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Dante.

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Masques de Venise
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MessageSujet: Dante.   Ven 19 Jan - 16:06

Puisque Arte diffuse ce soir, à 22 h 25, un documentaire sur Dante et sa « Divine Comédie », prenons un ou deux posts pour évoquer le poète qui donna à la future Italie les premiers textes fondateurs de sa littérature.

L’œuvre majeure de Durante Alaghieri, passé à la postérité sous le nom un peu déformé de Dante Alighieri – « Dante » étant le diminutif de « Durante » - n’a pas fini d’enchanter les critiques les plus difficiles. Mais ce qui est moins connu de ses admirateurs, c’est qu’il fut aussi un guerrier et un homme politique très en phase avec son temps. Il mourut d’ailleurs victime de ses convictions de citoyen, parce qu’il rêvait d’une Florence puissante et non plus dominée.

Par sa famille, l’une des dynasties aisées de la grande cité, il appartenait au parti des Guelfes, c’est-à-dire à ceux qui, dans cette Italie alors tant convoitée par différents monarques d’Europe, en tenaient pour la prééminence du Pape face à celle de ce qu’il restait de l’Empire romain. Dante participera d’ailleurs à de nombreuses campagnes contre le parti adverse, celui des Gibelins.

En 1300, il devient l’un des grands magistrats de Florence et c’est alors qu’il se révèle comme un Guelfe blanc convaincu. Le parti guelfe a toujours comporté des Guelfes blancs, qui rêvent de donner son autonomie à la ville et des Guelfes dits « noirs » qui, de leur côté, en tiennent pour la domination du Vatican, à cette époque déjà en bisbille avec le roi de France, Philippe IV le Bel. Au coeur des inextricables méandres de la politique italienne, les tensions s’exacerbent et Philippe lance son frère, Charles de Valois, sur Florence. Dans la ville saccagée – le sac de Florence déconsidèrera Charles jusque dans son propre pays - les Guelfes noirs triomphent. Leur premier soin sera d’exiler les Guelfes adverses, parmi lesquels Dante qui sera même condamné à mort par contumace.

Interdit dans sa patrie, muni de son bâton de pèlerin, le Poète s’en va de ville en ville, d’abord en Italie, ensuite à l’étranger. Il passe quelque temps à Paris mais c’est à Ravenne, où il finit par se fixer, qu’il mourra, en 1321, sans avoir jamais eu le bonheur de revoir Florence.

Nourri directement aux sources de l’Antiquité romaine, Dante voue un culte aux grands poètes disparus et surtout à Virgile, qu’il nomme son « Maître » et dont il fait son mentor dès le Chant I de « L’Enfer. » Féru de poésie courtoise et de langue d’oïl, il rédige l’intégrale de son œuvre qui, outre « La Divine Comédie », recèle également quelques traités, des poésies lyriques et même des sortes de mémoires sous la forme de la « Vita Nuova » où il évoque son enfance, en langue toscane. Ce faisant, il ne sait pas encore qu’il donne ainsi à ce qui deviendra l’Italie ses premiers grands textes en langue moderne.




Tombeau de Dante à Florence, en la Basilique de la Santa-Croce.

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MessageSujet: Re: Dante.   Ven 19 Jan - 16:33

Ce soir, sur Arte :

Citation:
Vendredi, 19 janvier 2007 à 22:20
Rediffusions :
pas de rediffusions

Dante, de l'enfer au paradis
(France, 2006, 73mn)
ARTE F
Réalisateur: Thierry Thomas

Grâce aux témoignages de lecteurs passionnés et à un spectaculaire décor numérique fidèle au récit de Dante, Thierry Thomas nous guide, cercle après cercle, à la découverte de L'enfer.


Dans "La Divine Comédie", Dante raconte en vers (et en toscan, la madre lingua qui grâce à lui va devenir l'italien), le voyage imaginaire qu'il effectue, guidé par Virgile puis par Béatrice, de l'Enfer au Paradis en passant par le Purgatoire. Depuis sa création, le récit, qui court sur trois livres divisés chacun en trente-trois chants, a inspiré une riche iconographie.

Avec les moyens de la télévision, Thierry Thomas a voulu aider le spectateur à entrer dans ce texte aussi célèbre que peu lu (du moins hors d'Italie), à s'avancer dans la "forêt obscure" de L'Enfer, le premier et le plus fameux des trois livres. Cercle après cercle, il place nos pas dans ceux de Dante. Le dispositif est à la fois simple et lumineux. Le réalisateur, en contrepoint aux sombres visions infernales, a voulu l'atmosphère la plus claire et la plus "transparente" possible.

