circled by the circus sands,
With all memory and fate driven deep beneath the waves,
Let me forget about today until tomorrow.

Hey! Mr. Tambourine Man, play a song for me,
I'm not sleepy and there is no place I'm going to.
Hey! Mr. Tambourine Man, play a song for me,
In the jingle jangle morning I'll come followin' you.

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MessageSujet: Re: François Bon   Lun 26 Nov - 13:29

Cate Blanchett dans le film de Todd Haynes :


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MessageSujet: Re: François Bon   Lun 26 Nov - 13:42

Des extraits du livre de François Bon, pour apprécier son style et sa démarche (Il y a des choses que je ne comprends pas complètement, et je trouve ça assez agréable) :

p.339 : "Highway 61, c'est l'autoroute qui part de Duluth et suit le Mississippi presque tout droit jusqu'à son embouchure. C'est la route par laquelle on quittait la ville natale, la route qu'on prenait en moto ou en auto-stop pour Minneapolis. Bien plus qu'une route, la fenêtre par quoi le pays natal ouvre sur l'Amérique. Bien plus bas, mais toujours sur la route 61, le carrefour où fut tué Robert Johnson [un célèbre bluesman] : la route des racines, celle par laquelle le blues du Mississippi est monté à Chicago."

p.461 [Sur sa démarche de biographe] : "Ecrasement du spectre des temps. Une biographie travaille au présent, laisse glisser le présent au long des événements qu'elle présente.
Dylan dit : 'Pour me comprendre, il faut aimer les puzzles.' "

p.471 : [A propos du documentaire de Martin Scorsese] "(...) regard bleu froid de Dylan qui commente. Précision de ce qu'il nomme : artiste est celui qui se place du point de vue de l'énonciation pour tout abstraire du reste. Violence que cela exerce sur une vie. Qu'on n'entreprend à son tour le récit des mille figures fixes et déjà décrites que pour en recomposer la même figure où c'est ce mot-là qui devient énigme, artiste. Ce que Dylan y met, comme provocation, d'humilité saltimbanque.
Difficulté permanente de qui tient récit : non pas accumuler les faits et la documentation, mais ramper soi-même d'une figure du temps à une autre, la laisser se recomposer. L'ivresse lente que parfois on y prend.
(...) il n'y a pas à comprendre un artiste, il y a à se glisser avec lui pour approcher mieux l'incompréhensible."
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MessageSujet: Re: François Bon   Lun 26 Nov - 15:32

Oulah ! J'ai l'impression qu'il me faudra un peu de temps pour m'habituer au style... scratch
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MessageSujet: Re: François Bon   Lun 26 Nov - 15:36

Je ne sais pas pourquoi, mais j'aime bien. Et puis à l'échelle d'un livre entier, ça passe bien.
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François Bon

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