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Julie Grande Prêtresse du Livre


   Age : 27 Inscrit le : 31 Mar 2006 Messages : 2741 Localisation : Paris, hélas Emploi : Libraire Loisirs : Lecture, cinéma, musique et découvertes en général
 | Sujet: Doris Lessing. Mer 7 Juin - 18:05 | |
| Doris Lessing est née en 1919 en Iran dans une famille britannique. Elle passe une partie de son enfance au Zimbabwe, enfance pas très heureuse sous la coupe d'une mère rigoriste et sans tendresse, qui aime rappeler à sa fille qu'elle souhaitait avoir un garçon, et d'un père hanté par la Première guerre mondiale dont il revient éclopé. Néanmoins, Doris découvre la nature et les livres, par lesquels elle échappe à cette vie pesante. Elle quitte l'école à treize ans mais sa soif de connaissance en fait une autodidacte extrêmement cultivée. Elle quitte la maison à quinze ans et fait toutes sortes de petits métiers pour subsister, elle se marie et a deux enfants très rapidement. Elle se sent écrasée par la vie de famille et part encore une fois pour vivre librement. A cette époque, elle se rapproche du PC. En 1949, elle s'installe à Londres et publie son premier livre. Sa carrière littéraire est lancée. Son livre le plus célèbre, Le carnet d'or, est publié en 1962 ; il s'agit de l'exploration très fouillée de tous les aspects de la vie et des aspirations d'une femme qui cherche à se libérer de l'hypocrisie et des attentes étroites qui pèsent sur les femmes à cette époque. Lessing a écrit aussi bien des livres de science-fiction ou d'anticipation que des livrets d'opéra, des recueils d'articles et des romans traditionnels, et deux tomes de son autobiographie. Ses centres d'intérêt vont des problèmes de société et de politique aux catastrophes écologiques.
Le rêve le plus doux est un roman familial qui s'étend sur plusieurs décennies. A Hampstead, à Londres, Julia Lennox et Frances, sa belle-fille journaliste qui rêve de refaire du théâtre, vivent ensemble dans une grande maison depuis que Johnny, le fils de Julia, a lâché et laissé dans des conditions difficiles Frances et leurs deux enfants, Andrew et Colin, pour se consacrer à la diffusion de la bonne parole communiste pure et dure. Les garçons, adolescents dans les années soixante, ramènent leur amis chez eux : ces jeunes sont en rupture avec leurs parents, pour la plupart, et rêvent d'une vie pleine de "peace and love". Une jeune actrice, une fille agressive et mal dans sa peau qui en veut à ses hôtesses d'être des "bourgeoises", une adolescente timide, un jeune garçon africain, s'installent plus ou moins longtemps chez Julia, vieille dame très bien élevée de la bonne société allemande, qui n'apprécie pas trop ces va-et-vient de jeunes chevelus. La maison ayant quatre étages, chacun peut tout de même conserver son territoire et la cohabitation se passe plus ou moins bien.
Johnny est d'emblée un personnage antipathique, et cela variera peu au cours du roman. Embringué dans sa mystique communiste, beau parleur qui magnétise son auditoire (les amis de ses fils sont fascinés, tandis qu'une haine discrète mais certaine monte chez Colin et Andrew et déterminera leur vie entière), Johnny se croit tout permis et débarque régulièrement, seul ou accompagné de "camarades", chez sa mère avec laquelle il s'est pourtant fâché, pour dîner voire dormir. Il leur envoie même Sylvia, la fille d'un premier mariage de sa deuxième femme, dont les comportements autistiques face à une mère hystérique et dépressive le désarçonnent. D'abord révoltées, Frances et surtout Julia s'attachent à l'enfant et la sortent de son désespoir, de son mutisme et de son isolement total.
Les enfants grandissent, certains ne veulent pas poursuivre leurs études, pris dans le courant des mouvements politiques qui se développent alors, d'autres préfèrent être prudents et continuer à aller au lycée et à l'université, quitte à transgresser les barrières en volant à l'étalage. Sylvia, elle, se remet de son enfance difficile grâce à l'affection de Julia, et se lance dans des études de médecine, montrant magnifiquement que là où il y a de la volonté, il n'y a pas de fatalité. On pourrait en rester là et continuer à suivre la vie assez agitée de cette "famille recomposée". Le temps passe, Julia décède, la vie continue pour les autres. Seulement, un personnage important va faire irruption dans le livre et monopoliser l'attention : l'Afrique. D'abord, par le biais de Franklin, un jeune garçon de Zimlie, pays africain imaginaire mais reconstruit de manière très réaliste par Lessing qui connaît bien ce continent, qui vient faire des études à Londres et loge chez les deux femmes. Franklin est curieux, ouvert, et s'adapte bien à l'Angleterre. Mais il finira par retourner dans son pays où, suite à une révolution, il rentrera dans le gouvernement.
