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Masques de Venise
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Sujet: Jane Austen Lun 13 Juin - 11:04 |
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Northanger Abbey Traduction : Josette Salesse-Lavergne
« Northanger Abbey, » que Jane Austen acheva de rédiger en 1803 mais qui ne fut publié que treize ans plus tard, est de loin son roman le plus caustique.
Une fois de plus, l’héroïne qu’elle a choisie, Catherine Morland, est issue de la petite bourgeoisie anglaise – son père est clergyman - et vit dans un paisible village du sud de l’Angleterre où, on le devine, les occasions de se distraire sont plutôt rares ou alors si routinières que mieux vaut ne pas s’y appesantir.
Avec les ans, Catherine prend donc l’habitude de lire beaucoup, et essentiellement des romans, genre littéraire qui, à cette époque, était plutôt considéré par nombre de bien pensants comme une espèce de sous-littérature.
C’est l’Age d’Or du « roman gothique » dont Jane Austen nous cite ici les grands noms, aujourd’hui bien oubliés si l’on excepte Horace Walpole, Ann Radcliffe, Maturin et bien sûr Matthew Gregory Lewis. Catherine raffole de ces ouvrages où pullulent les spectres et les princes du Mal et passe des heures à en lire les péripéties.
Un jour cependant, une voisine de ses parents, Mrs Allen, femme frivole et assez sotte qui ne parle guère que lieux communs et toilette, l’invite à l’accompagner à Bath, station thermale et ville fort à la mode de l’époque. (Quelques années plus tard, Dickens brossera de cette ville un portrait tout aussi ironique dans les « Pickwick Papers. »)
Arrivée à Bath, Catherine déchanterait assez vite si Mrs Allen ne se voyait reconnue par une ancienne camarade de pension, Mrs Thorpe, laquelle leur présente deux au moins de ses enfants : la somptueuse Isabel, jeune fille « dans le vent » d’une grande beauté et le présomptueux John, son seul fils, en qui Jane Austen caricature à plaisir le « dandy » dans toute sa gloire.
Tout de suite, Isabel se prend d’un affection démonstrative et presque déclamatoire pour la douce, timide et naïve Catherine. Quant à son frère, qui, par un hasard comme les affectionnent les romanciers de tous âges et de tous genres , a eu pour condisciple à Oxford le propre frère de Catherine, James Morland, il se pose tout de suite en prétendant sérieux quoique non désiré.
Pourquoi non désiré ? Eh ! bien, parce que John Thorpe non seulement est laid mais il est de plus stupide et parfaitement épuisant. Tandis que sa soeur ne saurait prononcer un mot sans tomber dans les déclarations outrancières – attend-elle cinq minutes qu’elle parle de « dix heures d’ennui effroyable » - son frère, lui, fait pratiquement les demandes et les réponses, disant ainsi tout et son contraire, et s'en s'en rendre compte un seul instant, qui pis est. Quant aux sujets sur lesquels il se montre intarissable, on en fait vite le tour : les chevaux, la mode, le jeu, la fortune d’un tel ou d’une telle. Ajoutez à cela qu'il aime à lever le coude et le portrait sera complet.:ivr:
En dehors de cela, rien. A la différence de sa soeur qui, au moins, lit des romans, John, lui, ne lit pas. (Vous imaginez l'horreur ? ... )
Fort heureusement pour elle, Catherine a également fait la connaissance de Henry Tilney et de sa sœur, Eleonor. Le premier ne lui est pas tout à fait indifférent, il faut bien le dire. Quant à la seconde, sa douceur et son bon sens l’attirent irrésistiblement. Aussi, lorsque le général Tilney, leur père, l'invite à faire un petit séjour chez eux, à Northanger Abbey, est-elle au comble de la joie.
