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| | Décembre 2006~Janvier 2007 : Mrs Dalloway - Virginia Woolf. | |
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Masques de Venise Mécréante Suprême


   Age : 48 Inscrit le : 06 Mai 2005 Messages : 14342 Localisation : Sous vos yeux mais vous ne me voyez pas ... Loisirs : Tout ce qui concerne les mots et les livres.
| Sujet: Décembre 2006~Janvier 2007 : Mrs Dalloway - Virginia Woolf. Dim 14 Jan - 20:35 | |
| Peut-être faut-il avant tout replacer l'auteur dans le contexte qui fut le sien puisque, de façon générale, on n'écrit jamais que ce que l'on est.
Au départ, les fées de l'Aisance et de la Position sociale semblent se pencher avec amour sur le berceau de la petite Virginia puisqu'elle n'est autre que la fille de Sir Leslie Stephen qui, en premières noces, avait épousé Mina Thackeray, elle-même fille de l'auteur de "Vanity Fair". Par un étrange hasard, qui se révèlera malheureux, sa mère, Julia Duckworth est veuve elle aussi en premières noces. Et les deux nouveaux conjoints ont des enfants de leur précédente union.
De son premier mariage avec Herbert Duckworth, Julia avait eu en effet trois enfants : George, Stella et Gerald. De son côté, Sir Leslie avait eu, de Minnie Thackeray une petite Laura qui fut diagnostiquée, hélas ! comme handicapée mentale. Enfin, ensemble, ils eurent Vanessa, Toby, Virginia et Adrian.
Si Laura prit bientôt le chemin d'un asile psychiatrique, qu'elle ne devait plus quitter jusqu'à ce que la mort vînt la délivrer, tous ces demi-frères et soeurs furent donc élevés ensemble. Dans la grande maison de Kensington, à Londres, au 22 Hyde Park Gate, et, durant l'été, à St-Ives, dans les Cornouailles anglaises. Malheureusement, George et Gerald Duckworth vont se comporter, envers Virginia et Vanessa, comme Caligula envers ses soeurs Drusilla et Agrippine. Et cet insceste a certainement influé par la suite sur la dépression quasi chronique et les troubles (parmi lesquels ces fameux troubles nutritionnels qui sont comme la marque même de cette perversion) qui assombrirent la vie de Virginia et conférer à son oeuvre tout entière cet aspect étrange, tour à tour morcelé et uni, tout en éclats et en échos d'une réalité qui semble lui échapper et à laquelle, pourtant, elle ne cesse de se raccrocher.
La romancière évoquera d'ailleurs ses demi-frères dans "A sketch of past" et "22 Hard Park Gate." Signalons enfin que ses propres relations avec Vanessa, son aînée, ont parfois été considérées comme extrêmement ambiguës.
Pourtant, il faut attendre la mort de son père, en 1904, pour que se manifestent les premières bizarreries. Si graves il est vrai qu'on interne un temps la jeune fille. A l'époque, Mrs Stephen est décédée elle aussi, de même que Stella Duckworth. Virginia choisit alors d'acheter une maison avec son frère Adrian. Elle se situe 46 Gordon Square, dans Bloomsbury et devient très vite le foyer de rencontre d'intellectuels comme Lytton Strachey, Clive Bell - qui épousera Vanessa - Leonard Woolf (avec lequel Woolf, qui aimait les femmes, conclura en 1912 un mariage plus ou moins blanc) et, bien évidemment, John Middleton Murray et sa femme, Kathleen Mansfield. Le "Bloomsbury Group" est né.