Des lecteurs passionnés de tous horizons racontent et analysent l'oeuvre, illustrée en parallèle par les images qu'elle a fait naître, des toiles de la Renaissance aux gravures de Gustave Doré, jusqu'à une très contemporaine vision en 2D et 3D, reconstituée par ordinateur, tour de Babel renversée dont la pointe coïncide avec le centre de la terre.

Spécialistes ou amateurs éclairés, les intervenants savent nous faire partager leur ferveur comme autant de Virgile, de passeurs, qui nous font aborder aux rivages de l'oeuvre. Parmi eux, la traductrice Jacqueline Risset, le musicien Didier-Marc Garin (qui compose un opéra inspiré de La divine comédie), Sébastien Allard, conservateur au Louvre, Carlo Ossola, professeur au Collège de France, le prêtre romain Ivan Salvadori, les enseignants Tristan Macé et Erica Durante, le scénariste Bertrand Schefer, ainsi que des étudiants de l'université catholique de Milan. (Sources : Arte)

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MessageSujet: Re: Dante.   Ven 19 Jan - 16:58

Pour ceux qui, sans forcément la parler, s'intéressent à la langue italienne comme pour les amateurs de langues romanes et de poésie dans le texte, je ne résiste pas au plaisir de placer ici le début, si connu, du chant I de l'Enfer et la rencontre avec le spectre de Virgile :

Inferno

I

Nel mezzo del cammin di nostra vita
mi ritrovai per una selva oscura
ché la diritta via era smarrita.

Ahi quanto a dir qual era è cosa dura
esta selva selvaggia e aspra e forte
che nel pensier rinova la paura!

Tant'è amara che poco è più morte;
ma per trattar del ben ch'i' vi trovai,
dirò de l'altre cose ch'i' v'ho scorte.

Io non so ben ridir com'i' v'intrai,
tant'era pien di sonno a quel punto
che la verace via abbandonai.

Ma poi ch'i' fui al piè d'un colle giunto,
là dove terminava quella valle
che m'avea di paura il cor compunto,

guardai in alto, e vidi le sue spalle
vestite già de' raggi del pianeta
che mena dritto altrui per ogne calle.

Allor fu la paura un poco queta
che nel lago del cor m'era durata
la notte ch'i' passai con tanta pieta.

E come quei che con lena affannata
uscito fuor del pelago a la riva
si volge a l'acqua perigliosa e guata,

così l'animo mio, ch'ancor fuggiva,
si volse a retro a rimirar lo passo
che non lasciò già mai persona viva.

Poi ch'èi posato un poco il corpo lasso,
ripresi via per la piaggia diserta,
sì che 'l piè fermo sempre era 'l più basso.

Ed ecco, quasi al cominciar de l'erta,
una lonza leggera e presta molto,
che di pel macolato era coverta;

E non mi si partia dinanzi al volto,
anzi 'mpediva tanto il mio cammino,
ch'i' fui per ritornar più volte vòlto.

Temp'era dal principio del mattino,
e 'l sol montava 'n sù con quelle stelle
ch'eran con lui quando l'amor divino

mosse di prima quelle cose belle;
sì ch'a bene sperar m'era cagione
di quella fiera a la gaetta pelle

l'ora del tempo e la dolce stagione;
ma non sì che paura non mi desse
la vista che m'apparve d'un leone.

Questi parea che contra me venisse
con la test'alta e con rabbiosa fame,
sì che parea che l'aere ne tremesse.

Ed una lupa, che di tutte brame
sembiava carca ne la sua magrezza,
e molte genti fé già viver grame,

questa mi porse tanto di gravezza
con la paura ch'uscia di sua vista,
ch'io perdei la speranza de l'altezza.

E qual è quei che volontieri acquista,
e giugne 'l tempo che perder lo face,
che 'n tutt'i suoi pensier piange e s'attrista;

tal mi fece la bestia sanza pace,
che, venendomi 'ncontro, a poco a poco
mi ripigneva là dove 'l sol tace.

Mentre ch'i' rovinava in basso loco,
dinanzi a li occhi mi si fu offerto
chi per lungo silenzio parea fioco.

Quando vidi costui nel gran diserto,
«Miserere di me», gridai a lui,
«qual che tu sii, od ombra od omo certo!».

Rispuosemi: «Non omo, omo già fui,
e li parenti miei furon lombardi,
mantoani per patria ambedui.


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MessageSujet: Re: Dante.   Ven 19 Jan - 18:27

Ce qui nous donne, en français (Sources : Lexilogos) :

L'Enfer

I

Au milieu du chemin de notre vie
Je me retrouvai dans une forêt obscure
Où je m'étais égaré, loin de la voie droite.