Entretemps, James, son frère, s’est fiancé avec Isabel, ce qui n’empêche nullement cette dernière de continuer à flirter à droite et à gauche, notamment avec le capitaine Frederick Tilney, frère aîné de Henry et d’Eleonor, débarqué à Bath pour y prendre un peu de bon temps …
Voici, résumés tant bien que mal, les divers ingrédients qui vont permettre à Jane Austen de nous raconter, sur le ton pince-sans-rire qu'on lui connaît mais qui, dans ce livre, atteint au summum, une histoire certes sans prétention mais qui se laisse lire avec un vif plaisir. Ainsi qu’il est d’usage à l’époque, les méchants verront leurs espoirs s’effondrer et les gentils seront récompensés. Le lecteur, quant à lui, se sera bien amusé même si la conclusion moralisatrice n'est pas sans lui évoquer les oeuvres de la comtesse de Ségur.
Si vous n’avez jamais lu cet écrivain dont les idées et le style demeurent, malgré tout, beaucoup plus proches du XXème siècle que du XIXème, « Northanger Abbey » constitue, avec ce chef-d’œuvre que demeure « Orgueil et Préjugés », le meilleur moyen pour aborder son œuvre. Si j'étais vous, je commencerai cependant par "Orgueil et Préjugés", plus profond que cette pochade de grand talent qu'est "Northanger Abbey." :cool:
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Sujet: Raison & Sentiments - Jane Austen. Sam 14 Oct - 9:31 |
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Sense & Sensibility Traduction : Marcelle Sibon
Henry James et Virginia Woolf l'ont célébrée à l'envi : il faut bien admettre que Jane Austen ne ressemble à personne lorsqu'elle s'avise de disséquer la société dans laquelle elle est née. Ses dialogues, qui dissimulent autant qu'ils en disent, sont de véritables chefs-d'oeuvre, aussi travaillés que ceux - d'un tout autre genre mais eux aussi britanniques - de P.G. Wodehouse.
Pourtant, le monde qu'elle n'a cessé de dépeindre dans ses livres demeure un monde aussi clos que celui que l'on rencontre dans les romans dits "à l'eau de rose" ou encore "pour jeunes filles de bonne famille." Les valeurs qu'elle défend, force morale, discrétion, réserve, bonne éducation, on les retrouve par exemple chez des auteurs plus humbles, comme Delly en France. Un même parallèle peut s'établir quant aux thèmes repris, plus nettement féeriques chez Delly mais qui, chez Austen, descendent eux aussi des histoires de jeunes filles mal aimées ou méconnues qui, pourtant, finissent un jour par atteindre au bonheur.
Dans "Raison & Sentiments", qui fut son premier ouvrage de grande ampleur, le lecteur assiste au véritable parcours du combattant qui attend Elinor Dashwood, jeune fille de bonne mais modeste famille, amoureuse du fils aîné de Mrs Ferrars, vieille femme de caractère snob et méprisant qui s'oppose, bien entendu, à tout mariage considéré par elle comme inférieur à la condition et à la fortune de son fils Edward.
Comme si cela ne suffisait pas, la pauvre Elinor, à la suite d'un concours de circonstances que je vous laisse découvrir, est prise comme confidente par Lucy Steele, laquelle affirme être fiancée secrètement à Edward depuis que celui-ci a séjourné chez son père.
Vous imaginez le martyre ? ...
Mais un martyre bien entendu subi dans la plus grande dignité par la sage et très raisonnable Elinor.
En contrepoint, sa soeur cadette, Marianne, laisse parler ses sentiments envers le beau mais tout aussi libertin Willoughby. Marianne est en effet une nature excessive et l'on peut voir en elle une caricature très fine des sentiments romantiques de l'époque qui prenaient alors leur essor - Jane Austen mourut en 1817, probablement des suites de la maladie d'Addison, sur laquelle on n'avait pas encore mis de nom.
Surviennent évidemment la découverte des véritables intentions de Willoughby - épouser une fille fortunée - puis la dépression de Marianne et son repli sur soi. Si elle souffre en silence, nul ne peut en tous cas ignorer sa douleur tant celle-ci est visible. Jusque dans le malheur, les deux soeurs sont aux antipodes l'une de l'autre et il faudra près de 370 pages en édition de poche pour que la cadette comprenne toute la grandeur de l'attitude de sa soeur.