Perfectionniste dans l'âme, rêvant d'écrire de façon radicalement opposée au victorianisme et au post-victorianisme, se sentant impuissante devant Proust et estimant alors que "tout avait été fait", Woolf a cependant continué à écrire, vaille que vaille et, sur toute l'importance que cela revêtait pour elle, mieux vaut consulter son "Journal d'un écrivain", malheureusement expurgé par son époux. Y alternent les descriptions brillantes de rencontres avec des personnalités artistiques, les réflexions inspirées par telle ou telle lecture ("Ulysse" de Joyce n'eut pas l'heur par exemple de plaire à la romancière anglaise alors que Mansfield, de son côté, après avoir repris le livre une ou deux fois, déclara qu'il y avait là matière fort riche) et, bien sûr, les annotations sur son propre travail.
Si elle a commencé à écrire dès 1905, Woolf ne publia son premier roman - et toujours à compte d'auteur - que dix ans plus tard. Et l'on peut dire sans exagération qu'elle n'a cessé d'écrire jusqu'à sa mort ou presque. Celle-ci survint en 1941. Woolf avait évidemment déjà fait des tentatives de suicide (dont une à peu près 1 an après son mariage) mais cette fois-ci, hantée par la crainte de sombrer dans la folie - dans la lettre d'adieu qu'elle adresse à Léonard, elle affirme entendre des voix - elle prend soin de "ne pas se rater" : elle remplit ses poches de pières et se jette dans la rivière qui avoisine sa maison de Rodmell.
Son style, comme son univers, est difficile à décrire et l'on ne saurait parler de Virginia Woolf sans avoir lu au moins un de ses ouvrages. Aujourd'hui entous cas, elle est tenue comme l'un des plus grands écrivains de la littérature anglaise du XXème siècle.
Virginia Woolf à la fin de sa vie. _________________ http://notabene.forumactif.com/ http://blog.bebook.fr/woland/index.php/ |
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   Age : 32 Inscrit le : 04 Avr 2006 Messages : 6840 Localisation : Paris Emploi : Passionnant mais indescriptible... Loisirs : Littérature, Cinéma, Photo, Cuisine
| Sujet: Re: Décembre 2006~Janvier 2007 : Mrs Dalloway - Virginia Woolf. Lun 15 Jan - 11:54 | |
| Voici donc venu le jour des révélations - car nous allons nous révéler les uns aux autres des aspects de ce roman que les autres n'auront pas perçu, ou différemment ! J'espère en tout cas que ça pourra être le cas.
Pour ma part, cette relecture de Mrs Dalloway a été un grand plaisir. Pour ne rien vous cacher, elle a même été plus fructueuse que la première, qui avait, il faut bien le dire, été fortement teintée de la résonnance qu'avait eu sur moi Les heures de Michael Cunningham (que je ne remercierai jamais assez de m'avoir poussé à lire du Woolf !).
J'y ai encore plus apprécié un style très fluide, très moderne, et une galerie de personnages, d'une extrémité de l'échelle sociale à l'autre, extrêmement bien dépeints et dont on perçoit parfaitement le fonctionnement intérieur grâce à la technique du flux de conscience à laquelle Virginia Woolf a donné son essor, et qu'elle utilise abondamment - mais, à mon avis, toujours à bon escient –, pour éclairer le récit de la journée durant laquelle se déroule tout le roman.
Respectant les trois unités (de temps, de lieu, d'action), il me semble qu'on peut rapprocher Mrs Dalloway d'une pièce de théâtre classique dont l'apothéose serait la soirée vers laquelle toute la journée a tendu.
