
Nota Bene Forum Littéraire Résolument Atypique Tapissé de Mots, de Livres, de Littérature ... Exclusivement Réservé Aux Lecteurs Gourmets & Passionnés mais Non-enclins à la Mièvrerie |
| | Isabel Allende - (Chili). | |
| |
| Auteur | Message |
|---|
Masques de Venise Mécréante Suprême


   Age : 48 Inscrit le : 06 Mai 2005 Messages : 14761 Localisation : Sous vos yeux mais vous ne me voyez pas ... Loisirs : Tout ce qui concerne les mots et les livres.
 | Sujet: Isabel Allende - (Chili). Dim 8 Mai - 14:09 | |
| 
Toute « La Maison aux Esprits » est contenue dans la dédicace de l’auteur :
« A ma mère, à ma grand-mère et à toutes les femmes extraordinaires de cette histoire. »
Car ce roman est avant tout celui de cinq femmes .
L’arrière-grand-mère tout d’abord, Nivea del Valle, l’une des premières suffragettes chiliennes. Comme ses homologues britanniques, cette épouse d’un athée franc-maçon n’hésita jamais à s’enchaîner aux grilles devant les hauts lieux de la vie politique du pays. Prête à seconder activement son mari en politique dans le seul espoir de faire un jour promulguer une loi donnant le droit de vote aux femmes, Nivea est – déjà – une forte personnalité, allergique au clergé catholique et moderne avant l’heure puisqu’elle entend ne pas trop contrarier la Nature dans l’éducation de ses enfants. C’est qu’elle a mis au monde quinze enfants dont onze seulement survivront. Parmi ses filles, l’aînée et la cadette connaîtront un destin étrange : par une farce macabre du Destin, la seconde finira en effet, après le décès de la première, par épouser le fiancé de celle-ci.
La grand-tante ensuite, Rosa, d’une beauté si sculpturale et si étrange que, bien qu’il appartienne à une famille singulièrement appauvrie par les folies paternelles, Esteban Trueba comprend, dès qu’il la voit, que ce sera elle, et personne d’autre. Pour lui garantir le train de vie auquel elle est habituée, le jeune homme part pour deux ans exploiter une concession minière. Travail ingrat et désespérant qui, le jour même où il porte enfin ses fruits – la découverte d’un filon prometteur – perd sa raison d’être : par un télégramme de sa sœur, Férula, Esteban apprend que Rosa vient de mourir, empoisonnée par erreur pour avoir bu une liqueur destinée à son père et dont on ne saura jamais qui en avait déposé la bouteille chez les del Valle.
La grand-mère enfin, pivot central du roman, Clara, sœur cadette de Rosa. Pressé par sa propre mère alors aux portes de la Mort et frappé par la beauté de la jeune fille, qui lui rappelle celle de la disparue, Esteban l’épouse dix ans après le décès de Rosa. A cette époque, lui-même est devenu un parti plus que présentable. Outre les bénéfices de la concession minière qu’il continue d’exploiter par ingénieur interposé, il a remis sur pied une propriété qu’il tenait de sa mère, les « Tres Marias. » C’est donc à un homme riche, terre-à-terre et rude que se lie Clara, en toute connaissance de cause puisque ses prémonitions l’en avait avertie. Toute enfant, Clara avait déjà des prémonitions (elle avait annoncé la « mort pour une autre » de Rosa et, terrifiée d’avoir si bien prédit, se refusa par la suite à émettre un seul son pendant les dix ans qui suivirent). Elle parlait aux esprits et, toute sa vie, les esprits accompagneront et chériront ce charmant médium qui, jamais, ne se laissera aller au pessimisme ou au désespoir. Quand elle mourra, après une vie bien remplie, laissant derrière elle un Esteban Trueba inconsolable, « la Maison aux Esprits, » qui donne son nom au roman, perdra beaucoup de son âme.
La mère, Blanca, fille de Clara et d’Esteban. Si sa mère ne lui a pas légué son talent pour faire tourner les guéridons et ressentir la présence de l’Au-delà, elle lui a assuré le caractère fort et rebelle aux conventions établies qui, depuis Nivea, semble caractériser les femmes de la famille. A tel point que, le temps venu, Blanca n’hésite pas à devenir la maîtresse du fils de l’un des fermiers de son père, Pedro Garcia III. On imagine la fureur d’Esteban … Comme Blanca se retrouve enceinte, elle doit finalement se résoudre à épouser, pour sauver la face, un aristocrate français qui passait par là, le dénommé Jean de Satigny. Mais, lorsqu’elle finit par découvrir les étranges préférences sexuelles de son époux, elle s’enfuit et s’en retourne chez ses parents. Et c’est dans « la Maison aux Esprits » que naît la quatrième héroïne du conte …
… la petite-fille et arrière-petite-fille, Alba, la narratrice principale. C’est elle qui retrouvera les « cahiers de notes sur la vie » que la grand-mère Clara avait commencé à rédiger alors qu’elle n’avait même pas dix ans. C’est elle qui aura l’idée de demander à son grand-père de l’aider à reconstituer ce qu’elle peut encore ignorer du passé familial. Et c’est donc elle qui introduira dans ce roman si dominé par les femmes la seule voix masculine d’envergure qui s’y fera entendre. Cela se passera après le coup d’Etat de Pinochet et de la Junte, après que le vieil Esteban sera parvenu à faire sortir Alba des geôles du pouvoir. Le monologue effondré du vieillard, s’en allant demander de l’aide à la seule personne susceptible de faire libérer sa petite-fille, constitue, je trouve, l’un des morceaux de bravoure du livre. Toute l’histoire du Chili, depuis la fin du XIXème siècle jusqu’aux jours sombres de la Dictature post-Allende, défile ici en un saisissant et émouvant raccourci, exposant les faiblesses et les forces non seulement de la classe possédante « traditionnelle » dont Trueba est le rude représentant mais aussi de la classe « prolétaire », symbolisée pour sa part par Miguel, un guerillero gauchiste dont Alba est tombée amoureuse.
Bref, même s’il faut s’habituer à un style qui privilégie les virgules au détriment des points, ce roman paraît touché par la grâce et on le lit presque d’une traite tant les personnages qui le traversent sont prenants et convaincants. L’auteur est une conteuse-née, la chose ne fait aucun doute et cet art se fait trop rare de nos jours en littérature pour qu’on ne l’apprécie pas comme il se doit. Bonne lecture ! 
Dernière édition par le Sam 28 Juil - 19:25, édité 3 fois |
|  | | ice-in-m Invité
 | Sujet: Re: Isabel Allende - (Chili). Sam 9 Juil - 14:44 | |
| | J'avais tenter de lire cette oeuvre en Version original mais j'ai lâché , je crois que vue ce que tu nous laisser comme description je vais le noter dans ma liste ;) |
|  | | Cécile prozac Littérophage Gourmand

