Nota Bene
Forum Littéraire Résolument Atypique Tapissé de Mots, de Livres, de Littérature ... Exclusivement Réservé Aux Lecteurs Gourmets & Passionnés mais Non-enclins à la Mièvrerie
AccueilAccueil  PortailPortail  CalendrierCalendrier  GalerieGalerie  FAQFAQ  RechercherRechercher  S’enregistrerS’enregistrer  ConnexionConnexion  
Poster un nouveau sujet   Répondre au sujet
 

Alphonse de Lamartine

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
AuteurMessage
Morgane la fée
Our Witch-Ambassadress to Albion
Our Witch-Ambassadress to Albion


Sexe:FémininLionDragon
Age : 20
Inscrit le : 23 Jan 2006
Messages : 1410
Localisation : Leicester (UK) et Antony (France) pendant les vacances
Emploi : Etudiante en American studies
Loisirs : lecture, cinéma, écriture, voyages

MessageSujet: Alphonse de Lamartine   Ven 10 Fév - 23:03

L'Isolement



Souvent sur la montagne, à l'ombre du vieux chêne,
Au coucher du soleil, tristement je m'assieds;
Je promène au hasard mes regards sur la plaine,
Dont le tableau changeant se déroule à mes pieds.

Ici gronde le fleuve aux vagues écumantes,
Il serpente, et s'enfonce en un lointain obscur;
Là le lac immobile étend ses eaux dormantes
Où l'étoile du soir se lève dans l'azur.

Au sommet de ces monts couronnés de bois sombres,
Le crépuscule encor jette un dernier rayon,
Et le char vaporeux de la reine des ombres
Monte, et blanchit déjà les bords de l'horizon.

Cependant, s'élançant de la flèche gothique,
Un son religieux se répand dans les airs,
Le voyageur s'arrête, et la cloche rustique
Aux derniers bruits du jour mêle de saints concerts.

Mais à ces doux tableaux mon âme indifférente
N'éprouve devant eux ni charme, ni transports,
Je contemple la terre, ainsi qu'une ombre errante :
Le soleil des vivants n'échauffe plus les morts.

De colline en colline en vain portant ma vue,
Du sud à l'aquilon, de l'aurore au couchant,
Je parcours tous les points de l'immense étendue,
Et je dis : Nulle part le bonheur ne m'attend.

Que me font ces vallons, ces palais, ces chaumières,
Vains objets dont pour moi le charme est envolé;
Fleuves, rochers, forêts, solitudes si chères,
Un seul être vous manque, et tout est dépeuplé.

Que le tour du soleil ou commence ou s'achève,
D'un oeil indifférent je le suis dans son cours;
En un ciel sombre ou pur qu'il se couche ou se lève,
Qu'importe le soleil? je n'attends rien des jours.

Quand je pourrais le suivre en sa vaste carrière,
Mes yeux verraient partout le vide et les déserts;
Je ne désire rien de tout ce qu'il éclaire,
Je ne demande rien à l'immense univers.

Mais peut-être au-delà des bornes de sa sphère,
Lieux où le vrai soleil éclaire d'autres cieux,
Si je pouvais laisser ma dépouille à la terre,
Ce que j'ai tant rêvé paraîtrait à mes yeux?

Là, je m'enivrerais à la source où j'aspire,
Là, je retrouverais et l'espoir et l'amour,
Et ce bien idéal que toute âme désire,
Et qui n'a pas de nom au terrestre séjour!

Que ne puis-je, porté sur le char de l'aurore,
Vague objet de mes voeux, m'élancer jusqu'à toi,
Sur la terre d'exil pourquoi resté-je encore?
Il n'est rien de commun entre la terre et moi.

Quand la feuille des bois tombe dans la prairie,
Le vent du soir s'élève et l'arrache aux vallons;
Et moi, je suis semblable à la feuille flétrie :
Emportez-moi comme elle, orageux aquilons!
_________________
-We live as we dream--alone Heart of Darkness J. Conrad

-De Satan ou de Dieu, qu'importe ? Ange ou Sirène,
Qu'importe, si tu rends, – fée aux yeux de velours,
Rythme, parfum, lueur, ô mon unique reine ! –
L'univers moins hideux et les instants moins lourds ?
Baudelaire
Revenir en haut Aller en bas
Morgane la fée
Our Witch-Ambassadress to Albion
Our Witch-Ambassadress to Albion


Sexe:FémininLionDragon
Age : 20
Inscrit le : 23 Jan 2006
Messages : 1410
Localisation : Leicester (UK) et Antony (France) pendant les vacances
Emploi : Etudiante en American studies
Loisirs : lecture, cinéma, écriture, voyages

MessageSujet: Re: Alphonse de Lamartine   Ven 10 Fév - 23:06

LE LAC

Ainsi, toujours poussés vers de nouveaux rivages,
Dans la nuit éternelle emportés sans retour,
Ne pourrons-nous jamais sur l'océan des âges
Jeter l'ancre un seul jour?

O lac! l'année à peine a fini sa carrière,
Et près des flots chéris qu'elle devait revoir,
Regarde! je viens seul m'asseoir sur cette pierre
Où tu la vis s'asseoir!

Tu mugissais ainsi sous ces roches profondes;
Ainsi tu te brisais sur leurs flancs déchirés;
Ainsi le vent jetait l'écume de tes ondes
Sur ses pieds adorés.

Un soir, t'en souvient-il? nous voguions en silence,
On n'entendait au loin, sur l'onde et sous les cieux,
Que le bruit des rameurs qui frappaient en cadence
Tes flots harmonieux.