Ainsi, on suit Clarissa Dalloway dans sa préparation de la réception qu’elle doit donner le soir même : de l’achat des fleurs à l’attente du traiteur, des réflexions concernant l’amitié de sa fille avec une femme bien plus âgée qu’elle et qui la pousse vers la religion au retour à Londres, précisément ce jour-là, d’un amour de jeunesse, on vit quasiment chaque minute de la journée avec cette femme entre deux âges, épouse modèle d’un homme d’affaires et politicien sans grande envergure
Si cet aspect du roman, grâce auquel Woolf fait une sorte de radiographie de la société londonienne entre les deux guerres (elle y examine notamment la condition féminine), en constitue la majeure partie, la journée de Clarissa Dalloway n’est cependant pas l’unique point de focalisation du roman, au cours duquel on suit également Septimus Warren Smith et sa femme Lucrezia. Il me semble que l’état psychique de Septimus en fait un double fictionnel de Woolf, qui était elle aussi sujette à la maniaco-dépression et qui a d’ailleurs tenté de se suicider de la manière dont Septimus finit par se tuer (avant bien sûr, de se suicider par noyade des années après). Par le biais de Septimus, Virginia Woolf critique la manière dont la médecine de l’époque traite ces cas…
Quelles ont été vos impressions de lecture ? Que pensez-vous qu’ait été le but de Virginia Woolf en écrivant Mrs Dalloway ?
La discussion est ouverte ! |
|  | | Masques de Venise Mécréante Suprême


   Age : 48 Inscrit le : 06 Mai 2005 Messages : 14342 Localisation : Sous vos yeux mais vous ne me voyez pas ... Loisirs : Tout ce qui concerne les mots et les livres.
| Sujet: Re: Décembre 2006~Janvier 2007 : Mrs Dalloway - Virginia Woolf. Lun 15 Jan - 14:00 | |
| Je le termine cet après-midi - j'ai pris du retard avec les problèmes du forum, hier. C'est en tous cas un livre à relire car, lors de la seconde lecture, on se rend compte qu'on avait laissé passer plein de choses. Je suis curieuse de savoir ce que vous en pensez ? _________________ http://notabene.forumactif.com/ http://blog.bebook.fr/woland/index.php/ |
|  | | Lisia Littérophage Notabéniste Avec Mention Spéciale.

Inscrit le : 07 Jan 2006 Messages : 1223
| Sujet: Re: Décembre 2006~Janvier 2007 : Mrs Dalloway - Virginia Woolf. Lun 15 Jan - 14:41 | |
| Je ne l'ai pas encore terminé. J'ai peu de temps à moi en ce moment.
Mes premières impressions : l'écriture est dense, les phrases longues, et le texte n'est pas structuré (en chapitre), ce qui nécessite une certaine concentration. Mais quel style, plaisir !
Il y a dans ce roman un mélange de légèreté (nous suivons le cheminement de pensée de Mrs Dalloway en plein préparatif d'une soirée mondaine organisée chez elle), et de tension qui transparaît régulièrement au cours du récit, extrait : "Elle passait au travers des choses comme une lame de couteau ; et en même temps elle était en dehors de tout, et elle regardait. Elle avait perpétuellement la sensation, tout en regardant les taxis, d'être en dehors, en dehors, très loin en mer et toute seule ; elle avait toujours le sentiment qu'il était très, très dangereux de vivre, ne serait ce qu'un seul jour." |
|  | | Thomas Ordonnateur des Basses Oeuvres de Nota Bene - il en est fier, en plus ...


   Age : 32 Inscrit le : 04 Avr 2006 Messages : 6840 Localisation : Paris Emploi : Passionnant mais indescriptible... Loisirs : Littérature, Cinéma, Photo, Cuisine
| Sujet: Re: Décembre 2006~Janvier 2007 : Mrs Dalloway - Virginia Woolf. Lun 15 Jan - 15:11 | |
| | Masques de Venise a écrit: | | Je le termine cet après-midi - j'ai pris du retard avec les problèmes du forum, hier. C'est en tous cas un livre à relire car, lors de la seconde lecture, on se rend compte qu'on avait laissé passer plein de choses. Je suis curieuse de savoir ce que vous en pensez ? |
Oui, oui MDV ! Tu confirmes ce que je disais dans mon introduction : j'ai bien plus apprécié la lecture cette fois-ci. Avec toi, je vois désormais que ce n'était pas uniquement dû au fait que j'avais encore à l'esprit l'ambiance des Heures de Cunningham.
