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Alberto Moravia (Italie)

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Mathieu G.
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MessageSujet: Alberto Moravia (Italie)   Ven 20 Jan - 23:14

Quatrième de couverture (collection Garnier-Flammarion)

"Agostino, un adolescent de treize ans, passe de merveilleuses vacances sur une plage avec sa mère à qui il voue une passion aussi intense qu'innoncente. La rencontre de celle-ci et d'un jeune homme auquel elle est loin d'être insensible met un terme brutal à ce parfait bonheur: Agostino découvre avec un étonnement douloureux que sa mère est aussi une femme et non cette déesse qu'il imaginait. Alors commence pour le jeune garçon une période de troubles, de tourments et de désarrois; une bande de petits pêcheurs avec lesquels il se lie lui ouvre cruellement les yeux sur le sexe, la violence et les rapports sociaux. Tel Rimbaud, le voilà ange déchu, "rendu au sol, avec un devoir à chercher et la réalité rugueuse à étreindre."
Par-delà la description précise et sobre de cet âge difficile, on peut lire dans ce récit les symptômes d'une crise plus grave, cette crise des rapports entre la conscience et la réalité qui est au centre de toute l'oeuvre d'Alberto Moravia."

Fameux livre qui m'aura fait courir dans toutes les directions et dont je dois à présent étudier les premières pages. Celles-ci présentes un monde idyllique, mythique presque où le temps n'a plus cours et où la figure de la mère, qui ne sera jamais nommée à la manière d'une mélodie ou d'une flaveur que l'on connaît et retient mais dont on a oublié le titre s'associe subtilement aux images du soleil, de la mer, de la plage, pour devenir tour à tour Ondine, Naïade, Hélios ou Gaïa, la créatrice de toutes choses et Agostino d'être son fidèle mignon, fier et possessif comme peuvent l'être les enfants, égoïstement nombrilistes.

L'arrivée d'un beau et fugueux jeune homme, du nom -s'agit-il vraiment de son nom !- de Renzo va bouleverser à jamais Agostino et le faire entrer dans le monde de l'adolescence; découvrant avec amertume que sa déesse de parente n'est qu'une femme, "ce n'est qu'une femme" se répète-t-il continuellement au fur de l'histoire, son respect pour elle s'en retrouve changer... et tandis que l'Oedipe se mêle à une forme de répulsion, que la jalousie possessive envers Renzo se change en haine pour sa mère, il traîne avec de mauvais garçons, fait de longues ballades dans la nature, se bat pour les premières fois, aura même une expérience "homosexuelle" avortée avant même d'avoir commencé et aura assez d'impudence pour oser demander asile dans un boxon.

Mais ce livre n'est pas un livre de transition, car la fin ne résout rien... le bilan n'est pas fait, ou plutôt si et s'arrête sur cette conclusion: "il n'était pas encore un homme et il lui faudrait vivre et souffrir bien longtemps avant d'en être un." Selon moi plus un roman de "crise", d'ouverture... et une plume remarquable -la traduction est excellente, bien que le style puisse paraître à de rares endroits plutôt "lourd"- que sert un narrateur interne capable d'offrir comme il le peut, et parfois avec mal toutes les interrogations que soulèvent une nouvelle situation.
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MessageSujet: Re: Alberto Moravia (Italie)   Mar 3 Avr - 7:39

Le Mépris

La quatrième de couverture s'annonce ainsi :
"Durant les deux premières années de mon marriage, mes rapports avec ma femme furent, je puis aujourd'hui l'affirmer, parfaits (...) L'objet de ce récit est de raconter comment, alors que je continuais à l'aimer et à ne pas la juger, Emilia au contraire découvrit ou crut découvrir certains de mes défauts, me jugea et, en conséquence, cessa de m'aimer."

