Nota Bene
Forum Littéraire Résolument Atypique Tapissé de Mots, de Livres, de Littérature ... Exclusivement Réservé Aux Lecteurs Gourmets & Passionnés mais Non-enclins à la Mièvrerie
AccueilAccueil  PortailPortail  CalendrierCalendrier  GalerieGalerie  FAQFAQ  RechercherRechercher  S’enregistrerS’enregistrer  ConnexionConnexion  
Poster un nouveau sujet   Répondre au sujet
 

Thomas Hardy.

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
AuteurMessage
Masques de Venise
Mécréante Suprême
Mécréante Suprême


Sexe:FémininVerseauRat
Age : 48
Inscrit le : 06 Mai 2005
Messages : 14175
Localisation : Sous vos yeux mais vous ne me voyez pas ...
Loisirs : Tout ce qui concerne les mots et les livres.

MessageSujet: Thomas Hardy.   Mer 7 Mar - 10:58

Thomas Hardy naît le 2 juin 1840 à Upper Bockhampton, près de Dorchester, dans le Dorset, comté britannique qu'il immortalisera dans son oeuvre sous le nom imaginaire de "Wessex", en hommage à l'ancien patronyme du royaume des Saxons de l'Ouest.

Son père, maître maçon à l'origine, se fait de temps à autre entrepreneur. On le voit : le milieu dans lequel naît le futur romancier est simple et c'est cette "infériorité" qui l'empêchera plus tard de s'inscrire dans une université puisque, à cette époque, les facultés étaient interdites aux "classes inférieures" ... et aux femmes. C'est sa mère, qui aime les poètes latins et la littérature française, qui s'occupe de la première éducation de l'enfant. Pour lire Homère dans le texte, le jeune garçon apprend tout seul le grec. Il s'intéresse également à Darwin et à la critique de la Bible et glisse ainsi insensiblement vers l'athéisme. Enfin, on s'en doute, il commence à écrire des poèmes - dont certains ne seront publiés que bien plus tard, après qu'il se sera fait un nom de romancier.

A seize ans, il entre comme stagiaire dans un cabinet d'architectes spécialisé dans la restauration des vieilles églises - le héros des "Yeux Bleus" exerce ce métier.

Puis, à 22 ans, Hardy débarque à Londres où il se met à écrire des poèmes célébrant - et idéalisant - la vie rurale. Bien que nous soyons alors en pleine ère victorienne, si tournée vers les beaux sentiments pourvu qu'ils ne demandent pas à se concrétiser d'un point de vue social, la poésie ne nourrit toujours pas son homme. Alors, en 1867, il regagne le Dorset où il reprend brièvement son travail d'architecte-restaurateur auprès de la société Hicks, à Dorchester.

Mais il envisage désormais de se mettre à l'écriture d'un roman. Ce sera "The Poor Man & the Lady" dont le manuscrit sera impitoyablement rejeté par toutes les maisons d'édition et que son auteur, découragé, finira par détruire.

Hardy prend le temps d'épouser Emma Lavinia Gifford en 1872 - il l'avait rencontrée dès 1870 - et, deux ans plus tard, sort "Far from the Madding Crowd" - "Loin de la foule déchaînée" que l'on a parfois traduit sous le seul prénom de son héroïne : "Barbara" - qui remporte enfin un certain succès.

Viendront ensuite : "Le Retour au Pays Natal" ("The Return of the Native") et "Le Maire de Casterbridge" ("The Mayor of Casterbridge") ainsi que "Les Forestiers" ("The Woodlanders") en 1887. Puis, à cinq ans d'intervalle l'une de l'autre (1891/1896), ses deux oeuvres les plus connues : "Tess d'Urberville" et "Jude l'Obscur."

Par sa dénonciation impitoyable du sort réservé aux membres des "classes inférieures" et aussi par sa contestation des liens du mariage (Jude est contraint de se marier) qui va de pair avec la glorification de la liaison entretenue par le héros avec sa cousine, "Jude l'Obscur" cause un scandale énorme qui mettra fin à la carrière de romancier de Hardy, lequel se tourne alors vers ses premières amours littéraires : la poésie.