Lisia, je suis bien d'accord avec toi quant au style et à l'effort qu'il demande, au départ en tout cas, mais aussi au plaisir qu'il apporte.
Moi je citerais un passage tout proche du début du roman (c'est même le troisième paragraphe, me semble-t-il) ; malheureusement je n'ai près de moi que la version anglaise : je posterai l'extrait en question prochainement ! |
|  | | Masques de Venise Mécréante Suprême


   Age : 48 Inscrit le : 06 Mai 2005 Messages : 14342 Localisation : Sous vos yeux mais vous ne me voyez pas ... Loisirs : Tout ce qui concerne les mots et les livres.
| Sujet: Re: Décembre 2006~Janvier 2007 : Mrs Dalloway - Virginia Woolf. Lun 15 Jan - 17:33 | |
| Ce qui a retenu mon attention, c'est surtout l'extraordinaire récit de la montée des hallucinations et de la folie dans le personnage de Septimus Warren Smith, dont on peut croire en effet, Thomas, tu l'as déjà dit, qu'il constitue le double de l'auteur. Car où, si ce n'est au fond d'elle-même, aurait-elle pu prendre une telle description - et un tel mépris, une telle haine des médecins, spécialistes ou pas ?
Quand le Dr Holmes traite Septimus de lâche, on perçoit également la colère de Woolf : pourquoi, en Angleterre - et je crois que tel est toujours le cas - le suicide est-il considéré comme un crime et passible des foudres de la Justice ? Il est très révélateur, et très critique, de constater que Bradshaw, l'aliéniste de Harley Street, se décide à placer Septimus en clinique non pas tant parce qu'il a des problèmes mentaux mais parce qu'il risque de se supprimer - autrement dit quand le mal est fait. Enfin, c'est la lecture que j'en ai faite : c'est très critique envers l'establishment et son hypocrisie.
Je crois savoir que Woolf s'intéressait beaucoup aux philosophes grecs et dans la société athénienne, le suicide était chose tolérée et même encouragée selon les cas. Il est naturel que la romancière, qui a elle-même fait tant de tentatives de suicide, ait trouvé particulièrement injuste ce regard que la société se permettait de porter sur ce qui, en fin de compte, ne concernait qu'elle-même.
Son écriture me fait penser à une toile pointilliste. Je n'y peux rien mais j'ai l'impression d'avoir devant moi des milliers et des milliers de petites annotations qui constituent les personnages bien sûr et les décors - urbains pour la plupart - un peu comme les vers de ses poésies constituaient les calligrammes d'Apollinaire. Woolf est le seul auteur qui m'ait jamais procuré cette impression. On a en outre l'impression parallèle de voir tout en gros plan, presque comme si l'on était le nez sur une toile.
La maîtrise du récit, cette aisance (qui a dû coûter beaucoup de travail à l'écrivain) avec laquelle Woolf semble passer d'un personnage à l'autre tout en assurant la continuité des pensées qui sont les leurs, est remarquable. Et pourtant, malgré tout, son style m'est pénible. Je ne lui dénie pas une certaine poésie et une grande élégance ainsi qu'une prodigieuse habileté technique mais je n'y peux rien : sans contester le talent de Woolf, je n'y accroche pas.
Il faut dire que j'ai lu Katherine Mansfield bien avant elle et que cela a joué. Quand Woolf évoque par exemple la mendiante qui chante devant le Métro, elle nous émeut mais cela - pour moi en tous cas - reste superficiel. Elle est née et a toujours évolué dans un milieu aisé. Je ne pense pas - mais je puis me tromper - qu'elle ait jamais connu la crainte de ne pas pouvoir régler son loyer ou ses dettes à l'épicerie du coin et du coup, surtout dans un roman comme "Mrs Dalloway", dont l'héroïne est une grande bourgeoise, le contraste devient flagrant entre la très grande vérité qu'elle prête aux personnages appartenant à la classe qu'elle connaît et ceux qu'elle prête aux autres.
