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Klaus Mann

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MessageSujet: Klaus Mann   Sam 8 Nov - 16:03

Né à Munich le 18 novembre 1906, Klaus Mann était le fils aîné du romancier Thomas Mann et de son épouse, Katia Pringsheim. C'est dire que, par celle-ci, il avait du sang juif dans les veines.

Ses relations avec son père ne seront jamais très chaleureuses et la froideur de Thomas Mann a certainement joué un rôle dans l'homosexualité de son fils. Klaus s'entendait par contre très bien avec sa mère mais encore mieux avec sa soeur aînée, Erika, qu'il surnommait "Eri", et avec laquelle il entretiendra des rapports à la limite de l'inceste.

De 1912 à 1914, les deux enfants étudient d'ailleurs dans la même école privée, l'Institut d'Ernestine Ebermayer. Puis, on les inscrit dans l'école primaire Bogenhausener. En 1919, tous deux créent, avec Ricki Hallgarten, fils d'intellectuels juifs-allemands, un petit théâtre pour enfants qui tiendra l'affiche pendant trois ans avec un total de huit pièces données, bien entendu, dans un cadre privé. C'est l'époque où Klaus rêve de devenir acteur.

Klaud lit aussi beaucoup, comment pourrait-il en être autrement pour un enfant qui croise, dans les salons de ses parents, les plus grands noms littéraires allemands de l'époque ? A quinze ans, il compte Socrate, Novalis et Walt Whitman parmi ses écrivains favoris. Pourtant, ses études secondaires sont assez chaotiques - comme celles de sa soeur. Tous deux sont possédés par le démon de l'Indiscipline et Klaus interrompra les siennes juste avant l'Abitur.

Mais il écrit : poèmes, nouvelles (largement autobiographiques) et chansons pour les cabarets. En septembre 1923, Erika intègre la troupe de Max Reinhardt à Berlin et son fère, qui l'a suivi, commence à publier dans les journaux nationaux.

En 1925, à l'âge de 18 ans, il publie sa première pièce de théâtre et un recueil de nouvelles. Le 22 octobre de la même année, Klaus et Erika sont sur scène avec Pamela Wedekind - fiancée éphémère de Klaus - et Gustaf Gründgens - futur époux d'Erika et modèle de Hendrick Höfgen pour Klaus - pour jouer les protagonistes de "Anja et Esther." La pièce connaît un succès de scandale : elle traite du lesbianisme.

Le climat devient de plus en plus glauque lorsque, le 24 juillet 1926, Erika épouse Gustaf qui est alors l'amant de Klaus. Celui-ci révèle d'ailleurs son homosexualité dans son roman "La Danse pieuse", qui date de la même année. En parallèle, Erika trouve le moyen de tomber amoureuse de Pamela Wedekind (!!!). Pourtant, l'année suivante, c'est ensemble que le frère et la soeur partent pour un voyage à travers le monde ...


Lors de son étape à Paris, Klaus Mann se liera d'amitié avec Gide, Cocteau, Crevel et les Surréalistes. Mais à l'aube des années quarante, il fustigera l'engagement communiste et le "culte du chef" d'André Breton.

Il s'exile dès l'arrivée au pouvoir d'Hitler et passe les années suivantes entre Amsterdam, la France et la Suisse. Il fonde l'une des premières revues résistantes, "Die Sammlung", qui paraîtra pendant deux ans, jusqu'à ce que des écrivains comme Döblin, Zweig et ... Thomas Mann cesseront toute collaboration pour que leur oeuvre ne soit pas interdite par le régime nazi.

En 1936, il rejoint les Etats-Unis et plonge complètement dans la drogue - addiction qui avait débuté pour lui dans les années vingt mais à laquelle il va sacrifier de plus en plus. Il déprime mais n'en continue pas moins à écrire. Après son retour de la guerre d'Espagne, où il avait joué les correspondants aux côtés de sa soeur, il sort "Escape of Life", un ouvrage sur l'émigration allemande et puis ce qui est tenu aujourd'hui pour son oeuvre majeure : "Le Volcan".

A partir des années quarante, il se met à écrire en anglais, ce qui lui cause de grandes souffrances. Mais il ne veut plus avoir affaire à sa langue maternelle, hélas ! pervertie par les Nazis. Quand on sait l'amour que Klaus Mann ne cessa de porter à son pays natal - lisez "Méphisto", cela se sent à toutes les pages - on peut imaginer sans peine tout ce qu'il dut endurer.

Il fait une première tentative de suicide en 1942.
Il revient cependant à la surface et publie en anglais "The Turning Point" (= "Le Tournant"), son autobiographie qu'il traduira après guerre en allemand, et "Speed", un récit poignant sur la solitude de celui qui est différent.

Il s'engage dans l'armée américaine - il obtiendra la nationalité américaine en 1943 - et se retrouve en Italie pour participer à la "guerre psychologique." Rendu à la vie civile, il déprime de plus en plus gravement, ne retrouvant pas, dans la toute jeune République fédérale allemande, l'Allemagne de sa jeunesse, voyant en outre sa soeur, Erika, s'éloigner de lui. Ne parvenant plus à écrire qu'avec le soutien de la drogue, il choisit de mettre fin à ses jours, le 21 mai 1949, dans sa chambre d'hôtel, à Cannes.

Par l'ampleur de son oeuvre - nouvelles, romans mais aussi ouvrages politiques, mémoires de l'Exil et enfin un volumineux "Journal" - mais aussi par la qualité de celle-ci, Klaus Mann s'inscrit parmi les grands écrivains européens, au même titre que son père qui lui disait pourtant qu'il écrivait "trop vite et trop facilement." Jalousie d'auteur ? ... Qui sait ? ...

