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Arturo Perez-Reverte (Espagne)

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MessageSujet: Arturo Perez-Reverte (Espagne)   Ven 10 Avr - 23:20

Arturo Perez-Reverte prouve (si besoin est) qu'on peut n'avoir pour ambition que de divertir le lecteur tout en plaçant la barre haut, que ce soit sur le plan de l'écriture, de la construction ou de la culture.
Bien sûr, d'autres auteurs populaires possède le même savoir faire pour vous mitonner une intrigue prenante (fus-ce parfois en utilisant des ficelles grossières) mais il y a chez Perez-Reverte un petit plus que j'ai un peu de mal à définir, qui ne résume pas ses romans à une habile mécanique comme chez tant d'autres. Une sorte d'élégance à vous prendre par la main sans avoir à vous la serrer trop fort (il n'est pas espagnol pour rien, cet homme-là), une intelligence et une érudition moins pesante que celle d'un Umberto Eco qui, de son côté, n'a jamais réussi à m'entraîner plus loin que Le Nom de la Rose - ce qui n'est déjà pas si mal sois-dit en passant.
Je me contenterai d'évoquer ici trois de ses romans, aussi enthousiasmants les uns que les autres, qui ont déjà suffi à le placer parmi mes auteurs favoris dans la catégorie.


Club Dumas est le premier roman que j'ai lu (j'irai par ordre chronologique de lecture et non de parution). Il est aussi mon préféré. Je me souviens avoir veillé jusqu'à 1h30 du matin pour le terminer (ce qui m'arrive rarement).
Ce roman nous entraîne à la suite d'un chasseur de livres rares (Lucas Corso, un personnage marquant) impliqué dans deux histoires parallèles, l'une proche des fougeuses intrigues dumasiennes, l'autre plus diabolique et qui paie son tribu au fantastique gothique. Ces deux trames s'inscrivent en alternance, semblent se mêler (ainsi, Corso ignore souvent de quel côté vient le danger) sans jamais embrouiller le lecteur et, plus important encore, sans que l'une ne nuise à l'autre malgré leur grande différence de ton. Plus fort encore, Perez-Reverte parvient à traiter la seconde et son histoire de grimoire censé avoir été rédigé par le Diable en personne (!) sans tomber dans le ridicule, grâce à un subtil travail d'équilibriste entre épouvante et ironie. Car l'humour ne vient jamais déborder sur l'inquiétante étrangeté de certains passages, de même que celle-ci ne piétine pas de ses gros sabots (fourchus) l'histoire.
C'est une leçon que n'a apparement pas retenu un Roman Polanski qui, en adaptant (partiellement) le roman sous le titre La neuvième porte, n'est pas parvenu -loin de là - à restituer le charme du roman.


Après Club Dumas, j'ai enchaîné (douce Géhenne en vérité !) sur Le tableau du maître flamand et j'y ai retrouvé les mêmes qualités, même si le roman m'a moins impressioné. A partir de l'énigme constituée par un tableau, c'est à un vrai whodunit que nous convie cette fois Perez-Reverte. Un assassin féru d'échecs, des cadavres qui pleuvent selon un rituel précis, une restauratrice de tableaux qui tente de percer le mystère avec la complicité d'un autre amateur d'échecs à la limite de l'autisme, voilà pour les ingrédients de ce polar à cheval entre le monde de l'art (son impitoyable commerce surtout) et celui du roi des jeux de stratégie, avec le meurtre en intersection.
Comme dans Club Dumas - bien que de manière un peu plus conventionnelle - le roman est conçu pour ne pas être lâché avant la fin, imprévisible comme il se doit (ou presque). Ajoutons une galerie de personnages secondaires excentriques qui ne se seraient pas du tout déplacés dans un film de Pedro Almodovar.


Le cimetière des bateaux sans nom, troisième titre mais pas des moindres, est un roman qui possède à la fois le souffle des romans d'aventures et le côté plus terre-à-terre du polar. C'est sans doute dans cette zone de l'entre-deux, où se retrouve son personnage principal de marin exilé sur la terre ferme à la suite d'une bévue, que se situe la singularité de ce roman par ailleurs plus mélancolique que les deux autres.
L'aventure, elle, débute comme dans toutes les histoires de chasse au trésor : par la découverte d'une carte maritime vendue aux enchères qui indiquerait l'emplacement d'un vaisseau englouti depuis plus de deux siècles...et ce que l'on peut deviner comme merveilles à son bord. Mais les chercheurs de trésors d'aujourd'hui n'ont rien de romantiques : une jeune femme belle mais un brin vénale qui entraînera notre marin dans cette sombre histoire, des chasseurs d'épaves sans scrupules qui manient aussi bien le revolver que le stylo-plume, un vrai panier de crabes qui donnerait plutôt envie à notre matelot de s'embarquer clandestinement pour le premier cargo en partance s'il ne s'était malheureusement entiché de la belle. A l'enthousiasme du début, qui nous donnerait des envies de retomber en enfance avec en mémoire Le Trésor de Rackam Le Rouge, succède alors la noirceur et l'amertume propre au monde pragmatique des adultes. Mais c'est ainsi que va le monde et le roman de Perez-Reverte avec lui, finalement plus proche de Corto Maltese que de Tintin.
Cela n'empêche pas Le cimetière des bateaux sans nom - on notera en passant la différence du titre français, plus en phase avec cette amertume que le titre original, La carta esferica - d'être un beau roman d'aventure qui clôt ainsi (provisoirement) ce tiercé gagnant du divertissement intelligent.

En attendant de pouvoir faire connaissance avec un certain capitaine Alatriste... Jelisavecplaisir
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Thomas
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MessageSujet: Re: Arturo Perez-Reverte (Espagne)   Sam 11 Avr - 8:24

Tu vas adorer les Capitaine Alatriste (tiens, je les avais tous rachetés l'été dernier, je ne les ai pas relus, il va falloir que je le fasse cet été !).

Moi, j'avais commencé par Le tableau du maître flamand, qui m'avait beaucoup plu, j'ai continué avec Le cimetière des bateaux sans nom, j'en ai lu quelques autres qui ne m'ont pas tous enchanté d'ailleurs (je ne te conseille pas La peau du tambour, j'ai trouvé ça lent, lourd et sans réel intérêt).

Une chose un peu étonnante est qu'à chaque fois je suis rebuté au premier abord par le style et que j'abandonne au bout de quelques dizaines de pages, mais que je sais que ce n'est que partie remise : quand je reprends le roman quelques semaines ou mois plus tard, je plonge dedans et j'avale le tout en adorant ! Bizarre...
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