Masques de Venise
Mécréante Suprême




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Sujet: Ravachol monte à l'échafaud Ven 5 Déc - 16:00 |
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Le 11 juillet 1892, François Köenigstein, dit Ravachol, montait sur l'échafaud de Montbrison, où l'attendait le bourreau Louis Deibler. Il avait refusé l'assistance de l'aumônier de la prison et s'était avancé jusqu'à la guillotine en chantant "Le Père Duchesne." A son dernier instant, sans doute voulut-il crier "Vive la révolution sociale !" mais le couperet ne lui en laissa pas le temps.
Cette condamnation à mort ne sanctionnait pourtant pas ses actes anarchistes - pour ceux-ci, il avait été condamné aux travaux forcés - mais le meurtre de Jacques Brunel, un ermite de 93 ans, perpétré le 18 juin de l'année précédente, ainsi que divers autres délits accomplis alors que Ravachol n'avait pas encore embrassé l'anarchie
Certes, Ravachol - il "exerça" sous le nom de sa mère mais avait été reconnu très officiellement par son père, un Hollandais alcoolique et violent - n'avait pas joui d'une jeunesse très heureuse. Une fois son père reparti en Hollande, sa mère dut l'envoyer travailler alors qu'il n'avait pas encore huit ans. De temps à autre, quand l'argent faisait vraiment défaut, l'enfant et ses frères et soeurs étaient placés à l'Assistance publique. Bref, comme on le voit, rien de gai, bien au contraire.
Ravachol tomba donc assez vite dans ce que nous appelons aujourd'hui la petite délinquance, volant des poules, grapillant à droite et à gauche, etc ... Mais il commença à déraper quand il s'orienta vers la fausse-monnaie, puis la profanation des sépultures. Enfin, vint le meurtre du nonagénaire, une première arrestation, une première fuite.
Désireux de préserver ses arrières, Ravachol mit en scène son suicide et passa en Espagne où il se lia avec Paul Bernard, anarchiste déclaré, qui lui apprendra tout sur les explosifs.
Revenu en France sous le nom de Léon Léger, Ravachol décide de venger les anarchistes compromis dans l'Affaire de Clichy et condamnés, pour deux d'entre eux, à trois et cinq ans de prison - le troisième accusé, lui, est relaxé.
Il se procure d'abord le matériel nécessaire dans une carrière de Soisy-sous-Etiolles puis, avec des complices, cible les objectifs. Le commissariat de Clichy ayant été éliminé car présentant trop de difficultés d'approche, c'est le président des Assises lors de l'Affaire de Clichy, Edmond Benoît, qui est visé. Le 11 mars 1892, une marmite bourrée d'explosifs est déposée devant sa porte par Ravachol. Celui-ci a tout juste le temps de quitter l'immeuble : c'est l'explosion. Un mort mais ce n'est pas le conseiller Benoît.
Le 13 mars, les anarchistes décident d'un nouvel attentat, contre l'avocat général Bulot. Mais certains d'entre eux sont dénoncés et arrêtés, et Ravachol doit quitter Paris pour Saint-Mandé. Là, il se coupe la barbe - son signalement a été diffusé à tous les effectifs de police - et peaufine son projet.
Le 27 mars, il dépose une nouvelle bombe au 39 de la rue de Clichy. Sept blessés et 120 000 francs de dégâts : l'immeuble a été ravagé. Sur le chemin du retour, Ravachol s'arrête au restaurant Véry où il commet la maladresse d'exposer les théories anarchistes au garçon de salle, Jules Lhérot. Celui-ci le reconnaîtra, trois jours plus tard, de retour chez Véry, et le signalera cette fois à la police.
Le 26 avril, s'ouvre le premier procès de Ravachol, intenté pour ses agissements anarchistes et les deux attentats. Il est condamné au bagne avec l'un de ses complices, les trois autres étant relâchés.
Mais avant de rejoindre le bagne, Ravachol doit être jugé à Montbrison, le 21 juin. Outre la violation de sépultures et le meurtre de l'ermite de Chambles, on lui impute l'assassinat de deux vieilles filles qui tenaient un fond de quincaillerie. Ravachol nie farouchement - et on peut le croire : un seul meurtre, celui de l'ermite, suffisait pour l'envoyer à la guillotine.
Condamné cette fois à mort, Ravachol ne se verrra pas accorder le droit de lire une dernière déclaration. Il la confiera donc à son avocat, M° Lagasse, qui la transmettra à la direction du journal "Le Révolté." Le texte se termine ainsi :
"Je souhaite que les jurés qui, en me condamnant à mort, viennent de jeter dans le désespoir ceux qui m'ont conservé leur affection, portent sur leur conscience le souvenir de leur sentence avec autant de légèreté et de courage que moi j'apporterai ma tête sous le couteau de la guillotine."
A défaut d'une vie honorable, Ravachol voulait mourir avec dignité : ce personnage ambigu, qui tient à la fois de l'ange et de la bête, y est parvenu.
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Thomas
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Sujet: Re: Ravachol monte à l'échafaud Ven 5 Déc - 16:22 |
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Cette dernière phrase de Ravachol est proprement remarquable !
_________________ "Le secret douloureux des dieux et des rois, c'est que les hommes sont libres." Jean-Paul Sartre, Les mouches "La sensualité est la condition mystérieuse, mais nécessaire et créatrice, du développement intellectuel." Pierre Louÿs, Aphrodite
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