
Nota Bene Nota Bene : La Qualité, Non La Quantité - Forum Atypique Pour & Par la Littérature - Histoire, Cinéma, Edition en Ligne Sont Aussi Sur Nos Etagères - Réservé Aux Lecteurs Gourmets & Passionnés - Mièvrerie, Extrémistes & Trolls Ne Sont Pas Les Bienvenus |
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Julie
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Sujet: Juli Zeh (Allemagne) Lun 11 Juin - 19:07 |
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Juli Zeh est née en 1974 à Bonn, en Allemagne. Après des études de droit et de littérature, elle part dans plusieurs pays étrangers (Pologne, Etats-Unis, Bosnie, dont elle rapporte un livre de témoignage non traduit) et commence sa carrière de juriste. Elle a publié des articles politiques et littéraires dans des journaux allemands et anglo-saxons, et a écrit deux romans : L'aigle et l'ange (10/18, très bien reçu en 2001), et La fille sans qualités (Actes Sud) en 2007. Elle vit à Leipzig.
_________________ En-dehors du chien, le livre est le meilleur ami de l'homme. En-dedans, il fait trop noir pour y lire. (Groucho Marx)
Le travail est la malédiction des classes buveuses. (Oscar Wilde)
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Julie
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Sujet: La fille sans qualités Lun 11 Juin - 19:12 |
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Ada est une adolescente allemande de 14 ans, blonde, un peu ronde, mal dans sa peau. Elle est d’une intelligence rare mais ne l’utilise pas vraiment, sauf pour contredire les professeurs et engloutir des tonnes de livres, plus pour passer le temps que par passion véritable. Elle étudie dans un lycée privé très cher, le lycée Ernst-Bloch, réservé aux cas désespérés que leurs parents souhaitent voir décrocher leur bac, quitte à y mettre le prix. Les jours passent, mornes et identiques, Ada se prend le bec avec sa mère (divorcée) qui voudrait qu’elle soigne plus son apparence et se préoccupe davantage de sa scolarité ; elle s’enferme dans la salle de bains pour lire, car c’est le seul endroit où elle se sente un tant soit peu libre. On apprend rapidement qu’Ada s’est retrouvée à Ernst-Bloch suite à un incident grave arrivé dans son précédent établissement…
Arrive, en cours d’année, Alev, un garçon de 18 ans, « à moitié égyptien, un quart français », personnalité charismatique, polyglotte et désinvolte. Alev cultive aussi son apparence de génie isolé entouré tout de même d'un cercle d'admirateurs (et surtout d'admiratrices) éperdus et réplique en classe aux professeurs et à ses camarades. Les circonstances vont l’amener à se rapprocher d’Ada.
On suit en parallèle la vie de Smutek, leur professeur d’allemand, un idéaliste polonais qui souhaite réellement apporter quelque chose à cette génération dure et blasée mais qui ne sait pas trop comment s’y prendre et on découvre sa vie avec sa femme, surnommée "Blanche-Neige", et ses souvenirs de Pologne. Il décide de monter un club de course à pied pour tenter d’établir un dialogue avec les élèves, et Ada, qui court régulièrement, finit par y venir. Elle surpasse tout le monde et Smutek se met en tête de faire progresser cette bête de course. C’est compter sans l’esprit tordu d’Alev qui va mettre en place une machination perverse…
Ce roman est tout simplement formidable. Dense, fouillé, servi par une écriture magnifique, tendue et riche, il permet de découvrir Juli Zeh, qui a eu l’excellente idée de se mettre en parallèle à sa carrière juridique à écrire des romans. Son premier roman avait déjà attiré l’attention, mais avec celui-ci il y a fort à parier que beaucoup de lecteurs auront l’impression d’avoir découvert un auteur important dont ils suivront avec attention les prochaines parutions. Je décrirais son style comme un mélange de Musil (pour le côté fouillé et réflexif) et d’un Houellebecq en grande forme (pour les passages secs et le cynisme des personnages principaux), le tout mâtiné d’une poésie qui contraste avec la dureté d’Alev et Ada mais aussi rappelle qu’ils sont des adolescents aux prises avec leurs faiblesses et leurs questionnements. 
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Julie
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Sujet: Re: Juli Zeh (Allemagne) Mar 12 Juin - 21:30 |
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Première phrase de La fille sans qualités :
"Et si les arrières-petits-enfants des nihilistes avaient déménagé depuis belle lurette, quittant la boutique de bondieuseries empoussiérées qui nous tient lieu de conception du monde ?"
(Extrait du Préambule intitulé Si tout cela n'est qu'un jeu, nous sommes perdus)
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Thomas
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Sujet: Re: Juli Zeh (Allemagne) Jeu 12 Juil - 11:54 |
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Je n'ajouterai pas grand-chose, parce que la fiche de Julie est très complète, mais je voulais juste dire que je sors à la fois abasourdi et enchanté de la lecture de ce roman. La littérature allemande a trouvé une vraie voix !