"Les Dynastes", qu'il compose entre 1903 et 1908 et qui ont pour thème l'épopée napoléonnienne, révèle un grand poète qui touchera à la perfection absolue avec les "Veteris Vestigia" écrites en 1912 en hommage à sa première épouse qui vient de s'éteindre.

En 1928, Thomas Hardy tire lui-même sa révérence à l'injustice de ce monde que Tess d'Urberville comparait à "une pomme tachée."

A noter que certains de ses romans ont connu une incarnation cinématographique de grande qualité : John Schlesinger a filmé "Loin de la Foule déchaînée" en 1967 avec Julie Harris, Terence Stamp et Peter Finch ; Roman Polanski a dédié à sa propre épouse, Sharon Tate, assassinée par la "famille" Manson en 1969, son superbe "Tess" qui sortit en 1979 ; enfin, en 1996, Michael Winterbottom a tourné une adaptation de "Jude l'Obscur" avec Kate Winslet et Christopher Eccletson, qui a ramassé un certain nombre de prix à Dinard, Madrid et Edimbourg.



_________________
http://notabene.forumactif.com/
http://blog.bebook.fr/woland/index.php/
Revenir en haut Aller en bas
Morgane la fée
Our Witch-Ambassadress to Albion
Our Witch-Ambassadress to Albion


Sexe:FémininLionDragon
Age : 20
Inscrit le : 23 Jan 2006
Messages : 1377
Localisation : Leicester (UK) et Antony (France) pendant les vacances
Emploi : Etudiante en American studies
Loisirs : lecture, cinéma, écriture, voyages

MessageSujet: Re: Thomas Hardy.   Mer 7 Mar - 11:34

Ah je suis tres contente de ce sujet sur Thomas Hardy qui est l'un de mes auteurs favoris (un de plus).

Cet auteur etait tout simplement trop en avance pour son temps.

Je me souviens particulierement des scenes ou Tess decide d'enterrer son enfant non-baptise faisent fi de l'avis du pretre et de Jude et sa compagne en pleine discussion sur la necessite ou non du marriage.


A noter que Thomas Hardy fait partie du cercle tres ferme des auteurs celebres aussi bien pour leur romans que pour leur poesie.
_________________
-We live as we dream--alone Heart of Darkness J. Conrad

-De Satan ou de Dieu, qu'importe ? Ange ou Sirène,
Qu'importe, si tu rends, – fée aux yeux de velours,
Rythme, parfum, lueur, ô mon unique reine ! –
L'univers moins hideux et les instants moins lourds ?
Baudelaire
Revenir en haut Aller en bas
Masques de Venise
Mécréante Suprême
Mécréante Suprême


Sexe:FémininVerseauRat
Age : 48
Inscrit le : 06 Mai 2005
Messages : 14175
Localisation : Sous vos yeux mais vous ne me voyez pas ...
Loisirs : Tout ce qui concerne les mots et les livres.

MessageSujet: Re: Thomas Hardy.   Jeu 8 Mar - 16:33



Tess of the D'Urbervilles
Traduction : Madeleine Rolland


Quelquefois, le romancier tombe amoureux de son héros, que celui-ci soit ou non du même sexe que lui. Le phénomène est très curieux parce que, au départ, le héros ou l'héroïne ne se distingue pas des autres héros ou héroïnes du même type. Il est un héros, et puis c'est tout. Mais lorsque le romancier s'enflamme pour lui, tout change et il se transforme soit en saint, soit en archétype, parfois même il devient les deux. Ainsi en est-il de Tess Durbeyfield ou plutôt d'Urberville.

Tess est la fille aînée d'un revendeur de poules nommé John Durbeyfield à qui, lorsque commence le roman - à la construction impeccable - le pasteur du coin vient de révéler qu'il descend en droite ligne de l'antique famille des d'Urberville, qui avaient suivi le Bâtard de Normandie dans sa conquête de l'Angleterre.