Comme toujours chez Austen, les seconds rôles sont irremplaçables : Mrs Jennings, qui nous apparaît tout d'abord comme une insupportable bavarde mais nous révèlera peu à peu une nature attachante et généreuse ; son beau-fils, sir John Middleton, petit hobereau brouillon mais sympathique ; ses deux filles, lady Middleton et Charlotte Palmer, toutes deux sottes comme des oies mais chacune dans un registre différend ; le dévoué colonel Brandon et, telles deux cerises d'un rouge agressif sur une montagne de crème, Mr et Mrs John Dashwood, demi-frère et (demi-)belle-soeur d'Elinor et Marianne. C'est à eux que Jane Austen a confié l'ouverture du roman, en un dialogue (chapitre 2) allègre et grinçant où elle dénonce pour la première fois le triste sort qui était fait à son époque aux veuves et aux filles laissées sans grand héritage par leur père.
Avec "Orgueil et Préjugés" et sans doute "Northanger Abbey", "Raison & Sentiment" reste à mes yeux le plus plaisant des six romans achevés par Jane Austen dans sa courte vie.
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Sujet: Orgueil & Préjugés - Jane Austen. Sam 14 Oct - 10:01 |
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Pride & Prejudice Traduction : V. Leconte & Ch. Pressoir
Pour nombre de ses lecteurs, "Orgueil & Préjugés" demeure le chef-d'oeuvre de Jane Austen. Il faut dire que tout, ici, est parfait : les pièces s'emboîtent les unes aux autres au millimètre près, rien n'est laissé au hasard et un souffle de puissance passe sur l'ensemble.
Une fois de plus, surtout si on le compare à celui de ses contemporains (les soeurs Brontë, Mary Shelley, Byron, etc ...), le style de Jane Austen frappe par son extraordinaire modernité. Certes, il appartient au XIXème siècle par la richesse du détail mais il est déjà du XXème par l'emploi fréquent de phrases courtes et incisives et, plus encore, par la modernité de la critique sociale.
Il est vrai que, dans les romans d'Austen, nulle allusion n'est faite au statut des domestiques, des ouvriers ou des paysans, encore moins à celui de plus misérables qu'eux. Le domaine de la romancière, c'est la bourgeoisie et la petite aristocratie. En revanche, cette célibataire volontairement ou non endurcie (la dot de Jane ne devait pas être très conséquente) s'attaque avec énergie au statut de la Femme dans la société pré-victorienne.
Et le moins que l'on puisse dire, c'est qu'elle n'y va pas de main morte !
En ce XIXème siècle qui commence avec les débordements pourtant si peu matérialistes des Romantiques, la femme qui ne dispose pas de suffisamment d'argent soit par la naissance, soit par l'héritage n'a pas d'avenir - à moins d'un miracle qui reste toujours possible, il est vrai. Dépendante en effet, elle le sera toujours : soit de son père qui, s'il ne lui garantit pas une dot adéquate, lui ferme la porte d'un bon mariage, soit de ses frères (et de ses belles-soeurs) qui, à la mort du père, auront reçu le titre éventuel et la plus grande partie de l'héritage, soit enfin de son mari qui, s'il ne se soucie pas de lui garantir un douaire, risque de faire d'elle l'une de ces "parentes pauvres" dont Balzac a donné une idée en France avec sa "Cousine Bette."
Cette critique, tour à tour féroce et poignante, reste un leitmotiv dans l'oeuvre d'Austen mais jamais peut-être on ne le ressent autant que dans "Orgueil & Préjugés" où Jane et Elizabeth Bennett ont la plus grande peine à se faire une place au soleil par le mariage en raison : a) du peu de fortune de leur famille ; b) et du laisser-aller qui préside à la relation entre leurs parents.
Intrépide, naturelle mais cependant toujours profondément digne, le personnage d'Elizabeth se fait ici le porte-parole de l'auteur pour dénoncer l'hypocrisie sous le sens des convenances et la mise-en-quarantaine de certain(e)s afin que soit préservé l'équilibre d'une société désespérément figée. Austen va même jusqu'à dénoncer le fait que tout (ou presque) soit autorisé aux hommes alors que les femmes doivent subir, subir et encore subir ...
Pour le reste, si vous ne connaissez pas encore l'histoire des amours du beau et arrogant Mr Darcy avec Elizabeth ni celle de son ami, Mr Bingley, avec Jane, sa soeur aînée, l'heure est venue pour vous de vous y plonger. Vous n'y perdrez pas car, sous le vernis du roman d'amour, "Orgueil & Préjugés" constitue l'une des plus fines et des plus implacables analyses qui aient jamais été faites sur la bonne société britannique du temps.