Ce sont en fait les premières lignes du roman.
Magnifique dès les premiers mots, dès le début même de l'histoire.
À travers l'énigme de ce "Mépris" que sa femme a pour lui, c'est une analyse fine de notre société à laquelle on a le droit, aux rapports entre les hommes, des hommes avec les femmes, du couple, etc.
Et à cela, il faut ajouter une réflexion incroyable sur le mythe d'Ulysse en toile de fond.
On y retrouve l'Italie des Dieux, l'Italie romantique, l'Italie passionnée.
C'est la vision de Moravia d'une beauté dans l'échec, que seule la voie condamnée par le "conformisme" de la société est la plus belle même si elle mène à l'"échec".
Et c'est cette ironie du sort qu'on constate à la fin.

C'est définitivement un roman à lire.
Un grand roman.
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MessageSujet: Re: Alberto Moravia (Italie)   Sam 21 Avr - 13:09

De son vrai nom Alberto Pincherle, Alberto Moravia naquit à Rome le 29 novembre 1907, dans une famille aisée de la classe moyenne italienne, mi-juive, mi-catholique. Son père, Carlo Pincherle, était architecte et peintre.

A l'âge de 9 ans, l'enfant fut atteint par une tuberculose osseuse qui le conduisit de sanatorium en sanatorium pendant près d'une dizaine d'années. Ce fut à cette époque, qu'il devait définir plus tard comme une période-clef de son existence et qui décida de son avenir, qu'il commença à écrire.

Son premier roman, "Les Indifférents", parut en 1929. Ce livre, qui dénonçait déjà le fascisme mussolinien mais sous une forme allégorique, destinée à dépister la censure, fit sensation.

Dans les années qui suivirent, Moravia voyagea aux USA, en Pologne, en Chine, au Mexique et dans bien d'autres pays en qualité de correspondant étranger pour "La Stampa" et "La Gazetta del Popolo." Mais ses articles comme ses nouvelles et romans étaient soumis à la censure mussolinienne et le Vatican s'en mêla en plaçant ses oeuvres à l'Index. Il faut dire que Moravia se livrait à une critique aiguë de la société italienne capitaliste et se fondait, bien sûr, sur les théories marxistes. La parution de "La Roue de la Fortune" en 1935 le priva même de son emploi à la "Gazetta del Popolo."

De 1941 à 1943, le romancier vécut à Capri d'où il s'enfuit pour Naples avec Elsa Morante, qu'il avait épousée en 1941. C'est que, outre ses articles réguliers dans le "Popolo di Roma" où il s'en prenait au régime en place, il avait écrit une satire du gouvernement de Mussolini ("La Mascherata") et se trouvait donc en danger de se voir arrêté.

Le couple alla se faire oublier à Fondi, près de Cassino, jusqu'à la Libération. Et Moravia ne put reprendre la plume qu'en 1944, avec notament "Agostino", dont Mathieu nous a déjà parlé et où éclate le sens social du romancier. En 1947, il reprend les réflexions qui avaient guidé "Les Indifférents" pour rédiger "La Belle Romaine."

En 1951, paraît "Le Conformiste", (plus tard adapté à l'écran par Bernardo Bertolucci) où le romancier, qui a vieilli, mêle à son rejet du fascisme une saisissante réflexion sur le Bien et le Mal.
En 1958, c'est "Le Mépris" dont Jean-Luc Godard tirera un film éponyme ... à la manière de Godard. Et "La Ciociara" qui tentera plus tard Vittorio de Sica et qui raconte l'occupation américaine vue par deux émouvants personnages de femmes, une mère et sa fille, dont la première apprendra à voler et l'autre à se prostituer pour survivre - on songe ici à Malaparte.

On citera encore "L'Ennui", en 1960 et "L'Attention", cinq ans plus tard. Moravia enfin publia son autobiographie un peu avant sa mort qui survint en septembre 1990.


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MessageSujet: Re: Alberto Moravia (Italie)   Sam 21 Avr - 15:05



Il Conformista
Traduction : Claude Poncet


Marcello est un enfant solitaire et intelligent, issu de l'union mal assortie d'un riche quinquagénaire et d'une jolie femme beaucoup trop superficielle et bien peu maternelle. Il n'a pas encore dix ans lorsque se pose pour lui, dans cette Italie pré-fasciste et sur laquelle pèse depuis des siècles la chape plombée de la Sainte Eglise Romaine & Apostolique, l'antique et éternelle question du Bien et du Mal.