D'ailleurs, on va croiser d'autres personnages dans ce pays. Sylvia, tout d'abord, devenue médecin, dont le sens de la justice va la pousser à se dévouer jusqu'au sacrifice d'elle-même aux habitants d'un village de Zimlie. Et certains membres de la petite bande, ceux qui ont terminé leurs études en économie et se retrouvent à travailler pour des organisations de commerce internationales. Lessing décrit très finement les relations Afrique/Europe, leur cynisme et la haine qui les entoure dès lors qu'il est question d'argent. Le fossé entre Sylvia et ses anciens amis est abyssal. La Zimlie est un enfer de sécheresse où on manque de tout, où le sida commence à décimer les villages et où l'aide internationale atterrit bien sûr dans la poche du gouvernement...
Tout cela paraît bien loin des grandes idées de Johnny, qui devient une personnalité connue et se fait inviter dans tous les pays communistes du monde par leurs dirigeants - en laissant au passage sa deuxième femme, qu'il vient de quitter, aux bons soins de la petite famille de Hampstead !! Frances, elle, a enfin la possibilité de sortir de son rôle de mère (les amis de ses fils la considéraient comme une véritable mère de subsitution et certains, devenus adultes, reviennent la voir) et découvre enfin ce qu'est une relation épanouie avec un homme. Colin se lance dans la création littéraire et règle ses comptes avec son père absent dans ce qu'il écrit.
Ce n'est qu'un aperçu d'un grand roman foisonnant qui transporte le lecteur dans des univers très différents, lui présente des personnages auxquels on s'intéresse et dont on suit l'évolution, souvent surprenante. Les passages africains sont du niveau de la description que fait Russell Banks du Libéria dans American Darling. L'ambiance des années soixante est rendue d'une manière vive et parlante, ainsi que les conflits de générations et le passage du temps, avec l'avènement d'époques différentes qui véhiculent parfois des valeurs opposées à celle qui les a précédées. Une grande réussite ! C'était mon premier Doris Lessing, mais pas le dernier ! Et je sors une fois de plus mon !
Doris Lessing Le rêve le plus doux Flammarion _________________ Ecrire de la fiction, c'est comme se souvenir de quelque chose qui ne s'est jamais passé. (Siri Hustvedt)
Work is the curse of the drinking classes. (Oscar Wilde)
Dernière édition par le Mer 21 Juin - 16:49, édité 2 fois |
|  | | Masques de Venise Mécréante Suprême


   Age : 48 Inscrit le : 06 Mai 2005 Messages : 14761 Localisation : Sous vos yeux mais vous ne me voyez pas ... Loisirs : Tout ce qui concerne les mots et les livres.
 | Sujet: Re: Doris Lessing. Mer 7 Juin - 20:21 | |
| Voilà un auteur que je connais, bien sûr mais que je n'ai jamais lu. Je me rappelle ses oeuvres chez Stock, en grand format, quand j'allais prendre des livres au Bibliobus, puis à la Bibliothèque municipale du Centre, à Brest.