Inscrit le : 20 Juil 2005 Messages : 34 Localisation : Nantes
 | Sujet: Re: Isabel Allende - (Chili). Lun 25 Juil - 18:50 | |
| Isabel Allende est une experte dans les saga. J'ai beaucoup aimé Fille du destin, un peu dans le même goût. et surtout portrait sépia, dont voici un petit résumé
Doit-on cacher son passé à une petite orpheline de cinq ans ? C’est pourtant ce qu’a décidé de faire la famille de Aurora dont la mère est morte à la naissance. Elevée par son grand-père maternel à Chinatown, elle est confiée à sa grand-mère paternelle, Paulina del Valle, une haute personnalité dans la société, une femme imposante une "matrone formidable qui, pendant plus de soixante-dix ans n’en avait fait qu’à sa tête et avait conduit le destin de sa famille comme bon lui semblait". Pourtant malgré la volonté de sa famille de lui cacher sa petite enfance, des cauchemars poursuivent Aurora, un souffle, une présence l’entourent. Ce n’est que bien des années plus tard, après un mariage raté, qu’Aurora apprendra toute la vérité. Isabel Allende nous parle ici de la haute société chilienne. Cette classe qui méprise les personnes qui leur sont inférieures. Car si le passé de Aurora est solidement enfoui c’est pour une affaire de classe sociale, du mépris pour Chinatown, la honte d’un fils bourgeois qui aurait été fabriquer des "bâtards". Pourtant ce passé est douloureux et a marqué l’enfant qui adulte est une personne timide, manquant d’assurance mais très intelligente. Isabel Allende nous présente toute une galerie de personnages, que l’on quitte à regret.
Extrait :
"Je suis venue au monde un mardi d'automne de l'année 1880, dans la maison de mes grands-parents maternels, à San Francisco. Tandis que dans cette maison en bois labyrinthique ma mère haletait ventre en l'air, avec le cœur vaillant et le corps au désespoir pour me trouver une sortie, dans la rue grouillait la vie sauvage du quartier chinois avec ses odeurs tenaces de cuisine exotique, son torrent assourdissant de dialectes vociférés, sa foule infinie d'abeilles humaines allant et venant d'un pas pressé. Je suis née à l'aube, mais à Chinatown les horloges n'obéissent à aucune règle, tout commence à cette heure matinale : le marché, la circulation des charrettes et les aboiements tristes des chiens dans leurs cages qui attendent le couteau du cuisinier. J'ai appris les détails de ma naissance assez tard dans ma vie, mais il aurait été encore pire de ne les avoir jamais découverts, ils auraient pu s'égarer pour toujours dans les méandres de l'oubli. Il y a tant de secrets dans ma famille que je n'aurai peut-être pas suffisamment de temps pour tous les élucider : la vérité est fugace, comme lavée par des torrents de pluie. Mes grands-parents maternels m'accueillirent avec émotion - bien que j'aie été, selon plusieurs témoins, un bébé horrible - et me posèrent sur la poitrine de ma mère, où je suis restée blottie quelques minutes, les seules que j'ai passées avec elle. Puis mon oncle Lucky a soufflé sur mon visage pour me transmettre sa chance. L'intention était généreuse et la méthode infaillible, car au moins pendant les trente premières années de mon existence, tout s'est bien passé pour moi. Mais, attention, pas de précipitation. Cette histoire est longue et commence bien avant ma naissance, il faut de la patience pour la raconter et davantage de patience encore pour l'écouter. Si vous perdez le fil en chemin, ne désespérez pas car vous êtes sûr de le retrouver quelques pages plus loin. Comme il faut bien démarrer avec une date, arrêtons-nous à l'année 1862 et disons, au hasard, que l'histoire débute avec un meuble aux proportions invraisemblables." _________________ Ecrire, c'est entrer sans frapper à la porte (Marina Tsvetaieva) |
|  | | Elena Littérophage Notabéniste.


