mile21
Littérophage Aloysiusbertranophile




Nombre de messages: 650
Age: 58
Localisation: Bourgogne
Emploi: neant
Loisirs: poesie, musique
Date d'inscription: 24/08/2009
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Sujet: Louis BRAUQUIER Lun 5 Oct - 8:00 |
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Louis BRAUQUIER (1900-1976). Capitaine au long cours, agent des Messageries Maritimes, a été en poste à Sydney, Nouméa, Alexandrie, Djibouti, Shangaï et DIEGO-SUAREZ. Il a écrit en français mais aussi en provençal.
LA PUTAIN
"Elle est énorme, comme une outre de luxures, Avec toute sa chair dehors, sa chair pourrie, Elle passe aux pavés de la rue Bouterie Dans les relans impérieux des devantures.
Sa voix rauque éraillée aux ferventes bitures Fredonne un inlassable appel de nostalgie ; La cigarette pend à sa lèvre avachie, Un ruban vert contre son front tient ses frisures
Elle marche impassible au milieu des ribaudes, Sans se douter qu'on la rêve encore aux nuits chaudes Dans tous les entreponts, et que les matelots
Depuis la mer baltique au détroit de Formose, Errent aveuglément dans leurs désirs brutaux De son rire italien à sa chemise rose."
PRIMEURS
"Parti de Barcelone ou bien de Mogador, Le voilier, plein de chants et de senteurs amères, Fin, comme celui de Bernardin de Saint-Pierre, A traversé le golfe et s'amarre au Vieux-Port.
La cargaison débarque aux corbeilles pesantes, Pêches charnelles, melons rutilants, raisins Que les filles mêlaient aux pointes de leurs seins S'écroulent dans l'été de la rue odorante.
Au soleil, contre un mur, rêvent les portefaix. Ménagères, tâtant les fruits de mains expertes ; Les matelots du Doukkala font le marché,
Et marchandent, rieurs, la grenade entr'ouverte, Que sur le seuil du magasin - à tous offerte - L'Espagnole aux yeux d'or mordait comme un péché."
VESPRE AU VIEI-PORT
"Lou vèspre pietadous agouloupo Marsibo que se laisso bressa coum un pichoun enfant ; lis estrello amoundant plegon si blo'undi cibo, s'enmantello lou fart Sant-Jan.
"Le soir pieusement enveloppe Marseille qui se laisse bercer comme un petit enfant ; les étoiles là-haut abaissent leurs cils blonds, et se voile le fort Saint-Jean."
"Lou Vièi-Port sournaru dins lou blu se pestello ; un cant de marinié mounto d'un dastimen, li pantai vesperau fan se vira li velo vers lis Empèri miejournen.
"Le Vieux-Port assombri dans le bleu se renferme : un chant de matelo monte d'un bâtiment, les rêves vespéraux font se tourner les voiles vers les Empires du Midi."
Lou seren qu'a passa sus la vosto d'Africo carrejo lou perfum d'ou vèspre 'ourientau, de la caudo Arabio o de l'Adriatico, de la Grèço au cèu inmourtau.
"Le vent qui a passé la côte d'Afrique porte en lui le parfum du soir oriental, de la chaude Arabie ou de l'Adriatique, de la Grèce au ciel immortel."
Au sou, laisso penja la niue si negri treno qu'un pouèto soulet caligno, foù d'amour ; la mar roulo, endourmi, li cors blanc di sereno ; miejo-niue sono à San-Vitour.
"A terre, la nuit laisse aller ses noires tresses qu'un poète esseulé caresse, fou d'amour ; la mer roule, endormis, les corps blancs des sirènes, minuit sonne à Saint-Victor."
Lou lume dis ousto dou quèi de Ribo-Novo gisclo dins l'aigo founso ounte s'aprefoundis. Lis amourous s'envan cerca mounte s'atrovo l'amo reialo de Gitis.
"Les lumières du quai Rive-Neuve glissent dans l'eau profonde où elles vont se perdre. Les amoureux se demandent où s'est cachée l'âme royale du Gyptis."
E sus lou mount Jèsus laisso la Bono-Maire pèr aganta lis astre emé si pichoun bras. -Sus lou clar Lacidoun passo emé si remaire la grando oumbro de Pitéas."
"Et sur le mont Jésus laisse la Bonne-Mère pour atteindre les astres avec ses petits bras. -Sur le clair Lacydon passe avec ses rameurs la grande ombre de Pythéas."
_________________ Pour l'idéaliste, l'existence n'est pas nécessaire à la vérité qu'il conçoit - Albert Thibaudet
http://aloysiusbertrand.blogspot.com
Dernière édition par mile21 le Lun 5 Oct - 15:21, édité 1 fois
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Sujet: Re: Louis BRAUQUIER Lun 5 Oct - 15:18 |
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LES FLAMMES ET LES CENDRES
"Autour du bois dont elles naissent, qu'elles dévorent, Amorales, dansant, jeunes, folles et rouges, A coeur joie de monter plus loin l'une que l'autre, De passer sous la bûche et de sauter encore Vers l'étoile qui croise au ciel et qu'elles voient En haut de la cheminée noire, seul univers Qu'elles auront connu, merveilles consumées !
L'étoile, et, en bas, le visage de ce vieil homme, Qui les contemple avec tendresse et qui les aime, Mais qui pense à la mort, aux cendres, à la nuit."
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