Pourquoi ne l'ai-je pas lu jusqu'ici ? Sans doute parce que je n'étais pas mûre. Mais ton résumé me donne envie d'essayer. Merci, Julie.  _________________ http://notabene.forumactif.com/ http://blog.bebook.fr/woland/index.php/ |
|  | | Julie Grande Prêtresse du Livre


   Age : 27 Inscrit le : 31 Mar 2006 Messages : 2741 Localisation : Paris, hélas Emploi : Libraire Loisirs : Lecture, cinéma, musique et découvertes en général
 | Sujet: Le carnet d’or – Doris Lessing Lun 21 Aoû - 14:40 | |
| Ce livre, publié en 1962, ne ressemble pas vraiment à d’autres romans que j’ai pu lire. Il se découpe en plusieurs tranches, ce qui rend la lecture de ce gros roman de plus de 600 pages agréable. En effet, des passages narratifs, intitulés « Femmes libres » numérotés 1, 2, etc., alternent avec les extraits du journal intime d’une de ces femmes libres, Anna Wulf, qui vit à Londres. Ce journal est un peu particulier : il se compose de quatre carnets. Dans un carnet noir, elle parle de sa jeunesse en Afrique et de son groupe d’amis d’alors, de jeunes gens de gauche fêtards, arrogants et fortunés, parmi lesquels se trouve son futur mari. Dans le carnet rouge, elle évoque son expérience politique au sein du Parti Communiste anglais, ses interrogations à propos de l’engagement, sa désillusion par rapport à ce qui se passe en URSS, ses réactions face à l’actualité (ses carnets sont rédigés à la fin des années quarante et dans les années cinquante). Le carnet jaune est consacré à l’écriture de fictions (on voit s’élaborer le deuxième roman d’Anna sous nos yeux), de notes à exploiter pour écrire des nouvelles, de versions "fictionalisées" de l’expérience véritable de la jeune femme. Enfin, le carnet bleu est un journal intime au sens propre, où Anna consigne ses humeurs, sa vie avec sa fille et ses amants, ses déboires amoureux, ses relations avec ses collègues de travail (Elle répond au courrier envoyé à la rubrique médicale d’un magazine, mais qui dévie du médical pour plonger dans le psychologique ou le simple besoin de se plaindre, tandis que les lettres traitant d’une vraie pathologie sont confiées à un médecin), et ses discussions parfois houleuses avec sa psychanalyste.
Le roman commence par un fragment narratif, où l’on fait la connaissance d’Anna et de son amie Molly, comédienne qui vit elle aussi une vie de mère célibataire libre de toute attache. Elle a un fils, Tommy, qui commence à lui poser quelques problèmes en se transformant en adolescent mutique et provocateur ; il prend clairement le parti de son père, un homme qui a réussi dans les affaires et désapprouve la vie bohème de son ancienne compagne, ne s’occupe pas de sa femme, Marion (elle aurait pourtant bien besoin d’aide, puisqu’elle bascule dans la dépression et l’alcoolisme), et prend des maîtresses.
Anna, elle, a une petite fille, Janet, avec qui tout se passe bien pour l’instant. Les deux amies sont très proches, parlent de tous les aspects de leur vie, à commencer par les hommes. Il y en a beaucoup qui défilent dans le roman, notamment dans les carnets d’Anna. Amants qui comptent dans sa vie ou passade d’un soir, elle parle de tous en détail. Par moments elle est heureuse de cette liberté qui est la sienne : liberté financière (elle a publié un roman inspiré par son expérience africaine qui lui permet de vivre confortablement sans avoir à se préoccuper de trouver un travail), liberté personnelle (elle a été mariée avec un Allemand rencontré en Afrique, le père de Janet, mais ils se sont séparés peu de temps après la naissance de la petite et elle n’a pas l’intention de se remarier avec quiconque), liberté de conscience (elle n’est pas une communiste orthodoxe et se pose bien des questions sur l’action de Staline).
Mais par moments aussi elle a le sentiment que cette liberté tourne un peu à vide et surtout elle souffre de n’être pas comprise par la plupart des gens qu’elle côtoie : les hommes la confondent souvent avec une femme facile, et les femmes s’étonnent que l’une d’entre elles n’aspire pas à la sécurité que procure le mariage, quand bien même le mari irait voir ailleurs ou la dépression les saisirait assises à leur table de cuisine. Quant à sa psychanalyste, elle ne comprend par vraiment Anna non plus puisqu’elle s’obstine à la pousser à écrire un autre livre et à mettre l’activité artistique sur un piédestal (elle est elle-même une artiste frustrée) alors qu’Anna ne se considère par vraiment comme un écrivain et ne ressent pas le besoin de publier un deuxième livre pour aller mieux.
Le récit avance, aussi bien dans les carnets d’Anna, remplis de réflexions approfondies (et intéressantes, car c’est une femme intelligente et observatrice) sur tous les sujets qui l’intéressent, que dans la partie proprement narrative du roman : Anna et Molly vieillissent, Janet et Tommy grandissent (Tommy va d’ailleurs jouer un bien mauvais tour aux deux femmes, qui va changer leur vie et la sienne, et donner un rôle inattendu à Marion). Et la folie s’immisce dans la vie d’Anna, par le biais d’une liaison avec un homme qui pourrait bien ne pas avoir toute sa raison. C’est là qu’intervient le fameux carnet d’or : devant ses certitudes qui se lézardent et son esprit qui vacille, Anna décide de lier tous les aspects de sa vie dans un seul carnet pour retrouver son unité.
