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Hans Fallada (Allemagne)

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MessageSujet: Hans Fallada (Allemagne)   Jeu 10 Jan - 3:14

Rudolf Ditzen naquit à la fin du XIXème siècle, très précisément le 21 juillet 1893, à Greifswald, dans un milieu plutôt aisé. Son père souhaitait le voir devenir avocat ou magistrat et lui imposa une éducation en ce sens, ce qui fut à l'origine du conflit qui devait l'opposer à son fils.

Cette difficile relation père-fils fut-elle à l'origine de la tentative de suicide que fit le jeune Rudolf alors qu'il venait d'atteindre ses 18 ans ? La chose est d'autant moins claire que, à l'époque, on parla d'un duel qui se serait mal terminé et qui aurait amené Rudolf et son témoin, son condisciple et ami Hans Von Necker, vouloir se donner la mort pour échapper à la prison pour meurtre.

Lorsqu'il fut remis de ses blessures, Rudolf passa effectivement en jugement mais la Cour préféra l'envoyer pour un temps dans un établissement psychiatrique, à Iéna.

Il échoua à son diplôme de fin d'étude et rompit plus ou moins avec sa famille. Pour survivre, il commença à écrire pour les journaux et fut ainsi amené à fréquenter les milieux de l'édition.

Dans le milieu bohême qui avait ses préférences, l'alcool et la drogue étaient monnaie courante et Rudolf y succomba
au point de subir plusieurs cures de désintoxication pendant les années de la Grande guerre. Dans les années vingt, il subit également plusieurs peines de prison, la plus longue (2 ans et demi) prenant place en 1926.

Son premier roman, "Der Junge Goedeschal", paraît en 1920, "Anton und Gerda" trois ans plus tard. Il a adopté le pseudonyme de "Hans Fallada" en hommage à deux contes des frères Grimm : "Hans im Glück" et "Die Gänsemagd" où intervient la fidèle jument Fallada.

Ce n'est qu'en 1931 qu'il perce enfin avec un roman sur les révoltes paysannes de Neuemunster : "Paysans, gros bonnets et bombes." L'année suivante, c'est "Et puis après ?", critique implacable de la société allemande, dont la renommée franchira les frontières.


Mais même s'il juge sans tendresse la République de Weimar, Fallada n'a aucune sympathie envers les Nazis - et on ne pourra pas dire qu'il en a plus pour les communistes. Quand Hitler prend le pouvoir, en janvier 1933, il se retire avec sa femme, qu'il a épousée quatre ans plus tôt, dans le Mecklembourg. Désormais, il s'adonne à l'écriture de façon quasi compulsive, peut-être pour exorciser le mal qui ronge son pays. Sept romans en près de dix ans, de 1933 à 1943, dont "Loup parmi les loups" en 1937.

Il divorce en 1944 pour se remarier avec Ursula Losch. En parallèle, il entreprend la rédaction d'un nouveau roman qui retrace son parcours d'alcoolique et de morphinomane : "Der Trinker", qui paraîtra en 1950. Il a accepté une place de chroniqueur au "Täglichen Runschau" à Berlin-Est.

"Seul dans Berlin", dont nous reparlerons, date de 1946. Le 5 février 1947, Hans Fallada mourait, à Berlin-Est.


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Thomas
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MessageSujet: Re: Hans Fallada (Allemagne)   Jeu 10 Jan - 9:14

Seul dans Berlin, ma soeur me l'a offert il y a quelques années, mais je ne suis pas parvenu à dépasser les premières pages... Embarassed
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MessageSujet: Re: Hans Fallada (Allemagne)   Jeu 10 Jan - 13:56

Ca ne devait pas être le bon moment, Tom. Moi-même, je l'avais rangé à tort dans les livres lus quand je l'ai retrouvé (en rangeant à nouveau. Wink) J'ai feuilleté : tout ce présent de l'indicatif, ça faisait un peu bizarre mais j'ai poursuivi et c'est un livre terrible, qui ne dénonce pas mais explicite.

Ils auraient dû garder le beau titre original : "Chacun meurt seul."
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MessageSujet: Re: Hans Fallada (Allemagne)   Jeu 17 Jan - 19:05



Jeder stirbt für sich allein
Traduction : A. Virelle et A. Vandevoorde


"Seul dans Berlin" s'ouvre dans cette ville, alors que l'Allemagne nazie célèbre l'heureuse issue de la campagne de France, et s'achève six ans plus tard, durant l'été 1946, dans la campagne brandebourgeoise. Personnage commun aux deux époques : Emil Borkhausen, l'un de ces parasites qui, sous n'importe quel régime politique, trouvent le moyen de prospérer aux dépens d'autrui.