Ah ! c'est une chose bien dure à dire,
Que de dire comment était
Cette forêt sauvage et âpre et forte
Qui dans la pensée fait revivre la peur,

Si amère qu'à peine plus l'est la mort ;
Mais pour traiter du bien que j'y trouvai,
Je dirai les autres choses que j'y ai vues.

Je ne sais bien redire comme j'y entrais
Tant j'étais plein de sommeil au moment précis
Où j'abandonnai le vrai chemin.

Mais quand je m'en fus venu au pied d'une colline,
Là où prenait fin cette vallée
Qui, de frayeur, m'avait étreint le coeur,

Je regardai en haut et vis ses épaules
Déjà revêtues des rayons de l'astre
Qui chacun mène droit en tout sentier.

Alors fut un peu calmée la peur
Qui au profond du coeur m'était restée
La nuit que je passai en telle angoisse

Et comme celui qui, le souffle haletant,
Sorti hors de la mer sur le rivage,
Se tourne vers l'eau périlleuse et regarde,

Ainsi mon esprit qui encore s'enfuyait
Se tourna en arrière pour voir ce passage
Qui jamais ne laissa nulle personne en vie.

Lorsque j'eus reposé un peu mon corps lassé,
Je me repris à marcher sur la côte déserte
Où le pied qui pesait était le plus bas

Et voici, non loin d'où commençait la pente
Une panthère légère et très agile
Qui de poil tacheté était recouverte ;

Elle ne s'éloignait de devant mon visage
Et même empêchait tellement mon chemin
Que plus d'une fois je fus pour revenir.

C'était l'heure où commence le matin
Et le soleil montait avec ces étoiles
Qui étaient avec lui lorsque l'Amour divin

Fit mouvoir en premier ces choses si belles ;
Aussi me portèrent à espérer un bien
De cette bête au pelage bigarré

Et l'heure du jour et la douce saison
Mais non tant que peur ne me donnât
La vue d'un lion qui là m'apparut.

Celui-ci paraissait venir contre moi,
La tête haute, avec une faim rageuse
Au point que l'air en semblait pris de crainte

Et d'une louve qui de toutes convoitises
Semblait chargée en sa maigreur
Et maintes gens déjà fit vivre misérables.

Celle-ci mit en moi un tel accablement
Par la peur que suscitait sa vue
Que je perdis l'espoir de la hauteur.

Et tel est celui qui volontiers acquiert
Et, si vient un temps qui le fait perdre,
En toutes ses pensées pleure et s'attriste ;

Tel me fit cette bête sans paix
Qui, venant contre moi peu à peu,
Me repoussait là où le soleil se tait.

Tandis que je croulais vers les lieux bas,
Devant mes yeux quelqu'un me fut offert
Qui par long silence semblait enroué.

Quand je le vis dans ce si grand désert :
"Pitié de moi !" criai-je vers lui,
"Qui que tu sois, ombre ou homme vrai !"

Il répondit : "Homme non, mais homme je fus
Et mes parents furent lombards,
Et mantouans de patrie l'un et l'autre."


Bien sûr, c'est loin d'être aussi musical que l'italien mais au moins, cela donne au lecteur une idée exacte de ce que lui dit le poète florentin. Wink
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MessageSujet: Re: Dante.   Ven 19 Jan - 20:53

Evidemment, "La Divine Comédie" - qui ne devint "divine" que bien longtemps après la mort de Dante puisque son titre original est la "Commedia" - abonde d'images, de symboles, de métaphores, etc ... Elle se réfère autant à la vie spirituelle qu'à la vie philosophique de l'époque, voire à sa vie politique.

Ainsi, dans ce passage, Dante est assailli par trois fauves qui représentent des maux et des dangers bien particuliers, que son imprudence - il s'est perdu loin de la "voie droite" par sa seule faute - attire et dont le préservera seul le spectre de Virgile (= la Poésie à son summum, sans qui Dante ne serait rien, partant les facultés créatrices), mandaté par Béatrice (= l'amour courtois du Poète, l'expression la plus pure du sentiment humain, le premier amour que la vie, puis la Mort lui ont enlevé et qui a recouvré sa pureté originelle).

Mais il existe une multitude d'interprétations possibles. Malheureusement, si "La Divine Comédie" passe volontiers pour un chef-d'oeuvre appartenant au patrimoine de l'Humanité, elle n'est pas couramment étudiée en-dehors des frontières italiennes. Les siècles lui ont fait en outre une réputation d'hermétisme et de symbolisme qui lui nuit beaucoup et, lorsqu'on considère la poésie qui l'imprègne, on ne peut que déplorer cet état de choses.

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