Masques de Venise
Mécréante Suprême




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Sujet: Joachim du Bellay. Mar 21 Fév - 14:49 |
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L'un des plus grands poètes français et l'un des pères fondateurs de la Pléiade Joachim du Bellay - 1522-1560
Pour ceux qui ne sont jamais allés plus loin que le premier vers, voici l'une de ses oeuvres les plus connues :
Heureux qui, comme Ulysse, a fait un long voyage Ou comme ceystui-là qui conquit la Toison, Et puis est retourné, plein d'usage et raison, Vivre entre ses parents le reste de son âge.
Quand reverrai-je, hélas ! de mon petit village Brûler la cheminée et en quelle saison Reverrai-je le clos de ma pauvre maison Qui m'est une province et beaucoup davantage ?
Plus me plaît le séjour qu'ont bâti mes aïeux, Que des palais romains le front audacieux ; Plus que le marbre dur me plaît l'ardoise fine,
Plus mon Loire Gaulois que le Tibre Latin, Plus mon petit Liré que le mont Palatin Et plus que l'air marin, la douceur Angevine.
Ce sonnet, qui appartient, il me semble, aux recueil des "Regrets", fut composé, dit-on, alors que Joachim occupait à Rome la place de secrétaire du cardinal Jean du Bellay. Sa perfection tient non seulement dans sa forme mais surtout dans la sincérité et la douceur mélancolique des sentiments exprimés. Tous ceux qui ont, un jour ou l'autre, ressenti le mal du pays se reconnaissent instinctivement dans ce poète qui pleure son exil.
_________________ Ecrasons les Infâmes ! - D'après (et avec la bénédiction posthume de) Voltaire
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Sujet: Re: Joachim du Bellay. Mar 21 Fév - 17:52 |
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Je ne savais pas qu'il était mort si jeune ! Mais à cette époque là, vous me direz...
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Sujet: Re: Joachim du Bellay. Lun 7 Sep - 15:55 |
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EPITAPHE D'UN CHAT
"Maintenant le vivre me fâche Et afin, Magny, que tu scache, Pourquoi je suis tant éperdu, Ce n'est pas pour avoir perdu Mes anneaux, mon argent, ma bource : Et pourquoi est-ce donques ? pource Que j'ai perdu depuis trois jours Mon bien, mes plaisirs, mes amours : (Eh quoi ! ô souvenance grève ! A peu que le coeur ne me crève Quand j'en parle ou qu'en j'en écris !) C'est Belaud, mon petit chat gris, Belaud, qui fut par aventure Le plus bel oeuvre que nature Fit oncques en matière de chats ; C'était Belaud, la mort aux rats, Belaud, dont la beauté fut telle Qu'elle est digne d'être immortelle. Doncques Belaud premièrement Ne fut pas gris entièrement, Ni tel qu'en France on les voit naître, Mais tel qu'à Rome on les voit être, Couvert d'un poil gris argentin, Ras et poli comme satin, Couché par ondes sur l'échine Et blanc dessous comme une hermine.
La tête à la taille pareille Le col grasset, courte l'oreille, Et dessous un nez ébenin Un petit mufle lyonnin Autour duquel était plantée Une barbelette argentée, Armant d'un petit poil follet Son musequin damoiselet.
Jambe grêle, petite patte, Plus qu'une moufle délicate, Sinon alors qu'il déguainait Cela dont il égratignait ; La gorge douillette et mignonne, La queue longue à la guenonne, Mouchetée diversement D'un naturel bigarrement...
Tel fut Belaud la gente bête Qui des pieds jusqu'à la tête De telle beauté fut pourvu Que son pareil on n'a point vu. Ô quel malheur ! ô qu'elle perte Qui ne peut être recouverte ! Ô quel deuil mon âme en reçoit ! Vraiment la mort, bien qu'elle soit Plus fière qu'un ours, l'inhumaine, Si de voir elle eut pris la peine Un tel chat, son coeur endurci En eût, ce crois-je, merci...
Mais la cruelle n'avait pas Goûté les folâtres ébats De mon Belaud, ni la souplesse De sa gaillarde gentilesse : Soit qu'il sautât, soit qu'il grattât, Soit qu'il tournât ou voltigeât D'un tour de chat, ou soit encores Qu'il prit un rat, et or' et ores La relâchant pour quelque temps S'en donnât mille passe-temps ; Soit que d'une façon gaillarde, Avec sa patte frétillarde Il se frottât le musequin, Ou soit que ce petit coquin Privé sautelât sur ma couche Ou soit qu'il ravît de ma bouche La viande sans m'outrager Alors qu'il me voyait manger, Soit qu'il fit en diverses guises Mille autres belles mignardises.
Mon Dieu, quel passe-temps c'était Quand ce Belaud vire-voletait, Folâtre autour d'une pelote ! Quel plaisir, quand sa tête sotte Suivant sa queue en mille tours, D'un rouet imitait le cours ! Ou quand, assis sur le derrière Il s'en faisait une jartière Et montrant l'estomac velu, De panne blanche crêpelu, Semblait, tant sa trogne était bonne, Quelque docteur de la Sorbonne ! Ou quand alors on l'animait, A coup de pattes il escrimait, Et puis apaisait sa colère Tout soudain qu'on lui faisait chère !
Voilà, Magny, les passe-temps Où Belaud employait son temps. N'est-il pas bien à plaindre doncques ? Au demeurant tu ne vis onques Chat plus adroit, ni mieux appris A combattre rats et souris Belaud savait mille manières De les surprendre en leurs tesnières Et lors leur fallait bien trouver Plus d'un pertuis pour se sauver. Car onques rat, tant fut-il vite, Ne se vit sauver à la fuite Devant Belaud. Au demeurant Belaud n'était pas ignorant : Il savait bien, tant fut traitable Prendre la chair dessus la table ; J'entends quand on lui présentait ; Car autrement il vous grattait Et avec la patte friande De loin muguetait la viande.
Belaud n'était pas mal plaisant, Belaud n'était pas mal faisant, Et ne fit onc plus grand dommage Que de manger un vieux fromage, Une linotte et un pinson Qui le fâchaient de leur chanson. Mais quoi, Magny, nous-mêmes hommes Parfaits de tous points nous ne sommes."
_________________ Pour l'idéaliste, l'existence n'est pas nécessaire à la vérité qu'il conçoit - Albert Thibaudet
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