Durbeyfield et sa femme, Joan, ont l'idée assez saugrenue et tout-à-fait irresponsable d'envoyer Tess se réclamer de ce noble lien de parenté auprès de la vieille Mme d'Urberville qui vit à Kingsbere. Ce qu'ils ignorent, c'est que cette dame, aveugle depuis de longues années, s'appelait en réalité Stroke et ne s'était vu adjoindre la particule des d'Urberville à son patronyme qu'après que son mari l'eût rachetée après extinction de la famille. En outre, Tess ne la rencontre pas directement mais tombe sur son fils, Alec d'Urberville, beau garçon cynique et jouisseur qui, séduit par la beauté de la jeune fille, l'engage pour s'occuper de la basse-cour qui est la marotte de sa mère tout en lui faisant croire qu'il est, de fait, son cousin.

Bien que Tess n'éprouve pour lui que méfiance, d'Urberville parvient à ses fins et il la garderait bien pour maîtresse si elle ne prenait la décision de s'enfuir pour retourner chez ses parents où elle accouche d'un petit garçon qu'elle baptisera elle-même, à sa mort, du nom de "Chagrin." (Oui, ça peut paraître mélo mais le plus étonnant, dans ce livre au style très, très moderne, c'est que justement, bien loin d'user du mélodrame, Thomas Hardy lui préfère une sobriété bien éloignée du XIXème siècle.)

Après la mort de l'enfant, Tess reprend la route et se loue à la vaste laiterie des Cricks où le Hasard la remet en présence d'Angel Clare, fils de pasteur en révolte contre les usages de la société où il est né et qui rêve de se faire agriculteur et non pasteur, ainsi que le souhaitaient ses parents. Au tout début du livre, le jour même où le pasteur Tringham apprenait ses origines familiales au père de Tess, celle-ci avait dansé à une réunion villageoise et Angel, qui passait par là avec ses frères, était resté à contempler le spectacle.

Mais alors qu'il ne l'avait pour ainsi dire pas remarquée lors de cette première rencontre, cette fois-ci, peu à peu, il tombe amoureux d'elle et lui demande de l'épouser ...

Nous n'en sommes alors qu'à la moitié de ce livre qui se dévore sans effort tant le style se déroule en souplesse devant le lecteur, en parfaite harmonie avec les paysages ruraux du sud de l'Angleterre où Hardy plantait en général ses intrigues. La fin, on s'en doute - et on le sait si on a déjà vu l'admirable version filmée que donna de cette oeuvre majeure de son auteur le cinéaste Roman Polanski, en 1979 - est loin d'être heureuse . Mais il n'y en avait pas d'autre pour cette histoire toute drapée de la hiératique et cruelle beauté des tragédies grecques.

Même si l'on peut estimer que Hardy, né à la campagne, idéalise un peu trop le monde rural, il ne reste qu'à s'incliner devant le courage et la virulence avec lesquels il vilipende non seulement la société et le sort qu'elle fait aux femmes mais aussi ceux qui, armés des meilleures intentions, il est vrai, tentent de les réformer sans avoir pris la précaution de se réformer eux-mêmes.

Un grand, un très grand livre. De ceux que toute bibliothèque se doit d'honorer.

_________________
http://notabene.forumactif.com/
http://blog.bebook.fr/woland/index.php/
Revenir en haut Aller en bas
vv
Littérophage En Herbe.
Littérophage En Herbe.


Sexe:FémininTaureauTigre
Age : 22
Inscrit le : 01 Avr 2008
Messages : 3
Localisation : dublin
Emploi : Etudiante
Loisirs : voyages

MessageSujet: Jude the obscure   Mer 2 Avr - 0:53

que pensez vous de Jude the Obscure, le dernier roman de Thomas Hardy?
je suis en train d'ecrire un essai sur ce livre, et j'arrive pas a me decider. j'ai bien aimé le livre, mais la derniere partie, apres le suicide meutre de father little time, d'ou s'ensuit la descente aux enfer de Jude et la folie religieuse de Sue, ca m'a laissée sceptique.
Ok il s'agit d'un roman "realiste" victorien, mais j'ai du mal avec les suites d'evenements catastrophiques, et j'ai trouvé particulierement que tout le portrait de Sue Brideshead, presentée comme une femme libre ou la "premiere feministe de la litterature anglaise", etait ruiné par ce chapitre.
voila, je recherche d'autres avis.... Merci!
Revenir en haut Aller en bas
Masques de Venise
Mécréante Suprême
Mécréante Suprême


Sexe:FémininVerseauRat
Age : 48
Inscrit le : 06 Mai 2005
Messages : 14175
Localisation : Sous vos yeux mais vous ne me voyez pas ...
Loisirs : Tout ce qui concerne les mots et les livres.