Bref, elle est éblouissante dans tout ce qu'elle connaît mais aurait mieux fait - comme Proust par exemple - de ne pas forcer sur ce qu'elle ignorait parce que, en raison même de son talent, qui est grand, le déséquilibre choque d'autant son lecteur. La critique sociale ne peut être soutenue que si l'on a réellement connu la pauvreté. Voilà d'ailleurs pourquoi, à mon avis, les Fabians - qui datent à peu près de la même époque - ne sont pas non plus très crédibles.
Mais je suis sans doute un peu sévère ... Je l'écris tel que je l'ai ressenti et ça ne m'a pas empêché de prencre un grand plaisir à cette lecture. Au demeurant, nulle oeuvre n'est parfaite. Mais quand on est conquis, on l'est en général jusque par ses imperfections. _________________ http://notabene.forumactif.com/ http://blog.bebook.fr/woland/index.php/ |
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   Age : 48 Inscrit le : 06 Mai 2005 Messages : 14342 Localisation : Sous vos yeux mais vous ne me voyez pas ... Loisirs : Tout ce qui concerne les mots et les livres.
| Sujet: Re: Décembre 2006~Janvier 2007 : Mrs Dalloway - Virginia Woolf. Lun 15 Jan - 17:35 | |
| Autre chose, très claire : Woolf se raccroche à son récit comme à la réalité. Son accumulation des détails vient sans doute de ce besoin de "tenir" encore et toujours. Si elle n'avait pu écrire, ou bien elle aurait complètement sombré, ou bien elle aurait mis fin à ses jours bien plus tôt. C'est l'écriture qui maintient son esprit de notre côté. _________________ http://notabene.forumactif.com/ http://blog.bebook.fr/woland/index.php/ |
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   Age : 48 Inscrit le : 06 Mai 2005 Messages : 14342 Localisation : Sous vos yeux mais vous ne me voyez pas ... Loisirs : Tout ce qui concerne les mots et les livres.
| Sujet: Re: Décembre 2006~Janvier 2007 : Mrs Dalloway - Virginia Woolf. Lun 15 Jan - 17:36 | |
| Pensez-vous que le personnage de Septimus soit en fait un homosexuel refoulé ? ... Plus je lis et relis les passages consacrés à ses rapports avec Evans, plus je le crois. Et vous ? _________________ http://notabene.forumactif.com/ http://blog.bebook.fr/woland/index.php/ |
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| Sujet: Re: Décembre 2006~Janvier 2007 : Mrs Dalloway - Virginia Woolf. Lun 15 Jan - 18:22 | |
| | Masques de Venise a écrit: | Quand le Dr Holmes traite Septimus de lâche, on perçoit également la colère de Woolf : pourquoi, en Angleterre - et je crois que tel est toujours le cas - le suicide est-il considéré comme un crime et passible des foudres de la Justice ? Il est très révélateur, et très critique, de constater que Bradshaw, l'aliéniste de Harley Street, se décide à placer Septimus en clinique non pas tant parce qu'il a des problèmes mentaux mais parce qu'il risque de se supprimer - autrement dit quand le mal est fait. Enfin, c'est la lecture que j'en ai faite : c'est très critique envers l'establishment et son hypocrisie.
Je crois savoir que Woolf s'intéressait beaucoup aux philosophes grecs et dans la société athénienne, le suicide était chose tolérée et même encouragée selon les cas. [b]Il est naturel que la romancière, qui a elle-même fait tant de tentatives de suicide, ait trouvé particulièrement injuste ce regard que la société se permettait de porter sur ce qui, en fin de compte, ne concernait qu'elle-même. |
Il est sûr que c'est bel et bien à une critique en règle d'une société très corsetée et qui prétendait régenter les moindres détails de la vie de ses membres que s'est livrée Woolf avec Mrs Dalloway. Et quand on y pense, en effet, quel recul dans certains aspects de la démocratie britannique - la même remarque vaudrait, géographiquement, pour la française et temporellement, pour certains aspects qui perdurent encore aujourd'hui dans nos sociétés occidentales - par rapport à certaines règles prévalant à l'âge antique !
