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Kawabata Yasunari.

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Masques de Venise
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MessageSujet: Kawabata Yasunari.   Lun 29 Jan - 14:22

« Pays de Neige » est le premier roman de Kawabata Yasunari dont je prends connaissance – et ce ne sera certainement pas le dernier. Toute personne appréciant un tant soit peu la civilisation japonaise ne peut qu’aimer le ton, tout en ellipses et en en non-dits, de cet écrivain, l’un des plus importants du Japon contemporain, qui reçut le Nobel de littérature en 1968 et qui, dans son pays, fut parmi les membres du premier jury du Prix Akutagawa, équivalent nippon de notre Goncourt.

Kawabata naît à sept mois, le 14 juin 1899.
Son père, Kawabata Eikichi, est médecin et porte déjà en lui la tuberculose qui l’emportera deux ans plus tard. Sa femme, Gen, qui a contracté la même maladie, le suit dans la tombe en 1902 et Yasunari se retrouve donc orphelin de père et de mère alors qu’il a à peine trois ans. Quand il a dix ans, c’est sa sœur, Yoshiko, qui décède et il n’a pas encore tout à fait seize ans lorsque son grand-père, Sanpachirô, qui l’avait élevé et avec lequel il avait noué des rapports évidemment très étroits, s’en va à son tour. De l’agonie du vieillard, Yasunari tirera son « Journal de ma seizième année » qui, bien que rédigée pratiquement sur le vif, ne sera édité qu’en 1925.

Dès ses quatorze ans, l’adolescent avait pris la décision de devenir écrivain. De son père, fin lettré, il avait hérité un goût profond pour la littérature contemporaine et classique de son pays et le lycée avait ensuite stimulé son intérêt envers la littérature occidentale. Son œuvre, à jamais marquée par l’empreinte de la Mort et de la solitude (lui-même mit devait mettre fin ses jours, en 1972, en s’asphyxiant par le gaz), rappelle, par la pureté de son style comme par l’économie de ses moyens, les plus grands artistes de l’estampe japonaise. L’un de ses meilleurs récits ne s’intitule pas d’ailleurs « Tristesse et Beauté » ?

D’une sensibilité exacerbée que souligne encore une santé assez fragile, Kawabata flambe pour tout ce qui est beau avec un naturel d’autant plus grand que lui-même se juge laid. A dix-sept ans, au lycée, il s’était déjà épris - tout platoniquement - d’un séduisant camarade de classe qu’il reconnaîtra plus tard comme son « seul amour homosexuel. » En 1918, alors qu’il voyage dans la péninsule d’Izu, il tombe sous le charme d’une danseuse appartenant à une troupe de théâtre ambulante et cette expérience sera à l’origine de son premier roman : « La Danseuse d’Izu. »

Dès lors, s’affirme la tendance autobiographique de l’œuvre.
C’est ainsi que, en 1921, son mariage avorté avec une jeune serveuse rencontrée par hasard, Itô Hatsuyio, l’incitera à prêter à nombre de ses héroïnes futures les traits physiques ou moraux qu’il avait cru déceler dans cette toute jeune fille. Mais dix ans plus tard – il a alors épousé Matsubayashi Ideko – après une rencontre fortuite avec Hatsuyio, il prend conscience de l’erreur qu’il avait failli commettre et désormais, son œuvre se détourne de ce premier amour hétérosexuel pour se consacrer à ses fantasmes. Il publiera d’ailleurs la même année un recueil au titre extrêmement révélateur puisqu’il s’agit d’ « Illusions de Cristal. »

Tout au long de sa vie littéraire, Kawabata créera ou participera à des revues, depuis l’universitaire « Shinshichô » (= « Pensée Nouvelle) au début des années 20 jusqu’à « Ningen » (= « L’Homme ») en 1946, où paraîtront des textes du jeune Mishima, avec qui Kawabata liera une étroite amitié. C’est d’ailleurs Kawabata qui, en janvier 1971, présidera la cérémonie publique des obsèques de l’auteur de « La Mer de la Fertilité".

Kawabata prônait la nécessité d'un modernisme littéraire japonais qui s'appuie sur les traditions anciennes et toute son oeuvre en est la preuve. Injustement méconnu en France - où le militantisme dont il fit preuve pour que vît le jour une Société de Littérature japonaise malheureusement placée, à cette époque, sous l'emprise des militaristes a peut-être permis à certains de lui refuser la reconnaissance d'un talent pourtant exceptionnel - il n’en occupe pas moins une place essentielle dans la littérature japonaise du XXème siècle.



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MessageSujet: Re: Kawabata Yasunari.   Lun 29 Jan - 15:54



Yukiguni
Traduction : Bunkichi Fujimori.


En 1937, Kawabata Yasunari achetait, dans la région de Shinshû, une petite maison sise dans la station thermale de Kazuira. Ce pays où il se plaisait tant allait servir de cadre pour l'action de nombre de ses romans et nouvelles, dont "Pays de Neige."