Les plus optimistes trouveront que le traitement des relations hommes/femmes est un peu daté dans ce roman, dont je n’aurais pourtant pas deviné qu’il n’a été publié qu’au début des années soixante si je ne l’avais pas su avant de le lire. Les autres y trouveront des échos d’aujourd’hui, et apprécieront de suivre au plus près le combat d’une femme qui veut trouver sa place dans le monde et pour qui la coexistence de ses diverses identités (amante, mère, intellectuelle) est compliquée à suivre et à organiser.
Anna est un personnage très attachant, qui se pose des questions, réfléchit, éprouve des sentiments variés, parfois d’une violence qui a choqué les lecteurs des années soixante pour qui la femme devait n’être que douceur et compassion et non pas un être en colère qui veut s’affirmer. Il faut veiller toutefois à ne pas réduire Le carnet d’or à un roman féministe, ne serait-ce que parce que Lessing elle-même ne se considère pas comme féministe et ne considère pas son roman comme tel, pour la bonne raison que les hommes ne sont pas vus comme des ennemis à dominer ou à éviter. C’est pour cela précisément que les incompréhensions entre Anna et certains de ses amants sont rendues de manière précise et marquante. Elles sont d’ailleurs contrebalancées par des moments de grande joie à deux, et une des réussites de ce roman est de donner à voir la versatilité des sentiments et de l’humeur, l’évolution personnelle qui fait changer les idées et les amours. La vie intime d’une femme est rendue avec une grande honnêteté, et, même si ça peut n’avoir l’air de rien pour certains, Le carnet d’or contient des pages d’une vérité et d’une justesse que je n’ai trouvé nulle part ailleurs sur l’orgasme féminin et ce qu’une femme ressent lorsqu’elle a ses règles, loin du cliché de la femme grincheuse qui se plaint de tout et à qui il ne faut rien demander.
L'humour et l'ironie surtout trouvent leur place au milieu de tout cela, comme toujours chez Lessing, par exemple lorsque Anna loue une chambre à un jeune homme qui a l'air bien sous tous rapports, et qui en plus s'occupe de Janet, mais lui attire des ennuis qu'elle n'a pas du tout vus venir en la personne d'un autre jeune homme plein de toupet et querelleur dont elle ne sait comment se débarrasser - elle envisage même de partir, elle, de son propre appartement, un peu trop éthérée pour le coup et complètement dépassée par les événements !
A lire si l’on veut savoir ce que peut donner la description minutieuse et sans affèteries de la vie d’une femme, et si l’on s’intéresse entre autres au mécanisme de la création littéraire, de l’engagement politique, et à la vie de quelqu’un qui ne veut pas se laisser enfermer dans les cases étroites que la société a prévu pour chaque sexe, annonçant les mouvements d’émancipation plus étendus des années qui suivent. Il y a certes des différences entre les années cinquante et aujourd’hui, heureusement, mais certains constats ou situations dépeints dans le livre montrent que beaucoup de choses n’ont finalement pas changé et que les conventions sont revenues en force ou subrepticement chez beaucoup, selon les femmes et leur idées, après le sursaut des années soixante et soixante-dix... (C'est du moins mon avis et ça n'engage que moi)
Doris Lessing Le carnet d'or Le Livre de poche ou Albin Michel (éditions difficiles à trouver apparemment, mais ça vaut le coup ! Ce ne sont pas les vendeurs d'occasions en tout genre qui manquent !)