Si la lecture de la société moderne que fait Juli Zeh peut apparaître très noire, on ne peut pas lui enlever que l'on peut sans peine imaginer que les événements qu'elle décrit se produisent réellement - et qu'ils le font probablement, d'ailleurs !
Le trio des acteurs principaux est remarquablement fouillé, et le scénario complexe à souhait. On baigne de bout en bout dans une atmosphère floue, dans laquelle on peut douter de tout, alors même que les personnages (en tout cas, les deux jeunes gens) sont sûrs d'eux. Cet effet de distorsion contribue à maintenir la tension romanesque qui court du début à la fin du roman. Du grand art !
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Thomas
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Sujet: Re: Juli Zeh (Allemagne) Ven 17 Aoû - 9:39 |
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L'aigle et l'ange
Max est fini. Lessivé. Avocat dans un grand cabinet basé à Vienne, il travaille à Leipzig et ne se remet pas du suicide, deux mois auparavant, de sa petite amie Jessie. Il faut dire qu’elle s’est tiré une balle dans la tête alors qu’ils parlaient au téléphone… D’ailleurs, Max en est resté sourd de l’oreille qui était contre le récepteur. Lui qui était déjà cocaïnomane avant ce désastre, il n’est quasiment plus que ça. Quasiment, parce qu’il est aussi le maître de Jacques Chirac, le dogue de Jessie.
Un soir débarque chez lui Claudia. Claudia est animatrice d’une émission de radio nocturne, dans laquelle elle fait office de confidente un peu trash des paumés et autres insomniaques. Max l’a appelée, un soir, et la voilà. Physiquement, elle n’est pas du tout ce qu’il imaginait : il la voyait brune, elle est blonde ; il la voyait sévère, elle est plutôt boudeuse et gamine. Elle qui ne fume pas, elle sort de son sac un paquet de cigarette et lui en offre, puis elle fait ce qu’elle sait faire de mieux : le faire parler.
Max raconte tout ; son amitié avec Shershah, le beau gosse à qui tout réussit qu’il a connu dans un établissement scolaire pour gosses de riches, l’arrivée de Jessie et la manière dont elle est tombée amoureuse de Shershah.
Claudia est étudiante, thésarde en psychologie, et elle a décidé de faire de Max le sujet de son étude ; elle a perçu en lui le petit détail qui fait le tueur. Vont s’ensuivre de nombreux entretiens, au cours desquels le récit de Max va se faire de plus en plus sombre, puis l’affrontement entre la psy et son sujet va se transformer en une sorte de complicité pas tout à fait franche.
J’ai lu avec un intérêt croissant et un plaisir jamais démenti ce premier roman de Juli Zeh, dans lequel elle fait montre de sa connaissance parfaite (mais bon, c’est son métier !) des arcanes judiciaires allemands, mais aussi européenne, et de la géopolitique européenne (des Balkans en particulier) ou des « canaux de distribution » de la drogue à l’est de l’Europe.
C’est à n’en pas douter un roman très noir, comme le sera par la suite La fille sans qualités, qui a attiré certaines critiques négatives du fait de l’impossibilité d’en faire ressortir un seul héros positif. Et pourtant, j’ai trouvé, personnellement, qu’on pouvait terriblement s’attacher à Max ; à Claudia un peu moins, parce que ses motivations sont trop égoïstes ; et à Jessie… énormément, même s’il ne s’agit souvent que de pitié. Une chose est sûre : aucun d’entre eux ne laisse indifférent.
Malgré une traduction que j’ai trouvé un peu moins habile que celle de La fille sans qualités, on trouve déjà, dans cette œuvre première, le style coulé mais sans fioriture qui est la marque de fabrique de Zeh, qui sait ménager ses effets et ses ruptures de rythme pour faire, d’un coup, sursauter son lecteur après l’avoir un temps enveloppé dans la douceur d’un récit bien mené. Au total, c’est un choc.
 L'aigle et l'ange de Juli Zeh, traduction de Jörg Cambreling 10/18 412 pages
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Thomas
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Sujet: Re: Juli Zeh (Allemagne) Ven 17 Aoû - 11:42 |
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Il va falloir compter avec elle pendant quelques années, je pense ! et c'est tant mieux !
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Sujet: Re: Juli Zeh (Allemagne) Lun 8 Déc - 11:42 |
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L'Ultime Question
Revoilà la petite princesse de la littérature allemande (c'est moi qui l'appelle comme ça, mais je ne serais pas étonné, tant la formule est passe-partout, qu'elle eût déjà été employée par un journaliste d'outre-Rhin) avec un nouveau roman fouillé, érudit, mais à la fois joueur, manipulateur... Un peu à la manière de The Game, un des rares films de David Fincher que j'ai aimés.