   Age : 64 Inscrit le : 04 Aoû 2008 Messages : 139 Localisation : Poitou-Charentes Emploi : ex interprète Loisirs : lecture, musique, graphisme, voyages
 | Sujet: Re: Isabel Allende - (Chili). Mar 5 Aoû - 16:53 | |
| Fille du destin m'a beaucoup plu mais je n'en ai pas lu d'autres d'elle et encore je l'ai lu en français. _________________ le rire permet de vaincre en partie la maladie.
http://elenagt.free.fr/elena/ |
|  | | Carla Déléguée Syndicalement Littéraire


   Age : 45 Inscrit le : 16 Aoû 2007 Messages : 3756 Localisation : Aquitaine Emploi : rien de passionnant Loisirs : lecture, ciné
 | Sujet: Re: Isabel Allende - (Chili). Ven 8 Aoû - 21:47 | |
| La Maison aux Esprits m'a soulevé d'enthousiasme quand je l'ai lu, peu après sa sortie. Je l'ai d'ailleurs relu plusieurs fois, et l'ai trouvé à chaque fois aussi bon. Le suivant, Le Plan Infini, m'a désarçonné le temps des premières pages, car totalement différent en ce qui concerne l'intrigue et la situation géographique, puisqu'il se passe aux USA. Toutefois, je l'ai trouvé également très bon, peut-être même meilleur au niveau de l'écriture. J'ai bien aimé les suivants, D'Amour et d'Ombre (qui situe son intrigue durant le coup d'état de 1973), Eva Luna, etc... Paula m'a fait un drôle d'effet : c'est un texte autobiographique écrit durant la maladie à laquelle a succombé la fille d'Isabel Allende, et on y retrouve de nombreuses histoires familiales qui sont à la base de La Maison aux Esprits, ce qui est donc intéressant, tout en étant un peu surprenant. Ca s'est malheureusement gâté avec Fille du Vent, qui ne m'a pas plu, et, j'avoue (c'est un défaut chez moi) qu'à partir de là je n'ai plus rien lu d'elle. C'est dommage, il faut que je reessaye car c'est quand même un très bon écrivain, certes pas tout à fait à la hauteur des grands maîtres de la littérature sud-américaine, mais finalement plus accessible du grand public, ce qui est tout aussi bien. _________________ Avoir un Corps m'est effroi - Avoir une Âme m'est effroi Profonde - précaire Propriété - Possession, non choisie Emily Dickinson |
|  | | Elena Littérophage Notabéniste.


   Age : 64 Inscrit le : 04 Aoû 2008 Messages : 139 Localisation : Poitou-Charentes Emploi : ex interprète Loisirs : lecture, musique, graphisme, voyages
 | Sujet: Re: Isabel Allende - (Chili). Sam 9 Aoû - 6:02 | |
| | tu me donnes envie de lire autre chose d'elle ! |
|  | | Carla Déléguée Syndicalement Littéraire


   Age : 45 Inscrit le : 16 Aoû 2007 Messages : 3756 Localisation : Aquitaine Emploi : rien de passionnant Loisirs : lecture, ciné
 | Sujet: Re: Isabel Allende - (Chili). Sam 9 Aoû - 21:44 | |
| Je te conseille donc La Maison aux Esprits qui, pour moi, reste son meilleur. Eva Luna, aussi dont je garde un très bon souvenir. _________________ Avoir un Corps m'est effroi - Avoir une Âme m'est effroi Profonde - précaire Propriété - Possession, non choisie Emily Dickinson |
|  | | Elena Littérophage Notabéniste.