Ta réflexion sur le suicide et, sur ce point, tout à fait pertinente : les suicidés sont encore, aujourd’hui, considérés comme des personnes qui n’ont pas sur régler leurs problèmes – au mieux, on en fait les victimes de l’indifférence ambiante ; on peut pourtant considérer le suicide comme le geste tout à fait légitime et digne d’une personne qui ne juge plus sa vie vaut le coup d’être vécue. Je trouve d’ailleurs, à ce titre, étonnant qu’il n’y ait pas plus de suicides de personnes âgées, surtout de nos jours où la durée de vie augmente, et qu’avec cet allongement apparaissent de plus en plus fréquemment des maladies dégénératives…
Concernant ta remarque sur l’éventuelle homosexualité de Septimus, je m’étais fait la réflexion, mais je n’ai pas gardé ça en tête bien longtemps… Il est sûr que sa relation avec Evans est plus intime que celle de la plupart des hommes avec leur supérieur, mais bon, c’est en temps de guerre, les liens peuvent se faire plus forts.
Cela dit, si tu rappelais les passages qui t’ont fait penser à cette éventualité, je serais peut-être amené à être d’accord avec toi ! |
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   Age : 48 Inscrit le : 06 Mai 2005 Messages : 14342 Localisation : Sous vos yeux mais vous ne me voyez pas ... Loisirs : Tout ce qui concerne les mots et les livres.
| Sujet: Re: Décembre 2006~Janvier 2007 : Mrs Dalloway - Virginia Woolf. Lun 15 Jan - 21:02 | |
| C'est ici :
| Citation: | | [...] ... Il attira l'attention et même l'affection de son officier, Evans. On aurait dit deux chiens qui jouent sur un tapis, devant la cheminée ; l'un qui joue avec un cornet de papier, qui gronde, qui jappe, qui mordille de temps en temps l'oreille du vieux chien ; l'autre qui reste allongé là, somnolent, clignant devant le feu, levant une patte, se retournant et grognant avec bonne humeur. Il fallait tout le temps qu'ils soient ensemble, qu'ils partagent les choses, qu'ils se battent, qu'ils se disputent. Mais lorsqu'Evans (Rezia, qui ne l'avait vu qu'une fois, l'avait appelé "un type pas bavard", un gaillard aux cheveux roux, peu démonstratif en compagnie des femmes) lorsqu'Evans fut tué, juste avant l'Armistice, en Italie, Septimus, loin de manifester de l'émotion ou de reconnaître que cela mettait fin à une amitié, se félicita de réagir si modérément, si raisonnablement. ... [...] Page 174 - Edition Folio |
Ou encore ceci :
| Citation: | | [...] ... L'amour entre un homme et une femme, cela dégoûtait Shakespeare. Toute cette besogne de la copulation, il avait au bout d'un moment trouvé cela répugnant. Mais Rézia disait qu'elle voulait des enfants. Ils étaient mariés depuis cinq ans. ... [...] Page 178 - Edition Folio |
C'est vrai que, surtout si l'on connaît la bisexualité fortement orientée vers le lesbianisme pur, de Woolf ainsi que le soin qu'elle apportait à son travail, on se dit qu'elle n'a pas écrit ça comme ça.
Ce qui me fait penser aux relations de Miss Killman avec Elisabeth, la fille des Dalloway. Je les trouve très énigmatiques. Sont-elles uniquement empreintes d'affection semi-maternelle et protectrice de la part de l'aînée ? Et puis, celle-ci envie certes Mrs Dalloway, affirme la mépriser ... mais enfin, Clarissa la fascine aussi énormément. Et nous savons que Clarissa a eu une amitié un peu exaltée pour Sally Seton.