MessageSujet: Re: Thomas Hardy.   Mer 2 Avr - 13:39

Je n'ai pas encore lu "Jude ..." parce qu'il est si triste que mieux vaut le faire quand tout va hyper-bien ! ... Wink

Mais Morgane ou Tom, peut-être ? ...
_________________
http://notabene.forumactif.com/
http://blog.bebook.fr/woland/index.php/
Revenir en haut Aller en bas
Thomas
Ordonnateur des Basses Oeuvres de Nota Bene - il en est fier, en plus ...
Ordonnateur des Basses Oeuvres de Nota Bene - il en est fier, en plus ...


Sexe:MasculinTaureauDragon
Age : 32
Inscrit le : 04 Avr 2006
Messages : 6737
Localisation : Paris
Emploi : Passionnant mais indescriptible...
Loisirs : Littérature, Cinéma, Photo, Cuisine

MessageSujet: Re: Thomas Hardy.   Mer 2 Avr - 13:43

Moi, non. Julie l'avait commencé, mais c'était à un moment où, justement, ça n'allait pas très fort, et elle ne l'a pas terminé...
_________________
"Le secret douloureux des dieux et des rois, c'est que les hommes sont libres." Jean-Paul Sartre, Les mouches
"La sensualité est la condition mystérieuse, mais nécessaire et créatrice, du développement intellectuel." Pierre Louÿs, Aphrodite

http://politiculture.hautetfort.com
Revenir en haut Aller en bas
Morgane la fée
Our Witch-Ambassadress to Albion
Our Witch-Ambassadress to Albion


Sexe:FémininLionDragon
Age : 20
Inscrit le : 23 Jan 2006
Messages : 1377
Localisation : Leicester (UK) et Antony (France) pendant les vacances
Emploi : Etudiante en American studies
Loisirs : lecture, cinéma, écriture, voyages

MessageSujet: Re: Thomas Hardy.   Mer 2 Avr - 13:54

Je l'ai lu et j'ai beaucoup aimé.
J'ai trouvé que la fin était particulièrement efficace et très subtile. Pendant quelques temps, on croit à la liberté pour les personnages et puis finalement non, ils s'effondrent tous à la fin.
Je ne pense pas que le personnage de Sue soit ruinée par ces derniers chapitres. C'est un personnage qui avait des espoirs, était très en avance pour son temps mais finalement se brise contre des forces qui la surpasse. Mais sa transformation finale n'annule en rien ses propos et ses actions précédentes.
_________________
-We live as we dream--alone Heart of Darkness J. Conrad

-De Satan ou de Dieu, qu'importe ? Ange ou Sirène,
Qu'importe, si tu rends, – fée aux yeux de velours,
Rythme, parfum, lueur, ô mon unique reine ! –
L'univers moins hideux et les instants moins lourds ?
Baudelaire
Revenir en haut Aller en bas
Masques de Venise
Mécréante Suprême
Mécréante Suprême


Sexe:FémininVerseauRat
Age : 48
Inscrit le : 06 Mai 2005
Messages : 14175
Localisation : Sous vos yeux mais vous ne me voyez pas ...
Loisirs : Tout ce qui concerne les mots et les livres.

MessageSujet: Re: Thomas Hardy.   Mer 2 Avr - 15:03

Ne peut-on penser également qu'ils sont, l'un et l'autre, rattrapés par la culpabilité judéo-chrétienne insufflée par l'éducation religieuse reçue ? On peut renier une religion ou s'apostasier, on peut se faire psychanalyser mais on ne peut annuler sans séquelles 2000 ans - au moins - de judéo-christianisme.

En période d'effondrement psychique de surcroît, cela peut jouer.
_________________
http://notabene.forumactif.com/
http://blog.bebook.fr/woland/index.php/
Revenir en haut Aller en bas

Thomas Hardy.

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Nota Bene :: Littérature. :: Littérature Anglo-saxonne et anglophone (sauf Pays celtes & USA).-
Poster un nouveau sujet   Répondre au sujet