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Sujet: Persuasion - Jane Austen. Sam 14 Oct - 10:28 |
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Persuasion Traduction : André Bélamich
Eclairons tout d'abord le titre. Quand Henry, le frère de Jane Austen, le fit publier peu après la mort de sa soeur, il choisit le mot anglais "Persuasion", par référence probable à "Orgueil et Préjugés" puisque, dans la langue de Shakespeare, "persuasion" désigne surtout une idée préconçue, une conviction. Alors que notre "persuasion" française n'a plus grand rapport avec cela. D'ailleurs, le titre provisoire que la romancière avait trouvé à son dernier manuscrit était : "Ann Elliott ou l'Ancienne inclination", ce qui est tout autre chose.
Quoi qu'il en soit, ce dernier opus est d'une délicatesse achevée et l'on peut imaginer Henry James se pâmant en le lisant. L'héroïne, que sa créatrice jugeait parfois "trop bonne", est beaucoup plus complexe qu'il n'y paraît. En apparence en effet, Ann est un personnage soumis, presque gris, qu'a toujours écrasée la volonté des autres. A commencer par celle de son père et de sa soeur aînée, la très brillante (et très snob) Elisabeth Elliott. Obsédés par le titre de baronnet de sir Elliott, ces deux-là jugent avec tant de hauteur les fortunes et les soupirants qui se présentent qu'il ne faut pas s'étonner de voir Miss Elliott encore fille à l'âge - pourtant respectable à cette époque - de 27 ans.
C'est dans la même optique que, huit ans plus tôt, tous deux avaient fait pression sur Ann pour que celle-ci déclinât la proposition de mariage du capitaine Wentworth, jeune officier de marine qui n'avait pour lui que sa valeur morale. Ils avaient été aidés dans leur entreprise par lady Russell, la marraine d'Ann, femme pourtant sympathique et à dix mille lieues des prétentions de Sir John et de son aînée, mais qui avait elle aussi pensé à l'époque que sa préférée pouvait prétendre à mieux.
Les années passant et Sir Elliott et son aînée se refusant à réduire leur train de vie, les voilà contraints de louer leur propriété et de s'exiler à Bath. Le père et sa favorite s'exilent les premiers, laissant Ann chez Mary, troisième et dernière des soeurs Elliott et la seule à ce jour à avoir fait un relatif beau mariage.
Bien entendu, de concours de circonstances en hasard plus ou moins heureux, Ann va retrouver le capitaine Wentworth sur sa route ...
Si Austen revisite à sa façon le thème Cendrillon, elle ne s'en fait pas moins acerbe et dure dans la vision qu'elle donne d'une société où seule compte la sauvegarde des apparences - et de sa fortune. Peu importe par exemple que le cousin des Elliot, qui doit plus tard récupérer le titre de Sir John en raison d'une entente juridique nommée "entail", ait fait un premier mariage fortuné mais sans amour dans l'unique but de bien asseoir ses revenus personnels : bien que la chose soit de notoriété quasi publique, tout le monde s'attend bien à ce qu'Ann agrée sa demande. Soit, ce gentleman s'est vu forcé à un mariage de raison par les circonstances. Mais maintenant qu'il est veuf et riche, n'est-il pas logique qu'il choisisse sa deuxième épouse parmi les filles de l'homme dont la mort lui garantira un titre ? En un sens, c'est même très moral ...
Comme on le voit, la caricature, ici, est très amère et Ann n'aura pas trop de sa douceur et de sa force d'âme pour parvenir sans trop de blessures à une fin que Jane Austen, en dépit de son expérience personnelle, a voulu heureuse. Il faut dire que, si elle tenait à venger son lecteur du comportement outrancier et presque vulgaire de Sir Elliott et d'Elizabeth tout au long du livre, la romancière n'avait pas d'autre choix.