   Age : 64 Inscrit le : 04 Aoû 2008 Messages : 139 Localisation : Poitou-Charentes Emploi : ex interprète Loisirs : lecture, musique, graphisme, voyages
 | Sujet: Re: Isabel Allende - (Chili). Dim 10 Aoû - 5:09 | |
| merci Carla, je l'inscris et je vais essayer de le trouver.  _________________ le rire permet de vaincre en partie la maladie.
http://elenagt.free.fr/elena/ |
|  | | Elena Littérophage Notabéniste.


   Age : 64 Inscrit le : 04 Aoû 2008 Messages : 139 Localisation : Poitou-Charentes Emploi : ex interprète Loisirs : lecture, musique, graphisme, voyages
 | Sujet: Re: Isabel Allende - (Chili). Jeu 25 Sep - 12:54 | |
| J'ai commencé à le lire mais abandonné au tiers.  |
|  | | Carla Déléguée Syndicalement Littéraire


   Age : 45 Inscrit le : 16 Aoû 2007 Messages : 3756 Localisation : Aquitaine Emploi : rien de passionnant Loisirs : lecture, ciné
 | Sujet: Re: Isabel Allende - (Chili). Jeu 25 Sep - 13:22 | |
| Je suis déçue que tu n'es pas aimé - mais il en faut pour tous les goûts comme on dit ! _________________ Avoir un Corps m'est effroi - Avoir une Âme m'est effroi Profonde - précaire Propriété - Possession, non choisie Emily Dickinson |
|  | | Dahud Littérophage Notabéniste.


   Age : 28 Inscrit le : 04 Sep 2008 Messages : 142 Localisation : Bordeaux Emploi : Directrice de collection Loisirs : Littérature, écriture, cinéma
 | Sujet: Re: Isabel Allende - (Chili). Jeu 25 Sep - 13:34 | |
| Oh, j'ai vraiment adoré ce livre! Il fait partie pour moi de ceux qui marquent. |
|  | | Carla Déléguée Syndicalement Littéraire


   Age : 45 Inscrit le : 16 Aoû 2007 Messages : 3756 Localisation : Aquitaine Emploi : rien de passionnant Loisirs : lecture, ciné
 | Sujet: Re: Isabel Allende - (Chili). Jeu 25 Sep - 13:37 | |
| Outre le plaisir que j'y ai trouvé, j'ai également pensé que c'était une excellente introduction à la "grande" littérature sud-américaine. Isabel Allende est certes talentueuse, mais reste plus facile à lire que les grandes plumes telle que Garcia Marques par exemple. _________________ Avoir un Corps m'est effroi - Avoir une Âme m'est effroi Profonde - précaire Propriété - Possession, non choisie Emily Dickinson |
|  | | Elena Littérophage Notabéniste.


   Age : 64 Inscrit le : 04 Aoû 2008 Messages : 139 Localisation : Poitou-Charentes Emploi : ex interprète Loisirs : lecture, musique, graphisme, voyages
 | Sujet: Re: Isabel Allende - (Chili). Jeu 25 Sep - 16:07 | |
| je pense que la traduction n'est pas super ! J'ai trouvé que c'était pas très bien écrit. Désolée, c'est peut être formidable et la traduction ne me convient pas !  |
|  | | Thomas Ordonnateur des Basses Oeuvres de Nota Bene - il en est fier, en plus ...


   Age : 32 Inscrit le : 04 Avr 2006 Messages : 7143 Localisation : Paris Emploi : Passionnant mais indescriptible... Loisirs : Littérature, Cinéma, Photo, Cuisine
 | Sujet: Re: Isabel Allende - (Chili). Jeu 25 Sep - 16:15 | |
| Qu'est-ce que ça peut gâcher une lecture, une traduction ratée (ou qu'on perçoit comme telle) !  _________________ "Le secret douloureux des dieux et des rois, c'est que les hommes sont libres." Jean-Paul Sartre, Les mouches "La sensualité est la condition mystérieuse, mais nécessaire et créatrice, du développement intellectuel." Pierre Louÿs, Aphrodite
http://politiculture.hautetfort.com |
|  | | Elena Littérophage Notabéniste.


   Age : 64 Inscrit le : 04 Aoû 2008 Messages : 139 Localisation : Poitou-Charentes Emploi : ex interprète Loisirs : lecture, musique, graphisme, voyages
 | Sujet: Re: Isabel Allende - (Chili). Jeu 25 Sep - 16:21 | |
| C'est exact, je déconseille de lire Tourgueneff en français, c'est tellement mauvais qu'on ne peut pas croire que c'est un grand classique russe. Pareil sûrement pour Allende Isabelle car l'histoire est bien. |
|  | | | Isabel Allende - (Chili). | |
|
| Page 1 sur 1 |
| | Permission de ce forum: | Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
| |
| |
| |
|