Masques de Venise
Mécréante Suprême




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Sujet: (Nagai) Kafû Lun 12 Mai - 21:03 |
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De son vrai nom Nagai Sôkichi, cet écrivain résolument atypique de l'ère Taisho naquit à Tokyô le 4 décembre 1879, dans une famille déjà très littéraire puisque son père, Nagai Kyûchiro, s'était fait un nom dans le monde des lettres en composant des poèmes dans le style chinois.
Elevé tout d'abord par la famille de sa mère, il rejoint le foyer paternel en 1886, lorsqu'il entre à l'école secondaire. Cinq ans plus tard, il rejoint une école privée de langue anglaise. Mais son parcours scolaire exemplaire sera cependant ponctué de fréquents séjours à l'hôpital, où il se rend pour soigner sa tuberculose naissante.
En 1896, il échoue aux examens d'entrée à l'université mais n'en sort pas moins diplômé de son école. Il se lance dans l'étude des poèmes chinois et commence surtout ses incursions dans le quartier chaud de Tokyô, incursions auxquelles il ne renoncera plus jusqu'à sa mort, survenue le 30 avril 1959.
Il se mit à écrire de courtes nouvelles en 1898 et en publia quelques unes en 1900. Deux ans après, on le retrouve en France, fonctionnaire d'un ministère japonais et il rapportera cette période de sa vie dans des contes, intitulés tout simplement : "Contes de France."
Ce séjour développe les goûts anti-conventionnels qu'il mûrissait déjà et qui se retrouve dans son oeuvre. Tout d'abord, à l'inverse de la norme japonaise de l'époque, il procède peu par allusions ou images. Dans ses romans, il se passe vraiment des choses et le lecteur occidental parvient sans peine à s'en rendre compte.
Ensuite, beaucoup de ses romans évoquent les prostituées et le demi-monde nippons, avec leurs traditions et leurs rituels. Par une formidable capacité d'empathie, Kafû (il choisit de se faire éditer sous son seul prénom) parvient à restituer la vie et les sentiments non seulement des geishas mais aussi des membres de leur entourage avec une justesse étonnante car elle prend en compte leur humanité.
Tout au long de son existence, il restera fortement attaché à ce monde si particulier, alors sur le déclin. A sa mort, scandaleux jusqu'à la tombe, il demanda d'être inhumé dans un cimetière de prostituées.
Un sacré bonhomme - et un grand écrivain.
_________________ Ecrasons les Infâmes ! - D'après (et avec la bénédiction posthume de) Voltaire
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Sujet: Du côté des saules & des fleurs Lun 12 Mai - 21:40 |
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Udekurabe Traduction : Catherine Cadou
Deux-cent-vingt-trois pages de plaisir pur, telle est la définition que je donnerai de ce roman qui, par petites touches précises, relate quelques événements décisifs dans la vie de la geisha Komayo.
Je l'ai pris hier au soir, assez tard, car j'avais des insomnies ... et je ne l'ai plus lâché, enthousiasmée par la tendresse, par l'authenticité et aussi par le talent ébouriffant dont faisait preuve son auteur.
"Du côté des saules & des fleurs" dépeint en effet l'univers du quartier chaud de Tokyô, vu cette fois-ci, non pas exclusivement par l'oeil d'une héroïne geisha (comme nous pouvons le rencontrer dans "Geisha" de l'Occidental Arthur Golden, ou encore dans "Le Miroir des Courtisanes" d'Ariyoshi Sawako) mais aussi par celui des patrons de la maison où elle exerce et par celui de ses clients, bien sûr. Bien mieux, le caractère de ces derniers et leurs motivations sont scrupuleusement analysés par un représentant de leur propre sexe, qui les juge sans les charger mais en toute impartialité.
Autre qualité de ce livre : il rappelle, magnifiquement, à toutes celles et à tous ceux qui, à un moment ou à un autre de leur existence, ont vécu et travaillé dans l'univers des plaisirs, cette excitation qu'il y a par exemple à commencer à travailler quand les autres se claquemurent chez eux pour dormir. Le bruit, les lumières, la gaieté, celle que l'on feint comme celle que l'on ressent réellement, la fatigue, le dégoût, la conscience de sa marginalité, le désir parfois de la troquer contre une vie bien tranquille, et puis à nouveau cette excitation qui monte, qui monte et vous emporte dans un tourbillon qui vous épuise et qui, pourtant, vous place au-dessus de tout, y compris de vous-même, voilà tout ce que Kafû a placé dans son roman.
Certes, l'intrigue se déroule à Tokyô, dans les années vingt (probablement). Mais le génie de l'artiste et son amour pour ce petit monde qu'il connaissait si bien sont tels que, au delà du décor aux portes coulissantes, sous les kimonos de cérémonie et dans les nuages du vin chaud, c'est le demi-monde dans sa réalité universelle qui prend corps sous les yeux du lecteur.
Ajoutez à cela ces descriptions poétiques que seuls savent faire les Japonais - mais Kafû était vraiment doué pour ça - et une entière franchise sur les "prestations" réclamées aux geishas (et qui incluaient bel et bien la relation sexuelle). Lorsque Komayo doit quitter son amant de coeur pour se rendre aux rendez-vous fixés par un client, puis par un autre, Kafû exprime sa lassitude et son dégoût avec une sensibilité et une justesse toutes féminines. Faut-il qu'il ait été à l'écoute de ses amies geishas et prostituées pour parvenir, lui, un homme, à un tel degré d'empathie ! Et quel talent !
Fabuleux. Kafû : un auteur à lire. Absolument.
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