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Joseph Roth (Autriche)

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Masques de Venise
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MessageSujet: Joseph Roth (Autriche)   Ven 13 Mar - 22:47

Joseph Roth naquit le 2 septembre 1894, dans la ville de Brody, en Galicie, alors possession de l'Empire austro-hongrois bien que géographiquement située en Ukraine occidentale. Son père représentait une firme céréalière de Hambourg et partait souvent en voyages, comme tout VRP qui se respecte. De l'un d'entre eux, il ne revint pas - il devait d'ailleurs terminer ses jours en Russie - et cette absence du Père constituera par la suite l'une des bases de l'univers littéraire imaginé par le romancier.

C'est à Lemberg, capitale de la Galicie, que le jeune Joseph s'installe en 1913 pour étudier la philosophie et les lettres. Mais il abandonne tout cela pour s'engager dans l'armée impériale et royale : la Première guerre mondiale vient d'éclater. Cette expérience, qu'il vit en même temps que la chute de la Double-Monarchie, lui laisse au coeur une impression d'abandon et de solitude, de nostalgie de l'Age d'Or aussi, qui marquera toute son oeuvre.

En 1920, on le retrouve à Berlin où il travaille comme journaliste pour le "Neue Berliner Zeitung", puis, à partir de l'année suivante, pour le "Berliner Börsen-Courier." Il devient ensuite correspondant pour le "Frankfurter Zeitung", journal bien connu pour sa ligne éditoriale hautement libérale. Pour ce dernier quotidien, Roth voyage dans toute l'Europe, notamment en France. Mais la schizophrénie qui se déclare chez sa femme, Friederike, à la fin de la décennie, le ramènera à Berlin.

Le premier roman de Roth est aussi un roman inachevé. Il s'agit de "La Toile d'Araignée", qui paraît en feuilleton dans un journal autrichien. Le succès est moyen mais Roth persévère, avec une série de romans décrivant la vie dans l'Europe de l'Après-guerre et parmi lesquels on citera "Hôtel Savoy" et "Le Miroir aveugle." Il lui faudra attendre la publication de "Job" en 1930 et surtout celle de "La Marche de Radetzky" en 1932 pour accéder à la célébrité véritable.

L'arrivée au pouvoir d'Hitler contraint le romancier à rejoindre Paris en 1933. Il est veuf, sa femme ayant été l'une des premières victimes des camps de concentration nazis. Bien entendu, Roth dénonce l'Anschluss et la montée du nazisme mais il n'a plus le goût de vivre. Il sombre dans l'alcoolisme et, après s'être converti au catholicisme, en souvenir de la monarchie dans laquelle il était né, il meurt à l'Hôpital Necker, le 27 mai 1939. Il sera inhumé selon les deux rites, le judaïque et le catholique, au cimetière de Thiais.

Bien que les critiques mettent souvent l'accent sur son analyse implacable de la désintégration austro-hongroise, Joseph Roth n'a jamais cessé, dans ses écrits et alors même qu'il se prétendait socialiste, de célébrer la société impériale et cosmopolite dans laquelle il avait vu le jour. Elégant et poétique, son style ne cesse de l'évoquer, éternellement vivante et stable alors qu'elle n'est plus que le fantôme d'un souvenir. De l'ensemble se dégage une tendresse profonde et quasi filiale, que tempère parfois une ironie désespérée mais jamais cynique.

Un auteur attachant, à découvrir sans plus attendre.


Dernière édition par Masques de Venise le Mer 2 Sep - 11:58, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Joseph Roth (Autriche)   Ven 13 Mar - 22:51


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MessageSujet: La Marche de Radetzky   Mar 17 Mar - 15:53



Radetzkymarsch
Traduction : Blanche Gidon et Alain Huriot


Doucement, avec une tendresse infinie et les grimaces ironiques, et même bouffonnes, d'un enfant qui veut dissimuler aux adultes son envie de pleurer, "La Marche de Radetzky" dit adieu à l'Empire des Habsbourg, à ses ors et à sa splendeur autant qu'à ses fonctionnaires un peu trop bornés et à ses incapables. L'ouvrage a cette senteur chaude et parfumée des dimanche matins de notre enfance, quand le soleil brillait sans se préoccuper de la couche d'ozone, quand les cloches sonnaient en prélude à la traditionnelle réunion familiale et quand, enfin, tout était simple ou, tout au moins, le paraissait. La saveur d'un passé qui ne se posait pas de questions et qui ne reviendra plus jamais - mais qui, parce qu'il nous a jadis protégés de ses ailes, nous a rendus plus forts.

Pourtant, de tout ce que j'avais lu ce sur livre, j'en avais conclu qu'il s'agissait d'une charge grinçante et amère lancée à l'assaut d'une double-monarchie sclérosée et depuis longtemps anachronique. En certains lieux, virtuels ou non, Joseph Roth est en effet présenté comme un grand contempteur de l'Autriche-Hongrie, un révolté libertaire, une espèce de Don Quichotte en guerre contre l'impérialisme colonialiste des Habsbourg.

De deux choses l'une : ou bien ceux qui prétendent pareille chose n'ont jamais lu le roman, ou bien, pour une raison inconnue, ils déforment à plaisir son propos.

Certes, à travers l'ascension de la famille Trotta, de la bataille de Solferino durant laquelle le grand-père sauve la vie de François-Joseph Ier, jusqu'à la mise en bière du vieil Empereur en 1916, au beau milieu de la Grande guerre, Joseph Roth ne se fait pas faute de pointer du doigt l'immobilisme suicidaire de la société et de l'Etat autrichiens, engoncés dans un centralisme militaire et un système de castes aux relents moyenâgeux. Il souligne également combien le multi-ethnisme de l'Empire, en s'ouvrant aux idées nationalistes qui annonçaient le XXème siècle, a, plus que tout autre facteur, contribué à sa perte.

Mais avec quelle tendresse, avec quelle indulgence un peu amusée ne s'attarde-t-il pas, en parallèle, à nous dépeindre l'intégrité foncière de ces Trotta qui furent si nombreux dans l'Empire et qui parvinrent si longtemps à le maintenir au premier rang de l'Europe !
Du grand-père qui hait le mensonge au petit-fils qui se fait tuer par devoir, en allant chercher de l'eau pour ses camarades, en passant par le fils, préfet strict et discipliné qui n'a jamais pu réaliser son rêve, servir dans la cavalerie, Joseph Roth fait de ces archétypes les gardiens vigilants et héroïques d'une société en laquelle, malgré ses inégalités, ils continuent à croire, et plus encore les gardiens de l'Histoire de leur pays dans ce qu'elle a de plus grand et de plus noble.

Joseph Roth, qui dut assister, impuissant, à la montée en force du nazisme, a peut-être eu la tentation de considérer comme inutiles les touchants efforts de ses personnages pour conserver leur intégrité morale au milieu d'un monde en décomposition. Et pourtant, sa "Marche de Radeztky", en dépit de son désenchantement et de son infinie nostalgie, n'est pas un chant du cygne : c'est celui d'un phoenix.
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