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Emily Brontë.

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Masques de Venise
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MessageSujet: Emily Brontë.   Jeu 26 Avr - 17:56

Emily Brontë naquit en juillet 1818 et, trente ans plus tard, elle était morte.

Elle avait six ans quand sa famille (le père, Patrick et sa femme, née Maria Branwell, sans oublier les six enfants) se retrouvèrent au presbytère de Haworth, où Mr Brontë venait d'être nommé. Haworth lui-même et les landes parcourues par le vent qui l'entouraient allaient certes imprimer leur sceau sur l'oeuvre entière de la fratrie. Mais, plus que tout autre, "Wuthering Heights" en est pétri.

Avec Charlotte, Ann et Branwell, leur frère, Emily participa à la rédaction des "Juvelinia", récits de jeunesse écrits en pattes de mouches et qui narrent les aventures de héros fortement inspirés par les exploits du duc de Wellington, dans les contrées d'Angria, de Gondal, de Gaaldine et d'Oceania. Chaque enfant avait son royaume et il arrivait que les enfants y travaillassent par "couple" : Branwell avec Emily, Charlotte avec Ann.

Après avoir tenté de fonder à Haworth une institution pour jeunes filles de bonne famille, Charlotte finit par envisager leurs productions littéraires comme une possible échappatoire à leurs soucis financiers. Le remarquable et sombre talent poétique d'Emily l'avait singulièrement frappée. Elle proposa à sa cadette, qui ne se plaisait que dans la solitude de Haworth, de proposer à un éditeur un recueil regroupant quelques uns de leurs meilleurs vers. Un peu à contrecoeur, Emily s'exécuta et ce fut là que les trois soeurs adoptèrent des noms de plume masculins. Celui choisi par Emily fut "Ellis Bell."

Après le succès des poèmes et leur éditeur leur ayant demandé un roman, Emily s'attaqua à son unique oeuvre en prose : "Wuthering Heigts", qui fut immédiatement acceptée par la maison d'édition mais qui choqua nombre de critiques par la violence, l'âpreté et l'anti-conformisme qui s'y révélaient par larges touches de ténèbres.

La jeune fille mourut donc de tuberculose, en décembre 1848, sans avoir réalisé qu'un jour, ses textes, devenus des classiques de la littérature anglaise, seraient donnés aux examens aux élèves désireux d'obtenir leur "A Level."


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MessageSujet: Re: Emily Brontë.   Jeu 26 Avr - 19:13



Wuthering Heights
Traduction : Frédéric Delebecque


Pour le lecteur du XXIème siècle un tant soit peu féru de littérature du XIXème, "Les Hauts de Hurle-Vent" est un véritable coup de poing qu'il reçoit, bouche bée, en plein dans l'estomac.

Où diable donc cette fille de pasteur protestant, qui ne se plaisait que dans la solitude grandiose mais effrayante du Nord du Yorkshire et qui mourut la trentaine à peine achevée, sans avoir pratiquement rien connu du reste de l'univers, oui, dans quels tréfonds de la conscience collective a-t-elle pu puiser cette lave noire, brûlante et tempétueuse qui constitue les fondements mêmes des "Hauts ..." ?

Déjà, le style surprend. C'est un caractère plus masculin que féminin qui se révèle ici. Mais cela va bien plus loin : le trait est ferme, dur, précis ; la construction, en dépit de ses récits emboîtés, a la solidité du granit ; les héros maudits sont d'une seule pièce - et seule la mort parvient à démasquer cette complexité qu'ils n'ont jamais cherché à comprendre en eux parce qu'ils voulaient trop en jouir ; les autres personnages (Lockwood, Nelly Dean, Isabel et Edgar Linton, l'affreux Joseph, les Earnshaw, grand-père, père et fils, le fils Heathcliffe ...), plus francs sans doute et moins volontaires que le couple Catherine-Heatcliffe, forment un choeur à la hauteur du texte et des paysages. Quant aux décors, à mi-chemin entre le gothique radcliffien et la tradition terrienne qu'illustrera plus tard Thomas Hardy, ils sont parfaits.

Si l'on excepte les conventions en vigueur à l'époque dans la société anglaise et qui, bien entendu, réapparaissent çà et là, "Les Hauts de Hurle-Vent" pourrait passer pour avoir été écrit au XXème siècle.

C'est aussi l'un des plus belles histoires de fantômes et de vampires qu'il m'ait jamais été donné de lire. Car Heathcliffe se comporte bel et bien comme un vampire qui, poussé par la vengeance, veut enlever la vie à ceux qu'il hait. C'est à croire que, tel un vampire, il ne peut survivre que s'il pille la force vitale des autres. D'ailleurs, quand sa complaisance pour Hareton lui fait comprendre que cet instinct est moribond, Heathcliffe se tourne directement vers la Mort, afin d'y retrouver Cathy. Il retourne, semble-t-il, là d'où il était venu, enfant mystérieux et à demi-muet qu'un soir de tempête, le Hasard avait placé sur la route du vieux Mr Earnshaw.

Les fantômes sont nombreux et, en bons fantômes, impalpables : lorsqu'il passe la nuit chez Heathcliffe, Mr Lockwood est vite persuadé d'avoir eu affaire à celui de Cathy. Et lorsqu'il en parle à son hôte, celui-ci, si sarcastique qu'il soit, paraît touché. A la fin du roman, lorsque la Mort aura uni Heathcliffe et Catherine, un petit berger jurera même à Mrs Dean "les" avoir vus, "là-bas" ...

Jusque dans leurs apparitions spectrales, ils conservent d'ailleurs quelque chose qui continue à évoquer le vampirisme.

Dans ce roman atypique, dont on devine combien il put choquer les bien-pensants, la perversion gît aussi tout au fond de la passion qui lie Heathcliffe à Catherine Earnshaw. L'un comme l'autre, ils ressemblent à de jeunes fauves pour lesquels les conventions sociales n'existent pas. Certes, ils ne sont pas frère et soeur mais il y a un curieux relent d'inceste dans certains mariages que nous égrène Emily Brontë : Heathcliffe épouse la soeur d'Edgar, son fils épousera la fille d'Edgar et de Catherine et celle-ci se remariera avec le neveu de sa mère ... (L'un des autres héros de la fratrie Brontë était, soulignons-le, lord Byron.)

La sexualité n'est évidemment pas abordée au grand jour mais celle d'Heathcliffe, Bunuel ne s'y est pas trompé, a des airs de nécrophilie. Edgar Linton est efféminé (en tous cas au début) alors que Catherine Earnshaw a quelque chose de masculin, etc, etc ... Mis à part Heathcliffe et Hareton Earnshaw d'ailleurs, les hommes sont bien maltraités dans ce roman.


Un livre étrange dans tous les sens du mot, une espèce d'ovni littéraire au style résolument moderne, l'une des plus belles perles noires de la littérature anglaise.
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