Qu'en pensez-vous ?
Et Yugcib, où est-il passé ? ...  _________________ http://notabene.forumactif.com/ http://blog.bebook.fr/woland/index.php/ |
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| Sujet: Re: Décembre 2006~Janvier 2007 : Mrs Dalloway - Virginia Woolf. Mar 16 Jan - 16:48 | |
| Si je n'avais pas vraiment pensé à une relation homosexuelle, fût-elle platonique, entre Septimus et Evans, il ne fait bizarrement aucun doute pour moi qu'il y a en effet plus qu'une simple amitié entre Miss Killman et Elizabeth Dalloway.
Bizarre, non, que j'aie "vu" la relation entre femmes et pas celle entre hommes ?  |
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| Sujet: Re: Décembre 2006~Janvier 2007 : Mrs Dalloway - Virginia Woolf. Mar 16 Jan - 23:22 | |
| C'est curieux en effet. Mais peut-être le passé de Woolf lui-même t'obnubilait-il ? Bien qu'elle ait fréquenté des homosexuels reconnus comme Lytton Strachey ... Et son mari, il n'était pas un peu bisexuel, lui aussi ? ...
Donc, pour Kilman et Elisabeth, tu en es presque sûr. Ca reste un peu ambigu - comme pour Evans et Smith de toutes façons - mais justement, du fait de la biographie de Woolf, on se dit qu'elle n'écrivait pas par hasard ... _________________ http://notabene.forumactif.com/ http://blog.bebook.fr/woland/index.php/ |
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| Sujet: Re: Décembre 2006~Janvier 2007 : Mrs Dalloway - Virginia Woolf. Jeu 18 Jan - 11:03 | |
| A le relire, on constate cependant que, tout comme elle est l'apogée de la journée de Mrs Dalloway, la réception constitue en parallèle l'apogée du roman. La description qu'en fait Woolf en est à la fois souple - on dirait la traîne d'une somptueuse robe de soirée qui n'en finit pas d'ondoyer - réaliste, cinglante et en prime, l'auteur parvient même, par l'intermédiaire des Bradshaw, à y faire inviter le suicide du malheureux Septimus - qui glace d'ailleurs Mrs Dalloway.
C'est le moment du roman que je préfère. Et toi, Thomas, tu as une préférence ? _________________ http://notabene.forumactif.com/ http://blog.bebook.fr/woland/index.php/ |
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| Sujet: Re: Décembre 2006~Janvier 2007 : Mrs Dalloway - Virginia Woolf. Jeu 18 Jan - 11:57 | |
| En fait, j'aime beaucoup l'ouverture du roman, la sortie de Mrs Dalloway, sa rencontre avec Hugh Whitbread, et jusqu'à son arrivée chez la fleuriste et le bruit du moteur de la voiture qui les surprend toutes deux.
Je vois ce long passage introductif comme un plan-séquence au cinéma ; c'est très fluide, comme si l'écriture coulait de source, alors que j'imagine que pour obtenir un tel bijou, elle a dû y passer des jours - voire des semaines.
Il y a d'autres moments du roman que j'aime : la scène chez Lady Bruton où Whitbread prépare la lettre que milady veut envoyer au Times ou, avant ça, la consultation catastrophique de Septimus chez le Dr Bradshaw.
Woolf était décidément très douée pour peindre des miniatures de la société ! |
|  | | Masques de Venise Mécréante Suprême


   Age : 48 Inscrit le : 06 Mai 2005 Messages : 14342 Localisation : Sous vos yeux mais vous ne me voyez pas ... Loisirs : Tout ce qui concerne les mots et les livres.
| |  | | | Décembre 2006~Janvier 2007 : Mrs Dalloway - Virginia Woolf. | |
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