(A noter qu’à 87 ans Lessing aime toujours traiter des sujets explosifs - on ne parlait pas de vieilles dames indignes hier soir ? - , puisque son dernier roman, Les grands-mères, a beau commencer comme une histoire inoffensive où l’on voit deux amies de toujours, âgées mais encore attirantes, sur la plage avec leurs fils, des hommes en pleine force de l’âge, et leurs petits-enfants, la suite semble bien moins conventionnelle : une des deux grands-mères tombe amoureuse du fils de l’autre ! Et connaissant le style de Lessing, sa lucidité et sa vigueur, tout laisse présager que ça n’aura rien de cucul, cette histoire !) _________________ Ecrire de la fiction, c'est comme se souvenir de quelque chose qui ne s'est jamais passé. (Siri Hustvedt)
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   Age : 27 Inscrit le : 31 Mar 2006 Messages : 2741 Localisation : Paris, hélas Emploi : Libraire Loisirs : Lecture, cinéma, musique et découvertes en général
 | Sujet: Re: Doris Lessing. Lun 21 Aoû - 15:23 | |
| Des sites sur Doris Lessing :
http://lessing.redmood.com/ (en anglais, le plus complet que j'ai trouvé)
http://perso.orange.fr/mondalire/lessing.htm (en français, avec une page consacrée au Carnet d'or) Sur ce lien, vous avez en bas de la page d'accueil deux liens vers des articles sur elle (un de Lire, un du Monde). Je vous conseille celui du Monde qui est savoureux et brosse le portrait d'une femme fortement recommandable !! _________________ Ecrire de la fiction, c'est comme se souvenir de quelque chose qui ne s'est jamais passé. (Siri Hustvedt)
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   Age : 32 Inscrit le : 04 Avr 2006 Messages : 7143 Localisation : Paris Emploi : Passionnant mais indescriptible... Loisirs : Littérature, Cinéma, Photo, Cuisine
 | Sujet: Re: Doris Lessing. Ven 6 Oct - 15:45 | |
| Ca ne m’étonne pas du tout que Doris Lessing continue à recevoir des lettres qui lui disent que la lecture de ce roman a changé la vie de ces lecteurs. Il est incroyablement dense, et c’est une plongée à l’intérieur de l’âme d’une femme.
La diversité des points de vue (le roman en lui-même et les quatre carnets rédigés par son personnage principal) donne réellement une sensation de relief, jusqu’à donner le vertige d’ailleurs : il va falloir que je reprenne le bouquin ce week-end pour prendre des notes car j’ai un peu perdu le fil des personnages (l’enchâssement des récits est une forme que j’adore ; elle est menée ici de main de maîtresse) !
Toujours est-il que tout le monde devrait lire ce livre : les femmes pour y trouver exprimé d’une rare manière ce qu’elles ont pu ressentir à divers moments de leur vie, notamment dans leur rapport aux hommes, et les hommes pour mieux connaître les femmes.
Doris Lessing exprime ce qu'est une femme, dans toutes ses dimensions, avec un tact, une justesse, qui ne peuvent qu’émouvoir et édifier.
Je n’irais pas jusqu’à dire que ce roman est en train de changer ma vie, mais une chose est sûre : je ne l’oublierai pas de sitôt ! et non seulement il me donne envie de lire d’autres œuvres de cet écrivain assez prolixe, mais il me permet aussi de voir d’une manière un peu différente, comme mise en lumière, celui que j’ai déjà lu d’elle, Le rêve le plus doux.
On y retrouve les thèmes déjà développés dans le Carnet d’or : l’expérience africaine, le communisme, la condition féminine (sans qu’il soit question de féminisme, en tout cas pas comme mouvement organisé : on peut voir dans ces romans une défense des femmes, mais des femmes comme individus, pas comme membres d’un groupe social défini et donc réducteur).
Ce qui est très impressionnant dans le Carnet d’or, c’est que chacune des parties constitue une œuvre qui se tient. Le fait de les imbriquer crée une complexité, une épaisseur qui ressemble fort à celle de la vie.
En outre, le style est fluide, sans fioritures, et sait parfaitement s’adapter aux formes que prend le roman : du roman, justement, au journal intime en passant par la chronique rétrospective, Doris Lessing donne, en un seul roman, à voir ses nombreuses qualités d’auteur !
Bref, c’est un vrai plaisir, que je regrette de voir bientôt s’achever mais qui aura été réel pendant toute ma lecture.
Je ne peux que vous conseiller de vous lancer à l’assaut de l’œuvre de cette grande dame de la littérature anglaise contemporaine : il y en a d’ailleurs pour tous les goûts ou presque puisqu’elle a également écrit de la science-fiction ! |
|  | | Séraphine Grande & Sulfureuse Prêtresse de Nota Bene


   Age : 38 Inscrit le : 02 Avr 2006 Messages : 3311 Localisation : Autres dimensions... Emploi : Ecolière... Loisirs : Le rêve...
 | Sujet: Re: Doris Lessing. Jeu 2 Nov - 13:27 | |
| Doris Lessing – Le monde de Ben
Je l’ai lu car vous semblez apprécier cet écrivain. Le thème du roman tient en un mot : la différence.