Comme nous tous, à un moment ou à un autre de notre âge tendre, quand nous cherchions nos repères, Marcello a envie de faire le mal pour le mal et même de tuer. Son problème, qui décidera de son existence tout entière aussi sûrement que les angoisses sexuelles de l'enfance et de l'adolescence peuvent décider d'une perversion fatidique de l'instinct de vie, c'est que, devant ses doutes et ses interrogations, il n'y a personne pour éclaircir les premiers et répondre aux secondes.

Marcello en conclut donc qu'il est foncièrement anormal - et mauvais - et qu'il est de son devoir, s'il veut survivre, de faire coïncider du mieux qu'il peut cet instinct de mort avec une vie de routine où faire le mal et tuer seront sanctifiés par les autorités en place.


Ce piège dans lequel il va s'enfermer sans en avoir conscience va se trouver renforcé par deux événements extérieurs :

1) la folie violente dans laquelle son père va sombrer

2) et le meurtre d'un chauffeur pédophile et prêtre défroqué, Lino, que Marcello se voit plus ou moins contraint d'accomplir.

Avec de telles références, Marcello est prêt à devenir un agent de renseignements impeccable, auquel, un jour, le gouvernement mussolinien confie une mission de confiance.

Ce qu'il y a de proprement admirable dans ce roman au style dense et hautement littéraire, c'est la réflexion à laquelle Moravia, pourtant très orienté à gauche, se livre sur tous les petits, tous les humbles, qui succombèrent aux attraits du fascisme.


Si Moravia ne les excuse évidemment pas, lui qui fut pourtant traqué par les agents du Duce ne les condamne pas pour autant. Avec la froideur voulue et l'habileté d'un très grand chirurgien, il dissèque au scalpel non pas un régime, pas même des individus bien précis comme Mussolini et son premier cercle de favoris, mais un peuple tout entier et, au-delà ce peuple - celui de Moravia - l'Humanité telle qu'en elle-même.

Un livre fascinant, tout à la fois pudique et cynique, une analyse unique de ce moment où, tous tant que nous sommes, nous sommes prêts à basculer dans le Mal et où, pourtant, certains trouvent la force de ne pas céder au vertige.
Y a-t-il un facteur "chance" ? n'y en a-t-il pas ? Pour Marcello, en tous cas, le lecteur finit par penser que, quelque part, non, il n'a pas eu de chance ...
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MessageSujet: Re: Alberto Moravia (Italie)   Mer 30 Avr - 16:45

J'ai trop envie de lire ce bouquin ! J'aime beaucoup Moravia, même sans avoir lu beaucoup de lui (seulement La désobéissance et Le mépris) A la lecture de ses textes, j'ai senti à la fois quelque chose de fort, de fin et de terrible. Ce sont des impressions qui, pour moi en général, ne trompent pas et qui sont des promesses pour l'oeuvre entier d'un auteur.
J'en conclus aussitôt un désir pour tous les autres livres du même auteur... Ce résumé de Il conformista ajoute à cette envie ! Il va falloir que je trouve la formule pour multiplier le temps afin de pouvoir lire tous ces livres qui sont en attente... C'est terrible !
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MessageSujet: Re: Alberto Moravia (Italie)   Mer 30 Avr - 17:01

Je l'ai longtemps cherché, ce roman, et ai fini par le dénicher chez un bouquiniste, à Brest. Mais je n'ai pas regretté ma lecture. J'espère que tu trouveras du temps pour le mettre dans ta PAL, Millie ! Wink
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MessageSujet: Re: Alberto Moravia (Italie)   Lun 16 Juin - 1:45

Masques de Venise a écrit:

Il Conformista
Traduction : Claude Poncet


Et le voilà acheté. Je ne peux pas m'y plonger pour le moment mais c'est un livre qui ne passera pas l'été ! Et puis, je vais finir par lire tout Moravia !
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