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E. M. Forster

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MessageSujet: E. M. Forster   Ven 17 Oct - 16:06

Edward Morgan Forster, mieux connu sous le nom d'E.M. Forster, naquit à Londres, le 1er janvier 1879, dans un milieu particulièrement aisé puisque son père était architecte.

En principe, il aurait dû recevoir le prénom de "Henry" mais une erreur survint à la dernière minute et c'est sous celui d'Edward, réduit le plus souvent à une initiale, qu'il devait accéder à la célébrité littéraire.

Après des études dans le Kent et un établissement - Tonbridge - qu'il ne porta jamais dans son coeur, il passa au King's College de l'Université de Cambridge où il s'adapta beaucoup mieux. A compter de 1901, on le retrouve parmi les membres de la Cambridge Conversazione Society dont un grand nombre se retrouveront aux côtés des Woolf dans le Bloomsbury Group.

Forster voyagea beaucoup, en Allemagne mais aussi en Egypte et aux Indes, encore anglaises. Après la Grande guerre, il voyagea également dans toute l'Europe mais le plus souvent avec sa mère. Forster devait vivre avec elle jusqu'à ce qu'elle décède, en 1945.

Son premier roman, "Where Angels Fear to Tread", date de 1905. Mais il lui faudra attendre encore cinq ans et la parution de "Retour à Howards End" pour que son nom commence à être connu du monde littéraire comme du public.

De Forster, on citera encore "Route des Indes", son roman probablement le plus célèbre, qu'il écrivit en 1920 et qui, comme "Where Angels ... - Chambre avec vue sur l'Arno - Retour à Howards End" et "Maurice, a été adapté au cinéma dans les années 90.

Dans les années 30/40, Forster devint une personnalité très connue pour ses interventions à la BBC et, après la mort de sa mère, il accepta un poste honorifique au Kings' College de Cambridge. Il devait mourir à Coventry, le 7 juin 1970.

Forster a en outre écrit un nombre impressionnant de nouvelles, quelques essais et au moins un livret d'opéra, "Billy Budd", tiré de l'oeuvre d'Herman Melville.

Ses deux grands thèmes étaient l'impossibilité d'abolir les frontières sociales et, de manière évidemment plus ou moins larvée, l'homosexualité.


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MessageSujet: Re: E. M. Forster   Ven 17 Oct - 16:09


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MessageSujet: Route des Indes   Ven 17 Oct - 18:50



A Passage to India
Traduction : C. Mauron


Compte tenu du nombre important de cinéphiles qui hantent ces lieux, je ne leur ferai pas l'injure de suggérer l'idée qu'ils puissent ignorer le thème central de "Route des Indes." Si je la rappelle donc, ce sera de manière très succincte et seulement à l'intention de celles et ceux qui n'ont pas lu le livre, pas plus qu'ils n'ont vu le film.

Adela Quested, jeune Anglaise de bonne famille qui a l'intention d'épouser Ronny Moore, magistrat colonial dans la petite ville de Chandrapore, arrive aux Indes sous le chaperonnage de sa future belle-mère, Mrs Moore. Celle-ci s'étant prise de sympathie pour le Dr Aziz, celui-ci invite les deux femmes à visiter avec lui et une bonne escorte les grottes voisines de Marabar. Pour diverses raisons, Miss Quested se retrouve seule dans l'une d'entre elles et déclarera par la suite avoir été agressée par un homme l'y ayant suivie. Cet homme, affirme-t-elle en un premier temps, c'est le Dr Aziz ... Scandale général, arrestation du médecin, levée de boucliers des amis du Dr Aziz, climat d'émeute, procès ... et coup de théâtre avec la rétractation de Miss Quested.

Quand il rédigea ce livre, E.M. Forster souhaitait en faire un plaidoyer vibrant contre la politique impérialiste de la Grande-Bretagne, notamment aux Indes. Comme cheval de bataille, les préjugés racistes des Anglais lorsqu'ils s'installaient dans leurs colonies.