Sebastian et Oskar sont tous deux physiciens, ils se sont rencontrés durant leurs études et ont tout de suite été liés par ce qui les séparait de leurs congénères : leur passion absolue pour leur science. Puis Sebastian s'est un peu éloigné des sciences pour se marier, faire un enfant. Bien que leur relation ait perduré, Oskar lui en a toujours un peu voulu, et leurs dîners hebdomadaires chez Sebastian, en compagnie de Maike, sa femme, et Liam, son fils, sont toujours émaillé des résurgences de leur querelle sur la nature du temps. Sebastian tient pour la théorie des mondes parallèles, dans laquelle "tout possible se réalise", Oskar est radicalement contre, car elle prive l'homme, selon lui, de tout libre arbitre.
Les vacances d'été arrivent ; Maike, cycliste amateur, doit se lancer dans une randonnée de trois semaines, et, tandis que Sebastian consacrera ce temps à ses réflexions scientifiques, Liam doit faire un séjour bucolique en Autriche.
Mais lorsque, sur la route des vacances du gamin, Sebastian s'arrête sur une aire d'autoroute en le laissant dormir dans la voiture, cette dernière disparaît et que Sebastian reçoit sur son portable un appel plus que mystérieux lui imposant les conditions du retour de son fils, la vie et les sciences se téléscopent.
C'est le moment qu'attendait le commissaire divisionnaire Schilf (le titre original du roman est, justement, Schilf) pour faire son entrée...
Si je devais faire la liste des auteurs et autres grands hommes auxquels ce roman m'a fait penser, je n'aurais pas fini. Je ne citerai donc que Freud, Zweig, Kafka, Orwell, Planck, Hesse... dans le désordre. Ah, oui, j'oubliais Lynch...
Une fois de plus, Zeh fait preuve d'une belle maîtrise narrative, encore plus impressionnante peut-être cette fois dans la mesure où ses interrogations philosophiques, politiques, éthiques, s'accompagnent cette fois de données policières et scientifiques. Ses personnages sont impeccables, aussi nets ou flous qu'ils doivent l'être pour servir l'histoire. On est parfois entraînés dans ce qui semble être une quatrième dimension du roman, dans l'absurde, l'improbable (comme Conan Doyle le faisait si bien dire à Holmes, "quand vous avez éliminé de votre champ de réflexion tout ce qui est impossible, ce qui reste, quelque improbable que cela paraisse, est forcément la vérité" - enfin, quelque chose dans le genre !).
Belle réussite, que je conseille sans réserve !
 L'Ultime Question de Juli Zeh Traduction de Brigitte Hébert et Jean-Claude Colbus Actes Sud 412 pages
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Sujet: Re: Juli Zeh (Allemagne) Lun 8 Déc - 19:27 |
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Juli Zeh questionne notre rapport au réel à travers une intrigue policière. À Fribourg, avec les montagnes de la Forêt Noire et la Dreisam pour paysage, vivent Maike, Liam et Sebastian. Famille unie et aimante, avec une galerie d’art tenue par la belle blonde qui a ravi le cœur du jeune physicien, lequel travaille sur la théorie des mondes multiples. Leur fils Liam est un enfant intelligent, et une fois par mois tous se retrouvent pour dîner avec Oskar, ancien complice de jeunesse de Sebastian. Les vieux amis, séparés par leurs choix de vie, s’affrontent en plus sur leur vision de la physique. Mais bien entendu ce cadre idyllique va se briser. Un médecin amateur de vélo se retrouve décapité, Liam kidnappé sur le parking d’une station d’autoroute pendant que son père s’est absenté, et deux flics pas piqués des gaufres vont débarquer. Juli Zeh a une façon originale d’utiliser le monde du roman policier et de nous faire connaître ses personnages. L’officier de police Rita Skura, par exemple : « Elle a des boucles en tire-bouchon que les jeunes agents de police traitent de crinière, bien qu’aucun d’entre eux n’ait jamais rencontré de cheval frisé. »
Grâce à un style très travaillé, à son sens aigu de la description, des personnages comme des lieux, elle installe le lecteur dans un univers qui lui devient proche. Puis elle le perturbe et le bouscule, le plongeant dans des incertitudes identiques à celle du commissaire Schilf. Dans ce roman, on résout un crime, certes, mais on s’interroge surtout sur nos choix, le hasard et notre responsabilité. On est touché, un peu dépassé, et questionné.
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Sujet: Re: Juli Zeh (Allemagne) Lun 8 Déc - 20:20 |
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Un de ses bouquins est à la médiathèque, je vais le mettre sur ma LAL.
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Sujet: Re: Juli Zeh (Allemagne) Lun 8 Déc - 20:35 |
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J'ai bien envie de me tenter La fille sans qualités, curieuse de découvrir l'univers de cet auteur. Elle a vraiment un truc à part.
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Carla
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Sujet: Re: Juli Zeh (Allemagne) Lun 8 Déc - 21:37 |
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C'est justement celui-là qui est au catalogue de la médiathèque !
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Sujet: Re: Juli Zeh (Allemagne) Dim 18 Jan - 14:10 |
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Thomas et Gemini ont déjà résumé L'ultime question, il ne me reste plus qu'à ajouter que Juli Zeh est un auteur superbe à suivre très attentivement ! Ce roman est aussi puissant que La fille sans qualités.
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