Ou comment la société rejette ceux qui ne ressemblent pas aux normes fixées. Sujet éculé et pas facile à traiter.
Ben est décrit comme une être rejeté par les siens, et habitué à survivre dans la rue, comme une brute épaisse sans culture. Physiquement, il est comparé à un yeti ! L’image est forte et dérangeante. Quand il mange, c’est de la viande crue. Quand il aime une femme, il la viole. Il n’a rien appris d’autre. Dire qu’il est bestial est un euphémisme…
Ainsi, on suit les aventures de Ben et ses rencontres et il se trouve quand même de bonnes âmes pour l’aider ou le guider. A la base de cette éducation « de la rue », des carences d’amour incommensurables, comme on peut s’en douter.
Ce livre ne m’a pas plu et je vais vous dire pourquoi. J’ai trouvé qu’il était trop manichéen et manquait de subtilité et de nuances. Avec en filigrane cette idée que Ben, est forcément « bon » dans le fond et la société qui l’entoure, forcément incapable de l’assimiler.
Je n’ai pas trouvé ce personnage attachant. A aucun moment. Le style ne m’a pas non plus éblouie. Simple et sans fond. Doris Lessing est pourtant couverte de louanges.
Je sais que mes lignes vont faire hurler. Tanpis, j’assume. J’ai trouvé ça inconsistant… Pis : une suite de clichés (y compris, la vieille dame qui se prend de pitié pour lui et vit seule avec son matou, et sacrifie sa maigre retraite pour le vêtir et le blanchir… Bouh…).
Alors, si quelqu’un l’a lu, j’aimerais avoir une opinion. _________________ "Connais-toi toi-même." |
|  | | Thomas Ordonnateur des Basses Oeuvres de Nota Bene - il en est fier, en plus ...


   Age : 32 Inscrit le : 04 Avr 2006 Messages : 7143 Localisation : Paris Emploi : Passionnant mais indescriptible... Loisirs : Littérature, Cinéma, Photo, Cuisine
 | Sujet: Re: Doris Lessing. Jeu 2 Nov - 13:31 | |
| Pas lu.
Ca m'étonne (mais nul n'est parfait !) que Lessing se soit laissée aller à du manichéisme : dans ceux que j'ai lus (Le rêve le plus doux et Le carnet d'or), on nous donne à voir les différentes facettes de chaque situation.
Je n'avais d'ailleurs jamais entendu parler du Monde de Ben, donc je suis allé faire quelques recherches. Apparemment, c'est la suite d'un précédent roman qui montre Ben enfant. Peut-être la lecture du "premier tome" permettrait-elle de mettre les choses dans une certaine perspective ? Ca m'est déjà arrivé avec Roth, dont j'ai lu une première fois, et pas aimé donc, La bête qui meurt, avant de lire le tome précédent des péripéties de David Kepesh, Le professeur de désir. J'ai ensuite repris La bête qui meurt... et je l'ai beaucoup aimé.
Cela dit, j'ai lu aussi que Le monde de Ben était un "raté" de Lessing... |
|  | | gemini ¡ No pasarán !


   Age : 42 Inscrit le : 11 Juil 2007 Messages : 1605 Localisation : mouais Emploi : cosmonaute Loisirs : lecture
 | Sujet: Re: Doris Lessing. Mar 15 Jan - 22:30 | |
| Je viens de terminer "Mémoires d'une survivante" et je suis mitigée. Je pense que je ne suis pas encore assez mûre pour ce genre de lecture. C'est parfaitement écrit, l'histoire est riche en thèmes et en originalité, intelligente dans le propos, mais d'un univers dans lequel il faut vraiment rentrer. Ca n'a pas été mon cas. A travers la narration d'une "vieille dame" sans âge, on suit l'histoire d'une société (un monde, une civilisation) qui prend fin sans que l'on sache exactement pourquoi (et c'est très bien, place à l'imaginaire). Les machines ont cessé de fonctionner, un gouvernement lointain et abstrait est en place mais indifférent au peuple, et les gens s'organisent. Ils sortent petit à petit de leurs schémas, correspondant à l'ancienne société. Les objets n'ont plus la même valeur, tout peut être remis en question. Les communautés font leurs apparitions, l'auto-gestion... J'en tenterai peut être un autre de cet auteur, pour voir. |
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