Carla
Déléguée Syndicalement Littéraire




Nombre de messages: 5733
Age: 46
Localisation: Aquitaine
Emploi: rien de passionnant
Loisirs: lecture, ciné
Date d'inscription: 16/08/2007
|
Sujet: Masuji Ibuse Sam 25 Avr - 14:26 |
|
|
Masuji Ibuse est né en 1898 près de Hiroshima. Il a étudié la littérature française à Tokyo, tout en poursuivant des études artistiques. Il a publié plusieurs nouvelles et romans, dont Pluie Noire, en 1966, qui lui a valu le prix Noma. Le roman a été adapté en 1989 par Shohei Imamura. Pluie Noire Cinq ans après l'explosion de la première bombe atomique sur Hiroshima, Yasuko vit dans un petit village avec son oncle et sa tante. Elle est jeune et jolie, mais ne parvient pas à se marier : le bruit court qu'elle a reçu la "pluie noire" qui s'est abattue sur Hiroshima dans les heures qui ont suivi l'explosion de la bombe. Son oncle entreprend alors de relater, à l'aide de son propre journal tenu pdt la guerre, les quelques jours qui ont suivi le bombardement. Un roman dense (bien qu'il ne fasse que 300 pages, j'ai eu l'impression d'en avoir lu 500), très intéressant, très dynamique aussi. D'une part car la narration intercale ce qui se passe dans le présent (1950) et ce qui s'est passé en 1945, via les souvenirs de Shigametsu (l'oncle), ceux de Yasuko, et d'autres documents aussi. Ce qui m'a surprise : la sensation de "foule", de mouvement. On imagine le bombardement, et puis un désert dû au souffle de l'explosion, une population hébétée... Rien de tout ça. Entre Hiroshima et les villages l'entourant, vont avoir lieu d'incessants allers-retours à la recherche de survivants. Et puis c'est la guerre, la population affamée est aussi en quête permanente de nourriture, et de charbon pour soutenir l'industrie : la bombe est tombée mais la guerre n'est pas encore terminée. Ces allers-retours au milieu de ruines irradiées, on en imagine les conséquences... En ce qui concerne la catastrophe, aucune recherche de spectaculaire : le narrateur regarde, note, s'interroge. On a souvent plus le sentiment d'être devant un témoignage qu'en train de lire un roman. Témoignage également sur le quotidien d'une population sous-alimentée (il y a un passage consacré à l'ordinaire culinaire de ces années là), et soumise à la pression de l'armée. Un roman qui m'a bcp marqué, de la même manière que La Supplication de Svetlana Alexievitch sur Tchernobyl.
| Citation: | Le matin elle avait mis des concombres dans un seau d'eau au bord du bassin, et la couleur de l'explosion les avait fait changer de couleur. Tout en mangeant un concombre avec du sel, j'ai réfléchi : quelque changement physique ne s'était-il pas produit à la surface de l'eau où trempaient les concombres ? N'étaient-ce pas la chaleur et la lumière, intensifiées par leur réflexion dans le seau, qui avaient changé leur couleur ? |
| Citation: | | Il n'avait pas de blessure apparente, mais il saignait de la bouche. L'homme aux yeux enfoncés la lui ayant fait ouvrir, il avait constaté qu'il avait perdu deux incisives. "Vous vous êtes cogné les dents contre quelque chose ? - Non, elles se sont envolées. Mais c'est curieux, que le sang ne s'arrête pas." |
| Citation: | | Que deviendraient les soldats japonais de l'étranger ? Que deviendrai le peuple en général ? Nous avions pensé jusqu'ici que la vie que nous menions ne pouvait être pire, mais si notre patrie allait se perdre, il faudrait prendre un parti. Mais lequel ? L'ennemi avait la force militaire. N'allait-il pas stériliser tous les hommes, sans exception ? Et pourquoi n'avait-on pas capitulé avant Hiroshima ? (...) Il s'en est fallu de peu que la conversation ne franchît les limites de contrôle des paroles, mais les conjectures ne sont pas allées plus loin. |
_________________ Avoir un Corps m'est effroi - Avoir une Âme m'est effroi Profonde - précaire Propriété - Possession, non choisie Emily Dickinson
|
|