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La Fin de la Galigaï (1617)

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Masques de Venise
Mécréante Suprême
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MessageSujet: La Fin de la Galigaï (1617)   Mar 2 Déc - 19:05

Le 8 juillet 1617, Leonora Concini, maréchale d'Ancre, était décapitée en place de Grève, à Paris. Son corps fut ensuite jeté sur un bûcher pour y être réduit en cendres. Elle avait été condamnée entre autres pour sorcellerie alors qu'il est désormais prouvé que, comme elle souffrait d'épilepsie, mal que l'on ne savait pas soigner efficacement à l'époque, ses médecins avaient recours sur elle à des pratiques hermétiques - et, pour l'époque, indéniablement sulfureuses.

Elle était née Diorina Dosi (ou Dori), d'un père menuisier et d'une mère chambrière, et devait tout à la fantaisie qui la fit placer, très jeune, aux côtés de la princesse Marie de Médicis, laquelle, malgré sa très haute position, s'ennuyait tristement dans les palais du grand-duché de Toscane.

Ce fut Marie qui, de cinq ans la cadette de Diorina, prit l'habitude d'appeler celle-ci "Leonora", prénom plus facile, semble-t-il, à prononcer. Et ce fut Marie qui, incapable de se séparer de Leonora, fut responsable à la fois de son extraordinaire élévation comme de sa chute.

Lorsque, à l'occasion de l'instruction de son procès, on lui demanda quel envoûtement (sic) elle avait utilisé envers la Reine, la veuve de Concini répondit, non sans mépris : "Celui que tout esprit subtil exerce sur celui d'une balourde." Et il est bien vrai que cette femme sans réelle beauté - elle souffrait en outre d'une épaule plus haute que l'autre - acquit très vite sur Marie un ascendant qu'elle conserva tout de même pendant de très longues années.

Tout d'abord, la Reine refusa énergiquement de renvoyer Leonora en Toscane, ceci malgré les efforts conjugués de Sully et d'Henri IV. Puis, elle organisa le mariage de sa favorite avec un autre des Italiens qui l'avaient suivie en France : Concino Concini, qui sera très vite titré maréchal d'Ancre et agira en coulisses comme le premier ministre non officiel du royaume. Enfin, après l'assassinat d'Henri, les Concini deviendront les maîtres incontestés du Conseil de la Régente - et du Royaume de France.

Cela leur permettra d'accumuler une fortune estimée, à la mort de la Galigaï - on l'appelait ainsi depuis qu'elle prétendait être apparentée à cette illustre famille toscane - à un total de quinze millions de livres de l'époque. Fortune que se partageront d'ailleurs les charognards, sur le bûcher de la malheureuse.

Alors qu'il atteint ses quinze ans, le jeune roi Louis XIII, épaulé par son favori personnel, le duc de Luynes, décide de passer à l'action. Il donne l'ordre de faire abattre le maréchal d'Ancre. A l'annonce de l'assassinat, Marie de Médicis, dont les rapports avec son fils n'ont jamais brillé par la tendresse, est encore plus épouvantée que Leonora. Et, fidèle à l'image que l'Histoire gardera d'elle, elle se désolidarise complètement de sa compagne d'enfance ... et l'abandonne à ses ennemis. Bref, Marie sauve sa peau et sa liste civile.

Lucide, Leonora comprend qu'elle va mourir. Elle se défendra pourtant jusqu'au bout, rejetant toutes les accusations portées contre elle et dont certaines voulaient les lier, elle et son défunt mari, à l'assassinat d'Henri IV.

En ce 8 juillet 1617, elle monte à l'échafaud avec courage et dignité. Richelieu, que les Concini avaient les premiers sortis de l'ombre, lui rendra un ultime hommage en écrivant :

"[Son courage fut] aussi constant et ferme comme si la mort lui eût été une récompense agréable, et que la vie lui eût tenu lieu d'un supplice cruel. Le coeur le plus envenimé ne put se tenir de fondre en larmes ; de sorte qu'il est vrai de dire qu'elle fut autant regrettée à sa mort qu'elle avait été enviée durant sa vie. La seule vérité m'oblige à faire cette remarque, et non aucun désir de favoriser cette femme aussi malheureuse qu'innocente."
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La Fin de la Galigaï (1617)

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