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MessageSujet: Re: Klaus Mann   Sam 8 Nov - 16:08


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MessageSujet: Re: Klaus Mann   Sam 8 Nov - 16:48

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MessageSujet: Re: Klaus Mann   Sam 8 Nov - 16:55

Etre le fils d'un grand écrivain, ce n'est pas simple, en effet. Regarde les enfants Hugo ... Pas un seul n'a réussi - sauf peut-être le traducteur de Shakespeare ...
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MessageSujet: Mephisto   Sam 8 Nov - 17:39



Mephisto
Traduction : Louise Servicen


Le seul reproche que l'on pourrait faire à "Mephisto", c'est un début un poil trop lent même si la scène d'ouverture se situe à une réception donnée par Goering et son épouse, c'est-à-dire alors que Hendrik Höfgen est déjà devenu l'acteur du IIIème Reich.

D'un autre côté, cette lenteur s'allie bien avec ses débuts provinciaux et cette sensation d'enlisement dans la petite-bourgeoisie de province - son milieu natal - qui l'étouffe à un point tel qu'il est prêt à faire n'importe quoi pour prouver au monde qu'il s'en est sorti.

Le premier acte par lequel le futur comédien marque sa volonté d'en finir avec son enfance minable, c'est son changement de prénom. Il troque donc un "Heinz" tout ce qu'il y a de plus banal pour le très raffiné Hendrik, méprisant au passage la forme "Henrik" qui avait convenu à un Ibsen mais qu'il jugeait pour sa part trop plébéienne.

Maintenant, a-t-il du talent ? Oui, c'est indéniable. Ses pires ennemis eux-mêmes - et il s'en fait pas mal - ne le lui dénient pas. Sur scène, Hendrik Höfgen est un grand, voire un très grand. Seul bémol - qui ne retentit qu'à la fin, après la représentation d'"Hamlet" : il n'a pas cette grâce innée qui permet au comédien d' "être" tout et n'importe qui. Sa personnification du prince de Danemark est bonne, certes mais elle ne transcende rien : pour une fois, Hendrik Höfgen n'habite pas son personnage, Hamlet le fuit et le nargue car Hamlet n'est pas, ne sera jamais du côté des vainqueurs.

Autant qu'un réquisitoire implacable contre la lâcheté et le carriérisme, le "Mephisto" de Klaus Mann est aussi l'histoire d'une fascination amoureuse, celle que l'auteur éprouvait pour l'acteur Gustaf Gründsgen. Car, derrière "Mephisto", c'est bien son ancien amant que Mann met en scène. Il nous conte sa sexualité trouble, orientée vers le sado-masochisme, son impuissance vis à vis des femmes qui, pour lui, symbolisaient la Mère, sa soif d'arriver tout au haut de l'affiche, son désir de puissance et de reconnaissance, ses petites manies, son opportunisme sans vergogne et toutes ses traîtrises : envers ses camarades de scène, envers ses amis, envers son épouse légitime et même, par la réplique finale, celles, encore à venir, envers ses maîtres du moment.

Hendrik Höfgen est comme ça : une belle machine sans âme, simplement préoccupée d'elle-même, encore d'elle-même et toujours d'elle-même.


En toile de fond, les dernières années de la République de Weimar et l'arrivée au pouvoir des Nazis. De la démocratie corrompue qui agonise jusqu'à la dictature arrogante qui va prendre sa suite, Höfgen oscille entre des professions de foi plutôt à gauche et l'amitié du maréchal Goering qui le présentera au Führer. Mais le pire, c'est que, foncièrement, il n'a d'opinion sincère que sur lui-même. Les tourments politiques et sociaux, en fait, il s'en contrefiche - à condition toutefois qu'ils ne nuisent pas à son ascension sociale. C'est parce qu'il se sent menacé dans son confort - matériel et moral - que Höfgen se donne aux Nazis, non parce qu'il partage leurs idées sur la race ou le communisme. Cet homme qui, sur scène, est un sublime "Méphisto", se révèle, dans la vie, un petit bonhomme égocentrique qui traverse l'une des plus grandes tempêtes de l'Histoire sans pratiquement en avoir conscience.

Précis, littéraire et pourtant simple, parfois brillant, le style de Klaus Mann n'a pas, pour les digressions, l'amour qui caractérise celui de son père. Ses personnages sont moins "kolossaux" mais gagnent en complexité même si, bien entendu, le romancier se refuse à rendre subtils l'infernal trio des dirigeants nazis. Cà et là cependant, il nous laisse entendre que Goering (jamais appelé par son nom dans le roman mais toujours désigné sous le terme "l'Obèse" comme Goebbels est "le Boiteux") est bien plus intelligent et même bien plus ouvert qu'il ne veut le paraître.

Enfin, ce témoin privilégié rétablit l'Histoire en toute innocence, bien avant qu'elle ne soit réécrite. Il nous donne en effet du peuple allemand aux prises avec le Nazisme un portrait dépourvu de tout manichéisme. Après avoir lu "Méphisto", on comprend mieux pourquoi, après la guerre, la RFA fit grise mine devant les ouvrages de Klaus Mann : ce qu'il dépeignait ne correspondait pas tout à fait à ce que les vainqueurs voulaient imposer comme seule et unique vision de l'Allemagne hitlérienne. S'il n'y avait que cela dans Méphisto", ce roman vaudrait déjà d'être lu. Mais on y trouve aussi le talent d'écorché vif et l'humanité d'un écrivain qui mérite au moins autant que son père d'être cité avec honneur dans l'Histoire de la Littérature mondiale. Lisez, vous ne serez pas déçu.

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