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François COPPEE

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mile21
Littérophage Aloysiusbertranophile
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MessageSujet: François COPPEE   Jeu 8 Oct - 12:38

François COPPEE (1842-1908). Il est considéré comme le "parnassien du pauvre", et son oeuvre, un peu inégale, est proche des athmosphères de Maupassant et Zola. Il est cependant très agréable, me semble-t-il, de se promener avec lui, notamment dans les rues du vieux Paris.

LE REGIMENT QUI PASSE

"Par un temps de boue et de glace,
Le peuple, toujours enfantin,
Regarde un régiment qui passe
Devant la porte Saint-Martin.

C'est un régiment de la ligne ;
Astiqué comme aux anciens jours,
Le tambour-major, d'un air digne,
Précède les petits tambours.

Deux officiers qui, pour les suivre,
Maintiennent leurs chevaux au pas,
Au-delà des saxhorns de cuivre
Dominent les fronts, et là-bas,

A travers la brume incertaine,
Tels des pavots dans les épis,
S'avance la foule lointaine
Des chassepots et des képis.

Pour les soldats, le populaire
S'est en grand' hâte rassemblé ;
Un flot de gamins accélère
Sa marche, à leur pas redoublé.

La troupe passe, calme et gaie,
Comme elle rirait sous les obus,
Devant les gens qui font la haie
Et l'encombrement d'omnibus.

Chacun l'accompagne ou s'arrête,
Et l'on voit emboîter le pas
L'ouvrier tirant sa charette
Ou portant son fils sur ses bras.

Et, rêvant déjà de bataille,
Tous sont heureux naïvement ;
Car toujours la France tressaille
Au passage d'un régiment."



L'ATTENTE


" Au bout du vieux canal plein de mâts, juste en face
De l'océan et dans la dernière maison,
Assise à sa fenêtre, et quelque temps qu'il fasse,
Elle se tient les yeux fixés sur l'horizon.

Bien qu'elle ait la pâleur des éternels veuvages,
Sa robe est claire ; et bien que les soucis pesants
Aient sur ses traits flétris exercé leurs ravages,
Ses vêtements sont ceux des filles de seize ans.

Car depuis bien des jours, patiente vigie,
Dès l'instant où la mer bleuit dans le matin
Jusqu'à ce qu'elle soit par le couchant rougie,
Elle est assise là, regardant au lointain.

Chaque aurore elle voit une tardive étoile
S'éteindre, et chaque soir le soleil s'enfoncer
A cette place où doit reparaître la voile
Qu'elle vit là, jadis, pâlir et s'effacer.

Son coeur de fiancée, immuable et fidèle,
Attend toujours, certain de l'espoir partagé,
Loyal ; et rien en elle, aussi bien qu'autour d'elle,
Depuis dix ans qu'il est parti, rien n'a changé.

Les quelques doux vieillards qui lui rendent visite,
En la voyant avec ses bandeaux réguliers,
Son ruban mince où pend sa médaille bénite,
Son corsage à la vierge et ses petits souliers,

La croiraient une enfant ingénue et qui boude,
Si parfois ses doigts purs, ivoirins et tremblants,
Alors que sur sa main fiévreuse elle s'accoude,
Ne livraient le secret des premiers cheveux blancs.

Partout le souvenir de l'absent se rencontre
En mille objets fanés et déjà presque anciens :
Cette lunette en cuivre est à lui, cette montre
Est la sienne, et ces vieux instruments sont les siens.

Il a laissé, de peur d'encombrer sa cabine,
Ces gros livres poudreux dans leur oubli profond,
Et c'est lui qui tua d'un coup de carabine
Le monstrueux lézard qui s'étale au plafond.

Ces mille riens, décor naïf de la muraille,
Naguère il les a tous apportés de très loin.
Seule, comme un témoin inclément et qui raille,
Une carte navale est pendue en un coin ;

Sur le tableau jaunâtre, entre ses noirs tringles,
Les vents et les courants se croisent à l'envi ;
Et la succession des petites épingles
N'a pas manqué longtemps le voyage suivi.

Elle conduit jusqu'à la ligne tropicale
Le navire vainqueur du flux et du reflux,
Puis cesse brusquement à la dernière escale,
Celle d'où le marin, hélas ! n'écrivit plus.

Et ce point justement où sa trace s'arrête
Est celui qu'un burin savant fit le plus noir ;
C'est l'obscur rendez-vous des flots, où la tempête
Creuse un inexorable et profond entonnoir.

Mais elle ne voit pas le tableau redoutable
Et feuillette, l'esprit ailleurs, du bout des doigts,
Les planches d'un herbier éparses sur la table,
Fleurs pâles qu'il ceuillit aux Indes autrefois.

Jusqu'au soir sa pensée extatique et sereine
Songe au chemin qu'il fait en mer pour revenir,
Ou parfois, évoquant des jours meilleurs, égrène
Le chapelet mystique et doux du souvenir ;

Et quand sur l'océan la nuit met son mystère,
Calme et fermant les yeux elle rêve du chant
Des matelots joyeux d'apercevoir la terre
Et d'un navire d'or dans le soleil couchant."
_________________
Pour l'idéaliste, l'existence n'est pas nécessaire à la vérité qu'il conçoit - Albert Thibaudet

http://aloysiusbertrand.blogspot.com
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François COPPEE

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