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Lisia
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Sujet: Re: Jane Austen Ven 2 Mar - 12:45 |
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Je viens de finir "Orgueil et préjugés", et je suis déçue. Le livre est agréable à lire, l'auteur possède l'art de raconter. Il est également intéressant en ce qu'il constitue un témoignage de la société bourgeoise de l'époque et des ses conventions.
Mais c'est LE roman sentimental de littérature féminine dans toute sa splendeur, avec une histoire d'amour banale et des personnages très caricaturés. Hormis quelques (rares) passages assez drôles et ironiques (avec Mr Bennett), j'ai trouvé le reste très "premier degré" et assez naïf.
Au crédit de Jane Austen, cependant, j'ai lu dans sa bio, qu'elle avait écrit ce roman à l'âge de 20 ans...
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Masques de Venise
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Sujet: Re: Jane Austen Ven 2 Mar - 13:06 |
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C'est vrai que, du point de vue strictement sentimental, c'est en effet une intrigue conventionnelle, que l'on peut retrouver (avec des variantes sensibles cependant et sous forme de schéma plus simple) dans Delly, par exemple. Darcy m'a toujours fait penser à un héros dellyesque : beau, viril, méprisant et doté d'un caractère indomptable. Elisabeth, par contre, n'a rien de dellyesque : elle est plus délurée, plus affirmée.
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Lisia
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Sujet: Re: Jane Austen Ven 2 Mar - 13:26 |
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Je n'ai jamais lu Delly. Dans le genre littérature féminine-commerciale, adolescente, je dévorais les romans de Guy des Cars, avec le sentiment coupable de ne pas lire de la "bonne littérature", mais j'aimais ça. Ses héroïnes étaient la plupart du temps des femmes qui vivaient des aventures hors du commun
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Morgane la fée
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Sujet: Re: Jane Austen Lun 5 Mar - 14:12 |
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| Lisia a écrit: | | avec une histoire d'amour banale et des personnages très caricaturés. |
Je ne suis pas vraiment d'accord avec cette remarque.
Ce qui est considere comme caricaturale de nos jours differe de ce qui l'etait a l'epoque de Jane Austen, par consequent son oeuvre est a remettre dans son contexte, il en est de meme pour le banale. Elle etait tres moderne pour son epoque.
Des auteurs comme Jane Austen ont une influence considerable sur tout le monde (meme sur ceux qui ne lisent pas). Ses histoires peuvent paraitre banales car nous les connaissons avant meme de les voir lu. Mais cela vient de leur popularite, non de leur banalite.
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Sujet: Re: Jane Austen Lun 5 Mar - 19:33 |
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Bien sûr Morgane, mais il y a des romans qui vieillissent plus ou moins bien (Je ne parle pas d'Austen sur qui je ne me prononcerai pas puisque je ne l'ai pas lue) et parfois il y a des romans qui vieillissent parce que leur sillon a été creusé par d'autres ensuite et que ce qui faisait leur originalité à leur époque n'est plus perceptible pour nous. C'est très dommage pour les auteurs, qui ne sont plus vus comme les novateurs qu'ils étaient, mais on n'y peut rien... Déjà qu'on perçoit différemment un même roman qu'on lit à des époques différentes de sa vie, alors imagine ce que ça donne au niveau de lecteurs différents qui appartiennent à des époques différentes... Il y a des procédés littéraires révolutionnaires qui n'ont pas été inventés par ceux qui les ont fait passer à la postérité. Si je me souviens bien, on dit que l'inventeur du flux de concience est un certain Edouard Dujardin. Mais c'est Joyce et Woolf qui sont restés dans l'histoire littéraire. Je me demande à quoi ça tient, ces caprices de la postérité...
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Masques de Venise
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Sujet: Re: Jane Austen Dim 29 Juil - 18:03 |
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Emma Traduction : Josette Salesse-Lavergne
Après avoir eu un peu de mal à entrer dans ce roman, le plus ambitieux de Jane Austen, je viens d'achever de le dévorer aujourd'hui et je ne suis pas loin de lui conférer la première place devant "Orgueil et Préjugés" ou encore "Persuasion."