A Berlin, Borkhausen, bien qu'il dût, comme tout le monde, faire profil bas devant la morgue de ses voisins, les Persicke, dont tous les membres profitaient honteusement de leurs relations au sein du Parti nazi, détenait encore un certain pouvoir. Le pouvoir de la petite frappe, du petit indic qui louvoie entre les gros poissons pour leur ramener du fretin, petit ou grand. Emil vivait aussi sur le dos de sa femme, n'hésitant nullement à profiter des avantages que lui procuraient ses amants. Enfin, il lui arrivait de s'en prendre à leurs enfants, tout particulièrement à leur fils de treize ans, Kuno-Dieter, ainsi prénommé parce que, de l'aveu même de Mme Borkhausen, l'enfant était en fait le fils d'un aristocrate qui avait eu une fantaisie pour elle.

C'est ainsi que Borkhausen, mettant à profit le climat de terreur quotidienne et de méfiance mutuelle qui règne dans la société allemande depuis la prise de pouvoir par Hitler, cherche à dévaliser l'appartement abandonné par Frau Rosenthal, se met en quatre pour Baldur Persicke, un répugnant adolescent de 16 ans appartenant aux Jeunesses Hitlériennes, fait l'indic pour le commissaire Escherich, fait du chantage à Frau Hete et cause la perte de son ancien acolyte, Enno Kluge.

Dans l'immeuble de la rue Jablonsky où gravite tout ce petit monde, certains parce qu'ils y vivent, d'autres parce que les y amènent leurs obligations professionnelles, il n'y a guère que Otto Quangel et sa femme, Anna, pour ne pas se commettre avec Emil. Les Quangel viennent de perdre leur fils, tué lors de la campagne de France et cette mort va certainement les inciter à se replier encore un peu plus sur eux-mêmes.

De temps en temps pourtant, on les voit sortir, bras-dessus, bras-dessous, pour une petite promenade ... En les voyant passer, personne ne les soupçonnerait - non, pas même Baldur ou Emil - de disséminer régulièrement des cartes postales appelant les Allemands à la résistance dans des cages d'escalier choisies au hasard ...

Il faudra de longs mois au commissaire Escherich avant de parvenir à démasquer Quangel.
Encore le moment où celui-ci choisit de se laisser prendre ressemble-t-il plus au premier pas vers une mort souhaitée qu'à un acte maladroit.

Le plus triste, comme le constatera le commissaire, c'est que les pauvres cartes du couple Quangel ne paraissent pas avoir servi à grand chose. Les deux tiers ont été directement remises à la police par des citoyens que la seule idée de les avoir touchées et lues menait au bord de la panique. Le tiers restant ... Qu'est-il advenu du tiers restant ? ...

Quangel et sa femme sont évidemment condamnés, lui à la peine capitale, elle à la prison à vie. Séparée de son mari, Anna sombre dans une folie douce qui prendra fin quelques années plus tard, sous les bombardements. Les rares fréquentations des Quangel sont, elles aussi, arrêtées, torturées et, pour certaines, exécutées. Le commissaire Escherich lui-même, à qui toute l'affaire a ouvert les yeux sur les pratiques du pouvoir en place, se suicide. Et, de combat en défaite, l'Allemagne nazie finit par s'écrouler.

Et c'est là que nous retrouvons Emil Borkhausen, hâve, déguenillé mais toujours aussi ignoble, bien décidé à se faire entretenir cette fois-ci par son fils, Kuno, lequel s'était enfui de Berlin après avoir reçu une énième correction des mains de son père pour l'Etat-Civil. Grâce à on ne sait trop quels renseignements, Borkhausen a appris que l'enfant avait été recueilli par Eva Kluge, l'ancienne factrice de la rue Jablonski, qui avait trouvé refuge à la campagne après que la Gestapo se fût intéressée à Enno, son ex-mari. Il a remonté la piste et, en ce jour de l'été 1946, il se dresse devant la charrette dans laquelle Kuno a pris place pour aller se ravaitailler à la ville.

... La petite scène entre le père et le fils constitue le seul moment de joie véritable de ce roman au style nerveux, encore souligné par l'emploi systématique du présent de l'indicatif, qui fourmille de notations précises sur la vie à Berlin chez M. et Mme Tout-le-Monde pendant l'Age d'Or du nazisme et porte témoignage de toute une époque. En filigrane, la grande question que se pose Hans Fallada : pourquoi la résistance ne s'est-elle pas organisée en Allemagne sur une échelle comparable à celle des autres pays ? Sans le dire expressément, le romancier met d'abord en cause la discipline germanique et le rapport très puissant qui unit l'Allemand au pouvoir, quel qu'il soit. En dernière position seulement, vient cette tare qui afflige Borkhausen mais qui n'est pas représentative du peuple allemand en particulier : la lâcheté, le désir de survivre aux dépens des autres.

Un roman qui ressemble à son personnage principal, Otto Quangel ou encore (et ce n'est pas si paradoxal que ça en a l'air car les deux hommes ont bien des points communs et finissent par s'estimer l'un l'autre) au commissaire Escherich : tranquille, déterminé, mesuré, minutieux et ... impitoyable. L'hommage également d'un citoyen allemand et d'un écrivain de talent à ceux de son peuple qui, malgré tout, eurent le cran de s'opposer aux Nazis. Ne passez pas à côté.

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