Tout à coup des accents inconnus à la terre
Du rivage charmé frappèrent les échos;
Le flot fut attentif, et la voix qui m'est chère
Laissa tomber ces mots :

"O temps, suspends ton vol! et vous, heures propices
Suspendez votre cours :
Laissez-nous savourer les rapides délices
Des plus beaux de nos jours!

"Assez de malheureux ici-bas vous implorent,
Coulez, coulez pour eux;
Prenez avec leurs jours les soins qui les dévorent,
Oubliez les heureux.

"Mais je demande en vain quelques moments encore,
Le temps m'échappe et fuit;
Je dis à cette nuit : Sois plus lente; et l'aurore
Va dissiper la nuit.

"Aimons donc, aimons donc! de l'heure fugitive,
Hâtons-nous, jouissons!
L'homme n'a point de port, le temps n'a point de rive;
Il coule, et nous passons!"

Temps jaloux, se peut-il que ces moments d'ivresse,
Où l'amour à longs flots nous verse le bonheur,
S'envolent loin de nous de la même vitesse
Que les jours de malheur?

Eh quoi! n'en pourrons-nous fixer au moins la trace?
Quoi! passés pour jamais? quoi! tout entiers perdus?
Ce temps qui les donna, ce temps qui les efface,
Ne nous les rendra plus?

Éternité, néant, passé, sombres abîmes,
Que faites-vous des jours que vous engloutissez?
Parlez : nous rendrez-vous ces extases sublimes
Que vous nous ravissez?

O lac! rochers muets! grottes! forêt obscure!
Vous, que le temps épargne ou qu'il peut rajeunir,
Gardez de cette nuit, gardez, belle nature,
Au moins le souvenir!

Qu'il soit dans ton repos, qu'il soit dans tes orages,
Beau lac, et dans l'aspect de tes riants coteaux,
Et dans ces noirs sapins, et dans ces rocs sauvages
Qui pendent sur tes eaux.

Qu'il soit dans le zéphyr qui frémit et qui passe,
Dans les bruits de tes bords par tes bords répétés,
Dans l'astre au front d'argent qui blanchit ta surface
De ses molles clartés.

Que le vent qui gémit, le roseau qui soupire
Que les parfums légers de ton air embaumé,
Que tout ce qu'on entend, l'on voit ou l'on respire,
Tout dise : Ils ont aimé!

[/b]
_________________
-We live as we dream--alone Heart of Darkness J. Conrad

-De Satan ou de Dieu, qu'importe ? Ange ou Sirène,
Qu'importe, si tu rends, – fée aux yeux de velours,
Rythme, parfum, lueur, ô mon unique reine ! –
L'univers moins hideux et les instants moins lourds ?
Baudelaire
Revenir en haut Aller en bas
Vieux_Renard
Piège à Vieux Corbeaux.



Inscrit le : 18 Juil 2005
Messages : 1156
Localisation : dans sa tanière, bien au chaud.

MessageSujet: Re: Alphonse de Lamartine   Sam 11 Fév - 9:57

C'est joli.
C'est une ode contre le temps qui passe, Morgane la fée ? J'ai comme l'impression que l'auteur voudrait revivre un instant qui lui est cher.
Revenir en haut Aller en bas
Clio
Alias Betty Boop



Inscrit le : 22 Mai 2005
Messages : 30
Localisation : Dans la vie et dans les livres, en général.

MessageSujet: Re: Alphonse de Lamartine   Sam 11 Fév - 13:10

Lamartine était un grand poète, assez oublié aujourd'hui et c'est dommage. En tant que politique, par contre ... Remarquez, la politique et l'écriture, ça fait rarement bon ménage.
_________________
Splendeurs et misères du préservatif, voilà l'histoire sexuelle de la seconde moitié du XXème siècle.
Philip Roth - La Bête qui meurt
Revenir en haut Aller en bas
Morgane la fée
Our Witch-Ambassadress to Albion
Our Witch-Ambassadress to Albion


Sexe:FémininLionDragon
Age : 20
Inscrit le : 23 Jan 2006
Messages : 1410
Localisation : Leicester (UK) et Antony (France) pendant les vacances
Emploi : Etudiante en American studies
Loisirs : lecture, cinéma, écriture, voyages

MessageSujet: Re: Alphonse de Lamartine   Sam 11 Fév - 13:22

Et le plus touchant je trouve c'est l'expression du mal de vivre:

Citation:
Qu'importe le soleil? je n'attends rien des jours.



Citation:
Il n'est rien de commun entre la terre et moi.




...
_________________
-We live as we dream--alone Heart of Darkness J. Conrad

-De Satan ou de Dieu, qu'importe ? Ange ou Sirène,
Qu'importe, si tu rends, – fée aux yeux de velours,
Rythme, parfum, lueur, ô mon unique reine ! –
L'univers moins hideux et les instants moins lourds ?
Baudelaire
Revenir en haut Aller en bas
Vieux_Renard
Piège à Vieux Corbeaux.



Inscrit le : 18 Juil 2005
Messages : 1156
Localisation : dans sa tanière, bien au chaud.

MessageSujet: Re: Alphonse de Lamartine   Dim 12 Fév - 17:30

Clio a écrit:
Lamartine était un grand poète, assez oublié aujourd'hui et c'est dommage. En tant que politique, par contre ...


C'est vrai, mais je pense aussi qu'un anti-Napoléonien a toujours des choses intéressantes à dire.
Revenir en haut Aller en bas

Alphonse de Lamartine

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Nota Bene :: Chez Calliope et Erato. :: Le Cercle des Poètes.-
Poster un nouveau sujet   Répondre au sujet