Un riche Tokyôïte, Shimamura, se rend dans une station thermale pour y goûter deux ou trois jours de repos. Désoeuvré, il demande à la propriétaire de l'auberge dans laquelle il est descendu de demander une geisha. Mais comme une nouvelle route a été inaugurée le jour même, donnant ainsi prétexte à des banquets de notables, la chose se révèle impossible puisque toutes les geishas professionnelles du coin ont été retenues pour la soirée et la nuit. Devant la déception de son client, l'aubergiste lui parle alors de la jeune fille "qui habite chez la maîtresse de chant" et qui, bien que non professionnelle, accepterait peut-être. Une heure plus tard environ, Shimamura voit arriver dans sa chambre - "la chambre aux camélias - la jeune Komako dont il tombe presque instantanément amoureux. Devinant cependant qu'il se trouve en présence du genre de relation qui risque de durer bien plus qu'une seule nuit, il s'abstient de l'inviter à passer la nuit en sa compagnie. Peine perdue : ce qui ne se fera pas ce jour-là se fera le lendemain ...

L'intuition de Shimamura ne l'avait pas trompé puisque cette scène, il se la remémore au cours d'un flash-back, alors qu'il est de retour à la station thermale pour y renouer avec Komako. Durant ce second séjour, il va en apprendre un peu plus sur elle - très peu à vrai dire. Par exemple qu'elle aurait été fiancée au fils de la maîtresse de chant et que ses fiançailles auraient été rompues par l'irruption, dans la vie du jeune homme, d'une autre femme. Or, par la grâce du hasard romanesque, il se trouve que, dans le train qui l'amenait de Tokyô, Shimamura a justement croisé le fils de la maîtresse de chant, accompagné d'une très belle jeune femme prénommée Yokô et qui semblait être, elle aussi, une enfant du pays. Le retour du couple s'explique par la tuberculose qui ronge le malheureux fils de la maîtresse de chant, lequel n'a plus qu'un désir : mourir dans sa maison natale.

A partir de là, entre Shimamura et les deux femmes, Kawabata développe à petites touches une relation très bizarre, toute en non-dits et en faux-semblants, qui risque fort de laisser sur sa faim tout lecteur approchant ce livre dans une optique exclusivement occidentale. Certes, on peut se dire que, tandis que Komako symbolise la satisfaction sensuelle et sexuelle, Yokô représente celle de l'esprit ou, tout simplement, de l'oeil. Mais que devient dans ce cas l'amour sincère que Shimamura porte à la première ? ...

Bien plus qu'une banale histoire d'amour, "Pays de Neige" est une recherche de la perfection et de la pureté à l'intérieur de ce sentiment. Seulement, pourquoi faudrait-il que la perfection prît corps pour atteindre à l'absolu ? En ce sens, le texte de "Pays de Neige" est à rapprocher de ces estampes ou peintures japonaises où l'on voit (par exemple) un petit personnage (vieillard, femme, enfant, peu importe le sexe et l'âge) cheminer, d'une allure qu'on devine lente, vers le sommet d'une montagne. Pour le spectacteur, il y a au moins autant, sinon plus, de plaisir à imaginer le repos qui l'attend qu'à contempler sa progression.

A mon modeste avis, c'est dans cette optique rien moins qu'occidentale qu'on doit lire "Pays de Neige" et probablement les autres textes de son auteur.
Faute de quoi, le lecteur risque de n'y rien comprendre et de se demander pourquoi Kawabata est tenu pour un tel maître - et, ce qui est plus grave, de passer ainsi à côté d'une oeuvre puissante et fragile, telle une fine lame d'acier aux mille reflets.
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MessageSujet: Re: Kawabata Yasunari.   Mer 4 Avr - 22:25

Ça fait quelques années que j'ai lu Kawabata alors pardonne-moi, Masques de Venise, si ma critique reste vague et non précise.

"Pays de Neige" m'avait frappé dès la première image dans le train, lorsqu'il aperçoit le reflet d'une jeune fille très belle sur la vitre et le jeu auquel il s'adonne alors en juxtaposant les yeux de la jeune fille à des lumières dans le paysage derrière la vitre.
Puis le personnage qui m'aura à jamais marqué dans ce livre, c'est celui de Komako, la "geisha". Je l'avais surnommée "Tragédie".
Cela peut peut-être tout dire.
C'est un personnage magnifique, plein de sensibilité et qui exprime pourtant toute une tristesse, une profonde tristesse...
Alors bien sûr, lorsque vous refermez le livre, vous vous demandez ce que vous venez de lire. Je dirai que c'est un peu comme ce pays de Neige irréel où il est difficile d'accès et où les jeunes filles donnent leur vie pour confectionner une étoffe.
D'ailleurs, pour l'anecdote, il existe un conte japonais.

http://yoshimi.over-blog.com/article-5940728.html

"Pays de neige", c'est un peu comme ce conte...
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Kawabata Yasunari.

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