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Théodore de BANVILLE

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mile21
Littérophage Aloysiusbertranophile
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MessageSujet: Théodore de BANVILLE   Lun 28 Sep - 12:27

Théodore FAULLIN de BANVILLE (1823-1891). Oublié de nos jours, il était des maîtres du XIX ème siècle. Stéphane MALLARME disait de lui : " Mon poète, c'est le divin Théodore de Banville, qui n'est pas un homme mais la voix même de la lyre". Auteur en 1872 d'un "Petit traité de poésie française", il sera la référence de générations de poètes.

LE SAUT DU TREMPLIN

"Clown admirable, en vérité !
Je crois que la postérité,
Dont sans cesse l'horizon bouge,
Le reverra, sa plaie au flanc.
Il était barbouillé de blanc,
De jaune, de vert et de rouge.

Même jusqu'à Madagascar
Son nom était parvenu, car
C'était selon tous les principes
Qu'après les cercles de papier,
Sans jamais les estropier
Il traversait le rond des pipes.

De la pesanteur affranchi,
Sans y voir clair il eût franchi,
Les escaliers de Piranèse.
La lumière qui le frappait
Faisait resplendir son toupet
Comme un brasier dans la fournaise.

Il s'élevait à des hauteurs
Telles, que les autres sauteurs
Se consumaient en luttes vaines.
Ils le trouvaient décourageant,
Et murmuraient : "Quel vif-argent
Ce démon a-t-il dans les veines ?

Tout le peuple criait : "Bravo !"
Mais lui, par un effort nouveau,
Semblait roidir sa jambe nue,
Et, sans que l'on sût avec qui,
Cet émule de la Saqui
Parlait bas en langue inconnue.

C'était avec son cher tremplin.
Il lui disait : "Théâtre, plein
D'inspiration fantastique,
Tremplin qui tréssailles d'émoi
Quand je prends un élan, fais-moi
Bondir plus haut, planche élastique !

"Frêle machine aux reins puissants,
Fais-moi bondir, moi qui me sens
Plus agile que les panthères,
Si haut que je ne puisse voir
Avec leur cruel habit noir
Ces épiciers et ces notaires !

"Par quelque prodige pompeux,
Fais-moi monter, si tu le peux,
Jusqu'à ces sommets, où, sans règles,
Embrouillant les cheveux vermeils
Des planètes et des soleils,
Se croisent la foudre et les aigles.

"Jusqu'à des éthers pleins de bruit,
Où, mêlant dans l'affreuse nuit
Leurs haleines exténuées,
Les autans ivres de courroux
Dorment, échevelés et fous,
Sur les seins pâles des nuées.

"Plus haut encor, jusqu'au ciel pur !
Jusqu'à ce lapis dont l'azur
Couvre notre prison mouvante !
Jusqu'à ces rouges Orients
Où marchent des Dieux flamboyants,
Fous de colère et d'épouvante.

"Plus loin ! plus haut ! je vois encor
Des boursiers à lunettes d'or,
Des critiques, des demoiselles
Et des réalistes en feu.
Plus haut ! plus loin ! de l'air ! du bleu !
Des ailes ! des ailes ! des ailes !"

Enfin, de son vil échafaud,
Le clown sauta si haut, si haut,
Qu'il creva le plafond de toiles
Au son du cor et du tambour,
Et, le coeur dévoré d'amour,
Alla rouler dans les étoiles."



ANTIOPE


Près du clair Ilissus au rivage fleuri
L'indomptable Thésée a vaincu les guerrières.
Mourantes, leurs chevaux les traînent dans les pierres :
Pas un de ces beaux corps qui ne râle meurtri.

Le silence est affreux, et parfois un grand cri
L'interrompt. Sous l'effort des lances meurtrières,
On voit des yeux, éteints déjà, sous les paupières
S'entrouvrir. Tout ce peuple adorable a péri.

Antiope, blessée, haletante, épuisée,
Combat encor. Le sang, ainsi qu'une rosée,
Coule de ses cheveux et tombe sur son flanc.

Sa poitrine superbe et fière en est trempée,
Et sa main, teinte aussi dans la pourpre du sang,
Agite le tronçon farouche d'une épée."
_________________
Pour l'idéaliste, l'existence n'est pas nécessaire à la vérité qu'il conçoit - Albert Thibaudet

http://aloysiusbertrand.blogspot.com
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Théodore de BANVILLE

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