Le style est toujours aussi austenien, aussi serré, curieux mélange entre ce que nous donneront le XIXème siècle commençant et le XXème encore dans les limbes. La construction est soigneusement agencée et, si l'on tient compte de l'époque à laquelle ce texte est né, il n'y a, en fait, aucune longueur superflue. Une fois de plus, nous sommes dans la campagne anglaise, un petit village sympathique dénommé Highbury avec ses hobereaux et sa petite bourgeoisie. Et une fois de plus, le thème choisi est l'amour, le mariage. Toutes proportions gardées et à la mode anglaise, on pourrait y voir une forme de marivaudage.
Emma Woodhouse, l'héroïne, est une jeune fille intelligente, sensible et dotée d'un sens aigu des convenances sociales. Elle souffre d'une manie assez rare à son âge : elle prétend marier les autres et non se marier avant les autres. Au tout début du roman, elle persuade sa toute nouvelle amie, Harriet Smith, de refuser la demande en mariage d'un prétendant qui, selon elle, lui est inférieur (il s'agit d'un gros fermier) et d'orienter ses batteries sur le jeune et fringant vicaire, Mr Elton.
Là-dessus, viennent se greffer des intrigues secondaires que j'aurai garde de révéler car cela gâcherait le plaisir du futur lecteur. Qu'il sache seulement que cette diversité dans les actes et les caractères permet à Jane Austen de faire le point sur tous les défauts qu'elle reprochait déjà à la société dans ses romans précédents : compartimentation sociale trop étanche, abaissement de la femme si celle-ci n'a ni fortune, ni mari, inégalités confondantes entre le statut de l'homme et celui de la femme, etc ...
Mais jamais Austen n'a été aussi puissante, aussi cinglante, aussi féroce - aussi violente même. Son ton évoque ici celui, froid et tranquille, d'une personne extrêmement courtoise qui, sans perdre son sang-froid, inflige à ceux qu'elle déteste toute une pluie de critiques acérées, les enchaînant avec une parfaite maîtrise les unes à la suite des autres.
Oui, décidément, "Emma" est bien le meilleur roman de Jane Austen.
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Sujet: Re: Jane Austen Sam 4 Aoû - 21:20 |
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[quote="Masques de Venise
Oui, décidément, [b]"Emma" est bien le meilleur roman de Jane Austen. [/quote]
Je suis de ton avis. Emma est le meilleur Jane Austen que j'ai lu pour l'instant. Je ne sais pas pourquoi, mais lorsque je pense à ce livre je ressens comme un vent de fraîcheur.
Il faut souligner aussi le fait qu' Emma est la" moins parfaite" des personnages principaux de l'auteur, on est loin de l'insipide Fanny Price de Mansfield Park et c'est tant mieux!
Voici mon classement des 4 romans que j'ai lu:
1Emma 2Sense and Sensibility (le contraste entre les 2 soeurs est un coup de génie) 3Pride and Prejudice
4Mansfield Park (livre qui a mis fin à ma période Jane Austen, dommage car la scène de théâtre est très bien)
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Sujet: Re: Jane Austen Dim 27 Jan - 18:20 |
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Mansfield Park Traduction : Denise Getzler
Avec "Emma", "Mansfield Park" est le roman le plus épais de Jane Austen. La première fois que je l'ai lu, j'en suis sortie assez déconcertée, peut-être d'abord par la traduction mais aussi par la carrure, très cendrillonnesque, de l'héroïne. Et puis, à la faveur d'une rhino-pharyngo-chose qui me privait du plaisir de lire à haute voix, j'ai repris l'ouvrage et je lui ai découvert un certain charme.
Les trois soeurs Ward ont fait des mariages bien différents. La grande beauté de Maria, l'aînée, lui a permis de séduire Sir Thomas Bertram, possesseur d'une très belle demeure sise dans la campagne anglaise et dénommée Mansfield Park. La seconde, de physique plus discret, a dû se rabattre sur un parent de son riche beau-frère, le pasteur Norris. Quant à la troisième, Frances, aussi belle que l'aînée mais plus tête folle, elle s'est éprise d'un lieutenant de marine sans revenus ni prétentions.
Lady Bertram a eu quatre enfants : William, Edmund, Julia et Maria. Mrs Norris n'en a eu aucun. Frances Price en a au contraire toute une ribambelle.
