Masques de Venise
Mécréante Suprême




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Sujet: Pierre Drieu La Rochelle Sam 3 Jan - 13:08 |
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3 janvier 1893, Paris : naissance de Pierre Drieu La Rochelle, romancier & essayiste.
Il naît dans une famille bourgeoise, d'origine normande, très attachée aux traditions et que déchirent les problèmes conjugaux et financiers. La Grande guerre, durant laquelle il est blessé à trois reprises, va lui infliger un nouveau traumatisme qu'il tentera d'exorciser dans "La Comédie de Charleroi", un recueil de nouvelles où l'on trouve cette phrase révélatrice : "Je sentais l'Homme mourir en moi."
Rendu à la vie civile, il fréquente les Surréalistes et, tout spécialement, Aragon, dont il est alors très proche. Il s'intéresse également à l'Action française de Maurras tout en refusant d'adhérer à l'un quelconque de ses courants.
En 1922, son essai "Mesure de la France" le fait sortir de l'ombre et il commence à publier des romans en alternance avec d'autres essais dont "Genève ou Moscou" où il prêche avant l'heure un point de vue résolument pro-européen.
Cette orientation le fait se rapprocher de certains milieux patronaux ainsi que du mouvement du Redressement français et enfin de certains courants du Parti radical. Républicain et solidement anticlérical, Drieu mène par ailleurs une vie affective agitée. En 1925, il divorce de sa première femme, Colette Jéramec, qu'il avait épousée en 1917 par pur intérêt. (La jeune femme était d'origine juive et, en 1943, Drieu la fera libérer du camp de Drancy en même temps que son fils et son frère.)
Il se remarie avec Olesia Sienkiewicz mais divorce à nouveau, multipliant liaisons et aventures éphémères. Il aura notamment une longue liaison avec la femme de l'industriel Louis Renault.
Après les émeutes du 6 février 1934, il collabore à "La Lutte des Jeunes" et ose se proclamer à la fois socialiste et fasciste. Il voit en effet dans cette combinaison la solution à "la décadence matérialiste des sociétés modernes" - et probablement à son propre mal-être. Il expose ses idées dans l'essai "Socialisme fasciste" qui sort en octobre 1934.
En 1936, il rejoint Doriot au Parti populaire français et publie des billets dans "L'Emancipation nationale." Mais en 1939, il rompt avec le PPF et fait paraître son roman sans doute le plus connu, "Gilles", qui sera censuré avant de sortir intégralement pour la première fois trois ans plus tard, sous l'Occupation.
Vision implacable de la société française de l'entre-deux-guerres, pamphlet violent lancé à la face de tous les hommes politiques sans exception, "Gilles", dont le héros n'est autre que le double de l'auteur, est considéré comme le chef-d'oeuvre de Drieu et lui vaudrait, à lui tout seul, la place qui est la sienne dans la littérature française : une place de tout premier ordre.
Sous l'Occupation, Drieu prend fait et cause pour la politique de collaboration avec l'occupant. En tous cas dans un premier temps car, en 1943, revenu de ses illusions sur le fascisme, il rédige ce qui peut passer pour une sorte de testament littéraire et politique : "Les Chiens de Paille." Accablé jusqu'au bout par ses contradictions et son mal de vivre, trop orgueilleux pour l'admettre, il repart chez Doriot alors que, dans son "Journal", il note secrètement son admiration pour l'URSS de Staline.
A la Libération, il refuse cachettes et exil et repousse l'aide d'André Malraux. Après deux tentatives ratées, il parvient enfin à se donner la mort, le 15 mars 1945, à Paris.
Cet écrivain brillant et élitiste, qui passa sa vie à se chercher lui-même et à chercher quelque chose qui, sans doute, n'existe pas en ce monde, mérite qu'on le découvre ou qu'on le rédécouvre. Il est un représentant européen de cette "génération perdue" définie par Gertrude Stein mais, contrairement à Hemingway ou à Fitzgerald (pour ne citer que les deux noms les plus connus), Drieu La Rochelle, (plus naïf ? ) s'est obstiné à chercher dans l'idéologie politique un remède à son mal de vivre. Suicidaire-né - il suffit de lire son "Feu Follet" qui date de 1931 pour s'en rendre compte - il s'acharna en même temps à parier sur le mauvais cheval. La Mort seule l'intéressait et, dans ces conditions, comment aurait-il pu résister aux appels du Gotterdammerung ? ...
_________________ Ecrasons les Infâmes ! - D'après (et avec la bénédiction posthume de) Voltaire
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