De ce point de vue, "Route des Indes" est une réussite absolue. Le problème, c'est qu'on comprend mal comment l'auteur peut se révolter aussi vertueusement contre le racisme de ses compatriotes alors qu'il semble trouver tout naturel le mépris avec lequel ses héros musulmans envisagent les Hindouistes.

A moins qu'il n'y ait racisme et racisme ? ... Ou que ce qui est racisme chez certains ne soit que droit parfaitement légitime chez les autres ? ... Je suis désolée mais en ce qui me concerne, je ne vois pas de différence : ou bien l'on reconnaît l'universalité du racisme, ou bien on a la pudeur de se taire.


Je n'ai pas non plus saisi pourquoi les moqueries envers les interdits alimentaires respectés par les Hindouistes et que Forster place dans la bouche d'Aziz et de ses amis, devaient être considérées comme de l'humour. Evidemment, si l'écrivain avait raillé de même - et avec un dédain similaire - les interdits alimentaires de l'islam et du christianisme, j'aurais applaudi des deux mains. Mais c'est loin d'être le cas.

Plus grave encore si j'ose dire, l'image de la femme qui est ici véhiculée.
La seule qui s'en sorte avec les honneurs le paie bien cher : la malheureuse est morte en effet depuis des années et il s'agit de la première épouse du Dr Aziz, laquelle respectait comme de juste tous les interdits en vigueur chez les Indiens musulmans, dont celui de la purdah. A part elle, les femmes - en particulier les Occidentales - sont classées en trois grandes catégories :

1) celles qui n'existent pas
- Forster ne leur donne jamais la parole et le plus beau compliment qu'il leur fasse, c'est de les trouver "gracieuses" - à savoir les épouses des Indiens de Chandrapore, musulmanes et hindoues ;

2) les pimbêches prétentieuses, racistes et sectaires : les épouses, filles, soeurs, etc ... des Anglais en poste à Chandrapore. Elles sont, à la limite, plus racistes que les Anglais de sexe mâle et, croyez-moi, ce n'est pas rien ...

3) et enfin les hystériques : Miss Quested bien sûr qui accuse, se rétracte et sème la pagaille là où elle passe, ainsi que, à la limite, sa future belle-mère, Mrs Moore, que son expérience personnelle dans les grottes de Marabar transforme en vieille bique aigrie et détestable, à la frontière de la folie.

Quand elle est aussi haineuse, la misogynie constitue bel et bien, n'en déplaise à certains, une forme particulièrement répugnante de racisme. E.M. Forster le pratiquait visiblement tous les jours. Le fait qu'il n'ait pas eu le courage de rompre le cordon ombilical avant le décès de sa mère éclaire certainement la question d'un jour nouveau mais ne constitue pas pour moi une excuse valable.

Et les hommes, me direz-vous ? Comment les dépeint-il ? ... En gros, il y a :

1) les bons
(les Indiens musulmans et un seul Anglais, Fielding, l'instituteur, alter ego vraisemblable de notre vertueux auteur)

2) et les méchants (les Indiens hindouistes et tous les autres Anglais).

Seul Indou non musulman à tirer son épingle du jeu : un jeune Intouchable presque aussi beau qu'un dieu (grec, sans doute Wink ) devant lequel on sent presque se pâmer la plume de Forster. (Encore sa beauté est-elle ignorante, avec quelque chose de stupide : normal, non ? c'est un Indien hindouiste ... )

Bref, de cette "Route des Indes" dont le manque de subtilité n'a pas fini de m'étonner, je n'ai voulu sauver personnellement que quelques descriptions locales - et c'est bien tout.

Truman Capote, qui avait eu l'occasion de faire la connaissance de Forster, a dit de lui qu'il appartenait à l'espèce des "folles." De fait, "Route des Indes" me semble en effet (et c'est dommage) exsuder toutes les haines, toutes les frustrations, toutes les terribles aigreurs des "folles" qui, contrairement à l'homosexuel-type, présentent à la fois les pires défauts des femmes unis à tous ceux des hommes.
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