Un jour, bien que les relations entre Mansfield Park et la famille Price soient des plus épisodiques, Frances écrit à sa soeur pour lui demander de prendre à sa charge l'éducation de l'un de ses enfants. Après quelques hésitations, les Bertram se décident pour la fille aînée, Fanny, qu'ils accueillent donc en leur demeure avec la ferme intention de lui donner la meilleure instruction possible tout en lui faisant bien comprendre la différence de condition qui la sépare de ses cousins.
Mais les Bertram ne sont pas vraiment méchants et, peu à peu, chacun à sa manière, ils s'attachent à Fanny dont le meilleur ami dans la maison devient son cousin Edmund. Bref, la vie ne serait pas si mauvaise pour l'adolescente, n'était sa tante Norris qui, pour des raisons mesquines, ne manque pas une occasion de lui rappeler qu'elle est d'une condition inférieure à toute la maisonnée Bertram, etc, etc ...
Quelques années plus tard, alors que tous sont devenus des jeunes gens - Tom fait la noce à Londre, Edmund envisage de se faire ordonner, Maria vient tout juste de se fiancer à un hobereau local d'une parfaite stupidité et Julia cherche encore la perle rare - les affaires de lord Bertram le requièrent personnellement aux Antilles, où il possède une plantation. Il s'absente pour à peu près un an et, comme le veut le proverbe, les souris se mettent alors à danser ...
Non la pauvre Fanny bien sûr dont la principale fonction, à Mansfield Park, est de tenir compagnie à l'indolence d'idole de lady Bertram mais les enfants Bertram que trouble fort l'arrivée au presbytère de Mary et Henry Crawford.
Henry, le frère, commence à faire la cour à Julia, puis à Maria. Quant à Mary, elle s'est mise en tête de séduire Edmund et y réussit assez bien, au grand dam de Fanny qui, sans s'en être aperçue, est tombée amoureuse de son cousin. Là-dessus vient se greffer le retour de Tom et de l'un de ses amis, Mr Yates, passionné de théâtre amateur ...
Conte de fées moral, "Mansfield Park" récompense les bons et les généreux et châtie les superficiels et les égoïstes. Mais on y retrouve en filigrane le mépris austenien pour les conventions sociales qui se basent sur les "espérances" d'une fille à marier pour déterminer si la jeune fille en question est digne ou non d'être aimée. Le regard que porte la romancière britannique sur l'establishment de son époque est toujours aussi féroce et lord Rushworth par exemple, le fiancé, puis l'époux trahi de Maria, a tout de la caricature impitoyable.
Autre caricature, dont la sottise et l'étroitesse d'esprit ne peuvent manquer d'indigner le lecteur : Mrs Norris, toujours prête à s'émerveiller devant ses nièces Bertram parce que celles-ci ont leurs revenus assurés et qui traiterait la pauvre Fanny comme un paillasson si on la laissait faire.
Un roman à déguster tranquillement, tout en sachant qu'il est peut-être le plus conventionnel de ceux qu'écrivit Jane Austen.
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Carla
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Sujet: Re: Jane Austen Dim 27 Jan - 19:34 |
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Les Austen, il faut absolument que je les relise. C'est délicieux : il ne se passe quasiment rien mais on ne peut s'empêcher de se laisser prendre... Et puis quand même, Austen, c'est un sacré bout de bonne femme qui portait un regard délicieusement caustique sur la société de son époque !
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Séraphine
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Sujet: Re: Jane Austen Dim 27 Jan - 19:52 |
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| Carla a écrit: | | il ne se passe quasiment rien |
Comme tu dis...
Je n'ai jamais dépassé 5 pages !
Totalement allergique à cette "inertie littéraire".
En vieillissant, je retenterai...
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Loïc
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Sujet: Re: Jane Austen Dim 27 Jan - 21:09 |
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J'aime bien quand il se passe rien. Dans Proust non plus, quelque part il ne se passe rien : pas un meurtre, pas de poursuite en bagnole (-))), pas de cavales, pas de drames particuliers..La grandeur d'un romancier, c'est de pouvoir parler de la banalité de la vie sans ennuyer le lecteur.
Je n'ai pas lu de Jane Austen mais j'arrête pas d'en entendre parler depuis quelques temps. ça me tente bien.
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